LETTRE VI
Rade de Jame^s Town, 5 juillet i8i7, Moir CHER***, .
Lord Amherst , notre dernier ambassadeur à la Chine, est arrivé ici sur le navire marchand te Césfir. Il était accompagné des officiers et de l'équipage du vaisseau de Sa Majesté l'AUeste»
BK 8AINTS*HililfE. $5
perdu proche le détroit de Gaspar. Plusieurs personnes attachées à la légation , un secrétaire ^ le chapelain , et quatre ou cinq savâns , Tavaient également suivi.
Le jour même de son arrivée» lord Amherst se présenta à Plantation-House. On était trèscurieux de voir la conduite qu il tiendrait à l'égard de Longwood^ s'il serait ou ne serait pas empressé d'y être reçu; beaucoup deparisfurent ouverts à c% sujet ; il y en avait autant pour que contré. Le lendemain de sou arrivée, i^ le â^jûin au matin , lord Amherst , accompagné du. gouverneur et de toute sa suite^ se transporta x^hez le maréchal Bertrand.
Après avoir causé avec madame Bertrand Tespace d'une demi-heure, il .exprima le désir d'obtenir une audience de Napoléon. Bertrand rendit sa visite deux jours après, et lui fit part que l'Empereur ne pouvait le recevoir parce qu'il était malade depuis plusieurs jours. Les mauvais traitemens essuyés depuis dix mois- par l'Empereur, ajouta le maréchal, Font déterminé à ne plus recevoir aucunes visites; néanmoins sa seigneurie ne devait attribuer qu'à tm violent mal de dents le refus qu'elle éprouvait. Bertrand parlait ainsi dans la persuasion que l'àmbâssa* deur partirait le lendemain matin. -'•*
Lord Amherst parut très-peiné et «xprimë iëà
S4 PliCBS SiJE IS MUfiOVNIER
i^cgreto d 'Une siAtiière si délicate et bî yrate, q^ie JksftiBiid ne pat éWmpécher de lui prooa«ttre éTuÊmtet impràs de l'£mpereiir, et ajouta que si son départ était retardé d un jour ses irûeux aéraient proJnablenrent exaucés» Effectiyement ratabaftsadeur et sa suite deào^idinent ie s juil* fet dbez ie ntaréchsA , 9pâ , vers les trois heures, led iBJtroduisit auprès de iem inadtrte. Je tiens ces dâtails ainsi ipte ceiÉx qui vont suivre d'un témoja ocuAsube.
I^etldant Tenfi^tien d'une heure et demie en* vinm que lambassadeur eut ated rEin{>ereur ienl, 0a eulto riesta dans la salle de billard i mais avant de se retirer ^ 0 demanda la permission de pnësénter les personnes qui raccompagnaient : Maj^léoû y consentit , et leur parla pendant une démi^ure avec tant d affabilité, qu'ils se crumit acupletnent dédommagés des fatigues de Iç^r long voj^age.
Tous protestèrent contre les mauvais traitenens que l'on faisait éprouver à un si illustre <si^pitaine. Lambassadeur lui-même. a dû remarfpiear combien le gouverneur actuel s'écartait des iuMutions du prince r^ent, des ministres et du {leuple anglais. U n a pu échapper à personne , dans oette circonstance , que si le gouverneur ou des membres de son état^major s'étaient absfWHft 4fi paraître à Longwood, il fiedlait ne L'at-
DE S^lNTE-HijDÈirS.* 55
tribuer qu'à la résolution prise par NapoléoD^ de ne plus les admettre devant luK
Au retour de l'ambassadeur en ville , on crut apercevoir de la tristesse et de rabattement dani la contenance de plusieui^s personnes de sa suite. Il est difficile de savoir l'opinion que Nat poléon a prise de notre ambassadeur , tandis qu'on peut très-bien juger dés* sentimens db celui-ci paï* la panière de penseur, des An|(lab attachés à sa suite. . t ■ . . ...
En général y Sa Se^neurje a été mé av^ plaisir à Sainte-Hél^e ; s^ maq^ères polies ^t gracieuses nous ont rappelé sir George Çochr bum , en même temps que nous étions frappés du contraste qu elles fout avec celles du gou* verneur.
