‹ Recueil de pièces authentiques sur le captif de Ste.-Hélène; de mémoires et documens écrits ou dictés par l'empereur Napoléon. Suivis de lettres de MM. le grand-maréchal comte Bertrand, le comte Las Cases, le général baron Gourgaud, le général comte Montholon, les docteurs Warden, O'Meara et Autommarchi, et plusieurs personnages de haute distinction (volume 2)Chapitre 20 sur 24 · LETTRE IV · texte numérisé non relu

LETTRE IV

Gap de Bonne -Espérance , i^r mai.

Ma GUERE AMIE,

En examinant la troisième lettre de M. War-»den , une tâche plus difficile se présente à moi *, et il faudra discuter des détails plus importans que les premiers^ On y affirme que le duc de Bassano était à la tète de la conspiration qui a ramené Napdiéon en France; que nombre d'in^dividus avaient été entoyésè Tile d'Elbe » et que

Sli^ PIÈCES; 3111. ££ PRISON.NIEl^

Nàpo^OA ne s'ét^it^ d^cnléià reparaître :, que parce qu'il a¥ait,4^ç motifs poijiriçroire. que les Anglais avaient •détermin.é <le le transporter à Sainte-Hélène, etc. ,

. Toutes ces assertions sont contraires à ce que j ai lu dans les njanuscrits de Longwood , à ce .que J'ai appris .du .maréchal Bertrand et de la bouche de Napoléon lui-m^rne^ qui a souvept déclaré qu'à son retour de T île d'Elbe ^ il n'avait eu d'autres coopérateurs que le comte d' Artois , ses deux fils et sa belle- fille : que leurs mesures et celles qu'ils provoquaient du gouvernement des Tuileries , l'avaicqt CQ^V£|incu qu'ils « étaient c isolas au milieu de la nation, et qu'ils n'avaient « en leur faveur que les émigrés et les contre- « révolutionnaires. «

Dans l'un de ces manuscrits on avait mis en stommaine, et a la. place du titrei^^ie passagç suiyànt de.rhistoire: des rois d'Egypte :« Un dds «> pi^ndiens r6is d'Egypte , ordonna qu'après sa ffixnoii, sa momieifùt placée sur le trône de ses iç àiy^Qtres.siu nûlieuide. la .salle iulévwnr^ de la *■ gi^n<Jki pyramide t 'PU eUe demeurât, à l'abri de f.l'aîr euLtérî^ur. Après de longues années , les

ft prêtres de Memphis ayan4; pénétré dans Jl'jptéf .rijeuTr de Ja pyramide ,* aiissitôt .que l!air eut fffrappé la, momie et le trône ^ lun et; l'apure ft tpmliièrçnt en poussière , n'étant pl|iS: en j^^at « de résister à l'air extérieur ni à la chaleur du « soleil. »

, -On. rapporte dans le mjêpie manuscrit. €|ue

Napoléon , de j^n.propre mouvement , se cléter-

m}n^ à remonter sur le trône, guidé uniquement

par -les actes du ministère dur roi : et qu'en

partant de Fontainebleau, en 1:8 14, il dit : « Si

c les Bourbons gjQuvernent comme chefs- de la

« cinquième dynastie , ils réussiront ; si au cpn-

C traire ils essayent de- eontini^er latrpisième»

f ils ne resteront pas lontr-^ temps !» U disait en?

core, 5 qu'arantcie quitter rile d'Elbe ,jplusieurs

« personnes de sa suite dé.siraient qu'il s'infor-

« mât des sentimens de Masséna qui comman-

« dait sur la cote où le débarquement devait

« s'effectuer, ainsi qup de ceux du général,, qui

t çon^mandait à Grenoble; mais qu'il r.eiejta.cet

j«. avis sur-lerchamp, observant que s'il avait

« conservé l'amour du peuple et la: confiance de

« l'armée, les opinions et les divergences . pjarti-

346 PlisCES SV% LE PUlftOHNIER

« cnHères céderaient bientôt â cette Tolonté t souveraine : qne s'il les avait perdus , il n^àvatt « rien à espérer de l'influence de quelques indf- « vidus; enfin que c'était toujoùrt sur rimagina-

i tien et sur l'opinion des grandeë masses qu'9

« avait agi. »

Ses succès subséqueus , et les acclamations avec lesquelles il fot reçu par le peuple et l'armée ^ ont justifié sa pénétration et étonné le monde. On assure que le maréchal Soult (qui, suivant Ie*niânu^rit cité, servait fidèlement le Roi)^ pensait, quand il eut la nouvéUe du débarquement , que quelques gendarmes suffiraient pour faire manquer l'expédition , ou que Bonaparte passerait en Italie; mais il avoua bientôt que l'événement lui avait révâé le secret des seutimenft de h nation et de l'armée, dont il n'avait pas la moindre idée auparavant. Cambacérès , Savary « Fôuché , Camot et plusieurs autres ont souvent ëtprlmé la même opinion :ils ne doutaient nulleihent que Bonaparte n'eût un grand nombre de 'partisans $ mais ils ne croyaient pas qu'il put atïiVér à Paris, sans tirer un seul coup de fusil, adinsi que nous l'avons vu.

DE SÀlflItE-HilÈNC. ^7

Quant à la détermination qu'on supposait prise par rAngleterre d'enlever Napoléon dé Tllé d'Elbé et dé le déporter à Sainte-Hélène, le. manuscrit porte qu'isllé avait été publiée dans( tes papiers anglais, et irépétéé dans les |ournau:i allemands et français , comme une chàse résolue i que cette circonstance causa quelquHnquiétude dans l'ile^ d'Elbe où Ton mit plusieurs fottâ en état de dé<^ fense, et qn^on plaça dans chacun d'eux une garnison et des provisions. Ce fut sur ce bruit, sans donte , que notre compatriote le colonel Gam{^ll , conmiissaire nommé pour surveiHef Napoléon , vint exprès de Florence pour <lémen» tir de telles rumeurs , et les vouer au mépris

comme fausses et absurdes ; néanmoins il fit quel«* ques observations sur Foccupation de Pialmariola et de Piauosai. La première de ces lies est un petit rocher entre Tile d'Elbé et Ptombino et dépend d'Elbe. Il est inhabité et né produit rien : sur la partie la plus élevée il y a line petite tour défendue par quatre pièces de canon , et ayant pour toute garnison trois invalides et un bombardier qui en est gouverneur; Pianosa est une petite île oui dénend aussi dlEiB^, ef 4ui

