‹ Recueil de pièces authentiques sur le captif de Ste.-Hélène; de mémoires et documens écrits ou dictés par l'empereur Napoléon. Suivis de lettres de MM. le grand-maréchal comte Bertrand, le comte Las Cases, le général baron Gourgaud, le général comte Montholon, les docteurs Warden, O'Meara et Autommarchi, et plusieurs personnages de haute distinctionChapitre 42 sur 45 · LETTRE XXI · texte numérisé non relu

LETTRE XXI

Des renseignemens sûrs m'ont été envoyés des départemens du Pas-de-Calais et du Nord : il en résulte que la faction éternellement ennemie de l'indépendance nationale^ de la liberté publique et de toutes les gloires que vingt-cinq années d'efforts nous ont acquises, ne cesse de travailler à les compromettre^ soit en neutralisant les mesures or^ données par le gouvernement , soit en les exagérant. Le

(*) Correipondance de Napoléon y p. 4^5.

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nouveau préfet^ par ses lumières, son expérience et son dévouement , est très-capable de déjouer cette double et perfîde manœuvre. Votre Majesté lui a adjoint, pour Taîdcr dans cette besogne , le baron Gostaz , qui , sous tous les rapports, est en état de la bien remplir. Il parcourt, dans ce moment, ces départemens plus travaillés encore par Taristocratie, qu^exposés à l'ennemi. Il a déjà changé la plupart des sous-préfets, un grand nombre de maires, et presque tous les employés des régies. C'est dans ces derniers surtout que s'est manifesté le plus mauvais esprit. Toutefois, je ne flétris pas de ce nom l'attachement à la personne du Roi ou à celles des Princes r un sentiment^ quand il est produit par la convietion , est toujours estimable ; mais ce qui ne saurait l'être , dans toute hypothèse , c'est quand ce sentiment n'est qn'un prétexte pour en étaler de dangereux. C'est ce qui arrive dans la circonstance actuelle. Cette maligne influence ayant gagné la garde nationale , le commissaire impérial en a déjà changé les commandant et les ofiiciers à Arras et à Douai. De là, il s'est transporté à Lille où il est, et où se continue la même opération. Cette mesure devient de jour en jour plus indispensable : il le sera probablement aussi de substituer à l'indulgence, qui enhardit quand elle ne touche pas , quelques déterminations sévères qui retiennent les méchans. Vous autoriserez donc le baron Costaz à lancer , au besoin , des mandats d'arrêt contre les agitateurs du dedans, et surtout contre les détestables partisans de l'étranger.

Paris, ai avril i8i5.

5o4 PliCES SUR lE PRISONNIER

tractioii d'oB nombre considérable d*étabHsseniens d*nidiittrîe et d^ateliers , pour Textirpation de la mendicité \ la création des dé* pots poar le même objet et pour arriyer à ce résultat. Lt'achèvement du Lcayre; la constraction des greniers publics, da palais delà Banque, du canal de FOurcq, la distribution de tes eaux dans la ville de Paris, par plusieurs châteaux- d^eau; on certain nombre de fontaines du premier ordre, et un nombre immense de bornes—fontaines; les nombreux égoûts; quatre mille toises de quais ; les embellissemens et les monumens de cette grande capi* taie. Ses travaux pour Pembellissement de Rome ; le rétablissement des manufactures de Lyon. La création de plusieurs centaines de manufactures de coton, de filature et de tissage , qui emploient plusieurs millions d'ouvriers. Des fonds accumulés pour créer plus de quatre cents manufactures de socre de betterave pour U consommation d^une partie de la France , qui auraient fourni da sucre au même prix que celui des Indes , si elles eussent continué d^étre encouragées seulement encore quatre ans. La substitution du pastel à Pindigo , qu^on f&t venu à bout de se procurer en France à la même perfection et à aussi bon marché que cette production des colonies. Nombre de manufactures poar l'usage de toute espèce de procédés d'arts applicables, selon la théorie de sciences anciennes et perfectionnées, et de sciences nouvelles. Cinquante millions employés k réparer et à embellir les palais de la couronne. Soixante millions d^amcublemens placés dans les palais de la couronne en France, enllollandc, à Turin, k Home. Soixante millions de diamans de la couronne , tous achetés avec l'argent de Napoléon. Le Régent même, le seul qui restât des anciens diamans de la couronne de PVance, ayant été relire par lui des mains des juifs de Berlin, auxquels il avait été engagé pour trois millions. Le Musée Napoléon, estimé à plus de quatre cents millions , et ne contenant que des objets légitimement acquis , on par de l'argent , ou par des conditions de traités de paix connus de tout le monde, en vertu desquels ces chefs-d'œuvre furent donnés en commutation de territoire ou de contributions. Plusieurs millions amassés pour l'encouragement de l'agriculture , qui est l'intérêt premier de la France. L'institution des courses de cheyaux , l'introdaction des mérinos, etc. , etc. , etc.

DE SÀINTE-HiLiNE. 5oS

Voila ane partie des Trésors de Napoléon : ils se montent à plusieurs milliars, et dureront des siècles.

i\r. B, On se contente de rapporter ici cette note comme renseU gnement historique y sans en approuver ni improuver le contenu, qui, ne renfermant crue des faits, est facile, a démontrer, sHlssont vrais , plus aisé a détruire , s'ils sont faux ou altérés.

LETTRE XXVIP.

Votre Majesté a toujours fait consister une partie de sa gloire à élever des monuments qui attestent la richesse et la grandeur de la nation , à ordonner des travaux dont Texécution fût une source de prospérités.

