‹ Recueil de pièces relatives à la conquête du MexiqueChapitre 12 sur 27 · II · texte numérisé non relu

II

l63 CONQOtTB

tout*nàiiitts a a bastion ; mais nous fumes biétt surpris, car les aasiëgés, s étant vus pressés dé si prés la nuit d avant et pendant la jour^ néei s'étaient otcupés avec ardeur à emporter tout ee qu'ils possédaient, à mettre leurs fem^ mes en sûreté, et k prendre eux-mêmes la ftiite. Quand nous fûmes montés sur le bastion« nous oe trouvâmes personne : pour ftiiré croire qu'ils y étaient encore ^ ilsavaient planté leurs lances toutes droites sur le bastion» df manière qu'on les vit du dehors. Nous pénétrâmes dans l'intérieur de la ville, mais avec! bien de la peine, car il y avait une forteresse^ toutes les cinq ou six maisons^ et les torroats^ étaient grossis à cause de la forte pluie qui était tombée ; on ne pouvait pas avancer sans faire des chutes fréquentes. Nos Indiens pour-' suivirent l'ennemi jusqu'au bas de la hauteur, prirent des femmes , des enftmts et quelques hommes* Les habitants de la ville avaient pa« reillement planté leurs lances sur leurs mai* sons pour nous faire croire qu'ils y étaient

bo kBUQUE. i63

Nous restâmes toute la journée dans cet endroit, et nous y passâmes la liuit. Nous trouvÀmes beaucoup de provisions dont nous avions besoin, car nous n'avions pas mange les jours précédents, n'ayant rien trouvé ni pour nous ni pour les chevaux ; mais nous ne pûmes découvrir que des vivres. Indépen damment des prisonniers et de deux cetits bommes que Ton avait tués la veille , on en tua tant ce jour^là, qu'il fut impossible de les comptei^ : on nous dit qu'il y avait avec eux des habitants de la province de Guegueiztean.

Vendredi i*' d'avril, nous retournâmes à nos quartiers pour faire prendre du repos aux Espagnols, dont plusieurs étaient blessés, et pour nous pourvoir des munitions néoessai* resycaron en avait consommé une grande partie. Nous y restâmes aussi le samedi.

Dimanche 3 d'avril , après la messe , nous partîmes pour nous rendre à Guegueiztean.

Le chemin qui conduit à ce village, capitale de Japrovince, estexcellent et plat, bordé de pins :

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on y trouve aussi une montagne ^ns àrbrèà.

. Av&nt d'arriver à la province, on descend une grande <îote qui va jusqu-au bas de là modtagnCi Le village- est sur une hauteur : nous aperçûmes beaucoup de naturels d'un autre village qui descendaient une colline , en coUr rant avec leurs armes pour se rendre dans la capitale. Aussitôt que nous* arrivâmes, nous vîmes que les fortifications étaient très-^gran^ des, mais non pas aussi fortes que ceKes de Ghamula. Cependant , comme les babil^itits savaient ce qui était arrivé dans cette ville, et que.les naturels avaient abandonfié la place et les fortifications , un grand nombre s'en^ fuirent sur le flanc de certaines collines, et la plupart gagnèrent une vallée bass^.

Comme nous n'avtons pas bien pris nos précautions, on ne put pas en tuer , et Ton ne prit que cinquante ; hommes. Le lieute- .nant n'ayant pas voulu attendre que toutes .nos troupes fussent réunies, s'avança avec cinq; ou six cavaliers dont je fis partie. Nous

DU HBX^QUI. l65'

poursuivlmeaceux qui se rendaient sur la colline ; mais comme nous -étions sur une hauteur, et que le chemin était trè&dif&cile', nous n'en atteignîmes qu'un petit nombre que noustuâmes : nous primes beaucoup de. femmes.' Ceux .qui s'étaient enfuis dans la vallée ra-> vaient tellement remplie, qu'ils ne marchaient qu'avec peine; mais nos troupes, tardèrent si longtemps à venir, que tous purent s'échapper. Ils abandonnèrent leurs armes comme des gens qui se croyaient perdus. Les cinq ou six cavaliers^qui accompagnaient le lieutenant poussèrent plus avant, et parvinrent à un petit i^Ilage . très*fort éloigné, d'une demi -lieue. Nous attendîmes - le reste de l'armée, et nous y établîmes . nos quartiers], d'après les ordres du lieutenant.