V548 PIECES su SL LE,.PRISOIfIMI£A

est sjtaëe à i)ûu>itié cheixuija de cette ile à celle de Corse. Gest'iux roc de corail, couvert d'oliyiers çt de quelques arbres^. U a eaviroo quinze milles de tour (cinq lieues) et présente. uxtee&planade d'environ vingt-trois toises au-dessus du niveau de la mer; ipais dans la craiiM:e des pirates , elle n'est point habillée. Le colonel Campbell préten-

daitque ces lies ne pouvaient être comprises dans la cessioa faite à ?lapoléon ; m^is il fut bien confus . lorsque le général Bertrand lui exhiba lacté de possession .dausJtçqueiPalm^ripla., Pianosa et Monte Christo sont nommément dési-

guées; or, il est constant quexet acte. fut signé devons les commissaires de puissances alliées. Le géJ]éral. rappela en outre au commodore que lui-même avait eu l'honneur d'accompagner l'JEm^j^reur, lorsque S. ]VI« al]a prendre posessipn de Pianosa et qu'il y ayait assisté à une partie d^. chasse. Au reste cette visite de sir Campbell , n'ayant eu lieu qu'au commencement de féyrier» 4çv.ii2t inutile , puisque l'expédilioa avait été résolius auparavant.

- Relativementaatraité de Fontainebleau, TEmpepcur ,a|^r^ic que les alliés n'en ont observé

Buciin article (cest'eii effet ce que- le cotritè Grey a si bien déraon^tré dads soû discours a^ la

chambre dés* Pèiirs) : Napoléon affirptie que la

justice est entièrement de son côté, car il avancé

qu'il n'y a pas moins de dix violations maté« rielles du traité.

Curieux de les connaître , )e les appris â diverses reprises et je les insérai- dans mon journal , me ' servant exactement dès . niémes termes dont â'était servi la personne que j'interrogeais. '.

1** On devait donner des passeports à tous les membres ae la famille impériale, afin qu'ils suivissent leur chef ; néanmoins son épouse et son fils ont été saisis, et conduits à Vienne.

2* Il devait être traité comme Empereur, et son épouse comme Impératrice; mais le ministère de France n'a jamais voulu reconnaître ces qualités. Au contraire, Louis, à peiae assis sur le trône de France , aussi bien que le parti dit de la légiti^ mité f ont considéré le gouvernement impérial comme une usurpation : Louis a daté ses actéè de la dix-neuvième année de son règne; et il à pensé , parlé et agi comme si Napoléon n'eût

35o FliCES SUR LB i^ÀIBÔK^NlER

{aillais gouverné, soit en qualité de Premier Con^ $fgl > Mit ^1 qualité d'Empereur.,

3* Le priuce Eugène devait avoir une souveraineté en Italie : c était un des suiicles du traité; dtaii le eongrte d^ Vienne de sa propre autorité l'en a privé ; est-ce à l'instigation du parti 4e la légitimité?-

4* L'Iutpépc^ce Marie-4U>uise et son fils , é^ VBiisnt avoir les duchés de Parno^ , Plaisapçe et Goàstella : ils en ont été privés pat une décision xendue à Vienne.

:S* L'armée devaît conserver les dotations assignées sur les fonds du Monte-Nupoteone ^q% ces dotations ont été supprimées.

6* L'Ue d'Elbe avait besoin de troupes pour sa défense^ La cour de France devait donner deux millions pour l'entretien de Napoléon et de Itle qui ne produit rien. Cet article a - 1 - il été rçm^i ? Plusieurs voyageurs anglais ont déctorét qu'ayant assisté à différens dîners , elitre ailtires chez le duc Fleury^ ils entendirent répéter phweurs fois , qu'oiDi n'avait jamais eu l'intention 4e, remplir cet engagement ^ qu'il ne serait ja* mw rempli ; et défait il ne l'a pas été^

^"l Qa 9vait assigné .^ li^ mère et aux frères de ]>fapoléon, des peiisioDS à titre d'iademaités : eUeç ^'oIlt point été payées.

8"* Une rente de ççnt mille francs devait être portée sur le grand-livre , pour être payée aux personnes qui seraient désignées par Napoléon. Il les désigna > mais on refusa de les porter sur Iq grand-livi?e,

9*" Les propriétés patrimpniaks de Napoléon devaient lui être conservées, et. particulièrement les épargnes qu'il avait faites sur sa liste civile : mais les fonds provenant de ces épargnes» qui se nooBtaieut i des sonunes considérables et qui avaient été placées entre les mains du trésorier Labpuillerie, furent saisis, contrairement au traité , et toutes demaxides faites par Napoléon à ce sujet ont été rejetées.

lo"" Toutes les propriétés particulières de l^ fi^imile de Napoléon devaient être respectées; le gouveçnemçpt les a fait séquestrer : t Voilà c J^eçL.i dit» Las Cases 9. dix violations m^njfeçtes^ <L skVL Iraité signé par les alliés^; rien lie peut les t jiMStifier i mais çootinua-t-il , quel est le droit « des nations , quel est le traité que les con«

35i PIÈCES SUH LE PRISONIVIER

« 'gfrés^ n'aient pas Violé ? Le^ puissances pré-

■ ' pondérantes n'étaient certainement' j^hs excî-

t tées par le bonheur ou l'intérêt de l'Europe ,

« maïs uniquement par leur propre ambition.»

J'ai entendu plusieurs fois Napoléon discourir

avec le capitaine des soldats de marine , à bord

du Notthumberlandy au sujet du siège de Saint-

Jean-d'Acre , où le capitaine s'était trotfté. If

semblait en parler avec ce plaisir qu'on éprouve

en Yacontant' des éTéfieméns passés*,- dans les^

quels on a éprouvé d'^imminens dangers. .

Je' lui entendis raconter titi tirait renlat^^uàblé

de dévouement, dont il fut l'objet pendant ce*

siège mémoTable. Cet exemple fut donné par

deux de ses gardés. Etant à la tranchée , TEm-

pe'réur tomba dans un trou creusé à ses pieds

par un obus ; ces deux gardes, nommés à ce

<jfùé Je croîs Dauménîl et Chàrboilet, s'élancèrent

Ài?Itil, le sàisïrétit,i'tiri par devant et l'autre par

derrière,* et restèrent dans céttfe position' jusqu'à

èè que Tobuà eût éclaté.- Qùcmtité de fragiie-

inens tombèrent à ses pieds, sans lui faire 'au-

cun mal, ni aux deux braves qui s'étaient con-

DE ^AINTE- H^ELENE. 353

duits avec taut d'héroïsme. Le mauvais succès fut al;tri^ué, eu grande partie, à la prise de quatre ché^,ecs chargés de douze .pièces de 2^ , qv^el- ^ques mortiers et de^ muuitious ; au moment men^e que q^ Jbâtiaiens se présentèrent au port djC £la][£ï,' i^^s le Cai;<iîel. Cette prise./ut feitç par re^cadre j^gl^i^e.