Un des officiers de la frégate ma dit que . le {^pitaine Maxwell avait été touché de la manière dont Napoléon lui avait parlé de la perte de l*jàlceste. Le capitaine Maxwell eut lieu d'être surpris dé la mémoire fidèle et locale, d^ Napoléon; car ce prince lui rappela la capture qu'il fit d'une frégate française, en 1811, dans VAt driatique , ajoutant obligeamment . que cette capture compenserait le malheur <}uil venait d'éprouver.
Pendant cette audience,, l'Empereur s'occupa particulièrement encore de pl^pisieurs autres per^
56 PIÈGES SUR IS PRISONNIEa
sonnes. Il parla au chapelain des croyances re^ ligieuses des Chinois , et reçut de cet ecclésias^ tique des réponses si satisfaisantes qull pria lambassadeur de solliciter de Févéque de Londres un poste convenable pour un homme qui annonçait autant de mérite. Sa révérence parut enchantée de la recommandation. Napoléon demanda à M. Abel , s'il était de la société royale de Londres , et si sir Banks lui était connu. Il parla de ce savant illustre en termes on ne peut plus flatteurs, et rappela avec plaisir que, du temps de sa puissance, les travaux de sir Joseph et des voyageurs véritablement portés au développement des connaissances humaines, avaient toujours ^té favorisés par la communication des dépôts scientifiques possédés par la France. Napoléon demanda si le voyageur Banks était le fils de sir Joseph, et lord Amherst répondit qu'il ne se trouve entr'eux qu'un rapport de parenté fort éloigné.
J'ai observé avec beaucoup d'intérêt l'état d'anxiété dans lequel on était, en général , avant que les dispositions de lord Âmherst ne fussent connues. Il semblait que l'honneur de notre nation fût intéressé à ce que Napoléon vit qu'il y avait , parmi nous , des hommes d'un tel caractère; et l'on désirait, d'une autre part, que notre ambassadeur pût faire connaître au princQ
DE SAINTE-BÉIÈNE. $7
T^ent et aux ministres de sa majesté la Téritable position de Napoléon.
Le canonnier du Baring vient enfin d'obtenir sa liberté, et je puis , sans vanité, me faire les honneurs de cette affaire. On lui a permis d'abord d'aller à Longwood ; mais on s'est bientôt empressé d'y ajouter cette condition , qu'il ne pourrait parler au maréchal Bertrand qu'en présence d'un officier anglais. Bertrand, justement offensé de cette condition humiliante , a refusé de voir le canonnier. Cet homme était déjà chez ^ maréchal, et avait commencé de s'expliquer à Ittadame , lorsque la volonté du gouverneur leur fut signifiée par un envoyé.
J'ai vu le capitaine Poppleton : cet officier fait à Longwood un service qui dure depuis deux ans ; mais il est à la veille de son départ. Il n'a pas cherché à dissimuler le chagrin que lui cause un changement dont tout autre serait enchanté à cause des désagrémens qui résultent de l'humeur capricieuse et versatile des chefs.
Je me suis trouvé à la table des officiers du 53*" régiment avec le docteur O'Meara, et lui ai demandé s'il étaif vrai que l'Empereur eût été dangereusement malade. Il m'a répondu que peu d'hommes étaient doués d'une aussi bonne constitution que ce prince. La nature parait
1 avoir destiné à atteindre un âge fort avancé. Ces heureuses dispositions sont encore favorisées par la sobriété constante e^ la régularité de son régime ; la privation de toute exercice et partijDuiièrement du cheval nuit cependant a sa santé; c'est à cette cause qu'il faut attribuer les maux de dents et les catharres dont il souffre fréquemmeDt. Je tacharai de revoir le docteur et d en obtenir de nouveaux renseignemens que je vous e&verrai sans retard.
Je «uis , etc. etc.
LETTTE VIL
Rade de Jame's Town, le 5 juillet 1817.
