LETTRE X
Rade de Jame^s Town, le !i5 juillet 1817.
Mon cher
Je brûlais de m assurer si les circonstances dont je vous ai parlé dans mes précédentes étaient exactes, et ies^ difficultés à surmonffer n'étaient pas médiocres. J'ai réussi cependant sous plusieurs rappports. M. Cipriani, maître d'hôtel de Napoléon , m'a donné un état des provisions allouées à l'établissement de Longwood , avant que l'on eût connaissance â Sainte-Hélène de l'écrit de Santini: il m'a fallu employer des instances -réitérées auprès de M. Cipriani ; j'^î du lui persuader que je n agissais ainsi que dans l'intérêt des exilés. Vous ne sauriez *croire avec quelle répugnance ce maître d'hôtel a consenti à descendre dans les détails que vous allez lire ; la rougeur qui couvrait alors son visage doit à Jamais se réfléphîr honlèusemeDt surteTront-des agens de notre gouvernement. |. [\ r :. r
L'établissement de Lo^gwpo^, se, compose.^ les domestique compris^. ;dQ jfuap^te^uit pwr sonnes. Voici y^^puis^ le- départ ^^ L*s*-€ii«ai^
66 PIÈGK8 BVK LC P&ISONIflEK
ce qui est fourni journeUement par sir Hudsou Lowe,
Fourniture journalière (i).
Bœuf et mouton.
ya Ut.
Quatre poulets.
Trente-cinq pains , forman| en tout un
poids "de
5o Ut.
Beurre.
Sucre candi.
Cassonade.
Iiàrd*
Fromage.
Thé vert.
Thé noir.
Café.
Claret.
6 bout^
Madère. .
Farine. . ,
5Uv.
UuUe pour la salade*
^/4 de pinte.
Tinàîgre.'
1/4 idem.
Bougiet
6 llv.
JBois à ispnlU^r. . ,
3oo
OBuft,
Légumes, pour la valeur d^une guinée.
(1) On a déj^ dit que rien n'était petit de ce qui concerne un grand homme 'et de grands événemens sut lesquels des détails qui pourraient paraître minlitieux )eitent ^é^eht des lumtères làtéressantes. On pourra xi»t%>ât«f ^cé^<H)f iîci^ ^Hioularilés an^Qgues que noua
Fruits, poar lo shelUngs.
Confitures 9 poar S shelîngs.
Porter. ^ 3 bout*.
Vin de Constapceu i idem.
Champagne , par mois. i5 idem.
Tin de Grave. 1 5 idem.
Dans lespace de six mois , le gouverneur (ihan^ gea cinq fois la quantité du vin.
Fournitures allouées pat q^in^ainc.
Canards. 8
Dindons. ^
Oiès.^ a
Sucre cafQné. a pains.
Eiz. 1 /a sac.
JamI)ons du poids de i4 liv. au phis chaque, a Charbon. 4^boi8s.
Poisçoq , pour 4 iiv. sterling, liait, pour 4 Uv. » i8 shelllngs.
Beurre frais. Jamais on n'en a donné.
Sel 5 poivré , moutardq « câpres , huile à brûler ^ pois 9 etc. 9 pour 7 liv. sterling au plus.
Yoilà ce qui était accordé dan9 le principe par le gouYerneur; uiai^ les quantités! furent réduite^ après le déport çle Las^Cases » Pion-» towski et sle^^Uois domestiques; de sorte que CÇ: qui est^ av^Qçé lia^s Iq Timesi , jet qui est répété dajgis le discours, d^: l9r4 IB^thurst est hiea au^ dfU 4^ la rifité. P'aiUeAir^ Im faits parleront
go PIEGES SUR LE PRISOlfNIER
d'ei^x - mêmes , si Ton consulte les registres du pourvoyeur. Sa seigneurie aura indubitablement basé ses assertions sur ce qui était fait du temps du généreux sir George Cockburn. Il me suffit pour le montrer de comparer deux ou trois articles:
Qucmtités accordées.
Par sir G. Cockburn.
Par 9Îr Hudson.
roulets , par jour.
Beurre.
la loliv.
5Uv.
Yiaude.
100 ou
du moins autant qu'eu demandait le matlre-d'hôtei. 7a.