Les peuples voisins qui, pendant quelques années ont été agrégés à Tempire , ont en partie profité de ce système.

Les belles routes des Alpes, le pont de Turin, celui de la Doire, le canal de Mons, les écluses d'Ostende, le bassin maritime d'Anvers, sont les meilleurs réponses qu'on puisse faire à ceux qui disent que la spoliation des pays où nous pouvions pénétrer, était le but de nos conquêtes. Désormais la France devra seule recueillir les bienfaits d'une administration vigilante : chez nous , les travaux n'avaient jamais cessé , môme pendant la guerre ; que nous ne devons-pas espérer de votre protection spéciale. Sire, pour cete source de la prospérité publique , quand nous aurons consolidé la paix? Au nom de soixante mille ouvriers qui vous ont nommé le grand

5o6 PIÈCES SUR LE PRISONNIER

Entrepreneur, et dont les enfans vous demandent du pain, je réclame cette protection prévoyante, qui comme une providence s'étend à tous. Certain de n*étre pas désavoué, j'ai déjà rétabli un certain nombre d*ateUers, et j'en ai créé quelques nouveaux. J'attends de Votre Majesté des instructions pour les coordonner à un plaq général et uniforme , et des fonds qui me permettent de faire fructifier leurs labeurs.

Paris, q5 avril i8i5.

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LETTRE XXVIP.

Yovs m'avez ordonné , Sire, de vous rendre compte de la situation du clergé : voici les renseignemens que ma^ correspondance et les instructions déposées au ministère, me permettent de donner à Votre Majesté. Je diviserai ces renseignemens en deux objets distincts : i *. le clergé catholique , dans sa situation intérieure et avec luimême; 2"". le clergé dans ses rapports avec le Pape.

Contre le vœu de la raison publique, en opposition formelle avec nos constitutions, mais par la force jus* qu'alors invincible des circonstances , le clergé , qui a cessé de former un ordre politique présente une corporation d'autant plus dangereuse, qu'elle agit invisiblement, insensiblement, ne s'attacbe qu'aux parties délicates et irritables de la société , et règne par une influence

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si singulière, que les moyens m^me employés pour la détruire 9 ne font que la fortifier davantage. Au retour du gouvernement royal ) l'orgueil et la vengeance des nobles humiliés par la gloire roturière f ou dépossédés par les conséquences d'une révolution , que leur opiniâtre résistance rendit si terrible j. s'emparèrent du clergé 5 et le plaçant entre ses nouveaux devoirs et ses anciennes affections^ ils Pexposërent à dévier de tous les principes. Quel était le but de celte odieuse manœuvre ? Les émigrés se flattaient de parvenir k dépouiller les propriétaire^ des biens nationaux , quoiqqe les ventes eussent été ordonnées par un longue suite de lois, quoique ces lois fussent du temps de Louis Xyi> et sanctionnées par lui.

Bientôt il fut dérogé sur quelques points importans ; ce qui indiqua, ce qui donna même une sorte d'assurance que l'ancienne législa^on serait successivement détruite.

Avec ce premier point d'appui, les émigrés regardèrent comme leur principal moyen celui de présenter les acquéreurs des bien^ nationaux comme des spoliateurs, et de chercher» sous ce rapport, à troubler les çonciences : ce moyen dépendait principalement de la part que le clergé voudrait y prendre; les curés et le^ desservans furent circonvenus par les promesses les plus flatteuses.

On chercha surtout à leur persuader que la rentrée du clergé dans ces bien^ serait la suite du succès des émigrés. Malheureusement un gran4 nombre de prêtres ont cri| à ce nouvel ordre de choses, et ont méconnu la règle de çoncîence confirmée par les déclarations même du Pape, portant que les acquéreurs ne devaient point être troublés ^ans leurs propriétés. La Charte du Eoi en garantissait

5o8 PIÈCES SUR LE PRISONNIEB

la jouissance; maû les prêtres furent séduits par la pers* pective de leur ancienne richesse.

Les principes religieux n'ont pu les contenir; ils ont été entraînés par une perfide impulsion. Ils n*ont pas senti qu'ils allaient encourir la haine de tous les paroissiens propriétaires par eux-mêmes ou par leur famille y de biens nationaux : ils se sont trouvés ainsi engagés à prendre une part active et coupable au mouvement politique. Mais bientôt ils sont devenus « à ce titre, odieux non-seulement aux acquéreurs de domaines nationaux ^ mais encore à tous les militaires que le sentiment de la gloire tenait attachés à Votre Majesté. Cependant ceux qui sacriGaient ainsi le clergé, n'obtenaient rien pour lui du gouvernement royal, et sa position, loin de s'améliorer , devenait de plus en plus fâcheuse. Non-seulement les desservans n'ont reçu de ce gouvernement aucune augmentation de traitement, mais encore la plupart des communes, indisposées, ont cessé d'accorder des supplémens dont ils ont le plus grand besoin.. Un décret du i5 mars 1814 avait attribué une indemnité de i5ofr. au desservant qui à défaut de prêtre fesait le service des deux paroisses: cette indemnité a été portée, par ordonnance du 6 novembre suivant , à 200 francs ; et c'est la seule occasion où le gouvernement royal se soit occupé du clergé. Mais aucune partie de ce supplément n'étant encore acquittée, j'ai l'honneur de proposer à Votre Majesté un projet de décret qui maintienne cette indemnité, et en ordonne, sur-le-champ ^ le paiement intégral f auquel sera cumulé l'arrérage.

Paris I a6 ayril 181 5.

DE SàiVtE -HÉLÈNE. Sogf

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