Le lendemain^ c!est:à-dire le lundi, le lieutenant envoya Alonso de Grado avec des soldats à un village que l'on apercevait de cet endroit; il était éloigné de deux lieues, et l'pn remarquait une maison blanche. Des

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gens qui y avaient été nous rapportèrent qu'il s'y était réuni beaucoup dlndiens. Ce village » bâti sur la crête de la montagne , loi parut très-fort. Il revint la nuit suivante dire qull n'avait rien trouvé. Dé ce village , qui est la capitale du Guegueiztean , on en aperçoit dix ou douze autres sur la monttigne , et qui dépendent du premier. La vallée est très* belle et bien cultivée ; une petite rivière la partage.

Tous les villages de ce pays sont en guerre les uns contre les autres. Le lieutepant envoya un de ses Indiens pour dire aux chefs de ve« nir traitier de la paix. Il lès attendit le lundi et le mardi , mais personne ne parut.

Le mercredi , 6 d'avril » nous partîmes de ee village pour retourner à Genacantéan. Moua suivîmes la route de Chematan, car tous les villages se soumettaient ; cependant ils ne tardèrent pasà se révolter. Les Espagnols se découragèrent; mais, voyant que beaucoup de villages habités venaient faire la paix avec nous, ils

911 MKXIQUE. 'I67

iH^rii^Qt 4« l'eipoir^ et vQulaient absolument

(W) fixw daoe ee pays, Ils cbangèrant ensuite 4'avii, peoaant qu'il valait mieux pousser plus avant p attendu que le pays était tel qu'on «l'osait prendre un seul Indien. Lie lieutenant ayant considéré ces eiraonstanoes fut de la UBème opinion , et personne ne se prononça pour Favis eonlraire. Nous retournèoies donc à Geoaeantean ; de 1^ , Alonso de Grado se rendit à Ghiapa, où il Ait bien reçu par des Espagnols que le limitenant avait envoyés vi-* siCer d autres pstys. Pendant que l'on était i Genacantean, , on apprit que Francisco de Médina avait été cause de la révolte de ees <ieux provinces. On informa contre lui; il fut i^rrèté , et on lui retira son commandement Si on Tavait puni à Cenacantean, les Indiena n'en auraient rien su , car ils ne s'étaient ja* pais présentas à nous pacifiquement. Gomme Qous devions partir, je le mis sous bonue garde , dans Tintention de procéder contre lui lorsque nous serions arrivés dans le village ou

ii s'était rendu coupable. Je le garde en pri-^ son , et il sera puni. Afin que votre seigneurie sache comment il a poussé les naturels à s'insurger , je lui envoie la copie de l'instruction , elle fera connaître toute cette Fafiaire; je n'en

parlerai donc pas davantage. > '

Lundi, Il d'avril, nous partîmes de Genar cantean ; le chef, à la tête de qûelqi^s Indiens, vint avec le lieutenant, et nous accompagna jusqu'à Chematan. Nos alliés nous suivirent constamment , et de bon cœur , jusqu'à: ce que nous eussions gagné les hauteurs. Le * soir nous allâmes passer la nuit à tFois lieues de là, au milieu de pins, et en vue d'un. village soumis à Cenacantean. Les habitants nous reçurent très-bien ; ils avaient aplani la route , ils nous fournirent abondamment des vivres.

Le nuardi nous poussâmes à trois lieues plus avant vers d'autres cabanes, où desnatu* rels nous portèrent des provisions. Ils firent savoir beaucoup de (itioses au lieutenant qui interrogeait tous les Indiens qu'il rencontrait :

DU MKXIQUE. 169

je n'en parle pas à votre seigneurie,: ne les ^yant pas entendus.