Mon cher
L amiral et lady Malcolm viennent de s'embarquer à bord du New Castle et de partir pour l'Angleterre : on les regrette généralement dans la colonie. Le gouverneur a , ces jours passés, montré un vif ressentiment contre deux capitaines de marine\ qui , dans tin comptoir de la ville 9 avaient reproché au discours de lord BaUiurst de renfermer beaucoup de faussetés. Sir Lowe commence à s'inquiéter de ce que les
officiers de la garnison et les habkaas laissent éebapper aussi de semblables discours* L aotiiral Malcolm a trop de reserve pour expliquer hautement son opinion, mais )*ai lieu de croire qu'il est très-fâché qu'un ministre de sa majesté se soit exposé à être contredit par toute une colonie et par tant d officiers de tous les corps de larmée, témoins des faits que éS^ seigneurie a indignement altérés.
Les trois commissaires jouent ici des rôles assez ridicules: il est rare que le gouverneur le reçoive» et depuis 16 mois qu'ils exercent leurs fonctions ou plutôt qu'ils ne les exercent pas, ils ^^ont pu 9'dssurer encore officiellement de la présence de Napoléon à Sainte-Hélène.
Beaucoiqp de lettres , tant pour Napoléon que pour sa suite , ont été envoyées ici par l'administration des postes ; toutes ont été portées chez le gouyerneur , et les Français auxquels j'en pariais m'ont assuré qu'elles n'étaient jamais parvenues à leurs adresses.
iLe 55* régiment partira dans peu. J'ai muni plusieurs officiers de lettres de recommandation près de vous; vous trouverez leur conversation intéressante. Ils sont à même de vous donner d'amples renseîgnemens sur ce qui s'est passé ici. Ils ont été prendre congé de Napoléon , qui
leur a souhaité beaucoup de prospérités , et les a assurés qu'il s'était toujours plu avec eux.
L'on m'a fait remarquer une immense pîle de bois et d'autres objets livrés à sa détérioration sur le rivage , ainsi qu'une quantité énorme de fer en barres et non ouvré. Tout cela a coûté plus de 100,000 livres sterling à notre gouvernement. Les habitans de la colonie qui savaient que le transport de ces matériaux ne peut se faire qu'à bras d'hommes, et que l'on serait obligé d'y employer des matelots, des soldats et des naturels, ces habitans, dis-je, furent eflFr^yés de la dépense où l'on serait ehtrainé. Ajoutez à cela que les travaux trop pénibles occasionnent des accidens graves , ou des maladies extraordinaires aux Européens qui vivent à Sainte-Hélène. Pour con^ble de maux, les constructions projetées doivent durer 5 ou 6 ans. Les matelots du Northumberland qui ont transporté les charpentes et les pierres de la inaison occupée dans ce moment par Napoléon , ont souffert bien des fatigues, éprouvé beaucoup de maladies. La forte paie qu'ils ont reçue ne les a pas dédommagés de maux irréparables pour quelques-uns. Comment se peut-il que le gouverneur se soit entêté à faire bâtir, tandis qu'il avait à sa disposition
DE SAINTE -HELENE. 6l
Don - seulement Plantation-House , mais encore beaucoup d'habitations décentes ^ commodes et entourées de jardins.
Il est de fait que File de Sainte-Hélène . est très-mAl connue... Les descriptions romantiques que vous aVez pu lire ne méritent aucun crédit; de ma yie je n'ai rien vu de plus affreux. J^ partie orientale, qui est la plus favorisée de la nature » ne m'a offert qu'une végétation pauvre et languissante. Le climat dévore rapidement ici la vie. des hommes « et particulièrement celle des Européens. Je. puis citer les pertes éprouvées par le 53** régiment , l'équipage du Northumberland, etc. etc.
La mortalité y est beaucoup plus grande qu'aux Indes occidentales. Les exemples de longévité sont rares 9 même parmi les naturels; si l'on consulte les inscriptions de leurs tombeaux, -on verra que le plus grand nombre n'a pas atteint 45 aris.
Il y a eu une sorte de révolution dans les ma- . gasins. de la compagnie. Le garde-magasin ne s'est pas prêté volontiers à ce qu'on lui demandait, . à cause de la responsabilité qui pèse sur lui. J'ai vu dans un endroit, une grande quantité de meubles destinés pour la Maison de bois. Ces meubles ont été fournis par un tapissier de Londres. J'ai été surpris de les trouver pourrissant
$9 PIÈGES SUR Lt PRISONNIER
au bord' de k mer , plutôt que d'être placée dans Tendroit axi<{uel ils sont dévolus et qui les attend.
