‹ Recueil de pièces authentiques sur le captif de Ste.-Hélène; de mémoires et documens écrits ou dictés par l'empereur Napoléon. Suivis de lettres de MM. le grand-maréchal comte Bertrand, le comte Las Cases, le général baron Gourgaud, le général comte Montholon, les docteurs Warden, O'Meara et Autommarchi, et plusieurs personnages de haute distinction (volume 2)Chapitre 21 sur 24 · LETTRE VI · texte numérisé non relu

LETTRE VI

Cap db Bovne-Eipcmiieer 8 ^ai.

Ma dHEUfi AMIÉ,

Nous sommes arrivés à Sainter^'HulèQe , èft )o n'ai plus autant d'occasicift àa voir Na^oféOm 9 néanmoins pen<lanf 1« umjs d'oclofan et de Mr4 vei»b#e».)ai vu les eetîlés français presque toue les joutsl' On crut idc'iibord cpiils logeraidqt^ Ptantation-'HMie :^:mmsofk de la Ffaàttation)i, très^joUe maison de carapQgnevbâtioipoUr lairé^ sidence du gouvJâmeurvel qa'ob>peut ccmpaKxf à une campagne du seeondlor«b*e earAngleterBei; n y a un très^bôau ^^fardin^ ded caut et de l'on^ brage, ttois choses indispensables soitt-lot«ept-^ que , tion-«eulcihent à la santé , mai» métiie à l'existencC': dansle ^din^.on trouipe' à côté des

chênes les plus touffus, les plantes odoriférentes

des Indes > en pleine; floraison. Comme, outre cette maison de campagne , le gouverneur en a ime très-belle à la ville, on avait pensé qu'il irait l'occuper tandis que les nouveaux arrivés auraient habité l'autre : cet arrangement aurait été peu dispendieux ; mais il en a été décidé autrement.

Longwood qui va devenir la résidence de Napoléon , était habité lors de son arrivée par le lieutenant gouverneur, le colonel Skelton et sa famille, qui mirent <](uelque6 jours à l'évacuer. C'était dans le prindpe une grange très -mal bâtie.' Le chevalier Georges Côd&bum, avec l'empressement . çt Tactivité qui le caractérisent , employa ses matelots à^y pbrter* du bois et d'autves oitiatériaux , et se» ôharpentieirs à y construire xie nouveaux apparteniens , ou à rendre tes;anciens plus habitabii^Sir Cette mesure, dans un. pays cémme Sainlb^Héiène,» devait nécessairement ^être très^ispendieu{(e; et ceux qui connaissent File jugèrent d'avance qiie Napoléon serait très^mal ]6gé,':parce qu'il n'y a à Longwood, ni eau; ;ni'terdujne, ni; ombrage; car oh ne

DE 9ÀlNTE.-HiLÈNE. 5B5

peut donner ce nonTà quelques arbustes d une espèce chétîve , semés çà et là dans un terrain sans cesse desséché par un vent violent , qui n'a jamais permis de former un potager dans ces quartiers.

Tandis qu'on préparait cette habitation , Napoléon habita les Briars (les Ronces ) , petit pavillon consistant en une seule, chambre de quinze à seize pieds de longueur , dans laquelle était placé son lit de camp : cette chambre lui servait aussi de salle à manger et de cabinet. Le pavillon contient encore une petite antichambre avec une espèce de grenier, dans lequel logeaient Las Cases et son fils. Le comte Bertrand et sa famille , ainsi que le comte M ontholon , son ' épouse et le général Gourgaud, furent placés dans une pension à Jamestown , d où ils venaient re]:idre leurs devoirs à Napoléon. Les Briars sont éloignés de la ville, d environ un mille et demi; et une partie du chemin forme une promenade très-agréable. A cinquante pas du pavillon se trouva la maison du propriétaire , négociant estimable,, appelé Balcombe. Derrière son habitation on trouve un jardin bien cultivé, et la to- //. 25

lalité de' cette plantation peut contenir environ cent acres.

^L Bakombe est Anglais : il est établi à Sainte- Hélène depuis plusieurs années. Sa famille se compose de sa femme et de deux demoiselles, dont l'ainée a seize ans et la plus )eune quatorze: û n y a que peu de temps qu elles sont arrivées <l'Angleterre , où elles étaient restées pour faire leur éducation : elles parlent le français avec assez de correction. Vous savez combien on a fabriqué sur leur compte d'histoires , et d'anecdotes aussi fausses qu'absurdes , et dont le but était de tromper le public.

J ai eu occasion de visiter les Briars plusieurs fcfis y et j'y ai appris que Napoléon y vivait à peu près de la même manière qu'il le faisait à bord. U quittait rarement son appartement avant quatre heures du soir ; à cette heure il se rendât au jardin , et s'y promenait jusqu'à environ six heures; quelquefois il se contentait de faire que^ ques tours sur la pelouse qui est devant la maison. Lorsqu'il y rencontrait les demoiselles Balcombe, accompagnées de leur mère, il causait avec elles et montrait beaucoup d^amabilité.

DE SÀINTE-HÉLENB. SS^

Après son dtner il allait ordinairement visiter cette famille , et faisait une partie de wisk. Pendant les deux mois qu'il resta chez M. Balcombé^ il ne s'est absenté qu'une seule fois pour voir le major Hudson, qui avec sa famille habitait, une petite maison au pied de la montagne des Briars, oà il avait formé un jardin d*où l'on jouk d'une vue délicieuse. Dans cette excursion , Napoléon eût une conversation d'une heure aveè le major et son épouse ; il carressa beaucoup leurs charmans enfans. Je ne croîs pas qu'il ait vu Tamiral plus d'une fois depuis son arrivée. Il fut fort étonné de se trouver si mal logé; et quoiqu'il eût appris des^ habitans , qu'il aurait pu l'être beaucoup mieux, il ne se permit pas un seul mot de plainte. U n'en fut pas de même de ceux qui l'ont accompagné à bord du Northumberland , ils n'eurent aucune altercation avec l'amiral ; mais depuis leur débarquement , sôit qu'on ait eu moins d'attention pour eux, soit qu'ils fussent aigris en se voyant dans un si mauvais pays que Sainte-Hélène , il ne se passa pas un jour sans querelle.

L'amiral donna plusieurs bals , auxquels tous

5i{8 PIÈCES SUE LE PRISONNIER

les Français assistèrent ; on assure qu'il envoya une fois une carte au comte Bertrand pour Napoléon. On n'y répondit pas, parce qu'elle était adressée au général Bonaparte. Napoléon dit à Bertrand en la recevant : € Celte carte est pour

« le général Bonaparte? Les dernières fois que .c j'ai entendu parler de lui , ce fut à la bataille

€ des Pyramides, et à celle du Mont-Tabor. » Je ne crois pas que cette réponse soit jamais venue a la connaissance de l'amiral. A ces bals, ' la toilette des dames Françaises était si remarquable qu'elle excita l'envie de toutes les femmes des officiers.

Vers la fin de décembre, Longwood ayant reçu toutes les améliorations possibles, on y fit venir les Français , qui éprouvèrent une sorte de satisfaction de se trouver tous réunis. Quatorze ou quinze jours après , j'allai les voir , et j'avoue que je les trouvai logés peu convenable* ment. Le comte Bertrand et son épouse demeuraient dans une chaumière à environ un mille de Longwood ; ils avaient deux chambres et un grenier, mais étaient privés d'ombre et de jardin. C'était la seule habitation qui se trouvât

DE SAINTEr-HÉLENE. 38^

dans le voisinage , et ce fut sur leur demande qu'on la prit. Des ouvriers étaient conlinuelle" ment occupés à leur construire une maison à deux cents pas de celle qu'occupait Napoléon. Le comte Las Cases et le général Gourgaud occupaient des cabanes de bois couvertes , suivant la coutume du pays , avec du papier goudronné. L ex-Empereur avait, je crois, quatre pièces pour lui seul. On lui fit construire une salle de bains, commodité jusqu'alors inconnue dans ce misérable pays. Longwood, quoique situé dans la partie la plus désagréable de l'ile , jouit cependant d'un grand avantage , c'est d'être sur un plateau uni, de près de cinq milles de circonférence ( environ trois lieues ).

Le, climat de Sainte-Hélène est peut-être le plus extraordinaire qu'on puisse trouver sur le globe, car en moins d'un mille, on passe de la température la plus froide à la chaleur la plus insupportable. Ainsi, à Longwood, le feu fait plaisir pendant six mois de l'année ; il se passe peu de jours sans pluie , et le plateau est souvent environné de brouillards, tandis qu'à deux ou trois mille de là, vous éprouvez la chaleur brûlante

5gO PIÈGES SUR L£ PRISONITIER

de la zone torride. L'humidité de quelques parties de nie occasionne des dissenteries qui font souvent d'affreux ravages parmi les habitans. En général la population est pauvre , mal nourrie et ignorante. La viande salée compose la partie principale de sa nourriture. Son isolement du reste du monde perpétue son ignorance , et elle eat indifférente à tout, si Ce n'est de ce qui s'y passe à l'arrivée des flottes de l'Inde et delà Chine. L'arrivée de ces flottes est en effet d'une grande impoi:tance pour les habitans ; car c'est la seule occasion qu'ils aient de faire quelque commerce. Alors ils couvrent le port de leurs volailles et de leurs légumes , rafraichissemens indispensables après une longue navigation > et vendent chaque objet le triple de sa valeur. Sans ce trafic , Tile serait déserte. C'est , grâce à ces rafraichissemens, qu'elle est devenue le rendez-vous des vaisseaux qui viennent de l'Inde ; et à peine se passe-t-il un jour, sans qu'on n'envoie arriver quelquesuns ; beaucoup s'y arrêtent aussi pour renouveler leur provision d'eau douce. Les vaisseaux qui viennent d'Angleterre y s'éjournent rarement. Malgré le désagrément qu'on éprouve à Long-

wood , Napoléon y était beaucoup mieux qu'aux Briars , parce qu'en quittant ses appartemens , il pouvait se promener en voiture, pendant TeS'pace d'un mille , autour d'un petit bois d'arbres à gomme , ou faire à cheval une tournée de cinq à six milles en côtoyant une vallée , appelée par Içs Français la vallée du Silence. C'est en faisant une promenade de ce genre qu'ils virent une jeune fille de seize à dix-sept ai;is , qu'ils nommèrent gracieusement la Nymphe de la vallée. Lorsque Napoléon passa devant son habitation , elle le salua avec simplicité; sans descendre de cheval, il lui adressa quelques mots en mauvais anglais. C'est cette rencontre qui a fourni à M. Warden son histoire sur M.^« Robinson. , Le colonel Skelton et son épouse, ancien^ habitans de Longwood, le visitaient souvent et dînaient quelquefois avec lui; il se plaisait beaucoup à converser avec madame Skelton, qui ayant été élevée en France , en parle parfaitement la langue. 11 recevait aussi de fréquentes visites des officiers du 55.*"« régiment, qui étaient extrêmement satisfaits de la manière dont ils en étaient traités.