Le ma^di nous fîmes. trois lieues et demie, et nous arrivâmes à des cabanes. Il y vint des ^agatutès de la province d'Apanasclan , qui déjlt s'étaient présentés pour faire la paix avec nous : ils étaient suivis par des . Indiens . de Alichiampa, envoyés par le lieutenant avec ces Kagatutès. Ils nous portèrent un peu d'or, des carquois, des pointes de flèches , et dirent q\}ià l'Espagnol, qui gouvernait à Sancomisco (Soconusco ) leur avait commandé de les fidre pour Pedro Alvarado : je ne sais si cette province, et les villages qui sont autour de Soconusco . lui sont soumis. Les Indiens qui vinrent étaient très-bien disposés à l'égard des Espagnols : nous pensons tous que cela doit être très -avantageux. Ils nous dirent que Pedro Alvarado était entré à Yelatan , qu'il avait fait la guerre et tué beaucoup de monde; ]ls affirmèrent, $n butine, que de leur village à Yelatan il n'y avait que sept journées de mar-

1^0 gomqdAxb

^e, et de Chiapia ehes eux Irois journées^ De sorte que, d'après le rapport de ces Indiens, il peut y avoir œnt lieues de leur village % Ydatan. Des naturds d'autres villages vinrent offrir leur amitié au lieuteqant ; il en arriva aussi d'un village nommé Guzitempan , et d'un autre nommé Tesistepec; ils nous apportèrent uo peu d'or* Le lieuteqant les renvoya avee deux Espagnols qui avaient ordre d'examiner le puys,

Le jeudi suivant nous partîmes de ces ea-, banes, et npus allâmes coucher à trois lieues de làidans un endroit où il y en avait d'autrel. plus petites ; la route était aplanie. Un personnage d'un aspect respectable se présenta à nous I en disant qu'il était seigneur de Cate^ nilula ( Catipula)p qu'il avait ordonné de faire ces cabanes , et de nous appcHrter beaucoup de vivres. Il nous dit qu'il avait ftit aplanir la route jusqu'à son village , et qu'il attendait

nos ordres : le lieutenant rea^remereia beaucoup.

. DU imiQUS. 1^1

Le ven4i^i nous quittâmes ces cabanes pour nous rendre à Catipula ^ qui pai^aissait éloigné de trois lieues. La route était la plus mauvaise que Fou 9Ùt jamais vue ; et si les Indiens ne l'avaient pas arrangée» il aurait été impossible de la parcourir} et nous aurions été forcés de revenir sur nos pas. Elle traver-* sait de hautes montagnes escarpées , et il y avait une descente d'une lieue et demie, si difficile, qu'aucun passage n'était plus dange«* reux* D'un côté on voyait de profonds préci-* pices, et de l'autre côté le rocher était si raboteux, que les chevaux ne pouvaient y poser le pied : mais ces Indiens avaient trèsbien arrangé cette route avec des branches d'arbres. Du côté du précipice , ils avaient éta« bli des garde<*fous avec de gros morceaux de bois fortement attachés , et ils y avaient jeté une grande quantité de terre, de sorte qu'ils en avaient fait un travail parfait; ils avaient même coupé le roc, et un nombre infini d'arbres qui embarrassaient le chemin. Quel*-

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que^uiis avaient neuf ; palmes de diamètre; d'autres étaient d*^uûe grosseur énorme ^ ce qui faisait Voir le zèle qu'ils avaient mis à ce travail, et que beaucoup de gens y avaient été employés. Quand bien même les Espagnols Feussent fait, il n'aurait pas été mieux exé-> cuté. Aussitôt après avoir franchi ce passage difficile, ils nous menèrent dans des cabanes ' qu'ils avaient construites hors du village. Le chef y arriva avec un présent d'or, des plumes et des oiseaux morts que lui fournissent ungrand nombre de ses sujets. Ils nous donnèrent une quantité de vivres, de l'eau, du bois et tout ce dont nous avions besoin. .

Ce village et ceux qui en dépendent sont dans une belle ' vallée, arrosée par^ une ri-' vière et tout entourée de montagnes. D'autres peuplades vinrent pour faire la paix avecnous ; ils nous apportèrent des vivres et un peu d'or qu'ils donnèrent au lieutenant. Nous ' restâmes quatre jours dan» cet endroit pour* attendre les Espagnols que le lieutenant avait

envoyés à Guitettipan. Des Indiens arrivèrent avec un bonnet de ces Espagnols, et nous dirent qu'ils suivaient une autre route pour gagner un village où nous devions nous rendre. II vint aussi des Indiens Zapothèques qui avaient quitté Ghiapa pour se rendre à Quicula, qui est voisin de ce village. Ils vinrent nous faire présent de vivres et recevoir nos ordres.

