LETTRE XXX
Chaque jour, Sire, voit aplanir les difficultés qui s'étaient élevées entre le gouvernement de Votre Majesté et celui du Prince temporel de Eome. Des négocians de Rome, de Savone et de Fontainebleau, ont solennellement manifesté que le terme de ces obstacles était dans l'intention , dans le vœu , dans la volonté de l'Empereur; Les circonstances permettent d'ajouter que ce terme est aussi dans son pouvoir.
Le clergé se flattait que, sous lé gouvernement royal, les deux autorités s'entendraient facilement; mais quelques évéques non démissionnaires avaient résolu de troubler par suite de leur insoumission au Pape , et pour leur intérêt particulier, l'Eglise de France. Ils ont osé proposer de rejeter le Concordat, qne le Saint-Père regarde au contraire, comme le plus grand service qu'il ait pu , de concert avec Votre Majesté , rendre à la religion
DE SÀIIfTE-HiLÈNE. 5ll
et à l'Eglise de France ; il en est résulté que les négociations engagées avec la cour de Rome 9 loin de présenter une issue favorable et prochaine , rendait presqu'inévitables de très- longues discussions d'un autre genre et non moins fâcheuses. Si donc Ton peut espérer un prompt et heureux rétablissement de la paix de TE*glise f c'est depuis le 'retour de Votre Majesté^ qui , n'ayant plus avec le Pape les mêmes intérêts temporeb et politiques à discuter, et n'ayant jamais voulu, quant aux matières ecclésiastiques , s'écarter du droit public que les deux autorités ont toujours reconnues en France^ doit se flatter que de nouvelles démarches auprès de Sa Sainteté, et le désir qu'elles auront l'une et l'autre de mettre une prompte fin à ces troubles malheureux, ne tarderont pas de rendre à l'Eglise le calme qui lui est nécessaire.
Fondé sur ces principes, et dans l'espoir qu'ils seront entendus par ceux qui ont tant d'intérêt à les rétablir ou à les conserver, je propose à Votre Majesté de faire parvenir à Sa Sainteté une déclaration officielle qui lui fasse connaître les intentions paternelles de Votre Ha-> jesté, relativement à l'Eglise de France, et ses dispositions paciflques à l'égard du chef auguste de l'EgUsd universelle.
Paris, a8 avril 181 5*
5l2 PIÈCES SUA lE PRISONNIER
LETTRE XXXrC).
Ayant de soumettre aux Chambres le tableau de la situation de l'empire, tableau dans lequel doivent entrer, comme parties intégrantes et capitales, celui du commerce et des manufactures 9 permettez, Sire, que îe place sous les yeux de Votre Majesté une esquisse de ce dernier. En la traçant je ne ferai que reproduire des notions qui vous sont connues et des idées qui vous sont familières; mais je ne reproduis les unes et les autres que pour provoquer, sur plusieurs points que votre sagacité saisira, les lumières de votre génie et les décisions de votre autorité.
La France a l'avantage inappréciable d'être à la toîê
agricole et manufacturière : à l'exceptiou du coton, les
produits de son sol fournissent à ses manufactures» la
presque totalité des matières premières qui leur sont
nécessaires.
La France est du petit nombre de ces nations piivilè» giées qui peuvent, pour ainsi dire, se suffire à ellesmêmes : l'agriculture lui fournit abondamment ce qm est nécessaire à la subsistance de ses habitans; et les manufactures versent dans la consommation tout ce que le luxe du riche et les besoins du peuple peu vent désirer. La nature avait donc tout préparé pour la prospérité de la France; mais des institutions dont l'origine remonte aux premiers temps de la civilisation,ont contrarié de tout temps le développement de ces heureuses dispositionSé Les droits féodaux, la dîme, les corvées, les réglemeDs^
(*) Correspondance de Napoléon, p, 4^5.
l*ài>jecticm dans laquelle on retenait rhonîme utile el industrieux» sont tous autant de fléaux qui pesaient sur le peuple , et étouffaient les efforts de l'industrie*
Notre révolution 9 tant calomniée ^ a pu seule briser ioiis ces obstacles 5 et rétablir Tàgriculteur^ le nianu^acturier, le commerçant, au d^é de considération qu,e méritent leur^ utiles tfaVau^;
Si Votre jlilajesté compara l'état des arts avaQt la révolution , à ce ^u'iU sont aujourd'hui , elle sera étonnée du degré de perfectioil où ils sont parVepus.