J'ai' diné ces ')obFs passée' ^éc sir George et lady Bingham. Sir George esl un excellent officier que tout le monde estime; lady Bingham est une femme charmante. Elle a vu trois fois Napoléon depuis son armées oelte dame paraît désirer de se lier avec > madame Bertrand. J« soupçonne cependant ; quôiqx^ rien de sem^ blable ne m'ait élë insinué, que les motifs^ qui déterminèrent la conduite de l'amifal auront une influence plus g|*àqde encore snt le générât parce que celui-ci est beaucoup plus dépendant dh gouverneur, et que sir Lowe regardera même d'un œil inquiet les relations qui s'étabtiraieiit entre Longv^ood et lady Bingham sans sa participation. CoDçoit-on Tabsurdité de cette con*duite? Lady Bingham m'a dit que Napoléon IV vait reçue avec beaucoup d'amabilité.
. Le général Gburgaud à diné avec «îr Geojge et sft femme, il y a une semaine ; c'était la première fois qu'ils mangaient ensemble. Au mois d'avril dernier il y eut des» courses ilîeadwood ; le goU^ verneur , l'amiral et les commissaires européens y assistèrent , ainsi que le général Gourgaud. La course fut suivie d'un bal donné par le T^irf- Club t où tout le monde fut retenu , Gourgâud
senl excepté. Il faut croire qu'il y avait de puis^ santés raisons pour qu'otf agît ainsi. Mais rinvitation que le général reçut postérieurement de sir George Bingham , avait principalement pour objet d'effacer les impressions désagréables que cette impolitesse avait dû lui causer.
Je n'ai pas été à Plantation-House ; mais 'fsi du moins dtné avec le gouverneur dans l'endroit communément appelé le Château. Lady Lowe es% une femme très-agréable et pleine de vivacité. Cependant/clle a peu parlé pendant le cours du repas, et personne n'a pu fixer son* attention. Là singularité de sa manière ne m'a pas empêché de rendre justice à la parfaite qualité des mets qu'elle nous a offerts. Sa maison , qui renferme de {(yrt belles pièces , est dans une jolie position^ J'ai profité de la circonstance pour me faire donner la permission de visiter madame Bertrand. J'y compte aller demain et rester toute la journée, s'il le faut , pour voir Napoléon, ne fût-ce que lorsqu'il se mettra à ses fenêtres.
J'ai diné avec le capitaine C. M. , qui a transporté des Indes ici un détachement du 66* régiment. Deux jours après son arrivée il a été voir mademoiselle R. dans la petite chaumière qu'elle habite près de Longwood. Us ne s'étaient pas trouvés ensemble depuis quatre ans , et elle est maintenant âgée de seize. Le capitaine G. s'est
épris de cette jeune personne et la demandée en mariage; le père ne voulait pas croire d'abord à la réalité de la demande , parce que le capi« taine C. est propriétaire de son navire et occupe dans le monde une fort bonne posture ; il n'a cependant pas hésité long-temps à donner un consentement qui faisait la fortuné de sa , fille. Les deux nouveaux époux viennent de partir pour l'Angleterre.
n y a sept ou huit mois , Napoléon passa plu* sieurs fois de suite devant la chaumière habitée par la, jeune dame , qui , après s'en être aperçue et avoir réparé un peu sa toilette y vint ouvrir le grillage du petit jardin et le saluer. L'Empereur s'arrêta et causa avec elle l'espace de quelques minutes. Elle m'a rapporté qu'un jour, en présence de sa mère , il lui dit en anglais % t Y ou, are vert pretty ! Vom êtes bien Jolie ! > ce dont la jeune fille fut enchantée : elle avait alors quatorze ou quinze ans. Avant cela on ne lui prétait aucune attention ; mais sa conversation avec l'Empereur ayant été connue et fort amplifiée , en passant de bouche en bouche, elle acquit une célébrité qui ne nuisit point à son mariage , et devint en même-temps un sujet de jalousie pour les demoiselles du pays , que l'on sait très -portées au mariage et prêtes , pour ainsi dire, à se donner au premier venu.