Le mercredi ao d'avril,, nous partîmes d'Apilulapour continuer notre route. Après avoir fait deux lieues, nous arrivâmes à un village bâti sur le bord de la rivière de Chapilula> entre des montagnes; il est soumis à un autre qui est situé avant d'arriver à Silusinchîapa, et à deux lieues de Tendroit où nous nous arrêtâmes ce jour-là. Avant d'avoir fait ces deux lieues/on trouve d'autres petits villages qui en dépendent^ et qui tous sont entre les montagnea, sur le bord de la rivière.

La route qui conduit à Silusincbiapa est si difficile, qu'il est impossible de la décrire. Cepen-

1 74 coKQtjirs

dant les habitants l'ont aplanie et arrangée le mieux possible» eu ëgard k la disposition du sol. Nous la franehtmes, mais avec bien dû mal. Les habitants nous recurent en bons amis; ils nous fournirent beaucoup de Tivrea; et le Soir ils nous logèrent chex eux. Le jeudi et le vendredi la pluie ne cessa pas : il tomba tant d'eau, et la rivière grossit à un tel points qu'elle se répandit avec fureur sur la route; et comme le village était entre les montagnes, nous ne pûmes ni avancer ni reculer. Pendant ëe temps^ tous lés Indiens s'enfliirent et ne revinrent plus : je ne saurais en dit'é la raison, car ils nous avaient reçus avec bonté, et ils avaient pris la peine d'aplanir la route.

Le dimanche là pluie ayant cessé ^ le lientenant ordonna à des fantassins de chercher des habitants, mais ils revinrent sans en avoir vu un seul. Pendant le séjour qae nous fimés dans cet endroit, nous profitâmes des moments où il ne pleuvait pas, pour voir si nous trouverions de l'or daiis le

bu MfikiQVB. 175

fleuvci car nous crûmes aux apparences qu'il présentait qu'il devait y en avoir. Noué en irecueilliinésquelques petites paillettespresque isans valeur ; mais on fit ces redierêhes comme pour se disfanaire, car nous n'avions pas les instruments nécessaires; De cet endroit le lieutenant envoya un ordre aux habitants

d'un villi^e nommé Glapa , qni est plus éUÂgné que l'endroit où ndus étions, et qui dépendait dé Gematané

Le lundi nous partîmes ; nous limes deux iieiles et demie « et nous parvînmes à un vil«^ k^e dépendant de £îematan ^ nommé Estapa* guiyoia ( Pagui^^^); il étaitcomposé de dnq cents maisons* Nous suivîmes constamment le fleuve pendant cette route ; on dut le tra^ verser plusieurs fois avec bien du mal» Quel** ques Espagnols coururent de grands dangers»

car la route est pleine de rochers » et le fleuve qui coule avec beaucoup de rapidité est rtm* pli de grosses pierres : je ctcms en vérité que dans le monde entier les chevaux n'auraieut

I >j6 bONQuiTE

pas trouvé uivplus mauvais chemin. Cottimè la journée était déjà avancée lorsque nous nous mimes en route , nous eûmes bien ^e la peine à arriver au coucher du sbleil. Nous ne primes pas le moindre repos ; tous les chevaux étaient déferrés et harassés de fatigue ; plusieurs tombèrent dans l'eau , et on manqua de les perdre.

Ce village est important et très -agréable; il y a une belle place, de bons logements, auprès d'une belle vallée cultivée qui borde le fleuve : elle est bornée par des montagnes , mais qui sont moins haytes que les précédentes. Le lendemain , c'est-à-dire le mardi, le village fut abandonné, car lorsque l'homme pense qu'on ne peut plus rien lui donner; c'est alors qu'il mord ^ et qu'il fait des dé* gàts. Quiconque, dans de telles circonstances, entretient des rapports avec lui, doit bien faire attention ; car s'il a tort une fois , il aura tort une autre. En vérité , la nature de l'homme est bien mauvaise; quand il parle,

c'est pour feindre et tromper : il semble se conduire pour vous faire du bien ;• et quand vous est bien persuadé et certain' de son affection, c'est alors qu'il cherche par certaines actions à vous mettre dans une position douteuse; de sorte que vous ne savez si vous devez interpréter sa conduite en bien ou en mal ; et je crois véritablement qu'il est im* possible de vivre en paix où l'on trouve un pareil homme. Get homme rie pourrait rester qu'où est votre seigneurie , car alors il n'oserait bouger, et nous croyons tous que, s'il n'était pas dans ce village , nous y vivrions en paix : nous n'y serions pas venus s'il n'avait voulu s'y rendre. Votre altesse peut me cçoire, rhbmme ne doit pas être éloigné de sa présence, quelle que soit son envie ; je vous écris cela, parce qu'il en est ainsi, et que votre seigneurie le connaît très-bien.