ZQ2 pièges sua IE ^KISOUlflER

U n'y avait pas de garde à Loûgwood, excepté à l'entrée de l'habitation, où Ton avait placé une trentaine de soldats. Aucune personne n'était admise à Longwood sans la permission de l'amiral , du gouverneur , ou celle du chevalier Bingham et du général Bertrand. Les étrangers, après avoir obtenu l'agrément des autorités anglaisés , devaient adresser leur demande au comte Bertrand , par lequel ils étaient informés du jour et de l'heure où ils pourraient se présenter; ce qui était ordinairement un )our ou deux après leur demande. Son laissez-passer suffisait pour leur admission, et tout le temps qu'ils restaient dans l'ile, ils pouvaient rendre leurs devoirs à Longwood , sans avoir besoin de faire d'autres démarches. L'amiral avait arrangé les 1 affaires de manière que , connaissant à l'avance ceux qui demandaient des permissions , il ne pouvait y avoir aucun inconvénient à craindre : de cette façon tout le monde était satisfait. Des piquets étaient placés sur les montagnes environnantes , de façon à laisser aux exilés uiae promenade de cinq à six milles , sans être accompagnés par personne. Si cependant ils voulaient

xlépasser les limites filmées , ils devaient avoir un officier avec eux , comme lorsqu'ils, allaient â la ville. Peu d entre eux , excepté madame Bertrand , les généraux Montholon et Gourgaud, profitèrent: de la permission dtJler en ville à cette condition. Quant à Napoléon , il déclara qu'il ne voulait rien faire qui pût laisser croire qu'il, reconnaissait dans le gouvernement anglais des droits ^ur lui. Les personnes de sa suite réclamèrent pour elles le droit de se promener librement par toute l'île , excepté vers la ville ou sur les bords de la mc^. • H est fort aisé, disaient-elles, de garder une aussi petite île, en plaçant sur les côtes quatorze ou quinze détachemens de dix-huit à vingt hommes chacun , assez. près les uns des autres pour communiquer entre eux en peu de minutes ; d'ailleurs , la mer étant gardée par les bâtimens qui croisaient tout autour de l'île , quelle crainte peut-on avoir?» ^

Les nouvelles d'Europe , des mois de décem»^ bre 1 8 1 5, janvier et février 1 816 , nous étant pc^îrvenues,le sort de Murât fut annoncé à Napoléon, qui se contenta de dire: < Les Calabrois sbnt

plus humaiDs que le ministère britannique : lorsqu'on veut se défaire d'un homme , une balle est le moyen le plus doux et le plus noble qu'on puisse employer. » Ce propos fut su et causa dans le public une vive sensation.

Il fut très-surpris qu'on eût mis Ney en )uge^ ment: «je ne puis concevoir, dit-il, coiniBent K les alliés ont pu violer avec autant d'effronterie « la capitulation de Paris (i). On peut comparer « la violation de ce traité à la conduite qu'ils tin- « rent, lorsqu'il fut question d'exécuter les cajMc tulations de DaUtzick et de Dresde. Les avocats « de Paris, coiitinua-t-il , ont, en général, montré « peu de courage et de talens en faveur de leurs « cliens : Cambrone est le seul qui ait fait une dé- « fense honorable. Il est difficile de croire que le « ducd'Otrante, de mon temps ministre de la po- « lice, ait pu signer une liste de proscription. Com^ « ment les noms de Bertrand^ de Cambrone et de t Drouot, qui n'ont jamais servi les Bourbons, qui

(i) Mous avons ^èfà dit que l'article la garantissait roitbli pour tout cè qui s*était passé durant les Gentiouvr«.

DE SÀINTE-HEtÈNE* SqS

n ont point été commissionnés par eux , qui avaient quitté la France et avaient toujours été à mon service , ontr-ils pu figurer sur ces listes ? Ces hooimes dont le caractère et la fidélité méritept les plus grands éloges, ont été condamnés par des généraux qui avaient prêté serment de fidélité au roi , reçu la croix de Saint-Louis de sa main > qui lui avaient juré obéissance » et qui peu de jours après ont repris la cocarde tricolore , foulé aux pieds la cocarde blanche , jeté avec dédain la croix de Saint->Louis , et fait la guerre à Louis XVIII ! On a condamné , a joutat-il » des prévenus , d après les lois faites sous la république et sous la quatrième dynastie contre les Bourbons , pour la conservation de la république et de la dynastie impériale I G)rament concevoir un pareil ordre de choses? C'est en vertu d'une loi dirigée contre les Bourbons par un gouvernement usurpateur ^ que le gouvernelâent des Bourbons fait juger des citoyeus. Comiaent concilier les dix-neuf ^ns , du règne de Louis XVUI, avec rapplication des lois faites « sous une république rebelle y et par un gouvernet ment usurpateur? Les hommes qui défendaient

la nation contre la coalition de l'Europe , sont condamnés , et les sujets fidèles sont ceux qui ont combattu contre leur pays : tel est le gênérai Bourmont^ qui déploya le drapeau tricolore avec Ney , le 1 7 mars , qui vint ensuite à Paris nie prêter serment de fidélité , et fut employé dans son grade de général de division; qui, pendant trois mois, a été chef d'état -major à Metz, sous les ordres de Gérard, et qui, le 14» deux jours avant la bataille dé Waterloo , déserta avec deux de ses officiers pour passer à l'ennemi. Bourmont , qui a servi de témoin contre Ney, est un bon Français; il a défendu son pays...! Non: jamais la raison humaine n'a été insultée d'une manière aussi méprisable. — « Louis XVin se joint aux puissances étrangères , « et il signe avec elles un traité d'alliance. Elles c font ensuite un traité de paix avec lui. C^est la «première fois qu'on ait conclu un traité de « paix avec des alliés ! Par ce même traité de paix^ c êcébons ^t loyaux alliés ont imposé à ses sujets une • contribution de sept cent millions!!!! Toutes a les proclamations de ces loyaux alliés , de ne « pas forcer la France à recevoir un gouverne-

a ment quelconque malgré elle, et de ne faire c la guerre qu'à moi seul, ont été regardées comme « nulles et non avenues , aussitôt que Paris leur «a été vendu, et que larmée de la Loire a été « licenciée, b

On me prouva que lun des jugemens qui soulevaient tant la bile de Napoléon avait été rendu en vertu d'une loi faite sous Robespierre , peu de jours après celle qui envoya Louis XVI à l'échafaud! Je dois l'avouer; je fus confondu en voyant les principes ainsi renversés , et je n eus rien à répondre à ceux qui me dirent : « Que des hommes condamnés d'après de telles « lois, n'avaient point été jugés; que jamais c l'on n'avait amalgamé un aussi grand nom- « bre d'absurdités et de contradictions: qu'un « roi légitime^ en mettant ainsi à exécution « des lois faites par un gouvernement qu'il qua- « lifie du nom A' usurpateur ^ protestait en quel- « que: sorte lui-même contre sa légitimité y et c proclamait hautement, à la face du monde € entier , que la légitimité de son propre gou- « vernement ne craignait pas de se donner « l'apparence et les torts de X usurpation, puis-

c quelle employait les moyens des usurpa- « teurs. »

J ai l'honneur d'être , etc. , etc.

LETTRE Vil.

Cap de Bonne-Espérance , le i3 mai 1817.

Ma chère làdi C ,

L'examen de la partie la plus importante de l'ouvrage de M, Warden commence ici. Le docteur représente Napoléon monté sur des tréteaux , et lui adressant une longue harangue au sujet de la conspiration de 1804, des suicides de Pichegru et du capitaine Wright, de lexécution du duc d'Enghien , et des événemens qui eurent lieu à Jaffa, pendant ta campagne de 1799. 11 est à regretter que notre compatriote n'ait pas suivi l'exemple de Tite-Live et de Thucidîde , qui du moins , lorsqu'ils font parler leurs héros, ont toujours soin de mettre leurs discours en rapport avec leurs caractères et leur situation, et qui surtout prennent bien garde de leur faire dire des choses invraisemblables.

DE SAINTE-HÉLÈNE. 5gg

L'objet de la conspiration tramée à Londres en 1 8o4 , et que Georges , Moreau et Pichegru devaient exécuter à Paris , était , suivant Napoléon, t L'assassinat du Premier Consul et le rétablissement des Bourbons. » Elle échoua complètement, et la nation française éleva le trône impérial sur lequel elle plaça Napoléon. Pendant mon séjour en France , j'ai fait beaucoup de recherches sur cette époque intéressante. Leur résultat me convainquit de la fausseté des renseigneméns qu'on nous avait transmis. Depuis mon arrivée à Sainte-Hélène , j'ai eu occasion d'extraire d'excellentes notes d'un manuscrit très-précieux que me prêta le comte Las Cases , manuscrit qui contenait l'histoire

de 1804.