J>aulyep erjrçurs se sont glissées dans cette ^trqisièoj^e lettre de M. Warden. Ily djtque Na- PqI^ou y pr^ffessa par politique le mahométisme en Egypte, ]>îapQléon rejette cette assertion : il dit^ue jyienou fut le ^eul officier de marque, q);i embrassa cette religion. J'ai Ju dans les cajri" ,pagi)es d'Egypte deux chapitres très7intéresaaus, rHurelat^f au christianisme et au mahométisme, Qt rempli d!idée;s singulières et.npuvelîes ; l'autre au sujet du fetham Ç ordonnance ) publié par Je grand cheik de ,§émil-Azar , concernant le .serment d'obéissance : on y donne des détails .sqr les moyens employés par le général en chçf , .pour . obtenir ce fetham des JVlollah de la Mosquée du Caire. Ces deux chapitres démoptrent que Napoléon rpaintint le principe suivant :

qu'en matière au-dessus de Tintellieeuce hu- //. 23

o5/| PIECES SUR LE PRISONNIER

inaiae^ chacun doit demeurer dans la religtoti de ses pères , au sein de laquelle il est né. Les extraits suivans sont relatifs à la délibération prise par les soixante docteurs de la Mosquée du- Caire et de Sémil-Azar. « Le Koran ordonne « d'exterminer les infidèles, ou de leur faire ■ payer tribut ; il ne permet pas d'obéir à une « puissance infidèle , qui est contraire à Fesprit « de notre religion. — Rendez à César ce qui ap- « partient à César, dit Jésus-Christ; et ailleurs: « Mon royaume n*est pas de ce monde. — Obéis- « sez aux puissances.» Dans les dixième, onzième et douzième siècles, les chrétiens gouvernèrent la Syrie; mais la religion occasionna de fréquenles guerres , et ces guerres étaient d'extermination. L'Europe y envoya des milliers d'hommes qui y périrent. Si les Egyptiens eussent été animés du même esprit , il eût été impossible que trente mille Français, qui d'ailleurs n'étaient pas fanatiques et qui au contraire détestaient le pays , s'y fussent maintenus. Quoique maîtres du Caire, d'Alexandrie, et vainqueurs des Marnetoucks aux Pyramides, la conquête n'était pas assurée , si l'on ne se conciliait pas les imans ,

les ulémas, les muphtis et tous les ministres de la religion musulmane. L armée française con-* sidérée collectivement , ne pratiquait depuis la révolution aucun culte : en Italie même les soldats fréquentaient peu les églises. On tira avan* tage de cette circonstance. L armée fut repré- * sentée aux Musulmans comme une troupe de cathécumènes, disposée à embrasser Fislamisme^ Les sectes chrétiennes , les Cophtes , les Grecs , les Syriens latins , qui sont très*nombreux , désiraient profiter de la présence de l'armée française pour se soustraire aux restrictions variées, auxquelles on a assujetti leur culte: Napoléon s'y opposa , et eut soin de conserver les affaires religieuses dans la situation où il les avait troU'* vées. Tous les jours, au lever du soleil, les soixante cheiks de la grande Mosquée de Sémil-

Azar ( espèce de sorbonne ) se présentaient à son lever. Il leur faisait servir le café et le sorbet, et leur témoignait beaucoup d'estime et de considération. Il conversait souvent avec eux fort long-temps , su r les difi(érentes particularités de la vie du prophète et sur quelques chapitres du Koran. Après son retour de la bataille de Sala-

hîeh , il leur proposa de |tromulgtier un fétham qui serait lu dans toutes les mosquées de rE^pte, et dans lequel le grand chdk ordonnerait au peuple de prêter serment de fidélité , A lui général Bonaparte qu'ils appelaient Sultan. Kildr. A cette proposition, ils pâlirent let se n¥ontpère»t fort embarrassés. Après quelque hés^tio)^ , le cfaeHi Sap-KaOj vieillard respectable, éit à ÏVapoléon : « Pourquoi ne "vous faites --vetis pas musulman » ainsi que toute votre armée? AImtb cent mille hommes voleraient sous vos drttpesHiK; disciplinés à votre manière , ils vous mcttraiont À même de relever bien promptement lempire des Arabes , et de conquérir tout rOrîewtl A <;ela Sonaparte objecta la circoncision à laquelle 41 ne voulait pas soumettre son armée, ct^ensuite la défense faîte par le Koran do boire du vin, afflr-^ ^mânt que celte boisson était indispensable à des gens nés dans les pays septentrionaux. >Aprèi» irroir discuté sur ce sujet pendant îong-tdmpss ilfftit décidé que les grands cherks de Sémil-l^zar, se concerteraient, et feraient tous leurs efforts pour trouver moyen de vaincre ces deux obstacle», en éludant ces deux préceptes. Lrsdî»ciis-

DE SAlNTE-HÈliNE. * 55^

sioDS furent \ivé3 et se prolongèrent durant trois senHaihes. Le bruit qui se répandit dans toute TEgypte , que les grands cheiks concertaient les mesurés à prendre pour reiidre l'arniée fran-^ çaîse mahométane , fut reçu avec la plus grande joie , et les Français éprôuyèreûl bientôt que l'esprit public s'était amélioré en leur faveur^ Bientôt mêm^ on ne les regarda plus comme dei$ infidélité.

