‹ Recueil de pièces authentiques sur le captif de Ste.-Hélène; de mémoires et documens écrits ou dictés par l'empereur Napoléon. Suivis de lettres de MM. le grand-maréchal comte Bertrand, le comte Las Cases, le général baron Gourgaud, le général comte Montholon, les docteurs Warden, O'Meara et Autommarchi, et plusieurs personnages de haute distinctionChapitre 25 sur 45 · PENDANT I<£S CENT JOUR · texte numérisé non relu

PENDANT I<£S CENT JOUR

AuMÎ loag-feutip^ qtie le sueoès a emifoiiné' tûs entM^ t>rÎ8e8^ je me suis abstenu d'offrii^ à Votre Majesté dé^

(x) Il y a un yiilgaire parmi les hommes célèbres, comme il y • un peuple parmi les lecteurs : pour ceuz-Ksi, la curiosité rassasié» est la béatituiie ; et pour ceuz-li , la vanité chatouillée est le pre-* mier des biens. Aaz nns et aiuk autres , il faut à^t^ éTénemens'i comme aux amateurs de romans , il faut des aventures. La révo<« Intion est arrivée bien à point poor assouvir Fappétit de tous cet gens-là.

De3 lecteurs d'un goût plus délicat, veulent des héros d'one bé*« tare moins triviale \ et ces derniers» à leur tour ,. moins avides d'être connus que friands d'être estimés , préfèrent im sufiDrage qui rai<* sonne, aux battemens mécaniques de ces mains officieuses qui dé»> honorent ceux qu'elles applaudissenté

Camot doit être ainsi. En ma qualité de spectateur du mëk>« drame qui se joue depuis trente ans sur tons les tréteaux politiques de l'Europe , je l'ai vu plusieurs fois , mais de loin, et ne lui parlai jamais. Toutefois ^ je crois le* connaître } car, au rebours des bM>graphes qui , comme les algeliristes , procèdent toujours dueonno à l'inconnu; moi, je dédaigne les faits, et n'y attache de prisqlue par llntention qn'ils ré? éLvnt/ Il y a'nfille faila'qnî ne sîgaîBéu»

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services que je n*ai pas cru lui être agréables. Aujaùr-^ d*hui, Sire, que la mauvaise i^rtune met votre cons-

rieii ; il y en a ceût qui signifient trop : at>précie% donc un LoiHniè BUT Pexcés ou par le défaut ! La méthode d^un jury vaut mieux : il monte aux causes , met la main sur le cœur , compte les pulsations et saisit la volonté» L'homme est tout dans sa volonté. X*ai pénétré celle de Camot , je le connais donc.

liais cette étude est pour moi. La montrer aux autres , est-ce bien la leur faite connaître ^ Je ne le crois pas. Puis-je donner à des paresseux Tactivité de la pensée, qui seule pénétre les entrailles 7 Ensuite , ai-je des couleurs pour exprimer mes sensations ? Je me borne donc à esquisser une ébauche solitaire , dont les linéamens grossiers, mais francs , ne donneront que la partie saillante d^une physionomie qui a beaucoup de la rudesse de Gâton et quelque chose de Taménité de César.

Trois cents premiers rôles peut-être ont paru dans la tragicomédie que Topiniàtreté oligarchique force et forcera la France de jouer long-temps encore : combien , parmi ces rôles , y en à-til qui ne se soient pas- démentis , c*est-k-dire qui niaient pas pris leurs opinions dans leurs intérêts ? // en est jusqu'à trois , a dit Boileau , en parlant des femmes chastes ; la pudeur politique est pour le moins aussi rare , pour la foule rampante de caméléons successivemens tricolores par fièvre, rouges de peur , blanchissant par bêtise , verts d^orgueil et de coupable espoir , où sont les vrais immobiles ? Pour un La Fayette , un Lanjuinais , un Camot , que de girouettes au Forum , dans le Sanctuaire , sur le Parnasse ! Toutefois , ne calomnions pas trop Tespèce dont il ne fkut que médire : ce n^est pas tant propter nummos que fout cela tourne , mais par vanité , et surtout par inconséquence. Tel , au 19 mars , avait juré au Roi de mourir avec lui, qui, le 20 , s'est tout-à-eoup résigné à vivre avec PEmpereur ; et cela , sous prétexte que , dans un serment , il y a contrat , et que Pune des parties disparaissant, avait délié Tautre. Les sottises verbales sont à Parrière-garde des sottises en action.

Dans le cours d'une longue vie , Camot n'a pu en dire , parce qu'il n'en a point fait ; et il n'en a fait ni pu en dire, parce quMl a

DE &ÀlNT£-H££iNE. 44?

tance à une fprande épreuve , je ne balance plus à vous faire Toffre des faibles mayeùs qui me restent. G^est peu

une âme, du sens , un caractère. En s^embarqnant dans une action * il s'en est toujours prouve ou la nécessité ou L*utilité : il a arrêté . son départ à point fixe, calculé ses moyens de traversée > et tena Tceil ouf ert et la main tendue vers le bat. Souvent entraîné loin de ce but, il ne sVn est jamais écarté. C'est que le principe de son ' action est dans lui : c'est en morale , dans les sciences , dans Tadmînistration , en politique , en littérature même , la probité. Sans la probité , en effet*, qu'est-ce que le patriotisme? un beau man- • teau k Pégoïsme. L'indépendance, la liberté des nations sont admirables, et la dignité de leur gouvernement estun vrai besoin; mais Garnot soutient que , sans conscience , elles conduisent . droit k l'anarchie , à l'asservissement , au despotisme.

