‹ Recueil de pièces authentiques sur le captif de Ste.-Hélène; de mémoires et documens écrits ou dictés par l'empereur Napoléon. Suivis de lettres de MM. le grand-maréchal comte Bertrand, le comte Las Cases, le général baron Gourgaud, le général comte Montholon, les docteurs Warden, O'Meara et Autommarchi, et plusieurs personnages de haute distinctionChapitre 13 sur 45 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

LiA f^rance était parvenue en pëii d années à ùh point de grandeur et dé prospérité inespérées. Il était permis de songer a l'accomplissemeni dun grand et noble projet, celui de donner uii code complet des lois civiles. C'était peu d'avoir accordé la paix à l'Europe par le traité d'Amiené» rétabli là religion de nos pères y terrassé l'hydre des ifactions, et cotïïprimé leà doctrines qui allaient engloutit la civilisation ; il fallait s'élever au-dessus des préjdgéâ et des Vieilles habitudes, corriger l'expérience elle-même , rendre meilleur ce qui était bon, effacer pour ainsi dire la

sagesse déâ sièdes, et recomposer la Société tout entière.

De tels prodiges paraissaient aù-dessùâ de là puissance humaine.'

Les règles sur les personnes et les propriété^

ne se ressemblaient pas dans deux provinces ;

souvent elles diiOeraient dans le même canton :

les Capitulations avaient conservé les lois locale^

I l4 INTRODUCTION.

intérieures à l'incorporation des difFérens pays; on comptait soixante coutumes qui chacune régissaient une province entière , et trois cents coutumes qui n étaient observées que dans une seule ville, bourg ou village. Le régime féodal avait isolé les portions du même territoire ; le droit ecclésiastique , le droit romain, invoqués souvent pour fixer les incertitudes, augmentaient Iç dédale de la controverse au milieu de cette agiomération monjstrueuse et informci

La révolution, en détruisant tout, n'avait posé q\ie des pierres d attente : des hommes illustre^ dans la magistrature et le barreau , rassemblaient des matériaux en silence, méditaient un Code, gémissaient sur les abus, mais savaient pas cette force motrice que fait éclater la grandeur et la puissance. Il fallait l'influence directe et immédiate d'un homme capable de concevoir par lui-même, de réunir tqutes les actions, de diriger toutes les volontés , et de fixer les idées par son autorité. ^

Cet homme existait : la fortune l'avait placé a la tête de la première nation du monde; — le

iNtRODUGTIDK. llS

grand louvrâge dé Ja légisktidD .civâe sertit du

néant.' *

La discusMÔn prélithiâaik^ du €ode, prëftieMë au^ yeuïft du philosopha un diranve intétessàttt , 0t quelqurfois piquant par k ôaractèi^è des pier*sonudgos qui font un rôle. Rien ne peint sous de^ couleiH:*s plus • bfillantes l'époque du consu^ hlt^ri!Ëti ne dëtn^^nti^e tniéux lactioii (ju'exetce sur les idéeà ndorales , \t genre de vie, les ^tudëèv les fonctions des acteurs. L'exatneb des conférences du Cdnséil d'état offre une instruction pràfonde atetix qui étudient le ocèur humain y ol qui i^ercttônt à surprendre les secrets de

l'amer

Abstifaction faite du pouvoir , de k digtiité , des talelië et de là prétention du chef dé Tétât, chaéun appréiéiâft fes àvatïte^es qui résUltaiient dé ^à présence V'ïôW clé la fofmàtîôii et de la discussion du Code. S'il éàt ilisfc^uit, ses lumières éclairent lés àùtrti; qud qu'il Sôit, il s'instruit lut-tTiéhré, d'âbdt^ dés lois tjuîl feta ëiéçulër;' ensuite des tiiotîfâ dé ces Idl»; dfés 'dïlficutéës qu'elleè fh-^éùtënt, et dëS ïacuttéà q^eïië^ laissent à remplir.

il6 INTROBUCTION.

Ici, Napoléon plane sur la discussion, dëtnéle les débats les plus embarrassés entre des jurisconsultes opposés dans leurs opinions; interroge ^ e^^plique et devancé avec une étonnante perspicacité, les développemens des légiste» Sa mémoire prodigieuse , éa profonde connaissance du droit embarrassent souvent, les plus fortes tètes du Conseil d'état, et prouvent la supérîor rite des idées saines et droites sur la science des livres et la théoHe des savans. ^

Les hommes supérieurs n ont pas besoin d*idées acquises : ils sortent tout formés des mains de la nature comme Pallas sortit toutarmée du cerveau de Jupiter ; ils partagent eii quelque sorte les émanations de la divinité , et savent tout sans avoir jamais rien appris. Leurs travaux, leur élévation semblent des miracles» : ils ne sont que Taccomplissement des décrets

du hasard et de la destiiiée^

C'était un grand spectacle. pour Ja raison hu-^ maine que cette discussion du Conseil d'état! Quels travaux législatifs laisseront désormais de plus grands souvenirs? Lequel est le résultat de

, INTRODtrC'TION. 1 1 7*

plus d*épreuTes et de lumières? Les Français^ rassasiés de gloire .^prpiiYaient le besoin de tout ce qui est beau et grande c est-^à-dire de tout ce qui est utile et juste* Un concert unanime rapprochait les esprits sans blesser l'indépendance'

des opinions.

Tel est le tableau que npu^ avons, essayé. de. reproduire et de mettre à la portée de tout le monde, En exhumant des plus volumineuses collections où elles étaient ensevelies , le texte

des opinions d'un homme extraordinaire » dans une matière si épineuse, nous étions bien sûrs d'intéresser le lecteur. Notre tâche se bornait à l'exactitude : c'est là tout notre mérite, (i)

(i) Je ferai deux remarques sur cette introduction : la première) c*est que , parmi les innombrables réformes etles nombreuses institutions dues à l'Assemblée constituante, celle du Gode civil approprié aux intérêts actuels des Français, fut la plus suivie^ comme elle était la plus importante; le Conseil d^état impérial n'eut qu'à terminer un ouvrage si heureusement ébauché. L'autre observation , c'est que Napoléon, qui savait de tout, mais qui ne savait pas tout^ raisonnait pertinemment de la législation civile, mais n'en connaissait pas le positif. Par cette

Iï8 I»TRODtUÇ'ÏION.

capacité d'intuition ^ dont il fut éminemment doué 9 il pressentait , il pénétrait toute matière jusqu^alors étrangère à ses habitudes Intellectuelles , et Télaborant avec rapidité) il la rappx>^tait de son entendement^ pleine à^lafois de lunaière et de substance. En ce seus^ il savait tout, sans avoir rien appris. Cette alacrité intellectuelle explique Topiniàtreté], la persistance de ses déterminations et souvent leur funeste issue par Fabsence de Texpérience. Un génie complet la devance ; il hérite du passé 9 s^empare du présent et exploite l'avenir.

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