Lorsque les Mollah furent d'accord, quatre muphtis apportèrent le féiham dans lequel on déclarait que la circoncision n'étant qu'une perfection , elle n'était pas absolument nécessaire pour devenir Musulman ; qu'on pouvait boire du vin sans cesser de l'être, mais que ceux qui en boiraient n'auraient dans l'autre monde^ aucune place en paradis. Ainsi la moitié de la difficulté était levée; mais il n'était pas aisé de faire entendre aux muphtis que la dernière partie de leur décision n'était pas raisonnable : il fallut donc discuter de nouveau , et après des débats qui durèrent epicore six semaines , ils émiredt à la fin un fétham qui portait : qu'il était possible d'être Musulman et de boire du vin ,

pourvu que chaque bouteille bue fut rachetée par une bonne œuvre. Il fut convenu qu'il fallait du temps pour préparer ce grand événenaent. On fit dresser le plan d'une mosquée, qui devait être plus grande que celle de Sémil-Azar , et Bonaparte déclara qu'elle serait bâtie pour constater l'époque de la conversion de l'armée. Cette promesse gagna tellement la confiance et l'affection des cheiks, qu'ils publièrent leur fétham : Sultan-Kibir ( Bonaparte ) fut déclaré anoii du Prophète , honoré de sa protection spéciale , et le bruit courut qu'avant que l'année fût expirée, toute l'armée française prendrait le turban. Telle fut la marche que Bonaparte adopta pour concilier le désir qu'il avait de conserver sa religion avec les besoins de sa politique et de son ambition. Pendant tout le temps que l'armée française resta en Egypte , le général Menou seul se fit Musulman. On assure que cet événement fut très-utile et qu^il produisit un bon effet sur l'esprit des habitans : cependant lorsque les Français quittèrent rEgypt#, six cents d'entre eux restèrent dans le pays , prirent le turban et s'enrôlèrent parmi les Mamelucks,

DE SÀl]HTi;-H£L£]NE. 35^

. Je finirai cette lettre par quelques détails concernant Ferdinand VII, roi d'Espagne. Ce monarque fut placé à Valençai dans le château du prince dei Bénévent. Cette habitation, Tune des plus agréables de France , est située au milieu d'une vaste forêt. Le frère et loncle du prince des Asturies étaient avec lui : aucune garde ne veillait sur eux ; il leur était permis d aller où bon leur semblait; ils avaient avec eux leurs officiers et leurs domestiques. Ils allaient souvent se promener, soit en voiture , soit en chassant, à la distance de trois ou quatre lieues , sans qu'on les surveillât. Outre 3ooo livres sterling (72,000 fr.) qu'on donnait annuellement à Talleyrand pour le loyer de son château, Ferdinand recevait pour son entretien 60,000 livres sterling (1 ,44o»ooo fr*) • Toutes ces stipulations étaient conclues dans un traité qui fut ratifié par les parties contractantes. Le prince écrivait régulièrement tous les mois à Napoléon, et recevait ses réponses. Le i5 août, fête de l'Empereur , il faisait illumitier Valençai, et distribuer des aumônes. Il demaada plusieurs fois la permission d aller à Paris , mais sous divers prétextes'on le remettait d'un temps à un

3^ PIÈCES SUi LE PRISONNIER

auftrë. Il supplia iriètamment FËmperèut de Fadopter pour son fils, et dé IvLî dohtiùt ut(e Fi^ààçaisé pour épouse. Peodaïit tout le temps qifiV demeura à Valençai , il n etit aucune raison de se plaindre. Il aVait à sa disposition Une âupetbe bibliothèque , qui servît beaucoup à son idstràction : il était environué de ses aumôniers et dé ses confesseurs. Il recevait souvent dès visites des gehtilliomniës du voisinage , et des liiar-^ chands de PaHs Idl apportaient toutes les itoùvëautés. Pendant long-temps il eut un théâtre auquel il attacha quelques cbmédietis ; mais ^ dans les derniers temps , ses confesseurs lui donnant des sctupules , il renvoya tous les acteurs.

Le roi et la reine , ses J)ère et mère , ont tésidé long-temps à Côtnpiégne ; de là ils allèrent â Rome, et résidèrent dans le palais Borghèse. Où leur allouait uiie pension de 120 mille livres sterling ( 2,680,000 fr. ).

La teine d'Étrùrie, sœur de Ferdinand , fui tiue des personnes qui prirent le plus de part â fa k^vûlùtion d*Espâgttfe. Sa correspondàhce , avec Mûrat est extrêmement curieuse : elle ^si pleihe dinveclives et d'inculpations btitrageanlefs^

contre FéMinarid. Elïé s^rivît lé parti de sa méi*e, contré son frétée , et y déplb jra la plus gémde chaleur. Elle st âtmëUté long-temps à Nice. Cette prîtlcesse, au reste, est trèà-laîdé , et n'el (Jufe pèti de tstleds ou d'instruction' ; itiaîs elle pôs^ sède une sorte d'activité qui supplée à résprit. Elle â'atisa d'ouvrir tin'e cotresporidance avèô le' commandant de Tescadre anglaise, dans la Méditi^rranée. Napoléon , apprenant qu'elle avait l'intention de quitter la France, lui fit déclarer qu'il Serait charmé de la savoir en Angleterre > • en Sicile, ou dans tout autre pays de l'Eutope. En effet , il ta regardait comme un personnage de très-mince înipottancè , et sentait que son départ eût épat*gné annuellement lo à lâ mille livres sterling (â4ô à â88,bodfr.) qu'elle coûtait au gouvernement.

Il ésfc certain que Ferdinand témoigna toujours une grande aviersion pour ies Cartes , «t la répugnance la plus extrême contre les Anglais, malgré les efforts incroyables qu'ils faisaient en sa faveur : il a protesté plusieurs fois qu'il préférerait rester à Valençai , que ée régner en Espagne avec tes Cartes.

U ne cacha jamais Tintention qu'il avait; de rétablir les institutions de lancicn régime , et particulièrement Tinquisition. Napoléon dit que la nation espagnole déplorera long-temps que ht constitution de Baïonne n ait pas triomphé. Si elle eût été exécutée , l'on n aurait vu chez elle ni moines, ni juridiction ecclésiastique, ni évéques possédant des millions de rente ; point de monastères privilégiés , point de douanes provinciales , point de domaines nationaux stériles et mal administrés (i). Les Espagnols auraient eu , au contraire , un clergé séculier heu^ reux et honoré , des nobles sans privilèges féodaux. Us auraient formé un peuple régénéré, et le changement qu'ils auraient éprouvé leur aurait été plus avantageux que la découverte d'un autre Pérou.

« Au lieu de cette régénération , dit - il , « qu'ont - ils ? Une bande de moines gros - « sièrement ignorans , riches et superstitieux ;

(i) Tel est l'objet de la nouvelle révolution espagnole^ que le roi Ferdinand , mieux conseillé , a embrassée et maintient avec autant de chaleur que de sincérité.