Claret. 17 bout^ 6
Je tiens de Cipriani que la quantité totale de provisions fournies par le gouvernement fest trop faible d'un tiers. Ajoutez à cela que la viande est fréquemment de mauvaise qualité , parce que le gouverneur a assujetti le pourvoyeur à ne pas dépasser certains prix. Il ne peut , par exemple , payer un mouton p^s de 2 livres 10 schellings; lorsqu'il ne peut eu avoir un bon pour ée prix v il se contente d'ulk mauvais. En -général y il faut mettre à un ipouton de boiine^ qualité 4^2^^ 5 livres sterling : on né doit pas 'exiger qûiB* M. Walcombè y parvienne '^vec les-a livrëi^ lo scheUiiigs du- gioiuvoraeiir. G'^st' encore ISl
même chose pour la volaille. L'on a souvent vu les employés dii pourvoyeur payer 4 schellîngs , au plus , pour les deux canards qui sont portés dans les comptes du gouverneur. Outre cela, afin d'économiser davantage , le bœuf a été remplacé par des taureaux du Bengale et du Gap, dont la chair est moins saine et moins nourrissante , à cause des fatigues et des privations que ces animaux éprouvent dans le tràiisport, est parce que souvent on les tue de crainte de les perdre. Il résulte de là une^grande économie; le bœuf de première qualité de File coûte 1 schelling 6 deniers , et celui du Bengale ik de* niers la livre. On pense d'ailleurs que les Français 4oivent s'estimer déjà fort heureux d'avoir de la viande fraîche dans un lieu tel que Sâintë^^ Hélène, où l'on^veut bien tolérer leur séjour. Le gouverneur ne saurait prétexter qu'il ignoréleurs besoins , puisqu'il s'est chargé lui-ménié des achats dés provisions que l'on fait tous les' jours avec l'argent de la vaisselle; puisqu'il saitpositivement que ces achats s'élèvent journeliè-' ment de 8 à lo livres sterlmg; il ne fait pas' attention qu'en ordonnant ou permettant ' que €\x! Reade l'assistât dans cette commission , afin qu'il ne fût pas surfait et trompé, sir Reade le mettait à même de réserver pour lui un peu de là valeur de cette malheureuse vaisselle; La quantité de-'
8o PIÈCES BVK LE PRISONNIER
pas VU Nâpoïéon monter une seule fois â thé-
Je SUIS alors revenu près du logement de Napoléon dans Tespoir de le vpîr , ne fût-ce qu'à une fenêtre ; mais tous les rideaux étaient ti|*és. JTexprimaî ma surprise de ce que Ton n'entretenait ni un tapis de gazon ni des plates-bandes orUées de fleurs; et je ne témoignai pas moins d*élonnement de ne pas trouver $puvrîer^ Chinois dirigés par un surveillant Anjg;lais. Oa u^ apprit que l'eau était si peu abondante, qu'on en manquait même quelque fois pour les besoins de la maison. Les 18 ou âo Chinois » accorflés par ^ir George Cockburn, oi^t été effisctivement epiplôyés sans relâche à puiser de Feau pour les nécessités de l'établissement et particulièrement des jardins ; mais le vent brûle presque tous les végétaux que l'on s'eflForce^d'«Qtrelenir, H me semble que l'on pourrait, en s'y prenant mieuK, vaincre cette âpreté du sol. «Dumoins leur dis-je »
(1) Les mêmes excuses que nous avons faites au lecteur, lors 4es détails miautieux étalés par M. Wardjen ( voyez tome II de ce Recueil') , nous les Iqi réitéroiis ici en faveur du correspondailt. Ce dernier du moins a «lis dans lea siens une vénération qui «les justifie : on 900^ qu'A siea yeuxi^ e(t surtout ppursqn ccbuv, rien n*est petit de ce qui touche à un grand homme. {R.-W* )
« Tcras pourrisz détruire lea inautaises< hèrbêt « qui , par leur odeur fétide , rendent Tatmos^ ^ prière insalubre. » Qû me répondit que depuis lopg-temps ou était privé de jardinier.
«Tétais fort empressé de vîsiter awssi le^ chambres des généra[ux Gourgaud et Mootholofii mais il était trop matin , et c'eât été commettre une iudiscrétidn que de s'y pi^ésent». En gêné-» rai , leÈ bâtimeni sont dans un fort mauvais état. II feut avouer que sir George Gockbufn s'est donné des peines infinies pour que les Français fiissent mis â courait , et enftr'dBes le générât Gourgaud y qui n'eut long- temps qu'une tenté pouf tout abri. Persomiéji'aurait probablement conservé des sujets de plaintes , si le gouver*
nement de l'ile fût re^té dans les mains de sir
George,
On annonça dans ce .^moment l'arrivée, des^ officiers du 66^ régiment : le général Op^rgaud passa dans la salle de billard „ je profitai de Tocr casion pour y entrer aussi 9 et je puis voua aâsureir que je n'en ai j^niais vu d'aussi dâsagréable^ Outre qu'elle est fort ^bs<::u{*e> la pluie qui y pénètre partout «n gâte tous Jes u^ubles-
Ces officiers 4ci 66°^ fiK>At sur le point de partir pour rAnglçteri:^/IUtfiiçent iuti^bduits par la saUe des ^rdes , l^ui* cojoaol exk tête , et mar^ chèrent ea boa ordrejusqu'i b dalle de billard , F. 6
,fait avec du blé attaqué diss vers , et de le trouver préférable à celui qii'oo domie aux Frauçais* ,Depuis longrtempjs :Napoléon'a, été forcé d y renoncer ; il le remplace p^^r • du biscuit d'Amérique. L'eau de Longwood est très-mauvaise. P,endaDt que j'éÇais dbiez lé général Bertrand ^ on m'en servit un verre et je la trouvai trouble, nauséabonde ; on eût dit qu'elle avait séjourné dans UQ vieux baril à rhum. ;Na|>olâ€m ne souffrirait pas de cetinconvéniéntiai^ôii lu transférait irPlantation-House , la seule demeuré habitable dansl'île : mais cela prolongei^aU peut-être sa vie d'un an , ^t on ne le fera pas.,: pour ne. pd&. prolonger lesdépenses aifisi que \Bk t^iareiUr. deà puis^ sauces alliées,. . i* ^ .;
J'éprpii ve une indignation que tout véritable
Anglais doit ressentir : ma plume se refuse à vous
retracer plys lopgrtemps des détails qui prouvent
que Napoléon .est ^ .à notre honte, la victime
ji'une vengeance .ministéridie : ou particulière .
Je suis , etc.
BB SAINTE- HÉ L^ÈirS.' gS