Que j'observe les diverses phases de la carrière politique de Garnot ; dans chacune je vois poindre la qualité qui la distingue : précocité dans l'enfance , maturité dans la jeunesse , activité dans l'administration, douceur sous les armes, inflexibilité en politique, courage et modestie durant la proscription. Qui plane sur ces qualités qu'un homme ordinaire ne concilia jamais ? la conscience. Elle lui dicta l'éloge de Vauban,le soutint durant le siège d'Anvers, • défendu pour la patrie , et au nom de l'homme extraordinaire qu'il * admirait et n'aimait point ; sa conscience criait aussi, quand, seu/^ dans un tribunat républicain, il refusa de constituer le despotisme héréditaire; et jamais cette conscience n'avait parlé plus haut q«e quand il prononça que l'homme innocent doit mourir , lorsqu'il est devenu Roi coupable. Oui , Garnot eut le malheur d'être coutt vaincu que l'infortuné Louis XVI était parjure et traître , puisqu'il vota sa perte ; j'insiste sur ce point , et c'est exprès; car si ce vote, que l'esprit de parti a rendu trop fameux , n'eût point été la libre expression d'une conscience forte de sa moralité , et qui se croit sûre de ses lumières , Garnot eût été , il serait encore un scélérat. Qui pourtant oserait le dire, qui entreprendrait de le démontrer ?

Sous la poussière des bureaux administratifs , il créé quatorze armées , et les envoie , non aux conquêtes , mais k la victoire. — Mille héros , les mains pleines de palmes , rentrent au sein de la

44^ PliCES SUE JLB PRISOirVIEE

decbote , ^ans doiAe, que l'eflfort d'un bras seiagénaânf f mais {'ai peùné que Tezeniple dHm aiicien 86ldài', dont

patrie', que d'absurdes iactions meartrissent on égorgeait sdtts à^ forêts de lauriers > ils cachent la hoate des ëchafasd^ Rolkespierre alors ëcrivaîty en lettres de sang^, son nom dans des codort âéfotéà de' vengeance i celui de Gaiteort , dicte par l^onnenr k n6» hutéén^ était répété par la recoattaissance.

Ank pUes menaces des ttflttinvirs , Camot réponfd pu àti Wëcêà'i il» ménagent , en frémMiaf , celai dont la gloire *, âtitnl ptiié' fpi'eUe est ntile , fait paUiet là célébrité de leurs fôrfiiitsl Gfiepeto'i dtait , comme un météore, le gf tbermidor déploie siië' Vhoriifoil'' politique , ses attaques vengeresses ! Tinsotence diï if^tai , MiUtèê an comble , sé^fetôume contre lui; ses coii&plicés , mAlâdroitémettÉ^' assaillis , renvêrmnt sur sb tête livide cette coupe de sang où il bunit totu les crimes. Il tombe, et Camot respire. Màia^' biiénftÔt bn prétend le faire succomber.

Le 9 tbermidor est un éaint jour : la réaction: , qtd s^en tàtptàfër sortit , sanglante et armée , des enfers. Au nem de* la pàint ellcf calomnia les patriotes ; de par la république , elle proscrivit lè§ républicains. Que voulait- elle ? ce qae voudra totfie réactibnP aristocratique , la ruine de la liberté et le ch&timékitt de ses anii^/

A ce titre Camot fut attaqué. Lui qui aVait santé lltFràiibè d'é' sa perte et du déshonneur, il fut accusé de Pavoir déshonOT^^ ait Tavoir perdue. Une stupide faction qui ditoimule , parte fracas dié^ soft orgueil, reziguité de son nombre et la petitesse deses'ittôyeù]^/ tàriB que la victime de Robespierre en était le com]piice i il à orgsl*' nisé la victoire , vbulait-on bien avouer , mais pour que* lé tjVéliP en recueille lés iVuits. £n6n, ceux que le sort avait fait scié juges ^ comprirent qu'en le condamnant^ ils ouvraient les tables de' léunf proscriptions. Le rire affreux de Paristocratie alongealit Èës odgl^ pour déchirer sa proie , les avertit sur eux-mémès. Un -j^tix et' bonté, beaucoup de peur , sauvèrent' Camot.