La paix d'Amiens ne dura pas plus de dixhuit mois. En mars i8o3, un discours émané du trône annonça, de la part de l'Angleterre, une rupture inattendue. A peine la lutte fut commencée, que le gouvernement français manifesta l'intention de porter le théâtre de la guerre au sein même de la Grande-Bretagne. Bientôt des camps couvrirent les plages de Bou-

logne , de Dunkerque et d'Ostende ; des escadres formidables furent armées dans les ports de Brest, de Rochefort et de Toulon. De tous les chantiers sortirent des essaims de chaloupes canonnières , de péniches, de bâtimens de transports et de petites embarcations ; des mH-^ liers de bras creusèrent des ports pour recevoir les nombreuses flotilles qui étaient destinées à l'attaque. En Angleterre, toute la population courut, aux armes. Pitt lui - même , abandonnant les paisibles travaux de l'échiquier, se .fit faire un uniforme, ceignit l'épée, ne rêva. plus que guerre et batailles. Nous vîmes notre respec-» table et vénéré monarque abandonner son palais et passer une grande partie de ses journées au milieu des soldats et dans les camps qui , aussi nombreux que ceux des Français, furent formés dans les comtés, de Kent et de Suffrex , près de Deal et de Douvres. Lei^ armées rivales se contemplaient en silence et n'étaient séparées que par un étroit canal couvert de nos vais-' seaux.

Le ministère britannique (suivant le manuscrit dont tout ceci est extrait ) employa ep vain

DE SAINT£-BÈ]:.ÈifE. 4oi

tous les moyens possibles pour armer les puigjsances continentales ; mai s la Russie , rAutrïche, la Prusse et TEspagne étaient alliées ou amies de

la France, à qui presque toute l'Europe obéis^ sait alors. Il fut également trompé dans les tentatives qu'il fit pour rallumer la guerre dans la Vendée , qui lui avait jadis rendu de si grands services. L esprit public des départemens de Touest avait totalement changé ; le concordat conclu avec le pape avait attaché tous les prêtres à Napoléon, et il s'était concilié l'amour des dernières classes de la société , ' par les immenses travaux publics auxquels il les occupait sans cesse. Ces travaux étaient : l'ouverture de canaux intérieurs entre Brest et la Loire, et surtout de celui qui , joignant la Vilaine à la Rance , permettait aux caboteurs français de se rendre des côtes de la Loire-Inférieure à celles de la Normandie , sans être obligés de faire le tour de la Bretagne, et de doubler le cap d'Ouessant ; c'était encore la fondation d'une . nouvelle ville qui s'élevait au milieu de la Vendée, et la création de huit grandes routes, qui, traversant les départemens de l'ouest, y faisaient fleu-

4oâ PIÈGES SUE ïiE PRISONNIER

rîr le commerce et Tagricultureé Des sommes considérables avaient été envoyée? aux Venr déens, pour rebâtir les maisons que la guerre .civile avait détruites.^ Le cabinet de St«- James paraissait n'avoir aucon espbir du cité dos' puis* sauces étrangères, ni du côté des royafiates de •la Vendée, tant que Napoléon gouv^emeraif. Cependant, une diversion était absolument né» cessaîre, quoique le gouvernement britanniipie eût été souvent trompé par les royalistes qui, tpcmipés eux-mêmes, par leurs iHusIoqs, Ta* vaient plusieurs fois engagé dans des expéditions intempestives et ruineuses. On songea de nouveau à s'en servir; mais on voulut leur donner des auxiliaires; et, comme on avait à Londres une haute opinion de la force du parti )acobin , ^ les ministres se persuadèrent qu'un grand nombre de personnes de ce parti , mécontentes de Bonaparte, se joindraient aux royalistes; on compta aussi sur plusieurs. généraux jaloux de la gloire de Napoléon, A leur tête , on plaça Moreau. On espéra qu'en combinant les efforts de ces partis de sentimens opposés, mais unis par les mêmes intérêts, on viendrait

. DE SÀIHTE -HELENE* 4^

à bout de former une faction capable d'opérer des diversions considérables. I^oreau, mécoo-* tent , fut influencé par sa mèire et son ^ppusç « deux intrigantes nées à FIle-de-Françe : it se mijt en opposition avec Napoléon, et condanuia ouvertement le concordai, et surtout l'institution de la Légion d'honneur (i)- U s'était réconcilié avec Pichegru , qui avait été son compagnon d'armes aux armées du Rhin et de la Moselle, quoique par un ordre du jour il leùt déclaré , en fructidor de Tan 1 797 , traître à la république , en envoyant au Directoire les papiers contenant sa correspondance avec l'ennemi, et qu'on avait trouvés parmi les bagages du général autrichien Klinglin. Pédant l'intervalle àjd la paix d'A-

(1) Dans un repas donné à Grosbois^Moreau, enchanté

des éloges que les convives prodiguaient à son cuisinier^

le manda dans sa salle à manger ; 6t là 9 après lui avoir

répété, avec une gravité grotesque 5 le panégyrique d*un

certain ragoût , il lui présenta la casserole dans ^quelle

en fumaient encoriB les restes odorans: 1 Tel^ lui dit-il

f solennellement, en récompense de vos bons et loyaux

f services^ nous vous décernons celle Casserolle d*hon-'

« ncur. »

4o4 PIÈCES SUR LE PAISONÏ^ÏER

miens , lorsqu'on pouvait communiquer avec facilité , une correspondance très-suivie s'établit entre ces deux généraux ; leur réconciliation parut sincère , et le parti royaliste put compter sur eux.

Un agent à Munich et un autre à Stutgard demandaient des fonds nécessaires au parti 0 quHIs assuraient devoir commencer la guerre civile en France. L'abbé Ratcl avait des intelligences à Abbe ville , à Amiens , dans FArtois , et faisait les plus bel^s promesses. Il y avait à Londres deux cent cihquante à trois cents officiers chouans , payés par les Bourbons, et ces officiers entretenaient des correspondances en Bretagne et en Normandie. On envoya des pleins pouvoirs et des sommes considérables à l'agent placé a Munich. Le commandement des croisières, établies à l'embouchure de l'Escaut et de la Somme , fut donné au chevalier Sidney Simith; et un cutter, sous les ordres du capitaine Wright , fut employé à seconder les plans de George. Le aS août 1 8o3 » le

capitaine Wright conduisit d'Angleterre en France, George, Villeneuve, La Haye, Saint-

DE SAINTE -HÉLÈNE. l^o5i

Hilaire ( ces deux derniers prirent part à la tentative du 3 nivôse ), Querel, Picot, Labonté , Proche et Jean Marie , tous gens d'un courage éprouvé, et connus par différens coups -demain pendant la guerre des chouans. Us débàr*^ quèrent au pied de la Falaise de Béville, entre Dieppe et Tréport , près d'une petite ferme dont le propriétaire avait été suborné et gagné au parti , et qui fit les signaux dont on était convenu. Du haut de la Falaise, il descendit une corde , à l'aide de laquelle ils escaladèrent le précipice qui était perpendiculaire, isolé de tous côtés, et qui par conséquent ne pouvait at* tirer l'attention des gardes-côtes ni des doua? niers. Parvenus à la ferme , George et ses corn? pagnons y passèrent la journée , et partirent pour Paris dans la nuit. On leur avait procuré des logemens sur la route , dans lesquels ils se reposaient le jour, ne marchant que de nuit par des chemins détournés , et se faisant passer pour des contrebandiers. Comme ils payaie;ut généreusement , ils engagèrent tout le monde à leur garder le secret. Arrivés à Paris , par le moyen

4o6 PlicBS SUR LE. PRISONNIER

dé l'or , qu'ils n'épai^naient pas , ils trou'vèreiit des gens qui voulurent bien les cacher.

Le I o décembre , le capitaine Wright efièctya un autre débarquement y composé de Coster et Saint-Victor ( tous deux impliqués dans l'affaire du 3 nivôse ) , de Tamêrlan , d'Elau « gens de inéme étoffe, et d'Armand de Poligilac , noble émigré. Dans le même temps, le général Lajollais , qui avait servi avec Moreau et Pichegru , et dont la femme avait été maîtresse du dernier , faisait de fréquéns voyages d'Angleterre en Firance, et de France en Angleterre , portant les dépêches de ces deux généraux. Dans son dernier voyage , il annonça que Moreau était prêt à tout entreprendre contre le Premier Consul y que le moment et les circonstances étjpiient ùtyoràbles, et qu'il n'y avait pas de temps â perdre. ||in conséquence de ces informations , lo 1 6 janvier i8o4« le capitaine Wright fit un troisième débarquement à la Falaise de Béville .: il. mit à terre les généraux Pichegru et LajolIai|^> Rossil- Icm • Rochelle , Armand Gaillard ( vendéens et chouiois ) , Jules de Polignac ^ le marquis de Rivière , nobles émigrés ; le dernier était le con-

DE SAINTE- «ÀlilfeKE* l\0^

fident intime d'un haut personnage. U se fit des débarquemens partiels d'environ cinquante chouans , en Poitou et en Bretagne , et ces chouans se rendirent â Paris par différentes routes. On petit dite ^ue pendant les mois de septembre « octobre , novembre et décembre » Napoléon fut placé sur un volcan. Trois espèces de gens débarquèrent à la Falaise de Béville » des chouans , des vendéens familiarisés avec les crimes de tout genre , des nobles , sous les ordres de Rivière et de Polignac , enfin des personnes qui, pendant la révolution, avaient servi sou& Moreau ou Pichegru. U parait qiie Rivière et Polignac ne réussirent dans aucune des ten^ tatives qulls firent auprès des émigrés ren-> très, qui, tous, regardèrent leur entreprise comme un acte de folie, leur refusèrent un asile , et ne voulurent avoir rien de commun avec eujt.

Vers ce temps-lâ , un nommé Leclerc, agent de 1 abbé Ratel , fut arrêté à AbbeviMe : on saisit :

ses papiers, parmi lesquels se trouvèrent déS'

« rapports insignifians d'espionnage; mais 6n y*

découvrit des relations mystérieusem qui paru-

4o8 PliCES SUR LE PRISOÏfNIER

vent mériter- attention. 'On y parlait de débarquement de chouans , qui devaient frapper un

grand coup. .