« des nobles qui s'emparent de tout! un peuple « opprimé par Tinquisition , par Tignorance et t la tyrannie féodale. Mais si la constitution de 0 Baïonne eût été adoptée , le peuple , délivré du t joug des préjugés, aurait eu moins d antipathie « contre les Anglais; tandis qua présent Tinqui- « sition et la superstition fortifient cette antipa- « thîe tous les jours ; de manière que les Anglais, « au lieu d'avoir triomphé pour eux-mêmes y n*ont ,« fait que compléter le triomphe de ceux gui, en « Espagne, sont leurs éternels ennemis. i» , Deux entretiens avec Bertrand, au sujet des colonies espagnoles , m'apprirent que Napoléon croyait que Témancipation de ces colonies serait très -avantageuse aux Anglais, parce que tant que la principale politique de l'Espagne sera dirigée vers la conservation de ses colonies américaines, elle regardera le pouvoir qui a la prépondérance sur mer comme son ennemi , -et s'attachera à la France pour contrebalancer la puissance maritime des Anglais. L'Amérique une fois reconnue libre, la politique de TEspagpe se tournera vers le continent , et par conséquent çllc sera la rivale de la France, connue la seule

364 PIÈGES S^UR LE PUldOUlïIER

paidsance avec laquelle elle soit en contact et en oppoMtion d'intérêts.

J'ai déjà dit que Napoléon voulait supprimer rinquisition en Espagne. J'ai lu , au sujet de ce tribunal diabolique, dans l'histoire des cani^a^ gnes dltalie , le cbapitre qui traite des négociation* qui eurent lieu à Valence en 1797 «lorsque Bonaparte voulut obtenir de Pie VI ' la suppression de rinquisition par toute l'Europe. On trouve dans ce chapitre trois lettres curieuses de ce pontife à Napoléon, dans lesquelles il le nomme ^(m irh^cher fiU^ et feit tous ses efforts pour lui persuader d'abandonner un fatal des» sein qui le déshonorerait, et llii causerait de ciiisans remords dans sa vieilleisse ; que quant à lui , il aimerait mieux perdre une province que de permettre qu'on changeât , à t égard de l'inquisition ^ la plus petite chose du monde. Le pape ajoutait qu'elle n'avait jamais réellement été aussi cruelle, ni aussi tyrannique que les ennemis du Saint-Siège le prétendaient. Après avoir insisté pendant long-temps. Napoléon se rendit enfin aux supplications du vénérable vieillard , et comme le traité qu'il venait de cou-

DE «AicrrE-HÉxiNE. 365

dure avec lui était assez rjgourêux, il se désista jusquaun temps plus opportun. Dans Je cours dune conversation que j'eus Thonneur d'avoir avec l'empereur Napoléon , je crus découvrir que ses opinions religieuses le portaient à la tolé*rance : il pense que la foi étant au-dessus de ki loi*, «lie est la propriété ia pkis saoDée de l'homme. Je saisis i'œcfision de parlw à ([uelques-nnç de ^es officiers^ du grand ^Sanhédrifi des Juife, tenu à Pacis , et qui , -fl-y a qudques années , excita ratteafliou de ^oute -rfiurope. Jk me dirent que si quelqu'un «avait €e ^i s'y tétait ipassé , o'étai t Je comte Mole, ih croyaient au restie qujil ne savait pas ^la raison qui avait engagé rEmperéur à le convoquer; car la coutume de ce monarque était de commencer par. éveiller Vattentioa 'publîque »sur un objet, et* de ne manifester ses véritables intentions qu'au -dernier moment où 41 voulait exécuter le plan qujilVé- ^laitipropesé. ^ J'ai Thonneuf d^être, etc.

364 PIÈCES S^UR LE PHIdOUlïIER

poissàdce avec laquelle elle soit en contact et en oppOMtion d'intérêts.

J'ai déjà dit que Napoléon voulait supprimer l'inquisition en Espagne. J'ai lu, au sujet de ce triimnal diabolique, dans l'histoire des cani^a^ gnes dltalie, le chapitre qui traite des négociationi qui eurent lieu à Valence en 1797 ,. lorsque Bonaparte voulut obtenir dePie VI la suppression de Tinquisition par toute l'Europe. On tfouVe dans ce chapitre trois lettres curieuses de ce pontife à Napoléon, dans lesquelles il le nbnmie son trh^^her fiU^ et fait tous ses efforts pour lui persuader d'abandonner un fatal des* sein qui le déshonorerait, et lui causerait de cttisans remords dans sa vieilleisse ; que quant à lui , il aimerait mieux perdre une province que de permettre qu'on changeât , à l'égard de l'inquisition y la plus petite chose du monde. Le pape ajoutait qu'elle n'avait jamais réellement été aussi cruelle, ni aussi tyrannique que les ennemis du Saint-Siège le prétendaient. Après avoir insisté pendant long-temps. Napoléon se tendît enfin aux supplications du vénérable vieillard , et comme le traité qu'il venait de cou-

DE «Air^rE-HcxiNE. 365

dure avec lui était assez rigoureux , il se désista jusquaun temps plus opportun. Dans le cours dune conversation que j*eu8 Thonneur d'avoir avec i'empereur Napoléon, je crus découvrir que ses opinions religieuses le portaient à la tolé*rance : il pense que la foi étant au-dessus de ki loi', «lie est la propriété ia plcis saoDée de r-homoie. Je saisis i'joccfision de parlw à quelques-uns de ^es officiers^ du f*rend ^Sanhédrifi des Juifs, tenu à Paiûs , et qui , |l y a quelques années , exoîta latteoftiou de toute rfiurope. Jk me dirent que si quelqu'un savait €e ^i s'y tétait passé , c'était le comte Mole, ils croyaient au reste qu'il ne savait pas 4a raison qui avait engagé l'Empereur à le convoquer; car la coutume de ce monarque était de commencer par. éveiller l'attention publique *sur un objet , et- de ne manifester ses véritables intentions qu'au -dernier moment où 41 voulait exécuter le plan qu'ail Vé- 'laitipropesé. v

J'ai l'honneur d'être, etc.

