‹ Recueil de pièces relatives à la conquête du MexiqueChapitre 13 sur 27 · PIERRE DE G4ND · texte numérisé non relu

PIERRE DE G4ND

AUTAEMENT DIT DB MURA (1) SIf DATK DU 27 lUIlf 15S0.

Traduite de lespagnol en latin pour la gloire de Jésiu-Glirist Notre Seigneur , et pour la satiifoctkm des Ames chrétiennes

Mes tkès-chers trères et mes très-chères sqetjrs,

Je voudrais vous écrire longuement au sujet du pays dans lequel nous vivons aujourd'hui ; mais le temps et la mémoire me manquent; ce

(i) Frère Martin de Valence s'exprime ainsi au sujet de ce religieux dans une lettre adressée au rérërend père Mathias Weynssen, général de son ordre, en date de i53i : « Au nombre des frères érudits dans la langue des Indiens , est

qui surtout s'y oppose beaucoup, c'est que j'ai presque entièrement oublié ma langue maternelle, de sorte que je crains que cette lettre ne réponde pas tout à &it à mon intention ; et si je vous écrivais dans la langue des Indiens, vous ne me comprendi'iez pas. Comme je n'ai jamais bien su F^espagnol^. je ne m'exprime que difficilement dans cette langue. Vous saurez d'abord que ce paySi^suivantmoi, est lé plus beau du monde; il n'est ni trop froid ni trop chaud : on y sème et on y récolte dans toutes les saisons ^ le sol est bien arrosé, et pendant six mois de l'année, c'est-à-dire depuis le commencement d'octobre jusqu'au mois de mai , il ne pleut pas, ce qui a lieu constamment, ainsi que vous le verrez dans plusieurs

un laïque nommé Pierre de Gand , il t'exprime dans cette langue aTec beaucoup d'éltNpeftce ,. et inttniife avec» !«■ j^oi grand soin plus de six cents enfants. C'est lui qui a la direction des chœurs dans les jours de fête. Il marie avec les plus grandes.' solennkés- aux Indiens qui (leur soiifc'deslinëtf pour époux: les jeutMSpfilléi cfaEétièiinciiibieDl instrnîtesi' L'tmpérar trice noUe souvemine , a envoyé d<£spague iîx rc8peetal»les et savantes religieases'ponn éieTecces jeunes fiâevi »

bu MEXIQUE. ig5

éérits. Les naturels de ce pays sont très-bien faits et propres à toutes espèces de travaux ; ils sont bien disposés à aocepter notre religion; mais ce qui est mal , c'est que leur caractèi^e est servile ; ils ne font rien s'ils n'y sont forcés; on ne peut rien obtenir d'eux par la douceur ou la persuasion. Cela ne vient pas de leur naturel , c'est le résultat de l'habitude. On les a accoutumés à ne rien faire jJbur l'almour du bien, mais cteulement par crainte des châtiments. Tous leurs sacrifices» qui consistaient à tuer' leurs propres enfants ou à les mutiler» étaient le résultat de la terreur et non pas de l'amour que leurs dieux leur inspiraient* Les dértionsy qui dalis ce pays passaient pour des dieux, étaient si nombreux» qu'ils en ignoraient même le nombre. Us pensaient que chaque objet avait un dieu; que l'un était préposé à la protection de tel objet ; un autre k tel autre : celui-ci s'appelle le dieu du feu; celui-là ie dieu de Tair; un autre ,1e dieu de la terre ; un autre de la couleuvre , l'épouse de

igfi COITQUÉTE

la couleuvre, les sept couleuvres , les cincj lapins, et ainsi de beaucoup d'autres, chacun seloâ son emploi. En général ces dieux ont des noms de couleuvres ou de serpents. II y a aussi lès dieux des hommes, des femmes, des enfants, et de tout le monde. On sacrifiait aux uns des cœurs d'hommes» aux ^autres du sang humain, des enfants, des cailles, des moineaux, de >*encens , du papier , des boissons ( cerei^isiam), et beaucoup d'autres objets matériels, d'après lesdifiTérents rites ourèglessuiviesdans les sacrifices qu'exigeaient ces démons , et sui-^ vaut la classe des dieux. Il y eu avait de noirs ; de fauves, et d'autres peints de diflërenteS couleurs. S'ils ne sacrifiaient point aux dieux ce que ceux-ci demandaient à leurs adorateurs; ces dieux les dévoraient corps et âme tout ensemble. Ils n'adoraient pasces dieux qui étaient de vrais démons par l'afiection qu'ils leur portaient, mais seulement parce qu'ils en avaient peur; c'est pourquoi ils rivalisaient entré; eux à qui ferait les plus grands sacrifices et les

plus riches présents afin d'éviter la mort.

