‹ Recueil de pièces authentiques sur le captif de Ste.-Hélène; de mémoires et documens écrits ou dictés par l'empereur Napoléon. Suivis de lettres de MM. le grand-maréchal comte Bertrand, le comte Las Cases, le général baron Gourgaud, le général comte Montholon, les docteurs Warden, O'Meara et Autommarchi, et plusieurs personnages de haute distinctionChapitre 5 sur 45 · LETTRE IL · texte numérisé non relu

LETTRE IL

Oc la rade de James^ Town, ie 5 [uin 1S17.

Mon cmm ***^

Le Baringe&t ici depuis le dS mai* Le capi» taine de ce navire et plusieurs autres officiers s.e sont réuni» le surlendemain dans un dioer auquel ) ai assisté. Vers la fin du repas » lorsque la bouteille courait plus rapidement à la ronde, la conversation tourna vers 1q système de police établi depuis le départ 4e rami^aLCk}ckburn ; système odieus et singulièrement contraire à nos lois et à nos mçeurs. On en \ii^t à par^^r aussi du tort que les restrictions inirentéea par sir Hudson faisaient éprouver au commerce.

Le capitaiiïe du Baring profita de Foccasion pour nous apprendre quek maître canonnier de son bâtiment avait embarqué secrètement une caisse contenant |e busie du jeune Napoléon, Ce

JDJi. SAINTE -aiLÈjlE. ; I9

n'avait été que vers le uiilijeu de la traversée qu'an l'avait instruit de ce fait* Dans la crajute que quelqu'accideut ne brisât ça n9<^rccau dç sculpture 5 que la beauté seule de rexécutiaa rendait précieux , il l'avait fait placer dans sa propre cabine. H noua denianda naïvement quelle était la voie la plus sûre pour faire parvenir ce buste à Napoléon , ne concevant pas qu'il fût nécessaire de mettre du mjrstère dans une affaire aussi simple.

L'un d'entre nous conseilla au capitaine du Baring de . consulter à cet égard sir Thomas Readeou le gouverneur. Ep effet, le jour suivant^ et dès son arrivée à la ville, le capitaine alla visiter sir, Thomas , resta avec lui prè* d'une heure, et s'en revint avec cette réponse fort peu satisfaisante : « Que la chose sur laquelle on le « consultait était d'une haute importance; qu'on « ne pouvait sans encourir des peines sévères

• laisser pénétrer qudt que ce soit à Longwood « sans uué autorisation spéciale émanée An t bureau des affaires étrangères; que le parfîîe tf plus prudent, et le pltis convenable, éta'it de € jeter le buste à la mer après Tavoir brisé ; et

• de retenir le canonnier abord, afin que rien ne

• transpirât de cette affaire. »

Vous vous» figurer sans peine ce que j'éprou va i en apprenant cette décision de sir Thomas. Le

aO PIÈCES SUR LE PRISONNIER

capitaine revint chez moi le lendemain ; il mé prit à part, et me dit qu'il était satisfait de la manière dont bn lavait traité à la maison du gouverneur , et qu en conséquence , il pensait que Taffaîre du buste n'aurait aucune suite et ne serait pas connue des prisonniers.

Vous vous trompez, lui dis-je* les officiers du 53' régimerit sont inislrults de cette affaire. Le récit que leur en a fait le capitaine les a remplis d'indignation. Tous ont versé leur sang pour la patrie , tous ont combattu contre Napoléon ; mais ils ont cessé d'être les ennemis de ce Prince naguère si redoutable , et ne savent plus que respecter un grand homme dans son mjsilhjeur (i). Aien n*a pu demeurer secret pour les Français ; Napoléon a éprouvé beaucoup de chagrin ; on lui a conseillé de se plaindre, il l'a dédaigné.

Les recherches que j'ai faites sur l'origine de ce buste du jeune Napoléon m'ont procuré ces renseignemens. Il parait que l'Impératrice Marie-

(i) Bien différens en cela et bien autrement entiina* blés que des généraux français, des sénateurs, des fonctionnaires de .tout ordre et de tous rangs ^ lesquels, tout comblés de dotations, de richesses, d^ titres, prodigués par l'Empereur , l'ont abandonné pour les conserver, après avoir trahi la République pour les ac-* quérir. (R. fV.)