BS SAIlflB-Hi|.i2)rE. (fê
Le eapîfeîiie d'un hatfare, eiXtàdié àii^étince dé l^e, m^a remonté FhiWfoiretfuiï Jeune riiattri^f ^ tfét&nt échatppé de Verdui éd i8o4 ^^ iÔbS, réusâtï à gagner les environs^ dë'Bouloçne, ûàilâe Imtcaébé au mifieu de? bob^pettdant quhizef oiirs. €e jeun© homme s'aTÎRi dd ciohstnïïre tin pefit canot avec des branches d^arbré: des lambeîaùx de sa chemise lai servirent à le WcouvWt^îbtérieurémèntr ; mais comme eflë ne suffisart pas ,il yola un drap dans uù hameau du voisinage. Stih travail terminé , notre marin se tenait la plus grande partie du jour au haut d'un arbre^ afin d'observer les croiseurs anglais. Plein de l'espoir d'en pouvoir atteindre un , il s'avançait enfin , son esîtjulf sur le dos , vers te bord de ïà mer , et allait s'y aventurer, }6rsqu 6ii le découvrîjtj 0jn le mit en prison , w ^tfenfij^jat qu'y fvil ]m^ cpu^ip^ çspipn OH yolewr. Ceci 3'était passé depuis dûUK jouirp i lorsque Napoléon aitriva à Bouk>g»0r Ge Prince , auquel on montra l'énrbàrcatibn ëdîirstr lilte par le pauvre fugitif^, eut la CUrîo site de f aller voîlr manceu vrer. «Mon ami , lî^î fc dit-il, lorsf^uon Ig lui présenta , tu afi» dope ^ gr^R^P ^pvift 4e jreyoiir tqn pay§ ?N'y qs-tupas <c laissé quelque maîtresse? tt- Non, rVôlMMa- « jesté 9 répondit Jack; je ne désire revoir que ma « mère qui est vieille et infirme. — Te sentiraîs- « tu le courage de traverser le détroit dans ce F. 5
/< Ç!^ petit caaôt ? -^ Oui , si Votre Majesté me le % p^ermet. » Napoléon se tourna alors vers un officier de marine qui le suivait : c Qu'on habille t à neuf ce jeune homme , dit-il, et qu'on le t porte à bord du premier croiseur ! Qu'on lui « donne aussi cinq napoléons pour sa vieille « mère. Elle doit être une bonne mère , puis- « qujelle a un si bon fils (i). » La chose fut .ponctuellement exécutée , au grand étonnement et â la grande satisfaction du jeune homme.
Je suis^ etc.
dU
/(l) .Ce n^est pas aux tyrans à sentir la nature ,
a dit ua poète. Étaitrii un tyran , celui qui se montra^ quoique maître de TËurope, fils respectueux, frère ^rop àUaché /excellent époux et père passionné? C'est pourtant ëù présence de cette famille', qui croit n'avoir rien përdû ^ue depuis la mort de son chef, que la main de ses implacables ennemis souilla sa pierre tumulaire des noms de Iféron, d'Héliogabale , de Louis Xjl — Mais la , veconnaissance d'un pauvre matelot parle plus haut que les ru^issemens de Tesprit de parti; et les larmes de ce iRIs que Napoléon fut digne de comprendre y réchauffent ^t fontitessaiHir son cœur , tout poudreux qu'il est, mais 'd^ns lequel la- grandeur et le pcmvbir n'avaient pai»
. *tau(» la natuce, (-«.-/F. )
; j ri i . » '
DK SÀilITS-aî&BNE. 6^
LETTRE Vllt.
Eade de Jame^s l'ôwn, le 8 juillet iBi^%
Moi* CHBft ***
J'ai parcouru aujourd'hui les edyirons dé Longwood. Je suisparveou à m'entretenirayec un individu attaché à cet établissement, et )'ai appris que le gouverneur venait d'ajoiitei^ encore dé nouvelles restrictions à celles que je vous ai déjà fait connaître. Né semblermt-il pas que sir Lowe s'appliquât à démentir , de plus en plus , ce que ibrd Bathurst a avancé en 181 5 dans son dis^ <^ours au parlement ?
