LETTRE TROISIÈME
Cap de Bonne-Espérance ) 28 avHl.
Ma eH£R£ AMIE, ^
Eh parcourant la seconde lettre de M. Warden , je i^emàrquë avec satisfaction que ma besogné Èerû courte. Elle a pour principal objet le récit d'utie conversation que l'auteur assure avoir eii lieu entre lui et madahie Bertrand , au sujet de Talleyrand. Comme cette dame parle pàrfai-^ tement 1 anglais, Ton ne peut pas aillégùer qu'il n'ait pas compris ce qu'elle lui disait. Toutefois M. Warden n'a-t-il pas été trop minutieux, en répétant textuellement des paroles auxquelles madame Bertrand n^attachait probablement au-^ cune importance, et qu'elle a pu laisser échapper sans soupçonner qu'elles seraient un jour imprimées ?
Suivant l'opinion des Français de Longwood , et celle de leur chef, Talleyrand possède des taléns téels : astucieux, rusé, discret, mais entiè-* remênt dénué de principes t son attention ainsi
que son cœur paraissent toujours fixés sur la roue de fortune. Voulez-vous connaître ses sen-* timens, adressez-lui quelques questions: il est impénétrable , sa figure conserve Timmobilité du marbre ; mais prenez-le à deux heures du matin , à la suite d'un grand repas , il vous faudra l'écouter avec patience , sans paraître chercher à le deviner : vous entendrez alors une vieille bavarde qui» se rendant coupable de nombreuses indiscrétions, laissera échapper les secrets les plus importans de l'état. Il encourut la disgrâce de l'empereur Napoléon, par suite des plaintes réitérées des rois de Bavière et de Wurtemberg, sur la honteuse corruption qui déshonorait le cabinet des Tuileries ; car aucun traité n'y pouvait être conclu sans avoir, préalablement à tout , acheté l'agrément du premier ministre par d'énormes présens. Napoléon , après lui avoir d'abord témoigné son mécontentement , se cour vainquit enfin que Talleyrand était incorrigible, et comprenant que la honte de cette conduite rejaillirait sur lui-même, il lui ôta le porte-feuille. Talleyrand essaya cependant d'amortir , par adresse , le coup qu'il venait de recevoir par né-
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cessité; et, quoiqu'il n'eût plus la direction de» affaires , il sut conserver encore assez de crédit pour faire partie des personnes ((u'on envoyait à Erfurtfau Sa qualité de grand -chambellan, place qu'il réunit à celle de vice-grand-êlecteur, parut un motif et n'était qu'un prétexte pour s'insinuer dans le travail diplomatique qui eut lieu alors. Ensuite il essaya de faire épouser à un de ses neveux la jeune duchesse de Courlande. Peu après , travaillé de la maladie ordinaire aux ministres disgraciés , il intrigua pour être employé de nouveau et pour former un ministère dans ses sentimens , et surtout dans s^s intérêts. La nomination de Remusat au ministère de l'intérieur le déconcerta , et lui fit perdre sa place de grand-chambellan, dont les fonctions étaient, à là vérité , incompatibles avec celles de vicegrand-électeur.
M. Warden est exact en remarquant que Xalleyrand fut le premier à proposer les mesures qu'on adopta dans la suite contre l'Espagne. Il eut à cet effet de longues conférences avec Don Isquierdo, auquel, pendant l'excursion de Napoléon à Fontainebleau , en 1807 , il fit part des
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projets de l'Empereur sur ce pays. Gomme à cette époque il n'exerçait aucune fonction, les courn tlsans étonnés de ses fréquentes entrevues ayec le seigneur espagnol , se perdirent en de vaines conjectures sur ce qui pouvait être la ca^s^ db ce renouvellement de faveur. Daps le plan da changer la dynastie en Espagne, Talleyrand avait , dit-on, deux objets : le désir de reprendre la direction des affaires , et l'espoir d'ajouter dç iiQUr velles richesses à son immense fortune. En 1 8 1 2 , dans le courant de février , il fut choisi pour aller à Dresde et de là à Varsovie , en qu£i-r lité d'ambassadeur extraordinaire, afin de dirirger la confédération de Pologne et d'organiser l'insurrrection qu'elle y préparait.
