‹ Recueil de pièces authentiques sur le captif de Ste.-Hélène; de mémoires et documens écrits ou dictés par l'empereur Napoléon. Suivis de lettres de MM. le grand-maréchal comte Bertrand, le comte Las Cases, le général baron Gourgaud, le général comte Montholon, les docteurs Warden, O'Meara et Autommarchi, et plusieurs personnages de haute distinctionChapitre 4 sur 45 · TOME CINQUIÈME · texte numérisé non relu

TOME CINQUIÈME

6 riÉCKft flTft f.E FEIfOMViEK

«t eompCable d'un rakicaB Ae k compagnie des iod^* Sur le prétexte le phis frhpole, sans îngement ni seoteiice, il fut contraint de quitter llHe, d^abwdonDer les magasins qa'il avait en TÎDe, et ne pot effectuer les reonuTremens cmuidérables dont il était chargé. « Cest ainsi, m'écriai-^, que 9 Ton viole le droit des gens ! que Ton noos prive tf de notre ltt>erté 1 cette propriété iiidiénable i pour tout véritable Anglais ! •

U est, dit un convive, impossible de voir Napoléon. D'abord le gouvemenr n aime pas à ac-^ eorder de laiuer^paner pour les différens postes qui entourent sa demeure; ensuite ce Prince ne reçoit personne, et s'est renfermé depuis plusieurs mois dans Tintérieur de ses iippartemens ; on ne serait donc pas plus avaftcé p6ur avoit taincu les premières difficultés, ainsi que Tont fait des personnes particulièremeifit favorisées. •iD'on vient cela? Voilà qui est bien éloigné de f oe que l'onx^roit généralement en Angleterre. « Cette observation de ma part donna Ueu à^ deâ opinioni( on ne peut plus' contradictoires. Jen ai dà odnclure que ce qui regarde Napoléon est enveloppé tdb tébèbi^s, et' qu'à detrt lieues de Lcangwood^bh n''eti sait paë i>eauebup pluâ qif'attlMd dedlItM d'Qrkney. ie né puis rebdrë lesimpra^ons-qué ^'éprouvai, c Je suis fortsUr* ■ pria«dé lèutee q«e f apprends, e6ntiii\iU-)ê.'

• On eal ficrsulidé eu Angleterre que Napoléou c gait tQu» le» jours à eheTal ou eu voiture. Je « comptais du moins sur la possibilité de le vmr;) 1 neût^ce été qu'à l'instant de son passage lors-* « qu'il se promène* • — « C'était bout l'aiU)^ c p^u»sée, me répliqua-t-oa ; mais depuis les ma^ f ^ufes adoptées p^r le nouveau gouverneur, rieft « de semblable ne peut avoir lieui. » ^— Je^iral de ma poche l^e Morning'CbrcmiçU du 18. mars*, où se trouve )e discours de lord BÈ^burtft. AleS' auditeuifs de connaissaient; nullement la leUr^e^d» M. do lVl(}njtholon,iquoique la plupart fusse&t liôH avec luî^ Un de aos capitaines nous lut à dette occasion la brochure publiée par M> Santini (1) ,' dansi laquelle elle est rapportée avec exactitude. Sautini,. dit un convive, est peut être exagéré,: mais ita'avance que des faits iucoatestables,' t/IQH; dis que tout est faux et mensonger dans le <lisr> cours de lord Bathurst. Ç^ fut l'opinion li^ri^ et. spontanée ,de toutes les per^o^o^o^s. présentes. JLq: nouveau gouverneur .outre 9flu prppre <:^fy|f$^J tère qui devait le porter à:tout<:^uger,>était'£tpiiMt doute arrivé avec des instructions difféi^te^^da. celles de son prédécesseur ; car.Jil 41; l^Qul^^Wft^i

(i) N0U8 avons inséré V Appel à la Ùrànde-Brtta^er par Santini^ dans le tome IV' des Pièces diithentlwcs.

Ifi PIÈCES 80& LE P&ISOHHIEE

constance. 11 s avisa enfin d'écrire à l'Empereur même, mais c'était moins dans l'eàpérance de réussir que pour n'avoir pas à se reprocher d'avoir négligé une chance de succès.