Voici ces nouvelles restrictionà :
1^ Aucun Français ne pourra s* écarter de là nouvelle route de plus de dix pii douze pieds. En conséquence on a tracé une nouvelle ligne de démarcation en dedans des limites primitiveâiens assignées par sir George Gockiburn ;
a* Nul Français ne peut disposer ^ d aucune soinme d argent sans en justifier l'emploi. Toutes les demandes et mémoireB seront contresignés par l'officier en permanence a Longwood ;
• . • "' '-'Si
69 PIECES Sun LZ FltrSONNIER
5* Il est défendu aux employé» civils et militaires , aux agens quelconques et aux habitans de prêter ou communiquer aiux Français aucuns journaux anglais , français ou allemands , aueu us livres ou brochures , quelle qu'en soit la matière ;
4* Personne ne pourra les informer de cq qui se passe dans la colonie , ou partout ailleurs , sans encourir ï^ peines prescrîtea par Tncte du jptarlemel^t. . ,
Accompagné de plusieurs amis )'aî été visiter cette fangeuse route , coostruite exprès pour le service des exilés. Quatorze au quinze hommea ont travaillé pendant près do quatre mois a là eoustruire* Elle traverse des terrafna arides , et est bordée de ravins profonds. On a eu soin da la détourner des endroits habités , ainsi quQ dea lieux où les mouvemens du terrain eussent offert des grottes ou de l'ombrage. On ne peut la parcourir sans être exposé à toute l'action du vent ou. du soleil, ce qui 1^ rendra impraticable pendabt rbiver et l'été.
Pourquoi cette route a-t-elle été si resserrée; pourquoi l'a-ton dénuée d'ombrage, et de verdure ? c'est d*abord ce que l'on ne voit pas. La chose parait d'autant plus iaexplicable , que Na-« poléon n est pas sorti depuis près d'une année. N'y aurait-il dans tout cela qu'une insulte gra-
luilei? En yi^fléchisÀMt, ,00 oroU.y.toouva^tttâis principaux motifs :
i'' iDe faire peser snv dès iFrançaiB leur dépendance, qu'ils ne compremient que Irop ;
à^^DeleseKMg^agierdaiisdeoontiirafilies dispute^ anecèes SentitieUes, qui devlreùvaot'àilaJois^ugas et parties ,' doivent prononoer d'une manière arbi"" traioe i9ur ice*be^quesCi<Mi «^^ague^et fugitive : k^rOfa dépasàé cm non Jes limites de la rouite* ?
5* Laipius forte raison paraAt être de les «m* pécher idèirespirer ^nn air -plus frais ^ et de so reposer auprès de )iftiatre> jardins; «eomprîs dans les anctemsiQS limites.
' JLa ^seconde des ^restpictions » dont jai f>arlâ pins liant ^ ne doit être i»ttrîbuée'qu*tà ia «léchaa-^ café ptire> 9 puisque JcfepînlëiUQ peu fins d'«n an Bertrand ib a disfioeé que id wie sotaame ide iSooo kraiscj peovënapt ide la o^entè de la vaissdlle .de IS^aupMàn^ idt ^de jqud;qne8 lettnes (de <;h|iiige v ^ nées par Las-^Cases sur un. banquier de Londraift i et que ioei$5obolû(ttiSiQnt été dépens^ âi'aison>do 400 par moiâ f^)ur payer v '
>i* Les ^i^s deSrdêaiestiqiies ; ..d"* Une grande partie d^ blanchissage , attendu que le gouverneur s'y vdmM^ et divers objots velâtifs é la toilette» efec.;
^5* Jl^Uait Minoore aiteo la mémie^omme sup*» pléeor ià ia trop £iiblë <|umAilé ^de Tiapdo f pann
^O FliciS SUR LX PRISORRIIR
folaiUe, bois« légumes, caffé, beurre, etc. , fouis pie par le gouverneur.
Au reste, en refusant aux Français leur né-^ cessaire, sir Lowe voulait bien, par bonté d'âme, qu'^ik se le procurassent de leur bourse , et Tho^ mas Reade avmt mission de les aider dans leurs emfiettes : on dirait qu'il craignait que tout lemonjdie ne sût pas comme lui queJes fournitures, allouées par le gouvernement n étaient pas suffisantes.