368 PIÈCES SVK L^ PRISONNIER

à teoîs lieues de Paris , et à .^ne ^eulci;neat ,de Saint-GI(Hld ; Jos^pl^ioe y jài ^ r.ésidençe b^bitaeJl^. Pendaqt 1 espace de cîuq ^hs^JXapqléoi^ Jie Jui 0C qwe tirais .à ,quat;re yîsites , oia^s Ie3 cauntisaos coiotiouèrent constamment à i^ ven-^ 4re kur$ deyoi^s. :Les jpdoces de la malso^ ,d'i^u^ .tddie^ lorsque Jks allié0 vinreut à Paxis , s'^xa^ pressèreni; .de 1 aller .\oir. Qn as^snre q\^^ je .divorce ne .produisit aucun chaugemcut à iF^^^^ciioii qu'avait Napoléon pour sou fils .Eugèiie , ^ fille Hortense, et pour ^Impératrice. elle-même. -Eugèqe, i(ice*roi dlltalie, avait été adopté. ^par Napoléon, et devait lui succéder isqr Je /trduie d'Italie, en cas qu'il n'eût pas d'en£aat mâle. Cîoi^ftidéré comme prince du sang d'Italie, il qut un traitements, sur le trésor de ce royaume , de plus d'un million sterling ( â4,ooo,opo fr.) Ehi X 1 8o6, 41 épousa la fille du roi de ^Bavière , estimée la plus belle princesse de toutes les. familles régnantes de ^Europe*

'Stéphanie* de -Béauhamais, cousine, de Joséphine, fut mariée au grand-duc de Bade, beaufrère de l'empereur de Russie , des rois de Ba- TÎère et de Suède.^EUc a plusieurs enfanfi^ôt règne

DE SAINTE* HÉLÈNE. SÔg

aujourd'hui à Carlsrhue. La mère dé cette princesse était intimement liée avec lady M'Garty, à ({ai en mourant elle confia sa .fille. En conséquence, cette lady, quoiqua Londres, dirigea cette éducation. Sa curatelle et sa surintendance

cessèrent:ën. 1800, temps où lenfant, qui avait alors sept'ans, fut présenté à TËmpéreur par Joséphine. Napoléon se chargea de sa tuteUe et de son éducation. Xe sont des soins dont elle a été reconnaissante. Aussi a-t-elle toujoui^: regardé l'Empereur conime un père. On la dit belle , spirituelle , ût possédant toutes les qualités qui honorent son sexe. On assure qu elle est adorée à Majaheim et dans tout le grand-duché de Bade. Une aatre cousine de Joséphine a épousé un prince d'Aremberg , issu de la preiw^fe .famille de Flàndi^e, et prince souverain en Allensagne. Toutefois, ce mariage na pas été aussi hedreux que lautre , par la faute , dit-ron ,* de la princesse elle-même.

Le prince d'Aremberg commandait un régiment de lanciers , et se distingua beaucoup pendant la guerre de la péninsule où il fut fait prisonnier par nos troupes. Il demeura en cette

370 PIÈGES sua LE PRISONNIER

qualité pendant un temps considérable en Angleterre. On dit que Napoléon attachait un g[rand intérêt à ce mariage, et qu'il avait Imtention de fixer ce prince et son épouse à ftnixelles, en qualité de gouverneur-général des P^ys^fias. En donnant une cour à cette ville,, il voulait prou^^^er coi^bien il affectionnait la Belgique. Dèins cette ibteiiticm, il acheta du prince de Soxe-Kiriken, te château de Laken , et le fit meubler super-

Un cousin de Joséphine a épousé lihe princesse de la Layen , nièce du prince Primat, d'une des j^lùs illustres maisons d'Allemagne , et j'^ai apptis de bonne part qu'une autre de ses cximsines a^ait été demandée par Ferdinand, en. ij^o^; ce qui attrait eu lieu si Napoléon n!eùt pas mal* h^fufeusement , à l'instigation dt Talleyrand ^ adôpié à Baionne une autre politique. C'est pieut^étreà ce changement, dix^té parle plus fin renard diplomatique de l'Europe, qu'il faut attribuer b chute de Fempire et de son fonda* tel»;

Mais )e m'aperçois que je me suis trop éqarlé de la route que j'avaia intention de suivre; je

]>E SAINTE -HÉLÈNE. S^l

voulais TOUS raconter ce que ) ai appris au aufet du faiûeux divorce. Le contrat civil ayaiît .«té , comme je Fai dit, annulé par une décision du sénat, le contrat religieux existait encoéè: le concile ténu à Pari9 suivant les rites de l'église catholique prononça sa dissolution. La cour dé Rome lâainifesta quelque» prétentions d'intervenir dans cette afiairé ; tÈtàiÉ leâ évéqties fran^is déckirèreirt que ces j^rététitiôM^étâient^onti^âirei^ aux libertés deFé^îse galÈcaràé , et qu'un: Souverain aux yeux de Dieu, n'étant qu'an homrme , il devait se soumettre à lamiême juridiction que ses sujets.' Cette qttestiéh fut paiement décidée par la coût ecclésiastique de Vieime, avant le mariage de Marie-Louiâe : cependant xelà pro^ duisit des incidens qtfe je ra'contètai dans im autre endroit. Le divorce du chef de la France

retentit dans toute l'Europe. Son alliance , alors la plus grande du moinlè, fut l'objet des désirs

ambitieux de la plupart des maisotis régnantes. Trois princesses se présentaient : une en Russie , la seconde en Autriche ,• la troisième en Saxe. J'ai su de bonne part cjue la Russie devait avoir la préférence, qu'Alexandre avait lui-même fait

$n^ PliCES SVlBi LE PRISONNIER

les premières avances à Ërfurth. On ajoute que ceux qui avaient trempé dans la révolution et se trouvaient autour du trône , craignant une Autrichienne, préféraient une princesse Russe ou Saxone : qu'il paraissait en outre que Napoléon lui-même désirait ime de ces deux princesses ; mais que celle de Russie était extrêmement îeune, et que des diflScultés au sujet de la religion s'étant élevées, occasionnèrent des déls^is dans ks négociations, dont T Autriche, suivant sa politique , sut tirer avantage.