LéDii«dtoire iki W cou^^fixmiion m costûniè dû Comité' de ^aliit pnblie. Moins atroéeet moins; gratfd , prnd'ént plutôt qù'é sage^ irrésolu, ti^aitiié, il cominëitçè àù' milieu de la la'i^itude'^tfbliqueV et: qboiqae sOniHièStîant , il pttuH à^V, pkré'é qùé tout Siimtat

les sentimens patriotiques sont connus, pôurfàlt talllet à vos aigfes beaucoup de gebs iûceÉtains sur le parti qu^ilf^

Après une période , que le temps à déjà enseyelie dans son sablier, il s^éteignit par le me'prîs. Cependant , sa convalsiye existence s^est attachée à Fhistoire piif' trois k quatre crises dont le ridicule est nne saillie atroce. Vouîant pr6s(»ire et ne Posant , ces Sylla botiiu geois crurent signer là vie en ajournant la mort. La couleur da sang e&t effirayé leurs nerfs ; maïs Timagination , moins pusillanime , leur peîgtiit comme riantes et saines les plages empestées de Sjnamarie : en conséquence , ils ne tuèrent pas ; ils se icon* tentèrent de déporter. En faveur de leur bêtise,' nous commençons à excuser cette énrauté. Quant aux victimes , elles Tont pardonnée.

Camot y échappé h l'une et à Fautre , erra proscrit , inconnu ^ mais fier , innocent et peu yain d'une chute aussi honorable.-— Qnoique grave , la plume de cethomme trouve souvent des touches ^aies ; et le géomètre ne calcule pas toujours. Mais que dis-je? dans certaines circonstances , Téclair de Fesprit , les jeuk de rironie ne sont-ils pas de vrais calculs ? Aux sourdes impostures , k l?mbsnrdité > k la gauch»ie des accusations , quelles défenses plus triomphantes k opposer que la raillerie ? Quand sur les pas de la vérité toute nue folâtrent les sarcasmes , le mensonge roîde et«pprété pourrait-il résister ? G^est ainsi que , dans son écrit SOT le i8 fructidor, Camot livra aux sifflets de TEurope les rois du Luxembourg^ Leur tr6ne ébranlé s^en alla en pièces quelque t^mps apoès.

BoAi^arts , pressenti par CarmH , avait re^u pour prix de la conquête de iltalie , un exil en Egypte. Lk , on ne se battait pas pour envahir , mais pour coloniser ; et la civilisation eût été le seul asservissement imposé par le vainqueur. Mais tandis qa'ims antre France germait aux rives du Nil, Pincapacité déshonorait la France de la Seine et de la Loire. Bonaparte, averti, s'élance, arriva , reconnait les Ikches qui Éétrissent la pourpre , les frappe on plutôt les disperse, et des déferis de leurs chaises cnrules il se prépare un trône. A cette époque, qui snspenditles proscriptioas et sembla terminer les troubles révolutionnaires , Camot fut rappelée

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doivent prendre, et qui peuvent se laisser persuader que ce serait servir leur pays que de les abandonner.

Ministre de la guerre , il aprait coniiuaé à ramener la victoire sous les drapeaux républicains , si Thomme que le ciel fit ëmi* nemment despote pour sauver cent fois la France et la perdre nne , n'eût pas dès-lors me'dité la fin de la république. Notre glorieuse et malheureuseFrance pouvait-^Ue conserver sous cette forme antique son existence moderne ? Si les faits sont des réponses aux principes , cette question n'est plus à débattre : Napoléon la résolut ; et FEurope , hormis ^insulaire ennemi de la France , applaudit durant dix ans. Pour cette fois le sincère Gamot sembla d'accord ayec Pitt le machiavélique. Au conseil, au tribunat, Camot défendit la démocratie expirante : les crimes des rois lui avaient enseigné la république : et après quinze ans de sacrifices , il ne voulait pas que la France , qui n'a eu qu'un Louis IX , qn'an Louis Xn , qu'un Henri IV , s'exposât à gémir sons un Louis XI ,. sous un Charles IX , ou à végéter dans rignominie de dix roia fainéans.

A mesure que Tempire grandissait, Carnot s'obscurcissait. L'exdirecteur cultivait ses légumes comme Dioclétien à Salone, quand, pour se garantir des excès de son envahissante ambition , l'Empereur invoqua le secours des hommes modérés. Point de force sans modération. Quand Napoléon commença à comprendre ce principe , il n'était plus en ébat d'en profiter. Camot , dans Anvers attaqué, défendit la France menacée , et la défendit en tacticien consommé , en sujet fidèle , et surtout en citoyen sensible à l'honneur. Le siège de cette place importante tût immortalisé Carnot, si déjà ^histoire n'avait buriné son nom; et ce nom, au lieu d'être proféré avec horreur au milieu des ruines, se lit aujourd'hui tracé par la reconnaissance sur les murs qu'il a sauvés.

Après l'év^ement du 3o mars, Carnot fit prendre à la garnison qu'il commandait, lesnouvellescouleurs que le Roi venait de proposer à la nation qui l'appelaitau trône. Queldommage que ce prince, peu instruit alors des intérêts 4iMi> pajsqu'il. avait quitté depuis uu quart de siècle, ait mal accueilli ce grand dtojen! Sou expérience nous eût préservés de l'amère leçon du ao mars. Les résul-

DE SAINTE -HEliNE. 4^^

tl est encore temps pour vous^ Sire , de conquérir une paix glorieuse , et que l^amour du Grand Peuple vous soit rendu, (i)

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