Cette mission, qui était de la plus haute importance , lui ménagea un retour de faveur. L'Em«pereur le retenait jusqu'au milieu de la nuit, dans les mois de mars et d'avril , parce que Talleyrand , qui sortait de son lit fort tard , ne pa^ raissait jamais au lever. Vers la même époque l'ambassadeur de France à Vienne écrivit qu'il courait un bruit dont tous les esprits du pays étaient agités, et qui avait produit un effet sur-
prenant à la bourse : on avait demandé sur Varsovie un crédit de 100,000 couronnes (six cents mille francs) , à la disposition du prince de Bénévent. Cela prouvait évidemment que Talleyrand reprenait ses anciennes manœuvres d agiotage « ce qui indigna tellement Napoléon , que Talleyrand ne fut point envoyé à Dresde, et ne fut chargé d aucune mission en Pologne. Une circonstancQ aggrava encore cette disgrâce : c'est qull manœuvrait pour faire rétablir, en faveur de son neveu , nouvel époux de 1^ jeune duchesse de Courlande^ l'ancienne couronne ducale de Saxe. Cette princesse était alors dame du palais de l'Impératrice. On m'a fait lire un discours attribué à Talley-rand lorsqu'il était ministre sous le directoire » discours dans lequel il justifiait l'horrible so-^ lennité du 2 1 janvier , anniversaire de l'exécutioQil^e Louis XVI; acte qu'il déclarait équitable , politique et nécessaire. Il essaya même d'engager Napoléon à assister à cette fête en 1 798 ; niais celui-ci témoigna pour elle une répugnance qui lui fait honneur.
Pendant les négociations relatives au conccy:dat , Napoléon s'intéressa , dit-on , en faveur de
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de Lobau, qui y déploya une braroure extrême et qui y fut dangereusement blessé.
Lia plupart des détaib exposés dans cette lettre sont apocryphes , ou au moins altérés ; et je pense que M. Warden aura mal compris les parolet sorties de bouches étrangères à la langue anglaise. Par exemple, où a-t-il pris que Napoléon avait été aide-de-camp du père du général Montholon ? Il se trompe également lorsqu'il avance que les généraux Montholon et Gourgaud ont été aidesde-camp de Napoléon* Ces officiers n'ont jamais servi en cette qualité.
U est scandaleux que Ton soit exposé avoir pur blier, sans son aveu, son opinion sur des personnes qui existent encore. Mon journal est rempli de converaations échangées avec toute espèce de gens ; mais je me ferais un scrupule de publier leur sentiment sur des personnes vivantes.
Peut-être seriez-vous satisfaite de recueillir des anecdotes sur des personnes qui n'existent plus. Dans le manuscrit dont je vous ai parlé, j'en ai trouvé plusieurs qm ont été livrées aux controverses les plus impartiales, et auxquelles, par conséquent, on peut ajouter foi.
Labédoyère ( le même qui se réunit à Napoléon à Grenoble avec son régiment ) y est représenté comme un jeune homme plein (j'honneur , animé de l'amour de la gloire , méprisant souverainement les Bourbons, parce qu'il les disait importés en Fronce par des baïonnettes étrangères* On le peint comme s'étant déclaré au moment du danger le plus imminent , avec un courage inoui et une noble franchise, et professât un attachement sans bornes à Napoléon.
On y représente Ney comme étant peut-être Thomiue le plus brave de Tarmée, mais comme ayant aussi peu d'éducation que d'instruction : on y dit qu'en présence de Napoléon , il était humble dans ses manières et circonspect dans ses discours ; mais hors de là , il s'y montrait peu mesuré.
Les discours qu'on lui attribue et qu'il tint , dit-^on, à l'Empereur, lors de sa première abdi* cation à Fontainebleau , sont démentis par les généraux Bertrand et Gourgaud , qui étaient présens , et qui déclarent que les ti'oupes éprouvaient contre ceux qui les avaient trahies , uue
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irritation si violente qu'au moindre signe Ney eût été massacré.
Cet infortuné maréchal y est représenté comme sincère dans la protestation qu'il fit au Roi , le 8 mars i8i5. On y assure qu'il ignorait totalement ce qui se passait à l'île d'Elbe, et que même jusqu'au i3 mars^ il avait été fidèle au Roi.