« Le fameux Uéhée de la Touche , ancien jaco*

bin forcené , mécontent de Napoléon qui lavait exOé à Tile d'Oléron , se sauva à Londres on les princes de la maison de Bourbon laccueillirent» 11 eut plusieurs conférences avec l'évéque d'Ar^. ras et quelques-iims de nos ministres ,. par qui il lut lenvQyé à :]V|unich , où il se fit connaître â l'agent anglais : de là il se rendit à Paris , d'où il correspondit pendant quelque temps avec nos agens à Munich et a Stutgard ; mais n'ayant pas ^pande confiance dans les émigrés , et détestant les Anglais » il se détermina à tout révéler â la police, qui lui ordonna de continuer sa corres^ pomdance. Cependant. comme on ne se fiait pas trop à. lui y un officier de la garnison de Stras-* bourg , d'une fidélité reconnue , fut envoyé^ avec ses lettre et des instructions. Cet officicr.se présenté à : et à et confirma tous les. rapjports

de Méhée. En conséquence de la stricte surveillance (de la police de Strasbourg sur le , di^ché de Bade, on découvrit qu'il, s'y faisait des^mour

Dfi SAiftTE-HÉLÈNE. 4^9

Temeos çxtraordinaires.Un certain Massèy^a^nt du parti , résidait A.Qffembourg, iayec Iç d»c d'Enghien , et correspondait a^ec les intdjgans de Tintérieur, à qui il faisait passer de Tardent. Le prince lui-même était venu fréquemment à Strasbourg, et il allait plusieurs fois par semaine sur les bords du Rhin, sous prétexte de. parties de chasse ; là , il avait des .conférences. avec dif* férens. agens. Une certaine bar.onne de Reich ; sur laquelle on avait des soupçons depuis long*» temps, paraissait plus affairée que de coutume. Enfin la police de Paris, dès le moîs^le sep* tembre, avait fait arrêter des chouans et des brigands, qui, n'ayant point été amnistiés, s'étaient cachés dans Paris , et ne pouvaient donner aucune bonne raison pour s'exposer à un péril certain , s'ils étaient découverts.' Parmi eux se trou vaient Picot et Quérel , qui avaient déb^^^qué à la Falaise deBéville. Toutes ces circonstances roupies prouvaient évidemment qu'il ^e traquait uncomplot , > n;

Vers la fin de janvier , Napoléon lisjsitit un soir les rapports de tous ces faits, pensa qu'en fai7 sant faire le procès à quqlque^-uns des chouans,

/|1Ô PlÈGEi SUJl LE /ftlSÔNNlSlt

qui étaient dUitîs tes piisevis^ Téé^t* dKûn par- Am poiHTait'én imgâger itt â aTOiler te qu'il SttvaiUefli eotiséqueace ôniHHïiiiïènçaparQiËérd, marqué sur ia iiate tdes cbouœas comoie ohiirur^ gieni €et honhiie fut èatoyé par le gtand |uge, defBBt un cotieàil ée{|:Uelte , ^t fut cdildateiiié à ttior^. Cloihme Wx k ùondatsait aii supplice, il deONiBda peffidisdioii «te paHër, p^iatettant de ùipè des découvertes Importantes. Le gékiéral iiiuristôki , employé près du Preûiier Consul , eut à peii]!e> te tèâips dartivèr asseÉ tôt^ pour £tft%M6pettdh*^f exécutiou. ftéal, cousdUer d'état, «e fendit é fe ^^y^risèù -, et Quêrêl lili avoua ^qu*il ^^etÊBôk d'An^etélri^ ; qu'il avait débarqué le d j aoftt i'&63 i la Falaise de BéviHe atec George et pkiSfeUt^ aiMrefs. H Ht ^uuàltre tous les loge^ meH^ où Ife^alfaieiftété réélis pendant leur voyage, depif « ta Falaise jusqu'à Paris , ^ qu'enfin , au mbinent oft il pariait, tSetnrge était à Paris atec l^atei^On d'assassiner le Pi:emier Gt^nsul. Plu« sieurs officiers furent envoyés aux différens eti^ droits qu'il ^vait Indiqués, ^ âîs recueillirent quantité de déppsMims émanées des propttdtaiteè >^u locatai&ês dés .maison^ oà ils^ avaient logé.

]>£ SAIIVTE'- HÉLÈNE* 4^^

Le résultat fut qiu'oii eût counaissatiee de» deux autres débarcfûémens mentionnés ci-desbuà, Sans cependant potitoilr déoûtivrir les tioms de ceux tjiii éttiietit di^rqués : on sut seidemeiit c[U'au ^ troisièttie, il y.ayaît des ^personnes de distiiictibnt

et auxquelfes tôùis les autres témbignaieiit heiai* cou^ d'égards et de respect. On aissùrait en bUtre qu'un nouveau débarquement devait avoir lieu

soiis peu i en odnséquenoe de cette supposition, Savary partit pour BévîHfe avec un dëtachèment ' de gendarmerie , et s'empara de toutes lés avenues, ayant eu soin de prendre avec lui la per^ sonne qui faisait les signaux , afin dé tromt)er ceux qui composaient le débarquement, et les saisir au moment où ils seraient montés. On arrêta en eflFet Bouvet de Lozier, émigré, préptîétaire d'une taàaîsôn à Saint-Germain v et plusieurs autres individus. Ils fûrélit interrogés et cohfrontés: tout ce qu'on sàVàit déjà fût coiifiritaé par ieFur déponitton, inâls l'on n^apprit xi^ de pius. Vers le miUeu de février , Bouvet d^ Lozier ML désespoir^ se pendit dans k'prisoii; le geôlier entendant du bruit dans sa chaitabre , y entra assez à temps pour couper là corde et lui 'saUver

^îià PIÈGES SUR LE PRISONNIER

la vie. Il courut faire sa déposition devant le ma^gistrat chiargé de ces sortes . d affaires. A son ar* rivée dans la prison, ce magistrat trouva Bouvet entouré de chirurgiens , encore Irouge et défiguré, et malgré cela tenant lespi^oposles plus extraordinaires, c Nous avons été trahis, s*écria-t41 c en colère; combien de braves gens vont périr M parce que ce traître de Moreau nous a troiuc pés ! Il nous disait que larmée était à ses orc dres ! Il a fait venir de Londres Pichec^ru et

t quantité d'autres braves gens , il nous aban- « donne aussitôt qu'ils sont arrivés , et nous se-

f rons tous ses victimes. »

Le grand-juge demanda à être autorisé à faire arrêter le général Moreau ; mais avant de le faire, i}. était nécessaire de s'assurer bien positivement, si le général Pichegru était à Paris ou non. Deux heures après un ex-moine , frère de Pichegru , fut arrêté dans son logement qui était au troi- Sêèaaie . étage d'une maison située sur la place Vendôme. C'était up homme d'un caractère doux et ; franc ; il avoua sur-le-champ qu'il avait vu son frère trois fois pendant les dix derniers jours qui venaient de s'écouler. C'était tout ce qu'on

DE SÀlICTE* HÉLÈNE. I^l3

voulait savoir. Le grand-juge signa un mandat d'arrêt contre le général Moreau, d'après le lo*" article de la constitution , pour avoir tramé un complot contre la république , et contre la vie du Premier Consul , de concert avec George et Pichegru. Il fut arrêté par un colonel de gendarmerie, à moitié chemin de sa maison de campagne de Grosbois à Paris. Lorsque^ eut arrêté sa voiture, et qu'on lui eut fait connaître l'ordre qu'avait le colonel, il se mit à rire, et le suivit au Temple. En y arrivant , il demanda à voir Tordre de son arrestation. Aussitôt qu'il vit les noms de George et de Pichegru , il pâlit et parut aussi déconcerté qu'il avait été gai auparavant. Le quatrième débarquement devait avoir lieu au même endroit que les précédens.Il était près de s'effectuer, lof squ'une frégate fit des signaux au capitaine Wright , qui vira de bord sur - lechamp. On conjectura qu'on avait connaissance en Angleterre , de ce qui s'était passé en France; on assurait que sans cela , des personnages de la plus haute importance devaient débarquer. Aussitôt que l'arrestation de Moreau fut connue du public , on jeta les hauts cris sur l'injustice

d^ trattemeot qu'on lui faiâallié{u:ouver; ou dlfiait <m'U ét£|it victiqie de la jaJpM^îe quç le Premier

C^nml av*iV conçue çQMlrf^ Jwi; qi^tis Piohegru nVvaitp^p^ quitté Lpudri^9 , xpi*i0tk pimtreràîfefl^n ii/t>f 3r et:qu alprs ]€i9 ^Uj^^Dii^ iie .Mbreaû seraient c^afoiidus^ Pçild^nt o^^ tenafia-là, touâ les ressorts de Isa- pplice furent rois eii action; O»; fit ina* prjinier la liste de^spixant^sbrigelnds qui étaient d^rqués » ppur rf^n^yersepr kl gouvçrneiûent :

George et jPich^u furent poursuivis ^ prés , v(^}s ^on arr,étéfi , quoiqu'on eût suivi leurs tracef3 ^squ'à leurs logemens. On connaissait jlçs Oisons où il^ avaient Ipgé ^ Vun trois nuits et Taiitr^ deux seulement* Les limiers de làppUoe, peii^b^bbles à des chiens de chasse, les avaient jlf^é^ et tracés , d'un lieu à un autre. I^ Corps JégiiMatif fit une loi, le 9 févtiër, qui portait pf^ui^ d0 mort contre tous ceux qui donneraient asile afix brig^inds.