Je partis du village ou capitale de Com^ pilco, et je passai plus avant, parce que j'étais malade. Je voulais visiter plusieurs petits

178 gonqvAtè

villages qui en dépendent, et dont votre seigneurie a disposé en faveur de Pedro Cas^ tillo et de moi» Kous ne vimes personne dans deux de ces villages , et nous trouvâmes environ trente Indiens dans chacun des deu^ autres; ils nous donnèrent cent mille amandeà dune masse de composition métallique gué ton appelle cacao ( 1 ) , et environ quarante ducats d'or et d^' cuivre : ils nous dirent que tous les autres habitants étaient morts. Je poussai plus avant , et je revins ici. Une de mes juments tomba morte devant un puits, ainsi qu'un cheval que j'avais emmené pouf me servir à la guerre. Ce cheval m'appar-itenait, et était un des bons du pays ( d'Espagne )é Quand je partis de ce village il était à la mort« Cette maladie était le résultat ût» fatigues que je lui avais fait supporter pëti^ dant la route. Votre altesse saura que, lorsque nous partîmes, tous les cavaliers convinrent,

(i) Mandorle di massa di mistura di meiaUi^ tke ehiamano Cacao.

î)D iiniQlJE* i79

devant le lieutenant , Taloalde et les r^idorg. ^ que si quelque bète mourait ou était estropiée, comme ils ne pouvaient pas en payer le prix avee leur solde p ils Facquittêraient en contribuant tous ensemble; mais, comme le lieutenant avait partagé For » il n'y avait plus de quoi me payer ce cheval. Je demandai que Ton eii retint le prix sur l'or que sa seigneurie avait eu y ou que tous payassent leur quote part i ainsi qu'ils s'étaient obligés. €et animal m'a-^ vait coûté deux cent trente ducats : j'aurais pu le vendre deux cent cinquante ; cependant an l'estima deux cents, et même plusîeurti

commencèrent à dire que ^ si on lé leur faisait

« payer, ils abandonneraient le village* Je leur

diâ : « Dieu préserve que pour un cheval vous

vous en alliée, j'abandonnerai mes préten--

tions. » Je me suis exprimé ainsi , persuadé

que votre seigneurie me le ferait payer si

c'était juste. Je supplie donc votre altesse de

prendre en considération le zélé avec lequel

fwà entrepris de la servir au prix de nhoti

1 8o GONQt Arr*

cheval, que j'ai emmené presque mort, d'uh poulain qui est tombé d'un rocher, et qui s'est cassé une cuisse, et d'un autre poulain que j*ai perdu : car le bénéfice que nous faisons avec les Indiens ne me permet pas de supporter ces pertes. Veuillez donc ordonner qu'il me soit payé sur l'or que l'on a gagné, ou du moins par contribution , comme ils s'y sont obligés. J'écris ceci à votre altesse, afin qu'elle en soit informée aujourd'hui ; mais je lui enverrai une enquête sur le tout, de laquelle il résulte qu'ils se sont tous obligés en personne, car j'ai eu soin de faire faire cet acte pour que votre seigneurie me fasse la grâce

de donner des ordres à cet égard.

< Puisque nous sommes parvenus dans ce village , il me semble qu'il serait bon qu'un procureur,, qiii fût au courant dé tout ce qui s'est passé, se rendit auprès de vota^ seigneurie pour l'en instruire, et pour lui aj>prendre commenlp on a fait le partage; celui qui a et celui qui n'a pas, et demander