En conséquence de cette restriction ^ l'emploi des 4o^ louis de chaque mois devait être dén taillé et justifié d'avance , dans une note. signée par Bertrand , examinée et légalisée par l'officier de service à Lougwood t et finalement approuvée par le gouverneur. De pareils détails vexatoiresn avaient certainement d'autre but que de faire sentir aux habitans de Longwood leur état de cap-^. tivité. C'est ainsi que Caligula enjoignait à ses bonr* reaux de prolonger les tourmens dé leurs victimes, afin qu'elles se sentissent mourir. Conformément à la^ déclaration du 2 avril 1 81 5, tout ce dont on aurait besoin devait être fourni par le gouvernement ; mais nos ministf ea ont voulu , en dépit du sens commun , éluder cet engagement. Il est vraiment curieux que pourmieux tourmenter des hommes on ait imaginé de les priver des choses les plus nécessaires à la vie ^.et de les entourer de diffi-^ cultes }orsqu ils cherchent a les vaincre avec leiiç
propre ai^nt ! La 3*; restriction nèst pas plusconcevable, t Personne ne communiquera aux^ « habitans de Longwood des Utres , des joùr-^ (( naux !.. » U parait que son excellence seule est« digne de la confiance de notre nation. Mais maK heureusement une mesure de lafiortéciedèYiedtpraticable qu avec }e consentement unanime dè^ ceux qui sont employés à Tëxécuter^ Au-fait; bn n a cherché qu'à priver les prisonniers de nou^^ velles propres à diminuer leurs eni^uis ; tandis^ que les écrits capables.de l'augmenter kur se-^ raient prodigués.;. La 4'' restriction est peut'-^ti^ la plus absurde. De. quel droit le. gouverneur: vient-il défendre que l'on parle avec eux^ de po-iw litique , de littérature et de religion ? Certes et; les brigands qui l'aidèrent à soumettre le^Périm^ s'avisèrent -ils jamais de rjen. d'aussi tyrainiii^ que?
Après vous avoir entret^iu de la mémorable^ et ridicule affaire du buste ,J1 faut vous ^en donner l'explication : c'est la crois dont il est 'décoréqui fut cause de tbutes Jes difficultés. Voiôi^tïtî^ cas où l'on, a agi aussi déraisonnablement ^ '^ . Un navire venanlidb la Chine est arrivé ici ,' dèi^ puis quelques jours. X*ài été â bord visiter le^ çaMÉftine , qui m'a introduit près, du capitaine ]||P^ide , lequel est au serviqe dç^^l^ compagnie i}(A I^des. Çe,.d€i^liier.me. montra .utoi échiquieç^
^jd^frfH^sa^l^&^i fîïQÎro,. qpte lltônorable M. El« j^^nst^Bi^ «(Y^t: lait iaîre en Ckin^^ pai^ les plus hs^bUês >oUvxierSf et qu'il avait TinteiAf^n d'^f^ frir eti présent à Sbpoléoci> Se n'^ ^en tu 4i»is 00 j|^Dife;d*a:U8fsÉl parfait et de meiUeiil' g^ût. lié c^tpît^&t^ Bearisfde se félicitait éa liH^mtèiiM d0 00 ilu!:0U Heât ehaitgé d'une setnblai^le véot' misfijifim qtliraQtorîsaitàsepiné i)[apoIéd^;