- Piçhegru fut trahi par un hpmme auquel Il a|i^t confié son secret , pt vendu pour cent nûljp.t^ups. A deux heures du matia, 1^ âS.févriar , de^ Ige^is de la police entrèrent dans sa chumb^e' à coucher, par Ip ^loyen d'une clef

qu on leur av^il fourme, et coururent à une ta-* ble de nuit sur laquelle H avait ses pistolets \ Pichegru qui était trè^fort et courageux , (fuoi^ que surpris, se défendit à coups de poing, comme un enragé , de naaniëre qu'ils furent obligés dç l'attacher et de le conduire en chesiise )iis^4 la préfecture de police, où voyant que UmÈa résistance était initiée, il se soumit, fiot examiné^ et envoyé en prison. Jusque J^ l'opaiioii pubti-^ que « sur la culpabilité de Moreau, avait été susr pendue, mais on ne fut pas plut6t convaincu de la certitude de l'arrestation de Pichegru , que tout le monde l'abandonna ^ son parti seul lui resta. George et environ vingt de s€^ complices étaient encore en liberté. Craignant qu'ils neparr vinssent â s'éc|i9pper ^ le Premier Consul eut recours i un expédient qui , Je p6nsé , eat sans exemple , et qui prouva jusqu'é quel point il fut secondé par la façon de penser des habiitans.d^ la capitale. Il déclara Paris en état de siège, ei, personne ne put jen sortir que de jour, et seuler ment par quelques b^rrières^ Toute; la garnison et la garde nationale bivouaquèrent autour de .la ville; et des sentinelles à «pied et à cl^eval fuceitf

4l6 PlicËlf'Stll L£ PRISONtflER

placées tout autour des murailles à cinquante pas de distance les unes dés autres. On ne laissait passer personne sans qu'elle ne Tût examinée pat des.gens qui connaissaient parfaitement les brigands , dont le signalement était placardé avec prcffusîon dans une infinité d'endroits* . La promenade du bois de Boulogne et autour de Paris fut défendue, et Tétat de siège qui dura pendant six semaines , coupa court aux amusetnens des Parisiens y sans occasionner la moindre plainte; A la fin on découvrit le 9 mars, que George devait passer en cabriolet , à quatre lietires dé laprès midi, sur le pont Royal, pour aller chercher un logement près du Panthéon : on ' prit des mesures en conséquence. Deux ageiis dé la police étaient placés sur ce pont : lorsque Geoi^e \ qui" conduisait lui-même son cabriolet roulant â |[rand train , vint à passer, ces deux hommes le suivirent. Arrivé à la place du Panthéon V il s'aperçut que la maison' où il comptait loger était environnée. Il s'en retourna sur-le-champ ; et fut rencontré par lès deux agens de la police qui l'avaient poursuivi : l'un d'eux saisit la bride.de son cheval ; mais il tomba roidè mort d'un coup

DE SAINTE --HÉIÈNE. ^17

de pistolet que lui tira Geoi^e , qui , sautant ,a bas du cabriolet , blessa le second. Le peuple alors s'assembla \ le saisit , en s'écriant : o'^st George! c'est George! U fut conduit à la préfecture de police , d'où » après avoir ; subi un interrogatoire, il fut envoyé en prison. Tous ses complices furent arrêtés Içs uns après les autres» et le blocus de Paris ne fut levé que lorsque le dernier eut été arrêté. Pendant l'état de siège, l'on aperçut plusieurs fois sur les murailles, des gens qui paraissaient vouloir les franchir ; mais la vue des gardes les en empêcha.

Pichegru fut examiné plusieurs fois , il nia être venu à Paris avec George, ou même l'y avoir vu ; mais apprenant ensuite que tout était découvert , il se donna la mort le 6 avril. Per^ sonne ne plaignit son sort. Il fut prouvé, et il ne le nia pas , qu'il avait trahi son pays , qu'il était partisan des Bourbons , et payé par l'Angleterre, n aurait été condamné à mort pour ce fait seul, et encore pour ses anciennes trahisons. Moreau persista dans ses dénégations : il soutint toujours qu'il était l'ennemi déclaré de Pichegru ; il prétendit même ignorer le lieu où était ce dernier, IL 27

4^8 PIÈCC^ SUR- LE PRt^ÔNKlER

èl -liia conslamnficnt avoir jamab vu George. • -liC t5inm, laccirsateHr public dredsa l'acte d'-accùsation ; et quoiqu'on désirât d'abord «[ue l^'*préTetius fussent jugés par une commission ihilitaire , dont la sentence est înise à éxéeutioiï HsLtïÉ les \ingt-quatrc hefures; Napoléon ne voulut pafi-.y consentît : aînsî Faffaire fut renvoyée.parâèvânt letrlbudâl critnînel du département de la Seîné , et occupa Tattentiôn publique durant j(>TusIeurs jours. De nombreux mémoires en fai^eùt des accusés furent distribués avec profusion, et on leur accorda toute Tindulgence possible âàïis leUi* défense. Lorsqu'il fut prduté, malgré to\it ce qu'il put dire , que Moreau avait vu George , ce général fut généralement méprisé.

George , Rivière, Bouvet de Lozier, Armand de Polignàc, Chartes d*HôSier, Charles dé Rivière, notées émigrés, F. Lalollàls, ancien général r<épiiblicaîn , Rossillpn, RôeheHé ; Dùcors , Pîc^bt, M. Ho* g», CWtfef, BievîHe, À.GaIttardv Jôyaiït',fearban, iiëïdef cier, Catdoudhï, Lelian et Mértlte furent conifemhés à mort; J. de PoKgnac , L^fidàïi , Rôltaml et Marte-Michel Héray , à di&uxàtisfcfe détention. Moreau, trouvé coupable, mais éxéÙS*Me; fut

DIB SAllfTft-HÊlLitrS. 4^9

eoûdamoé'èidctjix aaâ de prison , et pwtil le lèn^ demaAh pour les ÉtatsrUzik, ayant préalablement veiiëo toute» ses. propriétés. Napoléoit achetit sa xnaisofli^deki jpue d'Anjoià et sa terre de'Cîi'OS'k Boid. ii-idEnma.la: première à Beruaddtte , et la ^eooodetàBerthier. Kapoléon accoida la grâce à phiaîeuesidés coadamaés', savoir : à ChsMes de RiTÎère^, à Arottand de Polignae \ à Bouvet^de Lozîèr y à d'flosier > à lÀjMsàn ^ à Armand Gail-^ lard, àfibssillon et à Rochelle, dont la^ peiné 6ii cominuée en une détention de ^elqfues amnées* lici ^autres furent e^éciHés en pkee de Grève , à la grande satisfaction du publie.

Pendant lés débats il fiit prouvé , comme o A peut l'affirmer à la face de toute l'Europe ( les ambassadeurs de toutes les puissances ayant as* sisté aux séanees ), que Moreau' s'était réconcilié aTee Pîchegrù , avant Farrivée de ce dernier à Paris ; qu'il avait eu plusieurs conférences avec hii , et trois avec Georges, La première entrevue qui eut lieu entre Moreau , Pichegru etCteorges , àe passa de nuit sur le boulevard de la Madeleine. î Rte voflà, s'écria Pichegru; il n'y a pas^tm

( moment à perdre pour renverser le Pfetniër

4S0 PIÈGES. SUR LE PRISOtflflER

Consul.» Morcau répondit: «Je ne puis rien contre le Premier Consul: vivant , mais je puis tout entreprendre. après sa mort; tuez le Premier Consul 9 et le sénat, le peuple et Farmée me, mettront à sa place. Je changerai tous les commandans du camp de Boulogne , €^t je nommerai une commission pour faire votre procès, à vous, Pichegru: vous, serez \ : acquitté et fait second consul. » — Très-bien, . dit Gçojrge.» çt moi je serai le troisième. — Cela est impossible , dit Moreau ; si Ton savait ., seulement que je vous ai vu, tout lé monde m'abandonnerait , mon valet de chambre ne voudrait peut-être plus me servir , je serais perdu. — Cest une plaisanterie , répliqua George; vous voulez nous trahir, vous ainsi que Pichegru ; vous êtes deux bleus : lorsque vous serez les maîtres ^ vous nous ferez fusiller. Je vous déclare que bleu pour bleu , et je le dis franchement j je préfère Bonaparte à tout autre. »

A la fin de la conférence j Moreau promît de voir ses amis et de faire tout son possible pour les engager à souscrire aux prétentions de George.

DE SAINTS-HELIENE. 4^1

Il s'ea ouvrit à plusieurs ^ mais il n'est pas présumable qu'il leur dit tout ce qui s'était passé à cette entrevue. Il se convainquit de plus en plus qu'il était instant que George , avec .ses chouans, commençassent l'affaire, en assassinant le Premier Consul : on proposa différens projets à cet effet; Six brigands eurent ordre de le poignarder à la parade , au moment ou il passerait la grille du Carousel ', pour se mélei" et la foule

et recevoir* des pétitions ; mais la parade n'ayant pas de jour fixe , ils s'y présentèrent longtemps en vain, car des raisons inconnues -firent que trois mois se passèrent sans qu'il y eu eût aucune. Trente autres chouans en uniforme de chasseurs de la garde , devaient attaquer son es* corte^ qui n'était ordinairement que de quinze hommes^ la disperser et le poignarder dans sa voiture. Cette attaque devait se faire entre Nanterre et le pont de Neuilly^ lorsqu'il se rendrait de Paris à la Malmaison ^ où il allait toujours dé nuit. U est de fait que la majeure partie de ces gens là n'avait aucune haine contre Napoléon et '^ qu'ayant beaucoup d'argent, ils s'abandonnaient à la débauche et à Tintempérence dans Paris, où .

4irs piicis sua ifi ^mboitkier

la plupart d'entre eux avaient des tnaittt^efisefi^ , et<l«'ilB remettaient d hd jour à l'autre la përi}fauM eyitreprifte pour laquelle ils étaient venus.

■Pidiegru avant ce temps-là s'était vendu xknjh piMedupliisgranddeserImeSy cdiui de trahir son pays. Il avait fait exécutera son armée- de fausses 'mesures , pour la faire tomber dans des emibtiscades et des pièges , et rendre ainsi ses soldats victimes de sa bassesse et de sa trahison.