DU MEXIQUE. idl

^ votre . seigneurie de nous accorder les objets dont ce village a besoin. J'en ai parlé au lieutenant et au régidor, qui tous ontcon-* venu que cette démarche était sage. Il fut arrêté que le lendemainL nous nous réuni* rions pour en causer. Quand nous fumes a»* semblés , Juan de Limpias et Bustamante se trouvéï^nt d'un avis tout différent. H est boti que votre seigneurie soit informée des missures à prendre, car rien n'a pu les faire cbi^nger d'opinion. Us voulaient que Ton attendît JMormoleo 9 qui, d'après ce que l'on dit ici , a été rejoindre Pedro d'Alvarado. Je ne sais à quoi attribuer cela ^ si ce n'est au peu d'intérêt qu'ils prennent au bien public. Ils sont .plus, riches en Indiens, que tout autre habitant de ce, village. Juan* Limpias et son frère ont le commencement ou la frontière du pays de Quachula, qui est le meilleur territoire du pays , et une autre capitale nommée Anaclansiquipia, exlcellent village; Quenchula et d'autres villages qui en dépendent;

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non loin de là Gateclesiguata et Sabion, nommé aussi Anazanclan, ce sont des villages qui valent Galtiva. Bustamante par une seule eédule a eu en don de votre seigneurie la^nçl* tié d'Ultapeehe et des habitants; avec Tapia , la moitié de Tiloecapan ^ qui est un excellent endroit très^près de ce village. Non loin de là , Quenchula , Teapa , et plus haut huit ou dix villages dont votre altesse n'en connaît pas un seul , car lorsque vous lui accor»dàtes Ultapeche et Tilcecoapan , vous le fîtes parce que Ton vous avait dit qu'il n'avait pas dlndien* Aujourd'hui il en possède un nombre si considérable , que cela suffirait à deux de nos colons comme le dit tout le monde. Aussitôt que j'en eus connaissance je compris pourquoi il ne leur plaisait pas que l'on écrivît à votre seigneurie ce qu'il fallait lui faire savoir, c'estpour cela que j'ai pris le parti d'écrire moi-même. Je supplie votre seigneurie de croire à l'assurance du zèle que j'ai apporté en tout ce qui concerna le bien

DU MEXIQUE. l83

4e sa miûesté , de votre altesse et de l'ëtat. Quant aux Indiens et aux partages » votre seigneurie saura qu'il y a longtemps que des colons de ce village possèdent des Indiens sans aucun titre», et je crois même que le magistrat supérieur ne les leur a pas donnés en' votre nom* Il y en a qui ont une multitude de naturels et d'autres qui iibandonnent ce village^t parce qu'ils n'en ont pas Je dis des multitudes de naturels , parce que c'est la vérité 9 et plusieurs de ceux qui n'en ont pas méritent autant d'en avoir, et peut^tre plus que ceux qui en possèdent* Cependqint je ne prétends parler que des gens qui en ont de trop , et de ceux qui par leurs bons services méritent plus qu'eux. Eif^n , seigneur « je ne comprends rien à la façon dont on traite l'affaire des Indiens, ni k la manière dont îh servent ; je vois bieQ qiie l'on retire d'eux peu d'avantages , mats ceux qui n'en ont pas du tout en retirent en-» çore moins; aussi ils quittent ce pays, ce

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qu'ils ne feraient pas si on leur donnait ceux des gens qui en ont de trop, en se confbr" mant au partage fait à chaque personne , ce que votre seigneurie veut rétablir. Plusieurs en ont de trop; il est bien que tous en aient, puisqu'il y a moyen de leur en donner et de lés contenter. H est impossible de savoir lé nombre que chacun en possède en faisant des .visites ou en consultant les partages qui en ont été faits. Il faut que votre seigneurie donne des ordres positifs pour que Ton s'informe clairement de ce que chacun possède dans ce pays et à quel titre, autrement elle ne pourra être assez bien informée. pour pouvoir donner à tout le monde comme elle le désire. Elle doit rechercher le mérite de chacun pour savoir la récompense à laquelle il a droit Votre seigneurie fera à ce sujet touLce qu'elle jugera à propo^; mais quanta moi, je pense qu'il serait utile au bien de l'état qu elle confirmât ou fît les partages le plus tôt poàsible, car si l'on agit autrement, ceux qui

DU MEXIQUE. l85

n'ont pas ici ce qu'ils doivent avoir, s^en iront comme le fait le prouvera , et il y en a déjà qui commencent à quitter le pays.