Jadis tributaires ^e l^étrauger pour la plupai^t de nos produits y étrangers à presque tous les marchés de TEurôpe pour l'infériorité de notre fabrication , nous pou- VQns aujourd'hui concourir ^ avec avantage > avec les pays où les arts sont les plus parfaits.
Le peu de temps ^e l'Angleterre jalouse nous a laissé pour faire copnattre nosproduits^l'a convaincue dé notre supériorité dans presque tous les genres d'Industrie; et c'est pour nous replonger dans l'état de dépendance où elle nous avait laissés en 178g, c'est pour conserver lé inonopole du commerce ^ qu'elle bherche à susciter une guerre injuste dont tous les fléaux retomberont sur elle.
La seule crainte de la guerre influe déjà singulièrement iur le sort de nos fabriques : elles ne travaillent guère que pour la consommation intérieut*e , qui , dans deë temps de crise , diminue même sensiblement.
Tout ce que peut faire l'administration en ce moment ^ c'est de conserver ce qui est acquis» et de préparer des améliorations pour l'avenir. Dans le système d'améliordtion que fait le gouvernement» il s'est proposé de ptroourer à la France les branches d Industrie qui nous manquent» et de perfectionner celles que nous possédons:
5)4 ^licES SUR LE PRISONNIER
de ce nombre sont la fabrication des aciers fondus , fd filature de coton dans les numéros les plus élevés , le perfectionnement des mécaniques propres i filèrl el in , le ctianvre et la laine; Tamélioration etl a simplicité dans la construction des machines à vapeur ^ la fabrication des aiguilles à coudre , etc.
Des préjugés avaient fait regarder la &biication du sucre de betterave , comme Tune de ces productions qui, si elles donnent des résultats de quelqu*intérét pour la science , n'en n'ont aucun pour le commerce; aujourd'hui il n'existe plus de doute sur les avantages qu'elle procure. Depuis l'ouverture de nos ports et l'extrême réduction des droits sur l'importation du sucre de canne , plusieurs établissemens se sont avantageusement soutenus, et la fabrication qui se perfectionne tous les jours ^ ne permet pas de douter que cette branche d'indusfne qui présente de si grands avantages pour ragricalture , nç s'établisse d'une manière stable, et n'affranchisse bientôt , pour cet objet , l'Europe du Nouveau-Monde. 11 en est de même de l'indigo- pastel^ dont la fabrication n*est pas ^ussi avancée, mais dont néanmoins il y a des établissemens qui ont résisté à la concurrence de Findigo des Indes. Le gouvernement s'occupe , avec le plu» grand soin, de nationaliser ces deux branches de l^industrie.
Nos fabriques de soude factice ont obtenu tous les résultats qu'on devait attendre de l'état actuel de la chimie : elles fournissent à tous les besoins, ou les approprie à tous les usages, et la France n'est plus tributaire de l'étranger pour ce produit.
Nos mécaniques pour la filature , le tissage et les apprêts se multiplient et se perfectionnent fous les {ours.
P£ SAlNTE-HÉliNCp 5l5
Les ateliers de construction rivalisent de perfection dans leurs ouvrages, et la concurrence de leurs produits en a fait baisser le prix à tel point qu'on a pu les introduire dans les fabriques les moins importantes.
Une nouvelle machine née en France» et déjà adoptée en Angleterre , pour la fabrication du papier, vient d'être reportée dans son pays natal : cette machine a Tayantage sur les procédés connus de faire des feuilles ou pièces de papier d'une longueur indéterminée , sur une largeur de quatre à cinq pieds; l'économie poir la main-d'œuvre estd'un à quinze.