Ces dieux avaient un très-^and nombre de prétces qui ne vivaient que de la chair des enfaats et qui buvaient leur sang ; ils passaient pour des saints. Un certain nombre de prêtres n'avaient point de femmes, sed eorum loco pueras quitus abutebantur. Ce péché était si commun dansce pays, que, jeunes ou vieux, tous en étaient infectés; ils y étaient si adonnés, que même des enfants de six ans s'y livraient. Mais Dieu soit loué, un grand nombre ont tout à fait changés ( aUam i^iam mulii nunc cœperunt in-gredi), en se convertissant à la foi. Us demandent le baptême avec ardeur, et ils confessent leurs pécKés. Moi , ei le religieux qui m'accompagne^ nous avons baptisé, dans la province du Mexique , plus de deux cent mille âmes , et même une telle multitude , que je n'ai pas pu les compter. Souvent., dans un jour , nous en avons baptisé huit mille, quelquefois dix mille, même quatorze mille. Aujourd'hui toutes les provinces, les villages et les paroisses, ont leurs

églises ou leurs petites chapelles, avec des tableaux, des croix, des bannières, tout cela par amour de Dieu et par dévotion. Les églises sont très^randes, quelques-unes ont deux cents pieds de long, d'autres en ont ti^ois cents. On observait dans ce pays la coutumede Salomon : et les chefs surtout épousaient plusieurs femmes ; ils en avaient dix , cent , quatre cents , et même cinq cents; c'est ainsi que ces mal* heureux vivaient dans Tireur. Priez donc, 'mes très^chers firéres , pour le misérable état de ces Indiens.

Maintenant parlons un peu de nous-mêmes et de notre position , puisqu'aprè^ bien des maux et les afireux dangers auxquels nous avons été exposés sur terre et sur mer, nous sommes enfin arrivés dans ce port. Bien souvent j'ai été tenté de revenir en Flandre , mais le Seigneur lui-*même m'a dirigé , et a écarté les dangers de ma personne. Qu'il soit béni dans les siècles des siècles. Amen.

Je désire donc que vous sachiez , mes très-

DU KBXIQTJE. I99

ebero frères , que je suis parti de la ville de Gattd en Flanchie avec deux religieux du uéme ordre ^ue moi : Vxm 4taAt frère gardien à Gaiid, U s^ajppelait frère Jean du Toit, l'autre ^éiie Jean de Awa; «t mm frère Pierre de ftfan*a^ natif de k viile dTguen, dans la pro^ vinoe de fiudi»rde(i0fi^ii/Yfo), j'étais le troisiêrae* L'an iSaa dé Notre Seigneur , au mois d^aKrîl ^pendant foctaye de Pâques , nous par- 4Amea M>ua ks trois deGand pour nous rendre . en Espagne^ canons sommes arrivés le an juin. lîoits nous y sommes embarqués pour la seconde fois le 1^ de mai iSaS, et nous arrivâmes dans ce pays au port de Villenque (i) 1^ 3o (ât^Kiété fïous nous rendîmes ensuite à Mescieo V je veux dire dans Fendroit où était alors Mexico, qui est aujourd'hui au pouvoir des chrétiens. De là je me suis rendu dans une «Utre province nonmpiée Techcucu ( Tezcoco) , où je restai trois ans et demi. Mes camarades

<i) Sou doate FUia-Rica , premier nom de la Vera-Gniz.

âOO CONQUETE

partirent avec le gouverneur pour un autre pays, et après y avoir souffert de grands maux ils y sont morts pour l'amour de Dieu.

Je suis donc le seul qui isois resté -, et qui ha^ bite ce pays avec quelques religieux d'Espagne. Nous nous sommes partagés en neuf couvents établis dans les maisons des naturels, et éloignés les uns des autres de sept, de dix milles et même de cinquante milles. Nous tra^ vaillons à convertir les Indiens à la foi, chacun suivant ses forces et son esprit.

