‹ Recueil de pièces authentiques sur le captif de Ste.-Hélène; de mémoires et documens écrits ou dictés par l'empereur Napoléon. Suivis de lettres de MM. le grand-maréchal comte Bertrand, le comte Las Cases, le général baron Gourgaud, le général comte Montholon, les docteurs Warden, O'Meara et Autommarchi, et plusieurs personnages de haute distinctionChapitre 29 sur 45 · LETTRE V · texte numérisé non relu

LETTRE V

Ovi, Sire, je comprends à merveille la nécessité d'un changement général dans l'administration : les préfets^ les sous-préfets, les maires , les employés dans les direc-* tions, etméme les principaux commis, doivent être remplacés j mais il me semble que pour que ces changemens soient efficaces , il faut qu^ils soient nécessaires et graduels. Aux principes, depuis long-temps établis $ des individus qui peuvent en devenir les objets , à leur con-^ duite kabituelle > nous eu connaîtrons d'abord la nécessité ; je ne dis pas à leur opinion , quoiqu'en une circongtance critique, l'opinion doive entrer conmie élément dans un jugement à porter; mais seulement comme élément, et non comme déterminatif; car chez les hommes qui ont une conscience politique, l'opinion ne prévaudra jamais sur le devoir. Tel qui, les lys sur la poitrine, a servi chaudement le Roi, n'a cessé pourtant de servir Votre Majesté, parce qu'il servait la patrie : cet homme est sûr et ne mérite point d'être déplacé. Celui qui s'est désigné d'avance à la destitution , vantait, adorait l'Empereur tant que l'Empereur fut puissant » et le calomnia quand la victoire eut perdu ses aigles. Un autre, plus dangereux et plus coupable, n'usa de sa portion d'autorité que pour trahir celui d'où elle émanait: 80U3 le spécieux prétexte d'une fidélité secrète envers le prince, dont la victoire n'avait pas encore légitimé les

(*) Correspondance de Napoléon , p. 583.

droits 5 il négligea, il compromit ceux du monarque auquel il avait engagé une fidélité publique. Je soumettrai aussi au déplacement les caractères frêles et les opinions sans consistance qui reçoivent conseil de leurs affections, au lieu de le prendre de leur devoir. Dans la erise qui se prépare, ce sont des forts qu*il nous faut ; et tout fonctionnaire, en acceptant Téobarpe, doit être GOttfàincU qu*il morite sur la broche.

Cependant j il ne suffît pas qtie les mutations soient ladîst>énsabl€!s et tiniverseUes pour être bonnes, il est besoin aussi qu'elles soient graduelles: autrettlent, le fûécaiiisme administratif s^anrête partout ; le recouvrement des contributions, les levées dliommes, leur équipetnent, leur organisation sont suspendus, et toutes les bràbches de Tadministration paral3rsées reportent au ceritre même du gouvernement le contre -coup mcn^l qui les a frappé. Pour obvier à ce grave incon^faient > je me contente de procéder d^abord au déplacement , dii à là mutalidti d'un certain nombre dé préfets, d*uu plus gratrd nombre de sous-préf)sts et d*uh Àoiitibi*e proportioiinédë ihai^es et d'adjoints; ayant sôiu de faire tomber ce lUouVëmeut sur les administrations d'un ordre supérieut ^t sûr des villes ^ui cbmifiahdent à une sphère éteâdue par l'inÛuence de l'opiiiion. Peu à peu seront éconduites les autorités d^un ordre et d'un ascendant moins importans, et qui, déjà, auront reçu , même involontairement, le choc d'une impulsion générale. C'est ainsi que, sans secous&es comme sans précipitation, sera régénéré le système administratif de l'empire, celui qui , par ses contacts habituels avec toute la population, inspire , rectiHe ou mûrit ses ofnnions et détermine sa conduite.

DK âAtNTfe-HéLÈNE. ^6^

je ne dois point terminer cette lettre sans sounkettre à Votre Majesté le désir universel , que la nation reproduit plus pressant que jamais , d*étre administrée par des maires de son choisc. Tant que ce Vœu ne sera pas accompli » elle ne se croira pas libres pàrôe que là liberté politique ne consiste pour les comitiunes que daâs la liberté de ses élections municipales. Outre cet avantage^ contre lequel il ne s'élève aucune objection raisonnable ^ le gouvernement y trouvera [celui de la simpliBcation j de la promptitude et de l'économie. Lé curemeùt d*uné fontaine conomiunale , ou la nomination d*uné sagie-femme , cesseront d'obstruer les cartons du conseil-d'état } et l'octroi de trois centimes accordé à teUe bourgade né figurera plus au budjet parmi les magnifiques dépense» de l'empire.

Paris, 2 atril i8ià.

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