‹ Recueil de pièces authentiques sur le captif de Ste.-Hélène; de mémoires et documens écrits ou dictés par l'empereur Napoléon. Suivis de lettres de MM. le grand-maréchal comte Bertrand, le comte Las Cases, le général baron Gourgaud, le général comte Montholon, les docteurs Warden, O'Meara et Autommarchi, et plusieurs personnages de haute distinctionChapitre 26 sur 45 · CARNOT · texte numérisé non relu

CARNOT

P%riSj a4 janvier 18 1 4-

tats de cette expërience déposés dans an écni devenu depuis trop c^ébre , furent offerts au Roi qui , de lui-même , les aurait agréée et'utilîsës ; liiais nncnrable faction des- orgueilleux ne permit pas ) uti ré)iablicahi converti au régime de la Gbarte, de sauver la mo« narchie. Elle ne périt pas, mais s^éolipsa^ et comme il s^agissait de préserver la France du double flcau de Tinvasion et de Tanarchie, Carnot accepta le . porte-feuille de Tintërieur.

Après la seconde abdication, qu^il provoqua, il maintint Parmée, et préserva Paris des dangers d^un siège, et peut-être des horreurs d^un saci

Porte sur l'ordonnance du a4 jaiUet, Gamot, exilé, reçut des puissances qu'il a vaincues, un asile que lui refase encore la France quil a sauvée. . .

J. B. J. I. Ph. RBCVAULt-WARIir ,

Éditeur de la Correspondance de Carnot » extraite de ses Mémoires inédits.

(i) Napoléon reçut cette lettre dans la nuit du a5 janvier, et le lieutenant-général Çamot fat nommé aassit&t gouven^^ur de la place d'Anvers.

45i PiÈcié sm it pRisoNifiEii

LETTRE PREUIÈRE.

SlBB.

Av retour de Tentrevue dont il a plu à Votre Majesté

peuvent sembler liés et dépendons ^ maifi :, qu'avec. .uo peu de réflexion , Ton doit trouver séparés, el ma coopération à révèùeteèîDt du po mars^ et Éiod ceptaiioti du ministère de Tintérieur. Je cbtibttKiAce pstt déclarer à Votre Majéisté que j'accepte le qiinimi^B» nonseuleineni sans répugnance ,. mais avec satus^ption. Dans, la crise où se trouve l'Etat ^ je crois ponvpir.le oenûr,; el^ le» circonstances sont telles, que je ne p^iflimci déffojper à rjSmpereur, sans me dévouer ^ la patrie et 4 Jalibefté» : Un malheur commun les a y pour cette fefo , liés indl»» solublement; et Votre Majesté a déjà compris que tous ses efforts doivent tendre à resserrer ce nœud tissu par la nécessité. Rétabli par cette nécessité inflexible , TEm-^ pereur commencera donc à régner par la volonté publique|èt podir étire digtie de comiiiânder.à tbus^ Ose glorifiera d^bbèir à i^ôpinîon. À cette condition , Slrêf , je me glorifierai moi-même d'être le ministre le plus zélé de Votre Majesté, comme j'en suis le serviteur le plus fidèle* Mais, Sire, c'est au nom même de cette fidélité, c'est pour conserver à ce zèle toute sa pureté , que je refuse formellement toute coopération politique à la révolution du 30 mars. Qu'elle se soit opérée , non-seulement par la puissance physique de l'armée, mais par l'assentiment moral de la presque totalité des citoyens f c'est, sans