Huit jours étaient à peine écoulés , qu'il reçut , contre son attente , mais avec la plus vive satisfaction, des passeports, et celte réponse flatteuse: que l'Empereur voulait d'autant plus volontiers faciliter son départ, qu'il n'ignorait pas que ses voyages étaient purement dans l'intérêt deis sciences. M. Marning, en conséquence, ne tarda pas à quitter la France. Il visita le Thibet, en traversa les déserts; vit le grand Lama; et ac-* compagna lord Amherst dans sa route jusqu'à Pékin* Sa profonde connaissance de la langue chinoise le mit à même d'être fort utile à sa seigneurie. M. Marning avait quitté Canton avant l'ambassadeur , et n'était que depuis peu à Sainte- Hélène, c Vous avez vu sans doute Napoléon , « luidis-je? — Non, a-t-il répliqué. Le gouverneur • m'a très-bien reçu , mais je n'ai pu obtenir là c permission que je désiraiif. J'ai souhaité aussi ,c offirir à Napoléon, quelques raretés' de la Chine t et lui témoigner par. là ma gratitude pour la «protection que j'en avais obtenue lorsqu'il «était l'arbitre .suprême de tant de nations» « J'avais la .promesse que mon présent lui serait «renus; mais.:on m'avait défendu de l'aGOopi*

OE SÀINtE-HBlilCK» l3

« pagner d'aucune expressiàn de mes sentimeiiiu < Mon silence n'a servi à rien ; le gcmverneur à « tout gardé, et j'en suis encore à deviner en quoi « sa surveillance aurait été en défaut si Napoléon « eût appris que je lui avais envoyé quelques « livres de thé, du tabac et des éventails faits avec' « des plumes. >

Je dinai le jour suivant à James-Town : la conversation roula de npuveau Sur la lettre de M. de Montholon, le discours de lord Bathurst, Napo« léon y Longwood et sir Hudson-Lowe. Un de nos capitaines nous fit part que peu de jours après son arrivée, il avait demandé . à sir Thomas Reade s'il connaissait la brochure de Santini , et que, sur sa réponse négative, il la lui montra. En y voyant la lettre de M. le comte Montholon, le chevalier s'écria avec emportement: c Comment! c ils ont pu réussir à répandre ce document en « Europe I Ceci prouve clairement que les res-

« trictions n'ont pas été assez sévères. »

Dans la discussion triès-animée; qui s'ensuivit, chacun fut 4'opîi^io?^ qu'il avait toujours été contraire aux principes de la justice que les particuliers ne puisent porter plainte pour leurs griefs; et que ^lorsque les agens de l'autorité craignent la pii^licité et s'environnent de ; té^ nèbres y :Oi)L; doit s'attendre à ce qu'ils deviendront biç^tôt jcrirninels ;: /OU plutôt qu'ils le sont déjà.

i4 FiftCEf SUm LE YEIS09HIBA

MSiecireotiftiBces plut frappantes les nneg que l» autres forent rappelées, et proniraient jusqa'à Téfidence les manamvres inquisitoriales enployéespotir empêcher jusqu'aux communicar^ UoDê verbales entre les Praoçais , les habitans , et les officiers de la garnison. Ce que j'avais entendu dire en Angleterre différait tant de la vérité que je ne pus effacer l'impression pénible que j'éprouvais malgré moL Cependant deux anecdotes que Ton raconta quelques instans après finirent par distraire agréablement mon esprit, -et ont donné encore plus 4e fixité à certaines idées que vous et moi avons acquises en France. Voici ces anecdotes.

Cinq cents prisonniers Anglais, détenus à Qvet, remarquèrent un jour plusieurs voitures de voyage qui^'y arrêtèrent jusqu'au lendemain matin. C'était une partie de la suite de l'Empe^ reur et de l'Impératrice, lesquels revenaient alors de la Hollande. Le jour suivant , huit ou dix autres voitures entourées d'une forte escorte et de beaucoup de peuplé, iB'arr^ètent également pôtir la 'nuit. Xa vilte fut illuniince ; la population dès environs affluait, parce que TEmpereur était arrivé. D isurvint dti mauvais temps, la plùië tomba' par totrens; les éaiix de-laMeusé se débordèrent et rompirent le poittt dèbsfleïiux- Mapoléon cependantétàitlrèi^^impatient départir.

DB SAINTK-HXXÈNfi. l5

On rassembla le lendemain, à la pointe du^oar, tous les maf4niers de la contrée , pour aviser aux moyens de traverser la rivière. La chose leur parut impossible; il n'y avait^ suivant eux, d autre parti que d'attendre que les eaux fussent moli]rs hautes.