Je suis chargé d'enseigner et de prêcher le jour et la nuit. Le jour je montre à lire , à écrire et à chanter , le soir je fais le catéchisme et je prêche. Gomme ce pays est très-§rand , que la population y est considérable , et qu'il y a peu de missionnaires pour instruire tant de monde, nous réunissons dans nos maisons les fils des chefs et des principaux personnages du pays pour les instruire dans la foi, et ils instruisent ensuite leurs parents. Ces jeunes epfants ont appris à lire , à écrire , à chanter,

DU, MEXIQUE. aOI

à 'faire des exhortations, et à célébrer Kof&ee suivant les règles de 1 église. Cinq cents enfants et plus sont confiés à mes soins dans cette ville de Mexico, qui est lacapitale du pays; cinquante jeunes gens environ sont doués 4e •très-bonnes dispositions. Chaque semaine je leur enseigne en particulier ce qu'ils doivent dire ou prêcher le dimanche suivant, ce qui -me donne beaucoup de peine. Je passe les jours et les nuits k. composer , ou à faire concorder leurs sermons. Tous les dimanches ces jeunes gens sortent de la ville et vont précher dans. tout le pays, à quatre, huit,^dix, vingt et même trente milles pour propager la foi catholique, et préparer le peuple, par leurs instructions, à recevoir le baptême. Nous voyageons aussi avec eux pour renverser les idoles. Tandis que nous détruisons les temples dans un pays , ils les détruisent dans un autre, et nous élevons des églises au vrai; Dieu. C'est «dans ces occupations que nous employons snotre temps; nous passons le jour et la nuit

2021 couquéte

à attirer ee$ infidèles à la religioa de Jësua- Christ. Grftce k la bonté de Dieu y et par son aide, j'ai construit plus de cent églises ou eha^ pelles à l*honneur et à la gloire du Seigi^ur dans cette ville de Mexico que j'habite, et qui ressemble à Rome. Plusieurs de ces édifices^ sont magnifiques et trés-dignes de servir au culte de Dieu; il y en a de deux, cents et même de trois cents pieds de longueur. Oul" que fois que Je vais dans les provinces pour prêcher, toutmon temps est employée détruire les idoles et à construire des temples au vrai Dieu , c'est pourquoi je vpus prie , mes très» chers frères , de vouloir bien prier le Seigoeur pour moi , afin que par la force de vos prières il daigne m'éclairer et ni'apprendre ce que je dois faire , comment je dois le faire , et qu'il m'accorde de persévérer jusqu'à la fin dans son très-saint service.

Je désirerais vivement que quelqu'un de vous, pour l'amour de Dieu, voulût prendre la peine de traduire cette lettre en flamand ou

DU MEXIQUE. rSOS

en allemand, et la fit parvenir à mes parents, pour que du moins ils apprennent quelque* bonne nouvelle de moi , comme par exemple que je suis encore en vie , et que je me porte bien , ce dont je rends grâce à Dieu.

Je ne vous écris rien de plus pour le moment : j'aurais cependant bien des choses à vous dire sur ce pays ; mais j'ai presque entièrement oublié ma langue maternelle. Je n'ajouterai que ce peu de mots : j'ai grand besoin d'un certain livre que l'on appelle la Bible; si vous avez le soin de m'en faire parvenir un , vous me ferez une grande charité.

Cajreix quichi mamotu neoa ytote ohjrtotia tucauhj Jesu Chris to. Ce qui veut dire : En vérité, je vous le dis. Béni soit le Seigneur notre Dieu, béni soit son fils Jésus-Christ.

Au couvent de Saint-François Mexico , le

27 juin iSag (1).

(i) Cette lettre est imprimée à la fin de la Chronica cornpendiosissima ah exordio mundi , eic, per penerandum pairem F, jimandum Zierixeensem , ordines fratrum minontm , etc, jintutrpiœ apud Simoncm Cocum i533 , in 8".

LETTRE

DU RIVBHIRD Pim

FRANGESGO DE BOLOGNE,

ttClITS DB LA YILLKDE MEXICO DAMS LIlfDB OU Là IfODTELLE-ESPÀGNE ,

AD BitiftMB riftB

PftOTllfCIAL Dl BOLOQRI ,

Et à toof U» réffirtnàÊ pèr«t de oetle provinoe , Tnàdie en langne Tolfaire par an frire dfidit ordre de rObterrancè.