eti.(qiii Im iTaudraît |yrobaiflemeni ia tiaveur d')lft f iitrëT^k I:ie èapitanMi deseend à terrai oa: IwJbit dëftosinr ibas les bagages à la màisém <hij|[cm9ertDeiiofeiit^ olà Hs soût i^iftiéB^ i^emui^ ée faadMMi cDœbld ( ^ il obtfont la pèrmfesioa daUec à Los^g^wood , wbA^ $o^ là eôiiditttm 4e«« presée: dfe ne ^paa paHdlt des fMnâdec» xju'il ^ifk pwjtef* t2e(>ei3d!aiit lekaliiiea^iflùls piM^ticolier idi». obpaê en €piB^oit proBdura la iemhh «dèdora-s verte d'NN surmontées de couronnes impériiale^^ Gi l^aisaea pOulr tfa^m prit la détanninaitoticle Icisir^t^r^ JH'^taîl^ciepaaiterânbaitré^àu A^ ift nal^otiit ai^l^i^:, Na^HoléoA tsoiame étopêreur d%a Ff^Di^dtd ^t ^ ,^'lMilie ? Ii!alnitbl Planapià^ k^V George fiiii^b^tp jiai«^Uiéa sur t:a£bi«, tmem d'tavis:^pi^ V-OP ^Q&ûit^ be^conp trop d'fïâ)^rtance 4 des <^osj&s timt^^^faÊt inaigoifiaciteii (i^^
>(«} t.^ fMîëbiM '^ igB ^nnërèDt 'de tés iil ttsàtiiM ifefl Î0çoiii al 4bs ^eià^llè 'Qui «'oât «# (j|liflîi
que c'était jeter jdu rldn^Ue mr 4QOtiv9 go«fveraiie^ ment, et tcmrio^Bter -en fiUr<e ^r té des bobsinea déjàU:t)p mal]3tôurettx.Ilsfirà:emjtpar<)9ii^ l;oQ devait Ididser foire sd^ciDmfâfiHftioiiaiicàpifiaifie 0eaTiside« Sir LaW6 ne put s^eiApéeher de mettre son cacket à cette coiaicejàîon^i^ii effet ildùttoH duisit dans uaç des icassetteé une lettare i^ où il faisait obseryerqu en teissantpasber lépiréssealidé M. Elpbinstone , il dérogeait aux règles établies. Uambiguité de la phrase de sir Lowe fit penser à liongwaod ^ qtiê de nouvelles restrictions^ avaient été établies, et occasionna une réponse^ , où Bertrand protestait , au nom de NapoJéon »
trdp H^ %utM > '4)^ll)SqU%n àen» èomtr^re , yat l6t feeabms^tiUics 4e t feiSi: iei ^%irér6> lai^&iit ùèé ^(àé^ iqpnodaste ^aux ki^^nes du ^uviei'iDkemeit royale ont envoyé à :l!éch^aud des malhéi^eux iphez la^quôfe ita avaient découvert qqelf uçs vieille^ {Jaques de cheqojUiée où un enduit de suie séculaire cachait trois fleure-de-fysj lés atitlrës otit fâft fusiller des tidglescens qui^ un jour de nébes, 'jpétitatéttt à ieurs tlhkpéïux Grois ruhdms noués
en cocarde! Voilà les monstués atitqueb, ^dàirs teUrk passions étroites et ardentes, s'afii^ocieiit^ces Janséniistes politiques qui ne voient dans le pouvoir que les moyens de faire dominer leurs idées personnelles, leurs préjugés , leurs préventions, et Pimportance de ce despotisme mesquin qui fut le rêve de toute leur vie , et qui est devenu le système de leur autorité. {R.-fV-)
contre les mesures qui auraient été adoptées sans qu'on lui en eût donné connaissance. Vous devez être frappé par tout ceci du système invariable* ment suivi pour affliger l'illustre exilé; et vous remarquerezqu on n'a pas laissé échapper l'occasion de lui faire une nouvelle insulte , à chaque acte de gratitude, ou seulement de souvenir envers lui de la part d'un de nos compatriotes^
Curieux de savoir comment M. Elphinstone avait connu Napoléon , j'ai appris que la veille de la bataille de Waterloo, au soir, le frère de ce capitaine, qui est colonel de dragons, fut dangereusement blessé et fait prisonnier. Napoléon, qui se trouvait à peu de distance derrière les ^ussards , et qui le vit tomber tout sanglant , ordonna  son chirurgien d'hier le panser sur la place même ; il lui envoya son propre gobelet* rempli de vin de Ghambertin pour ranimer ses forces défaillantes. Le colonel attribue la conservation de sa vie à ces premiers secours et aux soins que l'on eut de lui , conformément aux yolontés de l'Empereur.
Je suis , etc. , etc.
DE SAINTE-HÊLiME. 7S