Tel fut le résultat de oette conspiration , qui avait pour but apparent le rétablissement des Bourbons , et pour objet réel , ta vengeance et Fusurpation de l'aristocratie. Elle eut néanmoins un eflfbt tout contraire ; car elle accéléra probablement de plusieurs années Télévation de Napoléon au trône impérial. Avant ce temps-lâ , il avait été nommé Consul à vie, nomination qui avait été approuvée par toute la nation. Le désavantage attaché à cette espèce de magistrature à vie avait néanmoins été prévu. Des convulsions nationales "à la mort d'un Premier Coiisul , des â'ttentats'pendadt sa vie , daris Pespolr qu'un seul (5olip pourrait renverser le gouvernement, étaient 1^ conséquences qu'od devait' en attendre. Les éhéfs

d administration» les magistrats, le clergé^ Ip peupleet larmée* demandèrent^ d'iine voix unapkxie^ une magUtrature héréditaire ou uuf jutonarçliie^ L'empire, d'abord proposé au tribunal ,futj proclamé par le sénat et ratifié. p^r -le peuplq, . • . Ce fut la troisième fois que la nation «ancti^^i^ nait Félection de Napoléont D abord commue JP^e^ mier Con3ul , il eut 3>oi 1,009 votes pour lui ,.et ],36d contre; en second lieu ^ en i8oâ, lo,r^<|\i'il fut élu Consul à vie , il eut 34368,&35 yotes^pour, et 8,374 contre ; enfin ii en eut pour l'empire 3,574,898 pour , et 2669 contre.

Napoléon fut sacré et couronné empereur les Français , le â décembre 1 804 > par le chef de la religion catholique , qui , avec nombre de cardinaux, avait quitté sa capitale, passé les Alpes , et s'était rendu à Paris. 0n an après , en 1 8o5 , ÎQur anniversaire de scm couronnement , il gagna la. ^udeufte bataille d'Austerlitz , cctotroJea empereùra de Russie et d'Autriche; .

; Au çouironnetn^t 4e NapoLà^a, la ^ouriocsité 4ui peuple de Psiri^ fut singulièrement eieitée {)ar l'aspect d une espèce d'ahbé.jmonté sur uûe mule, ]portaia une graiide croiKà la main^t^

4^4 PIÈCBS SUR LE PRISONIIIER

marchant devant le Saint -Père jusqu'à TégUse de Notre-Dame. Le séjour du pape à Paris oc-' casibnna de brillantes fêtes , et il dina souvent en public avec Napoléon. Dans la soirée du 2 dé- 1 eembre , il arriva une chose assez singulière pour exciter Taftention publique. Vn ballon , sur lequel était écrit le détail du couronnement en gros caractère , fût lancé, et arriva à Rome vingt- 1 quatre heures après , annonçant à cette ville que Napoléon avait été sacré par son souverain.

J ai Thonneur d'être etc.

LETTRE VIIL

Cap de Bonne-Espérance, i8 mai 1817.

Ma chère Ladt,

Cette lettre, ainsi que la précédente^ aura pour objet de discuter les faits dont &!• Wàrden parle dans sa septième épitre. Je ne^ m'arrêterai pa» à vous faire remafrquer la manière* peu exacte avec la<pielle il présente les objets dont il s^occupe; je me bornerai à vous raconter simplement les faits tels qu'ils se sont passés; et ce

DE SAIBITE HilÈBfE. . . 4?^

que je vous ai dit sur raùlhenticité.des faits dont je TOUS ai parlé pfrécédemmBnt, est applicable atout ce que je vous écrirai à laveniç.

En 1^85, Napoléon entra au service, en qualité de lieutenant d'artillerie » dans le régiment de la Fère. En 1 789 , il futfait capitaine^ et lieutenantcolonel en 1 793 : ce fut à cette époque qu'il commença sa carrière politique ; il avait alors vingtquatre ans. Envoyé au siège de Toulon , comme étant officier d'un vieux corps qui jouissait de quelque réputation , ce fut là qu'il déploya pour la première fois ses talensmilitaires, qui élevèrent depuis la gloire des armées françaises à un si haut degré. Il fît prisonnier de sa propre main le général O'Harra , commandant en' ,chef des troupes anglaises. En novembre^ce général ayant fait une sortie dans l'intention de s'emparer d'une batterie dont le feu . incommodait le fort Malbosquet , s'était mis à la tête de six mille hommes , et il réussit d'abord dans son entreprise ; cependant Dugommier , gépéral en c]^ef de l'armée française , accourut bientôt pour rallier ses troupes, tandis que son bras droit ( car c'était ainsi qu'il appelait Bonaparte ) faisait pla-

4^6 PlÈCilS SUR LE FAIS0K!?I£R

cer des pièces de campagne sûr différentes hauteurs pour soutenir la retraite et disputer le terrain aux Anglais, en cas que leur général eût rintentlon de poursuivre ses duccès > et de^ mârèher jusqu'à Olioulles, afin de se rendre mattre dti parc de Tartillerie française, placé ça avant do ce village. Bonaparte ayant terminé cette opiéra* tîon, se porta vers une hauteur occupée par nos troupes, et située en face de la batterie qui venait de nous être enlevée ; ensuite, à la tête d*un ba^

ttiffon de quatre centè hommes, il se glissa le

ong d'une tranchée couverte de branches d'o-

Kviers , laquelle communiquait à la batterie et qui avait été creusée pour y porter des mnni*tions. Arrivé, sans être découvert , au pied delà batterie, il fit alors commencer un feu violent sur les Anglais , qui ne pouvaient deviner d'où par*taient les coups. Un colonel anglais ( on le crut tel alors ) monta sur le parapet de la batterie , pour découvrir d'où venait le feu; un sergent français lui tilra un coup de fusil, et lui cassa, un bras^ Le. général anglais ( car c'était lui^^méme ) tomba au pied de la batterie , près de la tranchée* Les soldats se jetèrent sur lui et étaient sur k

DE SAIKTE-HÉLÈlfE. ^ 4^.7

point de le massactér , lorsque Napotéon vînt é son secours et le délivra. Le général O'Harra, en ^luî remettant 'son ëpée, lui fiicennallre son nom et 9on rang. Napoléon se ser^ de toute son Ith fluenoe pour le préserver du «art affreux qu une lof barbare lui réservait ,. et il fwt trailié ,aV€C tous les égards* dus i son gi^de. Napoléon^ pour cette action héroïque et adroite , fut fafit général de brigade ; après le si^e de Toulon : peu de tempà avant il avait obtenu le grade de colonel. Dans le courant de Tannée 1 794 , il fut nommé comniandant de Tartillerie de larméedesÂlpe^; et en cette tpialité , il dirigea les opérations qui firent tomber entre les mains des Français , Saorgîo , le Col-de-Tende , les hauteurs de Vado et celles qui dominent Savonne. De retour n Paris , le comité de salut public le chargea dé diriger le mouvement des armées. Le i5 vendémiaire, Ja convention lui confia le commandement des troupes de Paris, et pairies bonnes dispositions qu'il prit , la convention triompha, quoiqu'il n'eût que huit cents hommes â opposer à Ja majeure partie des sections de la capitale. Dans celte mémorable journée, les con-

ventionnek ne tirèrent que quelques coups de canon à balles et à mitraille; et quand le succès fut décidé, ce qui fut lafiaire d un quart d'heure, Ton ne tira plus qu'à poudre ; c'est à cette mesure pacifique que Ton doit attribuer le peu de sang qu'il y eut de répandu. Bonaparte, dans son liistoire , ne fait monter qu'à quatre cents le

nombre des morts et des blessés.

Après cette mémorable journée, le général i Menou fut traduit devant une commission militaire : la veille du i3 vendémiaire, il avait commandé les troupes de la convention, et on l'accusait d'avoir manqué à son devoir ; sa condamnation paraissait inévitable, lorsque Bonaparte imagina un moyen qui le sauva. Il déclara que Menou était coupable et méritait la mort; mais que» comme on avait placé trois commissaires de la convention au-dessus de lui, ceux-ci étaient nécessairement plus coupables que leur subordonné; et que conséquemment, la mort de Menou ne serait juste que quand les trois commissaires auraient été punis. Ce stratagème eut tout l'effet qu'il en espérait : l'esprit de corps s'en mêla; on fut indigné de voir que Menou. seul

était mis en jugement , il fut acquittée l'unanimité.^ Menou consei^a une vive recpnnaissanicepour, celui qui lui ayait si adroitement sauvé la vie. '•■ Au mois de mai i 794? larmée d'Italie était dans r^tat le plus déplorable. L'opinion des troupes ; qui la composaient se prononça, pour que Napo-r léon vint la commander. Les^ talens «qu'il avait déployés au siège de Toulon,. ainsi que là, manièrç dont il avait dirigé l'àrtiUerie de cette armée p<endant doux campagnes, lui avaient concilié l'esti* me générale. L'événement justifia ce choix : Nar poléon surmonta tous les obstacles , subjuga le Piémont et se rendit maître de l'Italie. Après la bataille de Lodi et la prise de Milan, et surtout lorsqu'il çut . vaincu à Castiglionè , et défais Wurmser, sa réputation militaire acquit une grande consistance : il devint l'espoir des républicains, comme il était la terreur des ennemis. Le parti des Bourbons qui , de Londres , des

bords du Rhin et de Varsovie cherchait à se faire

* des partisans , et qui avait réussi à gagner Piche-

gru, fit, mais en vain, tousses efforts pour gagner

Bonaparte. On m'a assuré que des agens de ce

parti, se rendant à Milan dans l'intention de re-

43o PIÈGES 9tJR I>£ PRISO^^NIER

nonteler leurs intrigues , afin de séduire le v^nqaeur de Tltalie , eurent une entrevue a^ec PU chegru, qui leur dit: t Prenez garde à ce que • tous allez faine; }e connais JEiomp^rte de^puis « fâg6<le dix .«ans. Auprèsi de lutî vous ne-^épaai* «• tjpi jamais : s^il eût été ami des Bourbona, il eât « émign} ; mais ayant prii :un aut^re parti ^ iJL jn'y « a tiien à en çspérer. >