Aussitôt qu'on apprit à Vienne que Napoléon était libre , l'empereur d'Autriche envoya chercher le comte de Narbonne , gouverneur de Trieste, alors dans sa capitale , bien connu pour posséder l'entière confiance de son souverain. François voulut bien l'entretenir des nouvelles qui faisaient l'objet de l'attention publique , et ne craignit pas d'y mettre beaucoup d'intérêt. Lorsqu'il se retira, le comte de Mettemich, grtpd- .chambellan, ainsi que plusieurs autres grands personnages , parlèrent du désir qu'avait la maison d'Autriche , de voir le choix de Napoléon tomber sur l'archiduchesse Marie -Louise, qui,

professant la même religion et n ayant que di%neuf-ans , paraissait digne de remplir les vœux de la France, t Dans un cas pareil , disaient les diplomates autrichiens , nous serons à même de connaître les intentions du gouvernement français. S'il ne choisit pas une princesse parmi les maisons régnantes , il est évident qu'il a formé le dessein de les renverser toutes. » Immédiatement après cette conversation, le comte de Narbonneu envoya un courrier extraordinaire à Paris avec le rapport de ce qui venait de se passer. Le prince de Schwartzenberg , ambassadeur d'Autriche reçut de sa cour des instructions sur cette affaire. Le roi de Bavière était alors à Paris , et déclara ouvertement à son gendre , le prince Eugène, le désir qu'il avait que l'alliance de l'Autriche fût préférée à toute autre. Le prince Eugène, dans le dernier conseil tenu à cette occasion , insista avec force sur ce qu'on donnât la préférence à une alliance avec l'Autriche, parce qu'elle établissait plus qu'aucune autre, une influence, marquée sur l'esprit des Belges, des Italiens, des Bavarois et des Allemands. 13 n certain nombre de conseillers demandaient que Napoléon

374 PIEGlES SUR LE PRISONOriER

épousât une Française : les argumens qu'ils emj^Ioyèrent fUreht si pulssans , qii^ils firent, dit-on |>ôtir tm instant , pencher la balance en favear de leur avis. Quoi qull en soit , tout le monde, contint que, considérant l'état de grandéutet de prospérité où l'empire se trouTaît alors , lé premier objet qu'on devait avoir en vue , était d'obtenir un héritier. A ce sujet on tint un conseil extraordinaire , pendant lequel de longues discussions furent livrées , et ou les princesses d'Autriche, de tlussie et de Saxe, et même une Française, eurent leurs partisans. Les trois quart des voix se réunirent en faveur de Marie-Louise. A deux heures du matin le prince Eugène reçut l'ordre dé voir le prince de Schwartzenberg ; et le ministre des affaires étrangères fut autorise à conclure le mariage avec l'ambassadeur. O» dut prendre pour base et pour modèle du contrat celui de l'Archiduchesse d'Autriche avec Louis XVL Cette négociation fiit commencée et terminée le même jour. Voilà des particularité» qui , je jKînse , ne sont pas connues de tout le monde, et que j'ai été à même de recueillir de source certaine sur cette grande alliance.

DE 8AINTE-HÉLÈNE. 5'j5

Quant à ce que yen avais appris > et que je croyais' vérital>le , avant ce temps , fe veux dire qu'elle avait été décidée à Vieime pu moment de la conclusion du traité de paix , Ton m^a assuré que l'avais été. mal. informé. Napoléon, avec le caractère qu'on lui connaît , aurait rejeté avec mépris le projet d'une alliance qu'on lui aurait en quelque sorte imposée par un traité de pai». J'observe cependant que le manifeste autrichien publié en i8i3, parle de ce mariage comme d'une des conséquentes de la paix de Vienne.

D parait que Napoléon est très-altaché à Ma^ rie-Louise, et qu'il a la plus grande confiance en elle. On la représente comme une jeune prince&se modeste et religieuse , et de plus très-belle femme. Lorsqu'elle vînt à Paris , Napoléon alla au-devant d'elle jusqu'à Compiégne.^ L'acte civil fut célébré à Saint *- Cloud ; * la cérémonie religieuse, dans la grande salle du Musée-Napoléon, transformée en magnifique chapelle. Après avoir assisté au contrat civil , cinq à six cardinaux déclarèrent qu'ils ne pouvi^i^nl: être présens à la célébration, parce que, disaient-ils, ils blesseraient les droits du Saint-Siège ^ qui avait droit

d'iatervenir aux mariages des Souverains. Les évéques français , ainsi que la majorité des car-r dinaux, rejetèrent cette prétention intempestive ; et Ton assure que le pape blâma les cardinaux , qui furent exilés , et auxquels on donna l6 nom de cardinaux noirs.

Dans cette auguste solennité , on vit la réunion de presque toutes les beautés de l'Europe (celles de notre pays ' exceptées ) , celles des courâ de Naples, de Westphalie ^ d'Italie, du Piémont, de la Toscane i de Gènes , de Rome, de la Hollande et de la Belgique. Outre cette réunion de beautés qui formait l'assemblée la plus brillante qui fut jamais, presque tous les évéques et le^ cardinaux s'y trouvèrent. L'empereur d'Autriche y était représenté par son frère le grand?duc de Wurtzbourg, ci-devant grand-duc de Toscane. Vous ne devez pas être surprise que je sois si bien informé de tous ces détails : nos exilés prennent souvent plaisir à me les raconter ; c'est pour eux une espèce de consolation , dans la position où le sort les a précipités.

La cour des Tuileries et la ville de Paris donnèrent de brillantes fêtes. Schwartzenberg en

DE SAîÉfTE-HÉIÈNE. ' 377

offrit une au nom et en Thonneur d<e son maître. A cette occasion, il fit construire , dans le jardin de son hôtel , une vaste salle: Au milieu des rén jouissances , les rideaux des fenêtres ayant pria feu , en un instant lès flammes se répandirent dans toute la salle. Napoléon prenant son épouse dans ses bras , sortit avec le prince de Scbwàrtzenberg: Marie-Eouise retourna à Saint-Cloud, et Napoléon resta dans le jardin jusqu'au jour. Tout Tédifice fut la proie des flamnies. ^ ,

La princesse Pauline de Schwartzenberg , qui s était échappée delasalle,y rehtrapoury chercher un de ses enfans , et tâchant d'en sortir par une petite porte, eUe fut suffoquée par la fuihée et à moitié brûlée. On éprouva durant toute là nuit une inquiétude mortelle sur son sort ; et ce ne fut qu'au matin qu'on trouva ses déplorables restes. Le prince Kourakin , ambassadeur de Russie, souffrit beaucoup du feu, et environ vingt dames ou cavaliers se ressentirent de cet affreux accident. Ceux qui, en 1771» avaient été témoins des fêtes données à l'oecasion du mariage de Louis XVI avec Marie- Antoinette, se retracèrent la catastrophe dont les Champs-Élisées étaient

^jS Plicfifi SUR lE f JlI609DiIER

demqus. le théâ£ra, et où pr^ de deux, mille penannes périrent; ils virent uue fatale analogie, et tirèrent un triste augure dans celle qui venait d'arriver.

la névoliitioo qui défruiait le trône do Louis XVI , et le conduisit à i'échafaud , ne (ut pas moina Tëfiet de la rébellion de P^iris , que de la l'éaistance de la cour au!( volonf(^ et i^u^ befK^in&

du peuple; et ce fut à la fête donnéç par la yiljie que ce terrible événement eut lieu.