Dans laquelle on fait connaître la multitude des personnes qui ont été couTertiès à la foi , lé ritehe présent enVoyé à notre pape , Paul III , la nature du climat du Nonrean- Monde ; la grandeur du pays ; Tor , Vargent ; les pierres précieuses ; la bonté des eaux ; lés usages; le yin ; les montagnes ; les IxHs ; les animaux ; la grande abondance de fro < ment et d'autres grains ; la constitution des hommes et dei femmes ; les armées ; la religion ; la mine de leurs idoles et ^e leurs anciennes pratiques , et beaucoup d^autres choses fort agréables à connaître.

Mes THis-CHBRS FRÈRES EN JéSUS-ChRIST ^

Comme je lie doute pas, et qu'au contrairie je suis certain , mes trés-chers et révérends

:k06 CONQUÊTE

pères en Jésu&Clhrist, que veus auriez appris avec la plus grande joie ce que je vous ai déjà écrit par d^autres lettres qui sans doute ne vous sont pas parvenues, aujourd'hui que je suis persuadé rfavoir deà messagers trèsfidèles , je vous apprendrai l'heureuse situation dans laquelle je me trouve, moi et le frère Michel, qui saluent mille fois vos révérences. Nous éprouvons les plus grandes consolations de voir un si grand nombre de créatures, dévouées au démon, délivrées aujourd'hui par les prédication» des serviteurs 'de Dieu , c'est-à-dire de nous, frères mineurs

que Dieu a envoyés dans ce pays. Oh! oui, vos révérences peuvent en être assurées : je vous écris avec d'abondantes larmes , en pensant que notre très-doux Selgnetfa* Jésus- Christ s'est manifesté à tout le monde par le moyen de ses apôtres; et qu'aujourd'hui il veut renouveler par l'entremise des enfants de son capitaine et servitemr, notrepère Saint- François sa très-slainte foi , qui était presque

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éteÎDte. Mais avant de continuer j'entre^ tiendrai vos révérences de plusieurs autres at]^jets, afin qu'elles exhortent ses enfants, nos frères^ à venir nous aider à délivrer tant de. milliers d'àmes des mains infernales , les rendre à leur créateur et rédempteur Jésus - Christ. Je parlerai d'abord du climat

Le climat est ici très* tempéré > ni froid ni trés-chaud; il pleut très-*rarementrhiver, mais souvent Tété, et presque toujours après midi. Une tombe jamais de neige, si ce n'est sur quatre montagnes très-élevéeS| où elle reste toute l'année. Nous sommes fermement persuadés q|ue notre monde est bien plus grand que le vôtre, car il est composé d'un grand nombre de provinces, et celle que nous avons convertie à la foi de Jésus^Christ est plus grande que toute lltalie , la France et l'Espagne. Nous avons ici beaucoup de mines d'or, d'argent y d'autres métaux et de pierres précieuses. Les eaux y sont excellentes, et presque tout le monde en boit On fait le

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vin avec des feuilles d'arbres. Un verre dé vin comme le vôtre coûte un écu d'or , parce qu'il vient d'Espagne. On a planté des vignes comme celles d'Italie, elles donnent d'ex-

cellent vin. Presque tout ce pays , soit plaine, soit montagne^ est habité, excepté les quatre dont j'ai parlé. Les bois sont composés dé lauriers, de cèdres, de cyprès, de pins, de chênes. Les cèdres et les cyprès sont si élevés , que Fon peut à peine en apercevoir le Commet.

Les seuls animaux qu'avaient les Indiens étaient des cerfs, des ours, des lions, des tigres, des paons, des lièvres, des lapins, des loups, des renards, et d'autres très-beaux animaux , mais presque tous sauvages. On trouve dans les eaux beaucoup de serpents que l'on appelle crocodiles. Depuis que nous sommes arrivés, on à amené des chevaux, des ânes, des bœufs, des brebis, des cochons, des chiens, des poules, des oies, et d'autres animaux qui se sont si multipliés, qu'ils ont presque couvert la terre.