contredît , œ qui est démoutré : et sans cette démonstration^ ma conscience ne me permettrait pas d'y adhérer y puisque je risquerais de rengager à une factieuse minorité; mais cette conscience, qui approuve des résultats amenés p^ur une iQaiorité incontestable, craindrait de se compromettre en touchant aux ressorts qi|i les ont déterininés. Vous seul. Sire, nvez dû ^lont^r ces ressorts 9 puisque vous se^l, organe de la nation , dont la violepçe vous avait enlevé le trône, aviez le droit de parler en son nom. £}le ne vous a point démenti, çt vous êtes justifié. Mais, tandis que vos droits sommeillaient, une autre main en accomplissait rexercice, et Tamour delà patrie, le besoin de la paix, vos ordres même, nous avaient soumis à cette puissance de fait. Tant quTelle domina , notre fidélité , première et peut-être unique base de sa tranquillité, a dû rester, elle est restée inaltérable , et ce serait la dégrader que de participer à Tœuvré dont le succès nous en délivre. A vous uniquement , Sire , appartient l'accomplissement de cette œuvre commencée par vous. Vous ne fûtes point coupable en la tentant ; )e deviendrais complice en y coopérant. Terminezla donc vous-même, et, comme aux jours de votre gloire, redevenez le pôle sur lequel roule désormais le monde politique. Le besoin de l'honneur, la soif de la libeHé, le désir de l'ordre et la volonté de l'indépei^dance ont ébauché cette révolution héroïque, à laquelle fut con^ dnît un peuple par son chef accoutumé à vaincre : encore cet|e fois que la victoire les justifie! Maijs, Sire, pardoiinez à cette réOexion : sans la modération, que senût la victoire , comme sans la liberté , que ifi vie9dr«Mt le bonheur ?

Parisy aa niart t8i5.

454 PIECES sua LE PRISOIClflER

JLETTRE II.

Il m'est pénible , Sire 9 d'avoir toujours à répondre â vos offres par des refus ou par des distinctions : les uns doivent vous sembler insultans 9 les autres peuvent vous paraître des subtilités. Général et souverain , Votre Majesté connaît mal les gradations de Tobéissance et les nuances de la soumission. I/une el Tautre qui na sont, dans un soldat , souvent m^e dans un sajet, qu'une sensation formée par l'habitude 9 quoiqu*ennobiie quelquefois par le sentiment , peuvent et doivent se montrer^ dans un citoyen ^ sous une forme moins serviie : û le sentiment les provoque , que du moins la raison les légitime. C'est elle, c'est cette raison qui, au premier mouvement , m'avait conseillé de refuser le titre de ConUô dont Votre Majesté a jugé h propos de me revêtir; c'est cette nième raison qui , mieux éclairée , me détermine à l'accepter. Daignez ne pas regarder comme des scrupules vains les motifs qui ont appuyé, en deux Sens opposés, ces deux résolutions qui d'abord pourraient sembler contradictoires.

La France sait si je l'aime , et Votre Majesté n'ignore pas que je cesserai de vivre quand je cesserai de loi être fidèle ; cependant , lorsqu'il fut question de donner à la France l'institution monarchique delà Légion-d'Honneur, je m'y opposai par devoir autant que par sentiment; et quand, plus tard successivement, on proposa de renverser le gouvernement de la liberté en faveur d\in seul homme dont les talens , l'héroïsme et la gloire pouvaient nous reconsoler de la perte de cette idolç chérie , j'élevai contre cette prétention une opposition aussi

DE SAINTE -HÂLÈlfE. 4^5

TOide et aussi constante. Qaels furent alors mes mtotîfs? Raisonnant en thèse générale , je disais : La nature' créa l'égalité « et notre constitution la consacre ; là société européenne a voulu la liberté 9 et notre constitution la garantit, du moins à la France : c'est pour Tégalité que la France a fait et supporté la révolution; c'est par la liberté qu'elle prétend la terminer. Telle ^st sa va. lonté souveraine , dont rien ne démontre la déraison 9 dont tout appuie la justice. Les convulsions de l'aoarchie) si destructives de l'égalité, si incompatibles avec la liberté , sont terminées sans retour. Quan4 elles mettraient la France à deux doigts de sa perte, quç ne réclamait-on , dans des institutions monarchiques 3 le remède qui eût pu la sauver? Mais l'anairchie a dé-: voré ses propres enfans^ elle s'est dévorée elle-même, et ce suicide politique a ressuscité le corps social. Aujourd'hui qu'il reprend ses forces avec sa dignité, et ses prospérités avec la victoire , on vient vous proposer de le remettre en tutelle; que dis-je ? on veut lui rendre les lisières dorées qui amusèrent Ist France vieillissant^ dans la longue enfance où Tentretenaient sies tuteur^ intéressés que l'on nomme rois I On propose ajix, fond^j teurs de la république des rubans au liçu dç palmes .^^ et des broderies au lieu de couronnes de chêne ! Etaitce donc avec des rubans que vous faisiez le blocus 4ç Mantoue, ô^ vainqueur de l'Italie I Et , q^and Bonap^rtç fit baisser la paupière à l'aigle autrichienne, était-ce devant un habit doré ou devant sa redingotte grise ? J'étendis à la circonstance de votre élévation à Tcmpire ces raisonnenaens fo rtifiés encore par une longue expérience , et appuyés par des exemples plus nombreux. J% vous épargnerai les uns et les autres; mais il me sera permis d'ajouter , qu'aussi docile à la loi portée qu'en-