Après avoir lu les proclamations du Golphe Juan , les adresses de Grenoble , celles de difierentes villes du Dauphiné, de Lyon, et villes environnantes, et des troupes stationnées à Lyon et à Grenoble ; après avoir appris la fuite précipitée de Monsieur et des princes, ainsi que la défection des régimens qui devaient composer son armée ; défection dont il ne faut excepter que les quatre régimens qui étaient avec lui à Lonsle-Saulnier; les entendant de toutes parts exprimer hautement leur désir de reprendre la cocarde tricolore qu'ils avaient tant chérie , si amèrement regrettée, et qu'ils révéraient comme le talisman de la victoire ; témoin des émotions extraordinaires de toutes les communes de la Franche-Comté, dont la joie et l'exaltation croissaient d'instans en instans; de celles que manifestaient toutes
les villes et tous les villages de FÂIsace /de la Lorraine, de la Bourgogne et de la Champagne; Nêy ,
commença à chanceler : ses anciens principes , ses opinions mal déracinées prévalurent sur celles qu avaient inspirées les circonstances, et il s'abandonna à ses premières affections. ^ Le i5 mars, il reçut du général Bertrand» qui remplissait alors les fonctions de major-général , Tordre de mettre ses troupes en mouvement; à cet ordre était jointe une autre lettre de Napoléon ainsi conçue : « Mon cousin, Bertrand « vous envoie Tordre de vous mettre en mar- « ehe. Je ne doute pas que du moment où vous « avez appris mon arrivée à Lyon , vous n'ayez « fait arborer à mes troupes le drapeau trico-
« lore. Obéissez à ces ordres , et venez me trou- € ver à Chàlons! je vous recevrai comme je vous « reçus après les journées d'Elchingen et de la « Moskowa. »
Ney ne put résister davantage. Dans la matinée du i4 il assembla ses troupes, leur lut cette proclamation trop connue , et la fit publier dans toutes les villes de son commandement. Comme on croit qu'il Tavait composée lui-même , elle dut
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renfermer l'expression de ses propres sentimens. Persuadé que tout était décidé, il crut devoir se faire un mérite de cette action. L'opinion des Français qui sont à Longwood est , que si Ney se fût déclaré cinq jours plutôt , tandis que les princes étaient encore à Lyon , sa conduite aurait été assimilée à celle de Labédoyère ; mais qu'au moment où U promulgua sa proclamation, n'ayant déjà plus de pouvoir sur les troupes , il viola, sans aucun fruit, toute idée de convenance. Il eût beaucoup mieux fait d'abandonner ses quatre régimens à leur propre mouvement, et de retourner à Paris pour y déclarer la vérité, c'est-à-dire: «qu'il n'avait pu s'op- € poser à la volonté du peuple , ni à celle de « l'armée. »
En envoyant sa proclamation à Bertrand , il
écrivit à Napoléon , « Que si la conduite qu'il
c avait tenue l'année précédente le privait de sa
« confiance , il était prêt à se retirer dans ses
K terres. » L'Empereur, assez mal disposé envers
lui , choqué d'ailleurs des termes dont il s'était
servi dans sa proclamation , lui avait , dit - on ,
fait écrire pour accepter sa démission ; mais des
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considérations politiques , qu'il n'est pas difficile dé pressentir , firent changer d avis à TËmpe-* reur, qui envoya au maréchal Tordre de venir ïe joindre à Auxerre. On assure qu'à son arrivée , Ney parut embarrassé , et hors d'état de tenir les propos qu'on lui prête ^ mais Napoléon le traita comme à l'ordinaire, affectant de le nomnlér souvent le brave des braves. On lui donna ensuite la mission d'inspecter toutes les places fortes des frontières , depuis Dunkerque jusqu'à Strasbourg ; il la remplit , et vint assister au Champde-Mai.