DU MIXIQUB. 109

Leurs chairs sont plus savoureuses que celles des animaux d'Europe, à tel point que la viande de porc, que chez vous on défend presque aux gens qui se portent bien, n'est point défendue aux malades à Tarticle de la mort. On vend un cochon un denier, ce qui n'équivaut pas à trois bologojlni (i) de votre monnaie, vous pourriez pour ce prix avoir un gros mouton ou vingt poules. Je n'ai jamais vu de plus beaux chevaux que dans ce pays. Us ont en abon* dance du froment du pays, qui n'est pas moins bon que le vôtre, mais qui n'y ressemble pas; il est plus brun; on en apporté d'Espagne semblable à celui d'Europe, ainsi que des légumes. Ces produits se sont si multipliés, qu'une mesure qui équivaudrait à une corba (corbeille) des vôtres, en donne communément cent trente, et quelquefois même cent cinquante. On fait avec ce grain et le vôtre du

(i) Le bolognino est compoié de six quatrini , la grandeur de cette monnoie répondait à peu préf a celle de nos anciennes pièces de denx sons.

pain très-blanc. Il est inutile de quêter pour avoir du paip ou autre chose, car on nous apporte tant de vivres au couvent» que souvent nous sommes obligés d'en renvoyer malgré les fidèles, et ils les remportent en pleurant

De la constitution des hommes. ^^ '

Ils sont aussi grands et aussi beaux que les Européens , mais plus forts. Les femmes, sur*^ tout celles qui sont nobles et de qualité , sur^ passent en pudeur et en bonté toutes les fem« «.es du monde.

Du costume.

Dans Torigine, les hommes s'habillaient comme les Bohémiens. Lés femmes ne se couvraient que de la ceinture en bas ; mais toutes aujourd'hui ont des vêtements très-honnêtes.

Les hommes se contentaient d'une femme légitime, excepté les grands seigneurs, qui avaient

DU MEXIQUE. âli

l>eàiic(Hip de concubines; certains en]]posaedaieiit plus de huit cents; mais aujourd'hui toils vivent en bons chrétiens et se contentent d'une seulç épouse légitime. Ils n'étaient pas trè&-cruels dansles punitions qu'ils infligeaient au coupable \ excepté toutefois à l'égard des adultères. Voici comment ils les punissaient :

La femme adultère était empalée; on liait les pieds et les mains à son complice, et on l'étendait sur une grosse pierre. L'époux arri^ Vftit ensuite » et il écrasait la té'te au coupable avec une grosse pierre.

Bs n'aviûent point de lettres, et ils né sa^ vaient paâ peindre, mais ila avaient une grande mémoire, et ils faisaient dé beaux dessins avec des plumes de divers oiseaux, et avec des pierres. Aujourd'hui ils peignent mieux que nous, et avec' leurs plumes ils font des figures de saints. J'en ai vu deux que les religieux qui sont passés ici portent à Rome à notre très-^tnt père Paul III. Elles sont plus belles que si elles étaient en or ou en argent. Ces In-

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diens envoient aussi troi» caisses de pierres précieuses avec plusieurs figures faites avec ces pierres, ainsi que deux très^beaux coussins (spalere) destinés pour sa sainteté.

Des édIÊcél».

Leurs maisons sont basses, mais bieti construites; ils ont des villes plus grandes que celles d'Europe; d'autres sont de la grandeur des nôtres. Il y en a qiii comptent cent quati:e^ vingt mille feux; ordinairement leurs villes n'étaient pas fermées^ mais les Espagnols leur ont appris à les entourer de murailles. Ils ne combattaient jamais qu'avec des arcs et des flèches. Leurs épées étaient en pierre.

Ils adoraient un grand nombre d'idoles^ entre autres quatre principaux. Nos frères emportent la plu^énérée pour la reïnettre à votre révérence. Us vous expliqueront euxmêmes le culte dont il était l'objet, afin que vous en soyez mieux instruits. >

DU MExiQUfi. ai 3

Aîàsi que je Vsà déjà dit à vos révérences, les chefs de ce pays avaient une épouse légitime et beaucoup de concubines. Lorsque Tun d'eux était préf de mourir, il instituait sa femme héritière, et il laissait de quoi vivre aux concubines* Il choisissait parmi ces dernières les deux qu'il aimait davantage, et leur disaient cp'il voulait qu'elles l'accompagnassent pour jouir avec lui d'une vie bien préférable à celle-ci^, car ils croyaient qu'après la mort ils passaient dans un autre monde semblable à un paradis; puis il prenait un jeune enfont de ses concubines et lui disait la même chose. Ces femmes et cet enfant en étaient très-joyeux, pensant que ce chef les préférait à tojus les autres , et promettaient de le suivre. Aussitôt qu'il étaiï mort on l'embaumait; on construisait une chapelle souterraine ; on Tasseyait sur une chaise, paré de ses habillements, de pierres précieuses et de ses armes. On plaçait une concubine à sa droite, l'autre à sa gauehe, et l'enfant sous ses pieds ; on leur m^tr

