‹ Recueil de pièces authentiques sur le captif de Ste.-Hélène; de mémoires et documens écrits ou dictés par l'empereur Napoléon. Suivis de lettres de MM. le grand-maréchal comte Bertrand, le comte Las Cases, le général baron Gourgaud, le général comte Montholon, les docteurs Warden, O'Meara et Autommarchi, et plusieurs personnages de haute distinctionChapitre 8 sur 45 · LETTRE V · texte numérisé non relu

LETTRE V

Rade de James^ Town . le 25 juin 1817.

Mon cher ***,

L'afjfaiee du bu3te continue à faire beaucoup de bruit, Reade la déihent, et veut faire croire que tout ce qu'on débité à ce sujet n'est que

mensonge et calomnie ; j en ai parlé de nouveau au capitaine *** qui m'a réitéré la prière qu il m'avait déjà faite , de n'en jamais ouvrir la bouche. Depuis qu'il s'est soumis aux conditions qu'on lui a imposées , il a dîné plusieurs fois à *^ , et on lui a donné la mission lucrative de transporter aux Indes un détachement du 55^ régiment

J'ai appris d'un de mes amis que Bertrand n'obtint pas sans peine la permission de voir le capitaine sur le navire duquel le buste du jeune Napoléon avait été apporté. Le gouverneur hésita long'temps avant d'accorder son consen-tement. L'entrevue dura près d'une demi>heure; le capitaine déclara que c'était sans sa participation que le buste avait été apporté , et démentit le bruit, déjà trop accrédité, qu'on avait voulu le détruire.

La fin de cette entrevue était impatiemment attendue par Readè , et le capitaine trouva à sa porte, en arrivant en ville, un cheval tout sellé, qui le transporta de suite à Plantation-House , pour y rendre compte et de ce qu'on lui avait demandé et de ce qu'il avait répondu.

Etant dernièrement à la campagne, j'ai entendu raconter quelque chose de bien horrible. Deux personnes nous ont rapporté que, dînant il y a plusieurs mois à ***, quelqu'un se permit de

DE SÀINTE-HÉLJÈNE* 49

^Ure : « Les puissances alliées', viennent de voir c leurs espérances trompées : le fils de Napoléon c a échappé à la mort; on BEYArr l étouffer (i). c Tant qu'il existera , il sera un sujet d'inquiéc tude pour la France , F Angleterre et le reste € de l'Europe. »

Un discours semblable ne rencontrerait , par toute la terre, que la réprobation ou le désaveu^ que Ton juge des sentimens qu'il fait naitre ici , lorsque celui qui le profère est investi d'un grand pouvoir sur le père d'un enfant ainsi menacé 9 et lorsque c'est par son canal que passent tous les ordres relatifs à la surveillance et aux inconvéniens militaires.

(1) Ce vœu est partagé et souvent exprimé de mettiez par plus d'un personnage qui ^ ne manquant jamais là messe et la communion pascale > se croient aussi bon-* nétes gens q(ue bons catholiques. Ainsi pensaient , ainsi parlaient les bommesi de gS 9 qui se disaient les apô-' très de la liberté , quand ils n'étaient que les fauteurs de Tanarchie. <]les bonnètes gens répétaient aussi : ^qu'it 9i fallait étouffer \& petit Capet ; que tant qu'il existerait y c il serait un sujet d'inquiétude , etc. » J'aime mieux la politique acerbe, mais franche , de ce bon soudan qui relègue aux Sept-Tours 5 ou dans tel autre château fort f le compétiteur auquel il a ravi l'empire :

On sait son droit au trône , et ce droit est un crime.-

fie PIEGES SUR LE PRISONNIER

Je me suis trouvé ces* jours passés à une réunion qui eut Meu à bord du *** ; plusieurs officiers du 53* et du r%îment dé Sainte-Hélène y avaient été invités. Après d'abondantes libatronil de Madère, on cita une anecdote reïative à ùrt lieutenant de marine connu de Tuu d'entre n6u^. Ce lieutenant étant prisonnier à Verdun , trouva Toccasion de s'en échapper; il putTuir jusqu'à Amsterdam^ niaisL là il fut arrêté par des gëndarmes» et conduit à Bifclie, forteresse bâtie >ijir un roc escarpé.

Il parvint encore à s'évadier de Bitche, eéy poursuivi comme la preiïiîfere fois , il blessa^ daiugereusement un gendarme. Des paysans qui passaient près du lieu de cette iK^ène , empêchèrent qu'on ne le tuât. Il fut arrêté, mis en jugeme)it et condamné à i o ans de travMix forcés^

L'avocat chargé de sa défense avait bîeti prévu * quelle seraij l'issue du procès , et s'était en conséquence pourvu en grâce après avoir obtenu les délais nécessaires. Notre malheureuj^ compatriote , en signant le placet adressé à l'Ëm* pereur, n'avait d'efepoir qu'en la seule clémence dé ce prihde. Après un mois d'attente , il eut- en effet la satisfaction de recevoir < un parchemin scellé dû grand sceau de l'état ; et contenant la commutation de sa peine en quelques mois de prison. Sa reconnaissance envers l'Empereur fut

01 SÀiirTfi'ttitftift. 5i

àmsi Tire que tincère. S'il avait des- isaisonr éx^ cellentes à alléguer pour ses deux évasions', pou^ vait-il se îustifiei^ aussi aisément d'avoir btessé celui qui , en Farréta&t, remplîssaii son devoir?

Le déchargemeni de mon navire avançant rapidement , je suis presque sûr de quitter cet horrible lieu plutôt que je* ne Favaiis espéré. On m^a donné quëftpie espoir d*oMenir la permissicnfr <te voir le maréchal Bertrand, le me suis transporté plusieurs fois au camp , dans l'intention d^y rietlcontres des exilés français. Ees excursions que jaî fleiltés à cheval de dî^rs côtés, xiitGïA cofnvaiticu q^e Saintê^Hélène est un- roc que la nafiyre pavait pa^ destiné à la résidence d^aueuh être cii41i^. Je* doute même que Fon' puisse sb permettre d'y envoyer ces homme* que feutPs crimes séparent de la société. , /: . o .

Botany-Bay est un séjou;: infiniment préférable, puisqu'on y trouve un vaste territoire, des forêts, des rivières', e^ dan» beaucoup d'endroits un climat salubre. Il n'y a pas un des coupables envoyés à Botany-Bay qui consentit à passer son temps d'exil à Sainte - Hélène , dût -on réduire ce temps de moitié. Ce que j'avance là n'est poinl une supposition gratuite; mais c'est lé sentiment d'uneondamné qui allait poui'la deuxième laiâ en AusCralasie , et que le manque d^eau

5a PIECES SUE LE PRISONNIER

éprouvé par le navire de transport avait amené ici.

Passant dernièrement le long du Baring avec mon canot, j'ai monté à bord , et vu le canonnier, .commissionnaire du. buste du jeune Napoléon. Cet homme était toujours privé de sa liberté ; le pauvre diable.se plaint amèrement ; il n'a pu dé- .biter sa marchandise qu'au rabats , et à des boutiquier^ que les besoins de l'équipage ont conduit .près de lui.

Il ne conçoit pas quel crime on lui reproche ; je lui ai promis de m'intéresser en sa faveui > je compte parler non-seulement à son capitaine i mais encore au secrétaire de l'amirauté , qui est .un hoinme trèsTobligeant et très-porté à rendre ^service av^x marins.

Je suis, etc.

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