On a comparé la conduite du maréchal Ney À celle de Turenlie en 16499 alors qu'il commandait l'armée du roi : ce commandement, comme on sait, lui avait été conféré par Anne d'Autriche , régente du royaume. Il avait prêté serment de fidélité , et cependant il fit tous ses efforts pour corrompre son armée , se déclara pour la Fronde, et marcha sur Paris. Une fois reconnu coupable de haute - trahison contre le roi , son armée repentante l'abandonnai Turenne poursuivi se réfugia auprès du prince de Hesse,
pour échapper à la justice , n'ayant pour compa^» gnons que six de ses amis. Ney, au contraire « fut entraîné par le vœu, par les clameurs una* nimes de son armée et des peuples ; il n y avait que neuf mois seulement qu'il reconnaissait « malgré lui, un monarque que\six cent mille baïonnettes étrangères semblaient avoir forcé la France de recevoir; monarque qui avait refusé d'accepter la constitution à lui présentée par le sénat comme condition formelle et nécessaire db son retour , et qui , déclarant au contraire qu'il régnait depuis dix-^neuf ans ^ manifestait par là qu'il regardait tous les gouvetnemens précédons comme des usurpations. Ney, élevé dans les principes de la souveraineté nationale , avait combattu pendant vingt - cinq ans pour soutenir cette cause , et de simple soldat s'était élevé au rang de maréchal. Si sa conduite au 20 mars n'est pas honorable, elle est au moins explicable^ et , sous quelques rapports , excusable ; mais celle de Turenne était véritablement criminelle, parce que la Fronde était un parti allié de l'Espagne , lequel faisait alors la guerre à son roi ;
DE SAlNT^ïf-HÉtÈNE. 35^
enfin, parce qu'il était poussé par son pro^é* intérêt 'et cehiî de sfa faniiUe, éspéraiit obtenir une' souveraineté aux dépens de la France V et conséquemmént au préjùdicé'Yle sa patrie.^ ' 5-*
Les défenseurs de Ney ont affirmé que Ber^-'î trand lui avait annoncé l'assentiment dé TAnglë^) terre et de T Autriche qui s'entendaient avec Na*«j poMon : Bertrand' le. hîe; et otisèrve que cette assertion aurait démenti leB proclamations: du golphé JUàill Dfeini^ cëè* ptodamaftions , en effet;' Napoléon annonçait qu'il ne voulait rien devoir aux étrangers, niaw tout au peuple et à l'armœ» Il certifie qiié Napoléon* avait constamment et ôuveftônafent déclaré ,' sur tï)ifte la route , depuis Cannes jusqu'à Paris, « Que tout son mérite » « dans ce grand événement , consistait à avoir c su apprécier les sent imehs du peuple et le» • intentions de l'arniée ; qu'il n'avait traité avec « aucun prince- étranger , et qu'ih regarderait « comme' un' crime d'eu faire intervenir un seul c dans les affaires intérieures du pays.»
On rapporte une conversation très-curieuse , tenue huit heures après l'arrivée de Napoléou à Cannes , entre lui et le prince de Monaco , ancien
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écuyer de l'impératrice Joséphine ( i ). C'était à i)ne heure du matin i il y^avait eovifon mie ])eure que la lune était levée; N^poléoa était au bivouac , le dos tourné au feu. On lui présenta le prince de Monaco, qui le reconnut sur-lechamp: )usque^là ce prince avait refusé dm croire à son débarquement, f Gemment , s'écria-. n tHÏ , Votre Maîesté est ici ! H. esl donc inutile f que je poursuive ma route , car certainemeitf € uQ€i dQ T09 dÎYisions occupe iim^ prlnqipaut^^,. «">^De quelle nation est cette division? demanda, f TEmpereur.— Je ne sais , Et le prince ; pejttt^. « être autrichienne t peut-être anglaise. •— ^ Coxiv-. f ment ! me supposezrvous capable d'entre eiè f France avec une armée étrangère? Si je m apr- % puyais de ce «ecours, outre la lâcheté. de aVn € servir^ j'éprouverais bientôt qu'il est |H*ét:Â t céder au moindre choc. Non; vous verrez c. que nous somfnes tpns Français , et que mes t troupes ne se montent pas. à mille hommes, c qui seront en marche dans, une . heure : i^on» ^ • • • ■ . - - ■ ...... ^j .. '-
(t) €*ett le baron de Hooaeo-qm étail premier éti^jet^ de ta première Impératrice.