Après la révolution du i8 brumaire, quapd il eut été nommé Premier Consul > le sieur Hjde qui depuis a été président de la chiusiln*^ des dtéptttés, et une autre personnéappeléeDandigné^ officier vendéen, lui furent présentés à onze hett« tei du soir , dans un cabinet secret au lauetn* bourg r Fobjet de ces deux agens royaflistea était

de proposer à Napoléon l'assistance des vendéens et de leur p^rti, s'il voulait prendre des engagemens avec eùr : Bonaparte , de son côté , désirail connaître les différentes ramifications de leur pUifR ; ils êcht)Uèrent réciproquement dans leurs aiésdèhis. Bonaparte les congédia en leur disant : « J'oublie le passé et j'ouvre un vaste champ à « l'avenir ; quiconque marchera droit sera pro- « tégé 'sans distinction ; quiconque s'écartera da

DE SAINT£-H£I.i:N£. 4^1

c. droit chemin, sera frappé de la foudre. Quç « tous les vendéens qui oqt l'intention de vivre « en paix sous mon gouvernement^ renoncent € à leurs chimériques projets, et qu'ils se çon- 5 vainquent qaun gouvernement protégé parles c étranger^, ne sera jamais accepté par la natlpp « . française.^» : r -,

, Peu de temps laprès , ML Iïy4€ .fut impliqué dans le complot de la machine infernale.. Les fiourbons firent bientôt* dit-on, une nou veUe ten- ^llve^Le comte de Lille; maintenant Louis XVIII, écrivit, de sa propre main, à Bonaparte, une lettre qu'il dçnna a labbé de Montesquipi^ ,. le niénie qui depuis ^ été, en i8i4« membre du gouvernenaent prO;yi^ire ; labbé la remit au con-: sul Lebrun | qui la donna à fionaporte ; elle <:on-* tenait à-peu-^prè^ ce qui suit:

(L Voui3 tardez bien- a me rendre mon trône; ^ y^UP pfdrdf^a;: upe çcpaaion que vous ne retrou*< i vëf ez )amai3» San^iH^QÎ voms ne pourrez jamais « rendre la flrance. heureuse » et sans vous [e ne « puis M maintenir dans letat de gloire où elle «.^ troiiye. Çyi|oisÎBfrea^,le,rang qui vous coi>- « vient^ comptez sur tout ce que vous pouvez

« désirer en faveur de vos amis;- je ratifierai tou- « tes vos promesses. >

Le lendemain Napoléon , par la mémei voie , répondit : .

« J'ai reçu votre lettre , et je vous remercie des « choses flatteuses qu'elle renferme ; mais ni vous, c ni aucun prince de votre famille , ne devez ja- 1 « mais songer à rentrer en France ; pour y réus-

c sir, il faudrait passer sur les cadavres de cinq

« cent mille Français. Je suis sensible aux- mal-

c heurs de votre famille, et je ferai tous ines c efforts pour assurer votre tranquillité. •

Je ne crois pas qu'après cette tentative , les Bourbons aient fait aucune démarche pour gagner Napoléon. On a parlé d une négociation entamée par un agent prussien, afin, d'engager le comte de Lille à abandonner ses droits à Niapoléon, ce qui donna lieu à une déclaration des princes

français. Je suis certain que cette mesure n'a jamais été autorisée par Napoléon; ensuit^ il n'aurait certainement pas reconnu la validité de^eette renonciation, quaiid bien même elle lui aurait été offerte, par la raison qu'elle était attentatoire aux principes de la souveraineté du peuple , sur

lesquels la ,r;épublique, avait été fondée. -Il est vrai que le cabinet de. Berlin^ ayant demandé un secours d'argent pour les JBourbons , qui étaient alors à Varsovie ou à Memel,, on répondit vaguçiiient que la nation française ne regretterait pas un sacrifice pécuniaire, pourvu que les princds de cette maison vécussent tranquilles , et s'abstinssent de susciter des troubles qui n aboutissaient qu a &ire coçpmettre des crimes inutiles, à voXer les diligences et à faire assassiner quelqu€|S acquéreurs de biens nationaux.

Dans \e manuscrit qui ni'a été confié , Napoléon affirme qu'après la tentative inutile que firent Jes Bourbons en 1800, les émigrés non amnistiés entreprirent de se défaire de lui par un ^ss^a^sinat Sçpt tentatives faites par les chouans etle^ royalisties échouèrent successivement: toutes firent découvertes ayant le temps fixé pour leur e^Léc^tioJO , hormis cell^ de la machine in-< fernale, doi^ l'explos^n eut lieu le soir du 5 nivôse ( â4 décembre 1800 ). On donnait ua oratorio .dans la salle de l'Opéra, et les artistes

désirajient beaucoup que Napoléon fût présent.

. Cependaut, ayant passé la nuitâ érrire, et la plus //. ■ 28

454 Piirccs stiu ie prisonnier

grande partie de la journée au Conseil , le Premicr Consul , très-fatigué , s*endormit vers les sept heures du soir , sur un sofa , dans la chambre de son épouse , qui, dès qu'il fut éveillé, le pressa de se rendre au spectacle. Il montra d'abord de la répugnance à sortir , mais enfin lés généraux Bessière et Lannes étant venu joindre leurs instances à celles de son épou^, il consens tit à aller à l'Opéra, et monta en voiture avec ^ui, précédé de quelques ptqûeurs et escorté par une douzaine de chasseurs â cheval. Après avojv tr^ versé la place du Càrousël, il fallait pour gagner la rue de Richelieu , entrer dans la rue Saint-iVfcaise. Au coin de celle-ci, il y avait en -travers une petite charrette à deux roues, sur laquelle était attaché un baril semblable â ceà^ <fâemploient les porteurs d'eau. Quelques chouans ou 'émigrés, arrivés de Londres peu- àupafifvant, ' parmi lesquels se trouvaient Imolan ; -St.^Régent, 'Carbon, Coster, St-Hilaîre, Joyatr, devaient ^ 'mettre le feu. Imolah, qui s'était avancé potit^as-

sùrer de l'arrivée de la voiture du Prenlfer Con- ' ■ ■ ■ . ■ . '

sûl, fut renversé par le choc d'un des grenadiers

â cheval; mais se relevant sur-le*chaùip v il cour-

rut à la c][iarrctte et y, mit 1^ feu; c'était trop tard, la voiture ; de Bouaparte tràyer^ait ; déjà ; )a r ijie Saint-Honaré. ' ;

Napql^pa dit qu^ te jsensatioxi ciuil épifQUya lord de l'o^plpsion, «^it e^mblable à jceUequjè (ait resseAtir un bfateau/ soulevé par Je^ yague^ de ^ mes; Les glaceS: di^ la- i»>itcire) furent bdt sées^, aiïm que. Je» vîtrét de t^mtes lés maiâoxis^ dont un grand nombre iureatâbranlé^ et perdi^ r<^nt jeiirfi toitures. Le cocher de Bonap^nte , qui avait une poiAjtede Vin, Savait cojpiduit. la voiture a]«^ec une «vitesse et une dextérité extraordinaires » el'pr^naot lexplosion pour un6; salve dartille^ rie en rhpnneur du Premier Cpniul» il avait redoublé de célérité, ce qui fit qu'un seul homnio de lescorte y qui n'avait pu tourner le coin de la rue, fut blessé, et renversé par terre. L'épouse de Bojoaparte et ' sa belle-sœur Caroline ( madanq^e Aliwat ) qui ^it enceinte., suivaient sa voituriç à la distance denvirou oeut pa^; ainsi l'explp^n j^Cr fit ^tre jes deux; voitures. .|ue géuéra^j^pp, qui était daus 1^ d^qièrci ^a so^it jpirécipitanpirmf^l^^ çhteicchïià les rassureir.surle sçrt, de

Napoléon:; maU ce fut eu vain, ejile^ ne; furent

ad.

tranquillisées que q:iaiid les grenadiers de leiScb^tévinrent leurdire quek Premier Consul était sain et sauf. Aussitôt que Napoléon eût dépassé lé TWâtre de la ' république . • ( aujourd'hui - le [ Théâtre français^ il fit arrêter sa voiture / et enirdya'Son escorte 'annievant' de son épouse,- sur laquelle il était-fdrl^inqmet; après quoi il ise Hendit à l'Opéra. Son arrivée^ attira yerslûi tous les -regards, et cependant personne naperçut d*altération sur son; visage. Mais peu d'jnstàïis après, l'inquiétude s'^fn para de l'assem- Uée , quand on vit arriver l'épouse et la sœur du Consul , pâles et éplorées : on ne • douta plus qu'il ne fût arrivé un événement extràordînaire. •

L'explosion de la machine infernale renversa cinq à six maisons, .tua une douzaine de personnes, et en blessa plus de trente. Le procès qu'on fit à ceux qu'on arrêta , à Paris , conâme auteurs de ce crime , fut suivi devant le tribunal criminel du département de la Seine^ On en a recueilli les débats en 2 volumes. Saint-Régent et Carbon furent exécutés sur la place de Grève; Imolàn réussit à passer en Amérique , où l'on as*

DE SAINTE- ^£liÈN£.