Je ne dois pas passer sous silence le procédé par lequel M. Darcet vient d'ajouter à la masse alimentaire , en retirant des os une nourriture aussi saine qu*abondante et économique: déjà cinq des plus grands hospices de Paris sont nourris par cet établissement. Tous les autres vont l'être incessamment , et l'économie est assez considérable pour que l'administration ait pu améliorer le sort des malades 9 et leur donner , sans augmenter la dépense primitive 9 de l'excellente volaille plusieurs jours de la semaine. Des établissemens semblables peuvent être formés dans toutes les grandes villes de l'empire (1).
Paris , 3o avril 181 5.
(i) Pour prendre de Tactivité française une idée exacte e\ détaillée, vojrez Tutile oufrage liu comte Chaptal^ intitulé :.De r Industrie.
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Le ministre de la guerre et moi toamettoiis à TbCre Hajesté quelques questions dont la solntien appartiendrait à son expérienpe militaire^ quand elle ne serait pas féservëe à sa suprême autorité.
1* En cas d'inyasion^les autorités(et rpirUrs aatorités) peavent-eUes se renfermer dans les plaoas?
a* T a-t^H des places o& dles (sifMV€M(7
5* Dans quel sens cette détermination peut elle tf élen^ dre aux souf-préfets?
(*) Par deaz lettrés (7 mû et 11 faîn), Napoléon décida:
x«. Qqe les préfets ne Rivent jamais |e laisser enàen&er dans les places ;
20. Qae celles de Strasbourg , Ulle , Besançon et Metz sont exceptées de cette mesure ;
50, Que les sous-préfets qui ont leur domicile dans des places fortes dont la population est de plus de 8,000 âmes , peuvent y rester ;
4^. Que les maires, adjoints et employés, suivent dans ces mesures le mouvement de l'administration générale ;
5<*. Qu^en cas d'occupation simple , tes juges doivent continuer de rendre la justice par les lois établies et au nom dd Souverain légitime ; qu^en cas d'occupation sous Tautorité et au nom d'une puissance étrangère, ils doivent continuer radminiatratîon de la justice, toutes protestations faites et réserves préalables; qu'eau
DE SAiMTE-HÉftÈKl* Sl^
4* Des maires, adjoints, employé»^ fMlV&tH'ils y être {amais compris ?
5* Que doivent faire les tribunaiu^, en eas d'invasion, de siège ou de blocus?
Paris 3 mai i8i5.
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LETTRE XXXIir.
Js (préseiiteraiÀ rfimpereab un boidèreaii pai^ioent statbiique ée l'MÉstrhèUon: |^ubliifii0 en Fraooe^ à Pépioque actuelle, me réservant de lui en offrir bientôt ie tableau politique «t mo|ral«
L'Qniversité, ébranlée depuis un an , se replace peu & peu scur sa pi^emi^re base : tous ses établissfemens «e remettent successivement en pleine activité.
IfO nombre de^ étabU^semens étapt réduit, les élèves sent nécessairement moins nombreux que les années précédentes ; cependant leur nombre n'a pas diminué dans lu ïnéme prbportioii ^ùe ceïul Aés étiàblîssémens.
L'Université ne renferme jilus que vingt-six Académies. Elle compte cinquante-deux facultés, dont :
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cas seul qa'on lear impose de nouvelle > lois , ils cfoiveni cesser ielMM Ibildllûlit et f nrtssteir ^Me ihi ^lôtéftié^.
j^l8 PIÈCES sua LE PRISOKHIER
7 de Théologie ^ g de Droit ,
5 de Médecine 9 ":;
10 des Sciences, a3 des Lettres y 36 Lycées, 368 GoUèges , 4i Ecoles secondaires ecclésiastiques , i,a55 tant Institutions que Pensions, aa,348 Ecoles primaires ,
Six mille trois cent ving-neuf étudians suivant les oours des Facultés, les deux tiers au moins appartiennent toujours au DrQit et ^la Médecine, ci 6,52g
Le nombre des élèves des Lyoées s^élève à neuf mille, tant boursiers que pensionnaires et externes^ ci • f 0»ooo
Celui des élèves des collèges, à a8,ooo
Celui des élèves des Ecoles secondaires ecclésiastiques, à •••.... • 5,a33
Celui des élèves des institutions et pensions, à 39,623
Celui des élèves ^es Ecoles primaires, à . • 737,369