LETT,RE VI
£n attendant que le bureau d'organisation de la garde nationale m'ait adressé les renseignemens sur lesquels doit porter le rapport demandé par Votre Majesté, je crois devoir lui soumettre quelques idées relatives à cette organisation , et qu'on peut regarder conune préliminaires.
Qu'est-<îe que la garde nationale? c'est la nation armée; Si cette définition est exacte, j'y trouve tout à la fois la nature de l'institution , ses moyens et son objet; C'est la nation , ce qui exclut toute idée de corporation dis» tincte et de fonctions privilégiées; mais c'est la nation
(*) Cotrttpondance de Napoléon , p. 384.
armée : comment Test-elle ? quand peut-elle Tètre ^ poujrquoi jie.doit elle? .Elle doit Tétre toujours ^ par suc* ces^op jiéréditaîre, mobile dans ceux qui la composent^ perm^eiite ds^is son esdstence^ c omme elle est légitime de sa nature et nécessaire dans son emploi Aucune circpnst^^f^e.y nu;! pré^ixte ne ss^rait }a suspendre^ Défi qu'un î^ifpè ^xaoçais est devenu .çj^jefi, il est garde national; il re^ jpaLèiiie|i9par9yAa.t : jl Test , iopsque ses q[iain# fdple^Ge^tQs peuvient porter un fusil. Hy a deux ^Vfifi ifii^frag^l^ awcpiels on reconnaît une nation lil^ : qufind elle a une représentation éhie ^ceotem^it par I^ proprjiéité et qui vote Timpôt de Tannée , et quand œlite même propriété ( tecritoriale^ industrielle ou intelleotueUe) estmaintenue^ et, au besoin, défendue par ses propres armées.
Il me semble que toutes les règles de l'organisation de la garde nationale peuvent se déduire de là. Dans les temps paisibles , elle maintient ; dans les troubles intérieurs ou extérieurs , elle défend. A rmée négative durant la paix , elle peut changer de rô le pendant la guerre; toutefois, s'il s'agit de marches, de campemens et d'excursions, môme peu éloignées, la raison veut que les jeunes célibataires seuls y soient employés. Les garçons d'un âge plus avancé gardent la frontière, et les hommes mariés, demeurent dans leurs foyers, y forment cette précieuse portion de la défense négative^ qu'on peut appeler armée municipale. En dernier résultat , c'est d'elle, c'est de la police qu'elle rend présente partout , quedépend toute conse rvation. Politiquement parlant , elle fait respecter les droits; dans son action domestique, elle en fait jouir.
Puisqu'elle a les formes de l'armée et une partie de
I)È SAÎNTÉ-HiliÎTÉ. 4^^
isa destination, faut-il donc que, comme elle, elle soit soumise à une hiérarchie de ^ades , à la régularité âxk service , à la sévérité de la discipline? je crois chacune de ces questions susceptible de distinctions, selon les locajyitàu $ans doute, â faut partovt un ordre, desrangs,. un service r^glé et un|3 Sorte de diséipUne; mais faut4i porter jusqn'^ riofl^ûbks austérité de Vesprit niilitaire^ ces élémei» moraux P je né le pense point. Je ne voudrais pas , pair exémj^te, qu'Un uniforme rigoureux fut prescrit à la garde nationale, et «urtoùt que cet uniforme > en retraçtat, dans ses diverses parties, Timége de Tàrmée, ne la rappelât quésousdbs rapports ridicules, dangereux ou vains. Je voudrais encore moins iju'entre Tindigence, privée d'uniformes^ et les classes aisées qui ont toutes les facilités pour s^en procurer, l'orgUéil élevât une odieuse barrière : quand donc régnera l'égalité, si ce n'est lorsqu'il y a communauté d'intentions, de fonctions et quelquefois de dangers?
En admettant la nécessité d^lne marque qui indiquât rhomme de service, je la Voudrais temporaire j afin qu'elle n'inspirât ni vanité à ceux qui la portent, ni regrets, ni dédaio à ceux qui ne la portent plus, ou qui ne la partent pas. Par le même miotif , je désirées qae les grades fussent électife^ annuels, et qu'on segiEurdât bien surtout de les asçiiailer à ceux de l'armée. Là, ils sont un état et forment une véritable dotation : dans la garde nationale, ils sont une ehai^ , une fotiction, un emploi transitoire uniquement établi pour assurer l'ordre, la régularité, la perpétuité du service.
Dans ce système > il est entendu que je supprime ces brillans et inutUes états-majors, objets d'envie, et qui ti'ontguères que l'avantage de reproduire les magnifiques
cavalcades de nos fêtes dramatiques. C'est appareinf-^ meot pour cela qiiMl est arrivé plus d'une fois qu'on le^ a fait parader aux évolutions de théâtre , et tout réceiffment encore aux processions.
Qnans aux jeunes gens non-mariés, dont j*ai dit qu'on pouvait mobiliser les colonnes , j'ajoute que je les regarde comme le véritable noyau de l'armée régulière et conscriptive. Les bataillons qu'ils fournissent peuvent et doivent même assujettir à un ordre exact, à une hiérarchie inaltérable , à une discipline sans relâche. Cet iqpprentissage est une sorte d'école primaire de Mars, où tout ressemble à l'armée, hornusJa durée du Jservice, ré|^é par le besoin et mesuré sur les localité».
Pari^, 4 *^"^ i8iS.