Ne voulant dire de mal de personne, je ne rapporterai pas ici de certains fiiits , mais je vois avec peine que des ingrats oublient les bienfirits qu'ils ont reçus de votre seigneurie. Elle saura qu'il jm parmi les colons de ce vil* lage des gens qui sont reconnaissants, et d'autres qui ne le sont pas. Je voua ferai savoir que, pendant les voyages derniers,- Bustamante le rëgidor, à ce que l'on rapporte, a dit plusieurs fois qu'il aimerait mieux être une punaise (cimicé) que régidor de ce village. Que votre seigneurie ne croie pas que je l'aie entendu, cela ne se serait pas passé aussi légère- ^^ ment; mais, comme il l'a dit devant le lieutenant> je me suis tu pour né pas manquer de respect à cet officier. J'ai acquis la certitude qu'il l'a dit , car un jbur Juan de Salamanque s'étaht pris de querelle avec lui , et lui soutenant qu'il avait mal parlé, Bustamante lui re-

l88 CONQVÊTR

leur dis de se présenter après la Sainijean ;. et, à cette époque, je ferai commencer le travail le mieux que je pourrai. Les pierres pour bâtir sont bien avancées et sur la rivière.

Votre seigneurie m'écrit aussi qu'un Indien, lui avait rapporté que j'avais demandé de l'or à Luis Maiûno. Votre seigneurie m'avait dé-, fendu d'en demander, et je me suis conformé, à ses ordres. J'ai dit au cacique ce que contenait la lettre de votre seigneurie; il a paru sur-, pris, et il a répondu que l'Indien ne savait. ce qu'il disait. Ce chef m'avertit qu'il avait rassemblé beaucoup de monnaie en alliage pour * la donner à votrie seigneurie , et qu'il ne vou-, lait pas l'envoyer jusqu'à ce que je l'eusse vue., Obligé de m'occuper de vos affaires ; je retardf^i de passer le fleuve pour la voir et l'expédier;, j'irai après la Saint-Jean , et je l'enverrai k Horrera de Tustebeque, avec la plus grande quantité de bâches que je pourrai. Les Indiens en ont quelques-unes que l'on transporte de

)eùr villâige à Uiuta Titiquipaque : j'en ai déinandë au cacique et à Christoval, et ils m'ont dit qu'ils n'en avaient pas ; on croit généralement qu'ils en ont. Juan Limpias dit publiquement , comme les Indiens le répètent, que lorsque Marino est venu il a mis un impôt ou contribution sur lés villages des Espagnols; chaque maison devait payer qbarante amandes par jour, et qu'il dit de ne pas nous donner de l'or ni de l'alliage , mais seulement des vivres, parce que nous n'étions ici que pour garder cette rivière, et que l'or était pour votre seigneurie, et l'alliage pour lui. Il est vrai que Juan de Limpias l'a répété plusieurs fois devant moi , devant le lieutenant et beaucoup d'autres témoins. Les

esclaves de votre seigneurie que j'ai amenés sont au nombre de trente-quatre ; mais comme ce sont des femmes et des enfimts, si on les conduisait à la ville (à Mexico) ils mourraient tous en chemin : je crois donc qu'il vaudrait

i^O COKQIJâTJS

mieux, ëo attendant» les mener à Olutk; et sd votre altesse le trouve mieux, à Gorusca ou à la ville riche (^ cilla ricca), vous y àves du bien et des maisons où l'on pourra les loger. Comme il fait très-chaud^ ils y seront plus sainement, à moins que vous ne vouliez qu oû les vende. Je vous prie de me faire savoir ce qui vous conviendra le mieux, afin qu'on se conforme à vos désirs. Si votre seigneurie donne l'ordre de les vendre, je la prie d'autoriser que ce soit à crédit, car il n y a pas dans le village un seul homme qui ait un denier.

Je n'ai plus rien à écrire à votre altesse, je la prie seulement de s'opposer au partage des villages, jusqu'à ce qu'elle ait pris des informations sur ce que je lui ait dit; ce Villagpjr trouvera de l'avantage; autrement le partage ne sera qu'un pillage, et chaque jotit* dès pér* sonnes se rendront près de vôtre seigneurie pour l'ennuyer, tmnïûe on le fait toujours à ee sijyet.

bu kEïiQD&. 191

Que t)ieu notre Seigneur conserve là magni- JBque personne de votre altesse, et qu'elle augmente sa fortune comme elle désire.

LETTRÉ

DU FREBE

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