Demi de la loi à porter , je promis à i'Emperear une fidélité d'autaDt plus méritoire à garder, que j'avais ea plus, de oombats à rendre aveo moi-même pour me l'imposer. Connne tribun , je reçus aussi la Légion-d'Honnear , dent le pridcipe me sembla toujours sacré, mais dont je Marnais les grs^les chevaleresques et la décoration mo^ ^Murcbique.

l>épuis et peâ à peu , le système de votre gouvernement s'étant développé, vous comprîtes , avec la pénétrante sagacité qu| caractérise votre génie, qu'A fiadlalt remplacer par des jouissances sensutlUs les prixidlionneur que vous ôtiez à l'imagination. A l'antique statue de la liberté, vous parvîntes à substituer le fantôme de la gloire, et des dotations payèrent tout le sang qu'auraient dû récompenser un regard de la patrie, un r^rel delà nation. Alors s'établît ce nobiliaire échelonné par la cupidité et par l'orgueil ; tarif vraiment monardbique , par lequel on savait d'avance le prix d'un bras emporté et la décoration d'une blessure au visage ; tarif sur lequel on pouvait combiner la valeur avec l'intérêt, et calculer la pension par le sacrifice. Alors aussi furent flétris de titres exhumés des sépulcres de la révolution, les avancemensles plus illustres : on devint comte ^ parce qu*Qn avait une main de moins; et duc^ pour a.voir fait, dans la carrière de l'an^bitîon , un pas de plus. La vieille souche de la féodalité parut donc reverdir pour ombrager de ses rameaux surchargés d'ëcussons, un trône que , par des motifs bien différens, le parti de la révolution et la faction contre -révolutionnaire regardaient comme usurpé.

Hon opinion vous était parfaitement connue à cette époque. Sire, et vous n'ignorez pas qu'elle n'a point changé. J'ai tort de dire nion opinion , parce qu'en effet

Vopinion^ fruit des événemens, est souvent , comme les circenstances qui les décident, mobile et variable : ce sont les principes fondés sur la raison , motivés sur Texpérience , qui , comme la raison , sont immuables ; et ce sont eux auxquels , dans tous les temps , je me auis appliqué de m*attacher.

En les consultant étroitement , ils m'avaient conseillé de refuser le titre féodal que vous venez d*accoler à mon nom. Dans une monarchie constitutionnelle j me disais* Je j régalité est le premier des principes , et la liberté la dernière fin , comme dans la république la plus démio* cratique; d*où vient donc ma vanité concourrait-elle à blesser ce principe , que j'ai si long-temps respecté comme citoyen, et, qu'à titre de ministre, ce m'est un devoir de faire maintenir et de faire respecter P Ces considérations , si puissantes en raisonnement absolu, dans un ordre établi et reconnu , dans un gouvernement stable et non disputé , toipbent devant l'empire moins étendu , mais plus irrésistible , des circonstances. Mon imprudent refus , me suis-je dit « va livrer à la dérision le monarque , et à l'instabilité intérieure la nouvelle monarchie. Quel ascendant conservera l'un 9 q^^l ^' ploDod) prendra l'autre, lorsqu'on verra leur ministre se jpoettre en opposition avec les institutions qu'ils ont consacrées? C'est quand l'état est tr^nqui^le^ c'est qus^nd Aon chef est heureiv^^ qu'on peut appeler de leurs actes Il l'opinion nationale. L'invpquer .en ce moment, et, c^ faveur d'un seul individu ( qui peut d'ailieurs.se troiaper ) j agiter ainsi la masse, c'est conspirer, c'est trahir. A cette réflexion. Sire, mes premiers scrupules ont fait place à des scrupules d'un ordre plus élevé. En admettant que mon consentement soit une résignation , je me 4i|4l|is.inipoaée s^vec contentement; car je ne n^eriteri^is

458 PIÈCES SUA LE PAISOirillIIl

pas de me dire Tami de l'égalité « si je n'étais aussi raml de la patrie.

Paris, 35 inars i8i5'

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