- %e changement de la politique de TAutriçhe à Dresde » a sans douto causé les malheux^s de Napoléon V et par conséquent sa ruine ; et ç^ f^t à la fête donnée par son ambassadeur quW en tira rhoroscope.

Quoiqu'on n'accuse pas Napoléon dotre mr peratitieux « il fut affecté de cet événeoiQnt , et kingttemps après, dans la matinée de la batoîlli^ de Dresde , lorsqu'il apprit que le prince de Schwartzenberg avait été tué » il dit : % C'était un brave homme , néanmoias il est consolant qu'il spit mort : c'était donc lui^ qua concernait le iatal augure révélé au b^l qui eut lieu pour moB mariage ! Nous en voilà g^rsiutis I » J>çux

P£ SAINTE -HÉLÈNE. 5'jg

heures après on lui apprit que c'était une erreur, et que Moteati venait d être tué,

L'inipreséion que cet accident lui avait Iais$ée, s'était ejBTacée, disait-on, par son. voyage en Bék^ gique et par la nai^nce de son fils, arrivée quelques mois après , le ^o mars 1811. On devait tirer cent coups de canony s' il naissait un ^[ar-* çon , èl vingt-cinq seulement si c'était une fi})e« Tout le monde à Paris était occupé à comptée les coups de canon jusqu'au vingt - sixième : à ce coup un cri universel de joie se fit enr tendre de tous les quartiers* La presque totaillté des habitans, par un mouvement spontané , se rendirent sur la place du Carousel et dans le jardin des Tuileries. Tous les potentats de CEu*rope ( le nôtre excepté ) envoyèrent des ambasrsadeurs extraordinaires^ pour coinplimenter la cour de France en cette occasion. L'empereur de Russie dépécha le prince Kourakin , ministre de l'intérieur ;* l'empereur d'Autriiiîhe , le prince Clary , avec tous ses ordres enrichis de brillans du plus grand prix, pour en décorer' le jeune prince.

Peu de mois après sa naissance, les souverains

de la. France firent un voyage à Cherbourg « pour voir les grands travaux qu on faisait dans ce port , et de là en Hollande où leur entrée fut extrêmement brillante.

J'ai souvent entendu les Français de Longwood faire un éloge pompeux de la princesse Charlotte d'Angleterre, sœur atnée du prince régent , et reine de Wurtemberg. Elle est , diaaient-ils, douée d'une bonté , et d'upe douceur admirables , et mérite les plus grands éloges pour la manière^ avec laquelle elle a supporté toutes sortes de mauvais traitemens.

Enf marchant sur Ulm en i8o5 , Napoléon à la tète de son armée entra à Stutgard , dont la cour célébrait en ce moment le mariage du prince Paul y fils du Roi , avec la fille d'un prince de la maison de Saxe. Toute la famille de Wurtemberg était réunie. La reine étant née princesse d'Angleterre , éprouva d'abord un peu d'embarras, ce qui n'échappa point à Napoléon, qui le dissipa sur-le-champ par les attentions et les égards qu'il lui prodigua. Dans la suite, Napoléon s'arrêta souvent à Stutgard, et conserva toujours les mêmes sentimens pour la reine. Ce

BE SAINTE -HÉLÈNE. 38l

fut elle qui fit lé mariage de la princesse Catherine, fille du Roi de Wurtemberg, et de sa première femme, avec Jérôme, créé roi de Westphalie. Ce mariage unit la famille de Niapoléon à celle de Brunswick , et forma une nouvelle alliance avec celle de Russie. La princesse Catherine a eu plusieurs enfans, et on la dit très-attachée à son mari. C'est elle qui a écrit la lettre publiée dans les essais politiques et militaires sur la^Russie , lettre qui lui a acquis leatime et ladmiratîon universelles, excepté peut-être celle des par^ tisans de la légitimité.

Au sujet de ce mariage, madame Bertrand me dit^ « Vous voyez que la maison de Napoléon est alliée à toutes les maisons régnantes de l'Europe, même à celle de Prusse, car il y a quelque temps qu'une nièce de Murât épousa un prince de HohenzoUern.

< Le jeune Napoléon , qui dès sa plus teiidre enfance a excité l'attention de diverses nations, est aujourd'hui âgé de six ans i et passe pour iin enfant doué, d'une manière surprenante, de tous les avantages de la nature , au moral et au phy^

30â PIÈGES SUS. LE JPRISOKNIER

siquc. Petit -fib dé rcmpereur d'Autriche^ a^^ rière-petit-'fils du roi de Naples^ issu par conaé*tpiefit des maisonâ de Loraiae et de Bourbon; il serait devèfÂru, sang lés événemens, rob)6t des eSp^ftoces des Italiens et des Frauçafs ; quand d'un autre eèté, il n'aurait pds eu dei diroits héitàdltaireS' Mt trône impérial.

€ L^on ne peut s'empédher d'être surpris que le fils de Napoléon puisse être arrtère-petît-fife de cette reine Caroline ^de Ndjplés, qui «toujours été la plus mortélTe ennemie de tout ce ^î porté le nom Français. Jai cepeûtfent ' ouï dire que , lorsque, dans cm derniers tenvps, elle parut à VîèMie, elfe prit pfaîsir à caresser le jeune Napoïéoii, et qu'allé faisait tous ses efforts pour consofer sa ]^ôtite-fiHe Marie-Louise. »

Récàpitulani un jour avec la rtiême daUie , toutes les alliances que la famille de Napoléoi% ataît fdrrtèés atec-lës maisons souveraines de ifMf^dpe r ellë'^ r- « Il eitiste tnamtenant de ces ëttiSëé^iy le j^inie Napoléon , un fils et trois filles du prtncè Eugène et de' la princesse deJJavière, un fils et une fille de la •princesse de Bade et du

DE SAtATE-HiliNE. 59S

Grand-Duc ; detl* fil^ de Jérôme et de la prilicosse de Wtirtbilibérg * fct ^usieurs eafans an prince de Holïe«z6ftern. »

J'ai l'honneur d'être, etc., etc.

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