^ure qu il d'est fait moine. Geprge, qui était alors en Bretagne , et plusieurs* émigrés, qui ré£|i« daient à Londres , furent reconnus pour les au-^ teurs de cet infâme complol. Je vous dirai ,;sans

vous donner d'explication à ce sujet, caracola m entraînerait trop loin; que les auteurs reçurent ridée de cette machine infernale dans un club de septembriseurs^ qui' avaient été décou-? verts et avec lesquels ils communiquaient en prison. L'indignation que cette tentative excita dans Paris fut extrême » et elle s'aiigmenta chaque fois que de nouvelles tentatives vinrent menacer les jours du ConsuL Cinq fois on Ta vue se renouveler depuis cette époque jusqu'en i8o4- Elles partent toutes de la même source. -

Dans le manuscrit où je puise tous ces renseignemens, on raconte de la nianière suivante la conspiration de Morçau , de Pichegru et de George. George et Pichegfu; furent jetés sur les côtés de France p^r uç^ b^tin^ent , anglais. Tandis qu'ils cherchaient* des complices en

France» Us étaient 'seçondés^en.AHemfigne par Drack à Munich , et VVindham .à ^JStugard. On assure 'qu'un prince de la maison de Bourbon

438 PliCES SUR LÉ PRISONNIER

devait débarquer à là Falaise de Bëville aussitôt qu*en apprendrait la mort de Napoléon; et, comme oh craignait que le vent , toujouirs indépendant des vains calculs des hommes , ne f&t pas favorable et n en^péchât le débarquement, oh décida que lé duc d'Enghien , alors en Allemagne , se rendrait à Paris , comme reptésentant du roi , aussitôt que Napoléon setàit mort.

Ce jeune prince, dont la bi^avoure était digne de 'ses ancêtres, résidait à quatre lieues des frontières de France. Il fut prouvé qu'il aVaît dès intelligettces à Strasbourg , où ses agens »*étaient montrés , et que , plusieurs fois par semaine, sous prétexte de parties de chasse,' il avait des entrevues avec des agens de rintérieTO*: il rétait également que tous les agens soldés par TAngleterre avaient reçu Tordre de se rendre dans lé Brisgaw et dans le duché de Bade ; que le prince avait 'avec Mi tm "émigré nommé Màssey, qui servait d'inttBrmédiâire à Dràck et à Win-

dhatn ,* et fournissait ^ôut largent nécessaire au sùfecèà de tous ces cbhiplotis. 'Napoléon jugea qu'il était dé toute hécessîté ^ s'àsfrfuter de la personne du duc d'JEnghien. On iddnha ordre à

UQ régiment de dragons de passer le Rhin à Neuf-Brisack , à sept heures du soir, et d'investir la maison du prince pendant la nuit. U fut fait prisonnier , conduit à Strasbourg, amené à Paris devant une commission militaire, condamné d mort, et exécuté; son jugement fut affiché avec profusion dans la capitale. .

La commission ne fut pas formée arbitrairement , mais composée , suivant la loi , de colonels pris parmi ceux de la gai:nison de Paris. Lq prince avoua « qu'il avait porté les armes contre «i la république, et quayant spllicjité et qbtenu • du service en Angleterre , il av^it. pris part é M tous les événement de Ja guerre. » Dans le manuscrit déjà cité ^ Napoléon affirme que tout prince de la maison de ifiourbon qui eût été pris dans de pareilles circonstances , aurait subi le même sort, parce que les lois étaient positives contre ceux qui avàiejat porté les arm^s contre la France: il ajoute^ que .d'ailleurs Jie duc d'Enghien était un des chefs, au pioins par son nom , de la conspiration qui se traunait,

Geux«mémès qui nièrent; que ce prince qûj: connaissance de la conspiration ,. avouent que

44o P1ÈC£8 SUR L£ PRISONNIER

8a mort doit être attribuée aux mauvaises mesures prises par ceux qui la dirigeaient^ ( Les grands personnages qui lavaient fomentée - en ont, dit -on, souvent reçu des reproches du duc de Bourbon , père du duc d'Enghièn. ) En effet, quelle inconséquence de laisser un prince du sang sous la main du Premier Consul, au moment où on tramait la destruction de la-république et la mort de son chef! L aflfaire du duc d'Enghien , dit Napoléon , doit être envisagée sous deux rapports : d abord selon la loi naturelle , ensuite selon les règles de la politique : sel^n les lois de la nature , il était , ditil , non-seulement autorisé à le faire juger , mais encore à le faire mettre à mort. Que peut-on , iMintinue-t-il , alléguer en faveur de ceux qui Mût convaincus d*être les auteurs de la machine infernale, et qui ont envoyé à Paris soixante iémissâires pour aie. faire: assassiner? N'avais-rjc IlSas le droit naturel de faire tuer ceiix^à. qui tièfaetàient mon sang? -Si l'on jûge-par les lois de la politique , |a république jetée sur le bord d'Un -précipice, et le duc d'Ëngbien :étant au moins nominalement un des chefs de la conspi-

BS SA(NT£-H£LàNE. 4Z|I

ration qui devait la renverser , n'était-il pas né*> cessaîre d'eflFrayer et de punir ceux qui avaient* envoyé soixante delenrs ^dhérens à Pari», parmi lesquels étaient les Rivières, les Polignac, les Bouvet de Lozier, et autres, qui n'étaient ni des ogens subalternes , ni des .assassins , mais d'importans conspirateurs. Le gouvernement républicain ne pouvait ^ sans compromettre sa di* gnité, faire moins que de- foudroyer ceux, qui tramaient de pareils complots; On assure , dans le même manuscrit , - que plusieurs journaux français, imprimés à Londres à cette époque, insérèrent des extraits d'un libeUe. publié du temps de Cromwell , intitulé : Tuer n'est pas un

meurtre. ' . T

Conire qui*étaient dirigées toutes ces tentatives? contre celui qui , en moins de quatre ans était parvenu à réunir tous les partis dont jitôqu'alors la France avait été déchirée; qui 'avait fermé, la liste des émigrés, où d'abord l'on avail fait de nombreuses radiations; contre celui qui savait accordé une amnistie générale à tous ceux qui voulurent rentrer ; contre celui- qui rendit auk émigrés qui rentrèrent celles de leurs propriétés

44^ PliCfiS SUR JLE PHISONNIER

qui n avaient pas été vendues. U ne resta sur la liste des émigrés que peu de personnes attachées au}t princes , ou qui avaient été déclarées ennemies de b révolution et avaient refusé Tarnniitié. Près de cent mille émigrés rentrèrent en France » et tout ce qu'on exigea . d eux fut de prêter serment de fidélité et d'obéissance à la république. Ceux même qui ne voulurent pas rentrer, obtinrent de temps à autre des passeports pour veûir voir leurs parens et leurs amis. Napoléon répéta qu'il avait senti, un bonheur inexprimable à rendre à leur terre natale plus de' trente mille familles, descendues de ces héros qui , d'âge en âge , avaient illustré la France. La religion étant rétablie , les prêtres qu'on avait exilés ou déportés furent réinstallés dans leurs diocèses, et payés par le trésor public. Et cepejQtdant que produisit tant d'indulgence? elle enhardit le^ ennemis de la républi< que ; elle donna une nouvelle énergie aux émigrés ; elle rendit l'espoir aux puissances étrangères. Il devint donc nécessaire de faire un acte de rigueur dapablo 4c prouver que la modération dd gouvernement ne venait pas de sa faiblesse ,

DÉ SAINTE -HiLÈNEj 44^

et que ses ennemis avaient tout à craindre s*ils persistaient dans leurs coupables entreprises. ^ Lorsique le duc .d'Engbiça fut arrivé à Strasbourg, on dit qu'il écrivit à Napoléon unô lettre dans laquelle il lui disait: « Que ses droits au « trône étaient fort éloignés ; que , .depuis long- « temps, sa famille avait perdu tout espoir de « régner ; qu'il promettait de découvrir tous les « complots formés par les ennemis de la France, « et de servir le Consul avec fidélité. *

Cette lettre ne fut remise au Premier Consul que lorsqull n'était plus temps dé la con^* naître. Napoléon a souvent répété que « si elle « hii eût été remise à temps , il est possible que c ' les avantages politiques qui seraient résultés « des nouvelles résolutions du prince, Teussent « engagé à l'épargner. Il ajoutai , qu'il était faune « que personne se fût intéressé en faveur du « duc d'Enghién , soil %séphine j soit d'âtutres ; « qu^au' contraire, le conseil privé fût utiânime- * ment d'avis qu'il était nécessaire d'ùser'de ri- « gueur , et que nul ne montra plus d'acharnc- « ment que T.... , parce que sa maxipiq constante

444 PIEGES SUR LE PBrI601f !fI£R

« était/ qu'il fallail détruire tot^ Us Bourbons ^^a « d assurei^ la tranquillité de la France (i )v »

J'ai fait tout mou possible ppur découvrir, s'il était Vrai , comme on me fa âsSjui'é, qu'on eûtfeit r.ojBre de faiceassïiasiner le comte; d'Artois^ et les autrefs ^prinb^s- de la famille, au sein ménore de TAngleterr^» elque cette offre eût été,£aite par un homme qui connaissait parfaitement le système de notre police. U est aisé de croire quHiQ gouvernement qui avait tant de million^, à sa disposition» eût pu, s'il en avait eu Tintention ,- se procurer des émissaires pour exécuter un pareil projet , ou du moins pour le tenter )usqa a ce que le succès leût couronné. Mais le gou: vernement français n a jamais voulu s^avilir par de semblables tentatives, et Napoléon répondit à celui qui les lui. conseiUait :« Je .n'ai jamais

(i) Nous renvoyons, pour les éclaîrcisseùiens de ce fait, de ses causes et de ses résultats , aux Lettres dé M. PVarden insérées dans ce volume > et à V Introduction à l'Histoire de l'Empire , de laquelle nous avons cité le chapitré relatif à la catastrophe du duc d'Enghièn , pag. a5a et suiv.

« c&mmis de i crime, et )e n'eii commettrai cer- « taniement; jamais pour me défaire de princes i^quî n ojQt aucune. consistance et nul influence % i dan» lé. pasys! qu'ils ont^abandonnéetqiii les a «ajobliésrk i)ans le manuscrit quel je cite; Nepôléou déclaré, de. la ma[nière;la plus formelle, que Je con^te. dé ! Lille , . baxïû que beaucoup d'autres ^exilés , ne. participèrent point aux. pro-^ jetft fqnoiéês pour assasainer le Pren^er Consul^ et il rend la plus éclatante, justice à la modération de ce prince , qui ne trempa jamais dans deSf complota , digqe ressource de. scélérats sans esprit . #^

J ai l'honneur d'être, etc.

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