DE SAINTE-HÉLÈNE. It

Louise en avait fait faire deux Tan dernier à 14- Tourne, oùelle avait été prendre les eaux. Ily eo avait un pour elle; Fautre devait être envoyé 4 TEnoipereur par rintermédiaire d'une maison ^ Londres; et vous venez de voir conunent cette maison chercha à le faire arriver à sa destiaatiojp)^ La ressemblance de ce buste est frappante i on;y; retrouve les traits du père » fondus , pour ain^i dire, avec ceux de la mère. L artiste auquel; où le doit est un des plus habiles de ritalie.:X6 pauvre canonnier qui s'était chargé de la cjûssq à trouvé ses arrêts bien injustes et bien àm^i ses espérances financières ont été très-contrariées par rimppssibilîté où qu l'a réduit de conter son aventure. La publicité de cette histoire, qui a fini par être connue de sir Pultney et de lady Malcqlip, ençipêchera sans doute l'exécution, do l'odieux projet que Y on. a conçiK

Dinant dernièrement dans une maison oik lafiaire du bust^ fut cjiauderaent discutée , je me vis interrogé sur les motifs que pouvait pré^ texter lôrdBathurst pour faire une restriction si inique : j'établis clairement , par son discours du 18 mars , qu'on ne pouvait la lui altribuei:, et q^ç la police de la ville ea méritait seule les honneurs. Un gçntleman nous jdît la dessu;^ que M.Jgiphhouse, que vous, connaissez particule;' aient ,. avail>iplttfsé luieLOopie./du imtémj&ihuftta

2à PIECES SÛR LE PRISONNIER

dans renvoi de son ouvrage sur l^Etat de ta France en 18 15^ ouvrage où Napoléon est favorablement traité, et qu'il avait adressé à sir Hudson Lowe, en le priant de l'offrir à Napoléon (1) ; mais que sir Hudson* Lowe s'y était refusé^ allégant pour motifs que la suscription du livre était à l'empereur Napoléon , et que d'ailleurs il n'était point parvenu par Tintermé-^ diâire du secrétaire d'état. Une autre personne nous apprit , à son tour , que les journaux en* voyés par le capitaine Piontowski au général Gourgaud, )<>urnaux idans lesquels se trouvait la lettre de Montholon , avaient été aussi intor*" ceptés à cause d une noté de la main de Piom toWski, ajoutée sur une marge, et contenant l'avîs que l'écrit de Santini était imprimé. Les journaux en question n'étaient même pas sous enveloppe. Je tiens d'une troisisième personne qu'un des lieùtenans deJVèWcastle, porteur d'une lettre décachetée à l'adressé du comte de Las-^ Cases , la remit au gouverneur afin que ce der^ nier la lui fit parvenir. Cet officier, renèontrant

(i) C'est le livre qui a paru en France .sous le titre

à* Sis taire des Cent- fours , et pour lequel soii éditeur

littèrâii-e , M. Regnault-Warin , qui pourtant avâitcom-

)t)atta quelques parties de sa doctrinis y a été ebàAàmiië

i iiti6* longue défcenti(^n . et à une amoi^eidomidéHibleÀ

Las-Cdses quelque temps après , fut ou ne peut pins surpris d'apprendre que celui-ci n'avait l:ien reçui. L'affaire cependant ne tarda pas à s'ébruiter, et avec une telle rumeur, que le gouterneur sentit la nécessité de céder. Conçoit-on une pareiQe conduite de la part d'un Anglais ? Afin de répondre à ceux dont les opinions tendaient à tout attribuer à lord Bathurst , il me fallut revenir encore au discours de sa seigneurie. 11 ne me fut pas difficile de prouver qu'en allant au-delà de ce qu'avait réglé George Cokburn, sir Hudson Lowe avait agi illégaletnent. Il aurait dû se contenter de suivre le système suivi jusqu'alors. La déclaration du ministre ne donnait à personne le droit d'intercepter les lettres et les livres , lors même qu'ils n'auraient pas passé par le bureau des affaires étrangères ( excepté le Cas où ils contiendraient des choses évidemment , t^lrîminelles ) ; enfin que le buste du fils de Napoléon n'âtait probablement été arrêté que parce qu'il était décoré des insignes, do ia L^ion

d'bonneur (i).

(i) De tous les princes qui gouveruetît les Dations de l'Europe , le roi d'Angleterre est, Je croîs ^ le se^l qui n'hait point été décoré par rEmpei%ut*^da cofdoti de lir Légion d^tiMiiéui^. Maïs, ené^lÉigède tajarrétièfe <|ute ce «lODùrque prolrostast envo^rail 'roi Louis XVIIfl, il a«tçu 4e^fi(inm i'^ir^.p»f^^ufi^^dll .Sfr*:^fit^'

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