Quand on vint dire à Napoléon que le passs^e était impossible : «Impossible! s'écria ce Prince, c qui n'était pas accoutumé à ce mot-là; il faut « cependant que )e sois de l'autre côté avant « niidi.'» Sur^le-chan^p il alla lui-même vectmr naître Tétat des esux, et ne tarda pas à jugera wec wmdt&nèfMment accoutumé, que les gêné qu'il avait consitltëj^ manquaient de cèurage et dTexpérience. i'Il y a ici des priso^Duiers anglais^ » qu^oa m'en amène trois , dit-il , les plus élevés

* en grade. > Conformément à son ordre, un as* pilant, celui même de qui je tiens cett« anecdote; cC deux de^f^ifé anciens matelots lui furent pfiSsentés. «-Coittfeîen étes-vous d'Anglais dans lëé

«fearârtjûèsî deinanda-t-il. — Cinq cents ^n- « viron, Sire. — Y a-t-il beaucoup de tiiaftài

• patttii vous?' — Nous lé sommes presque tous ,

^ Sîré; — Bien ^ Allez m'en chercher tfiié

^iéëntaîfcie, ^choisissez les plus habiles r qti^ifs ^^toontent ces bateaux; j aurai besoin d'eux ptfur i^*faveWêr% Tfrîëîie. La rapidité du courant et ^Wlàf^crtiè "desr lôatix ont reùdu cette opératfbh

l6 PliCES 8U& LE PRISONNIER

c difllcile et peut-^tre dangereuse. Quel ^t irotre « avis? La croyez-vous possible? — Ouï, trè** « possible., répondit l'un des deux vieux loups de f mer» — Hé bien, mettez -vous à l'ouvrage. , c ajouta l'Empereur, et faites votre possible pour c que mes équipages soient de l'autre côté avant c midi. » Nos compatriotes exécutèrent ce qu'ils avaient promis. On les avait munis des ustensiles nécessaires ; mais la connaissance profonde des ressources de leur métier les servit encore plu« que le reste. Tous les Anglais employés dans cette circonstance furent habillés à neuf, et re^ curent chacun un présent de quelques napoléons avec leur liberté. On voit qu'ils furent gêné* reusement dédommagés de quelques heures de peine. Cette petite histoire a paru faire plaisir à tout le monde ; chacun de nous semblait pénétré de reconnaissance envers l'empereur des Français , à cause de la noble confiance avec laquelle il s'était mis à la discrétion de marins anglais, au milieu, d'un torrent rapide et dangereux.

, Jjd tiens la seconde anecdote d'un officier aur

glàis qui a été prisonnier à Verdun^^ « On nous « traitait parfaitement, dit -il; nous jouissioja3 « des mêmes avantages que les habitans. Noi|S « pouvions aller jusqu'à deux lieues .^ de la ville • sans permission ; on tolérait même i}fla^nouI

DE SÀINTE-^HitiNE. ^7

< fissions des absences de plusieurs jours. Ver-^ t dun est un séjour agréable ; le vin y est abon- « dantet à bas prix. 11 arrivaqu'unefoîson nous « fit défense de sortir du quartier. Cette mesure t n'était prise que pour deux ou trois jours : TEm- « pereur devait passer, et ron|ne croyait pas con- « venable de laisser des prisonniers de guerre « en si grand nombre obstruer son chemin. Nous

• brûlions d'envie de le voir; l'ordre qui tendait c à nous en empêcher nous parut une injustice « et nous blessa beaucoup. Si Ton se méfie de « nous, on a tort, disions-nous. Nous sommes c militaires et gens d'honneur ; on ne doit pas c.nous confondre avec des assassins. Au reste , c nous obéirons » puisqu'il le faut. Mais le matin

• du jour de l'arrivée de Napoléon, le gouver»- « neur nous surprit agréablement en nour « annonçant que Napoléon avait désapprouvé € sa rigueur à notre égard , et que nous étions « les maîtres d'assister à son passage. En effet, c sa sécurité au milieu de nous fut parfaite. Il c n'avait pas d'escorte, marchait au petit pas, et «nous salua d'un air de satisfaction. La conduite « qu'il tint dans cette circonstance lui conciliât «tous les cœurs, et les Anglafs joignirent c sincèrement leurshuzza aux vitrât des Fran- « çais. •

Je crois (|u^ voici assez pour atijoud'hui. Jt

l5 l^licSJ SUm LE PRISONIVIER

profitemi dans huit ou dix )OUrs de Toccàsion d'uft vaisseau de la compagnie des lades pour y0W envoyer de nouTti^iiu détails.

ie suis , mon cher * * * * ,

"' Vôtre, etc. , etc.

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