ht g^IfïTE-VIELÈNE» SSg
.c pouvez donc vous rendre à votive deitmatiom « -tr Et où Votre Majesté Ya*»t-elle aiûâ ? — * A .f Paris. i> Immédiatement après , Napoléon fit un signal : les > auditeurs se retirèrent et les laisfi&rent discourir ensemble pendant une demi^ heure; mais rietL de leur conversation â a trânï^ pire. ■ ■ • ' 1. - • ■
Mon journal co&tenant plusieurs autres paf^ ticularités, )6 ^^ ^^ ei:traire quelqueS'^tmÀ sur Lavalette. Il a été aidé-de-camp de Napoléon pendant les. guerres dltàlie et d'Egypte. E^ ftHù^ tidor il fut chaîné d examiner ce qtd se* passait a Paris » et d'en rendre compte . à son général; Au 18 brumaire, la place de directeuivgënéral des posÉes étant derenue vacante, par la tiemî^ nation de M. Gaudin ( depuis duc de Gaâte } au ministère des financés ^ cette place fut remplie pecfdant quelque temps par Mv Laforét; mabî comme il était né^essab*e qijt'un td poste fût occupé par une personne qui eût f entière cotir^ fiance de l'Empereur , et que Làforét était trop lié avee Talleyrand , Lavalette fut appelé pous le remplacer dans un emploi déjà si impov^ tant, et qui le devint beaucoup plus pair là siiitO)
5/|e PIÈCES SUR lE PRISONNIER
Chaque jour le ministre de là police transmettait à l'Empereur un rapport des événemens généraux qull. jugeait dignes de son attention. Le préfet dé police en faisait autant de ceux qui s'étaient passés à Paris. Ces deux magistrats avaient depuis long-temps pris l'habitude d'insérer dans leurs rapports la situation dé l'esprit public calculée sur les passions et les . intérêts du moment. Napoléon fit supprimer cet usdgë^ et ordonna qu'on isolât lés faits sans en tirer aa^ cun6 induction. Néanmoins , curieux de connnaître l'opinion publique sur tes actes de sbii gouvernement , il choisit douze observateur^ ( personnages distingués dans la littét^leiture) pris dans tous les partis^ les uns dans celui de fa Gironde y d'autres dans celui de la Montagne\' et quelques constitutionnels de 91 ; d'autres, enfin; parmi les émigrés, dçnt quelques-uns avaient vécu en Angleterre ou servi dans l'armée de Condé. Ces douze personnes recevaient , par llntermédiaire de Lavalette , des honoraires mensuels de mille francs , et lui transmettaient directement , une ou plusieurs fois par mois , selon qu'ils le jugtôient convenable , un rapport con^
. JDE SÀINTE-H£L£N£. .. 54»
cernant V^dministration , lesprit public et les événemens qui s'étaient passés pendant la der nière période de trente jours. Afin que ces rapporteurs fussent à même de s'exprimer en toute liberté , Us rédigeaient l.eur$ lettres comme 31 elles étaient adressées à M. de Lavalette : celuici les plaçait dans le porte-feuille de Napoléon, qui Içs ouvrait aussitôt, les parcourait, et les déchirait ensuite, ayant préalablement pris soin d'extraire de sa propre main ce qui paraissait le mériter. Cette correspondance était si secrète , que ses secrétaires les plus intimes n'en eurent jamais la moindre connaissance. Le général Bertrand m'a assuré que lui - mêm€ avait toujours ignoré le nom de ces rapporteurs , quoiqu'il soupçonnât deux ou trois individus d'en faire partie. Il parait qu'ils avaient été choisis parmi les personnes sans emplois et qui n'étaient point
attachées, â la cour. Napoléoa ne les recevait
jamais; il n'en connaissait: presque aucun, même de vue; et ils ignoraient aussi eux-mêmes par qui leurs lettres étaient lues,.et si même elles l'avaient
été. M. de Lavalette, m'a-t-on assuré, n'avait aucune connaissance de ce qui se tramait à l'ilc
y^i^2 PliCBS SUR I.E PRISONNIER
d'Elbe : la raison qui lui fit quitter sa maison en mars, et se cacher, fut son attachement connu pour Napoléon et la crainte d'être arrêté , pour $ervir d'otage. H ne fut pas le seul qui se condui-^ sit ainsi , car plusieurs personnes qui ignoraient ce qui se passait en firent autant.
Madame de Lavalette , fille du marquis de lleauharnais qui , ainsi que son frère le vicomte, avait lait partie de l'assemblée constituante , est cousine d'Eugène Beauhamais. Le marquis servit dans l'armée de Condé , tandis que le Vicomte commandait les armées de la République. Mademoiselle de Beauhamais était jolie, D après le désir de Napoléon , lors de son retour de 8£| première campagne d'Italie en 1 798, elle épousa liavalette pour lequel elle avait montré de l'in-^ I clination. Elle fut ensuite nommée dame d^a-» totirs de l'impératrice Joséphine. A cette époque, quoiqu'elle fût demeurée une belle femme , sa beauté fut ternie par la petite vérole. Elle est^ indolente par caractère ; et, de toutes les per^ i&onnes qu'ils connaissent , lés Français qui sont à Longivood déclarent qu'elle est la di^miére qu'on eût jugée capable de l'action héroïne qt|i
l'îUustre à jamais. Que ne peut doué un teftidre àttaciiéiïièiit éàtM uii cœUir yeftiieiix!
Je pourrais eitraire de mon journal un grand nombre de particularités sur lés Caractères dei personnes qui se sont attiré depuis ce temps l'attention du public ; mars ma lettre est déjà trop longue^ et je craindrais de tous fatiguiHl* pour deè gens dont le nom sera bientôt enseVéfc dans un éternel oubli.
J'ai rhonneur d'être , etc.