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tait avec eux d'excellents aliments^ puis ai> fermait la sépulture, et bientôt ces femmes ei cet enfant mouraient.

On pratiqua les mêmes cërëmonies à Fëgard de l'idole que Ton transporte en Europe , et qui avait été un grand prince. Quarante ans et plus , après sa mort , on voulut voir ce qu'il était devenu ; on fouilla son tombeau , et Fon^ ne trouva plus que les os. On fit faire cette statue à son image , et Ton cotaimença à Tadorer comme Dieu , et à élever beaucoup de temples k son honneur. Celui dans lequel était sa sta-^ tue est plus grand que votre église de Saint-' Pétrone. Ils avaient eu presque autant de res-^ pect pour lui que vous pouvez eo avoir pour le saint-sacrement ; on lui sacrifiait beaucoup d^ommes de la manière suivante : Les prétres' avaient un couteau de pierre, comme dans, les anciens temps, le couteau de la circoncision. Us conduisaient les hommes sur un endroit élevé, les étendaient sur une large pierre ; les prêtres arrivaient avec ce couteau , leur fen-

DU MBXIQUE. ai 3

dftient la poitrine et eo reiimeiit le cœur; iU frottaient avec le sang l'autel de Tidole , coupaient les pieds et les jbras des victimes» les envoyaient aux principaux chefs qui les mangeaient avec beaucoup de respect et de joie, disant que c'étaient des reliques de saints.

Cest ainsi qu'on . a sacrifié à cette idole des milliers et des millions de créatures raisonnables.

Dans les premiers temps que nous étions iei, ces préjres, voyant que nous autres reli* gieux nous étions venus prêcher l'Evangile de nobre- trés<ioux seigneur et maître , Jésus- Christ, tinrent conseil et se dirent : Si ces refigieux f nouvellement arrivés pour préeher et lotaroduire une loi nouvellç , veulent nous ùàre changer de croyance , ils feront détruire nos idoles par leurs prédications ^ comme ils Font fiiit autre part et dans les villes voisines. Faisons à notre Dieu une chapelle ou oratoire souterrain , bien caché , nous planterons une croix au-dessus , nous feindrons de l'adorer ,

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et nous adorerons notre Dieu ; ce qu'ih firent* Jusqu'à présent ils l'avaient tenu secret , mais nos religieux étant venus à passer dans l'en-* droit , ces prêtres repentants ont avoué leur malice et leur ignorance , et ils ont livré cette idole, qui se nomme , dans leur langue, Tesca* tipocli , ce qui veut dire miroir de, fumée.

C'est ainsi que les religieux ont pu le porter à vos révérences.

Voici comment nous nous y sommes pris pour instruire les Indiens dans la foi : Nous avons des écoles de garçons, qui presque tous sont des fils de grands seigneurs qui nous les envoient pour fcs instruire , ceux-ci instruisent ensuite leurs pères et les autres Indiens. Dans bien des endroits nous en avons mille , et dans d'autres deux mille , c'est ainsi que nous leur enseignons à lire , à éc3*ire , à chanter, et à jouer des instruments. Nous les faisons étudier, car ils ont beaucoup de mémoire et de facilité ; toute3 les nuits ils se lèvent avec les religieux pour chanter matines , et le jour

DU NEXIQm» ^'7

ils cëlèbrent tous le» offices avec nous. Bien que nous soyons fort peu de religieux , car il y en a ici tout au plus deux cente, et nous ne sommes guère réunis que trois ou quatre dans chaque endroit , nous chantons la messe ainsi tous les jours. Le prêtre entonne la messe , puis ces jeunes gens chantent le reste en musique, et s'accompagnent avec des orgues, des harpes , des flûtes et d'autres instruments ; de telle façon , mon révérend père, que je crois qu'aucun chrétien n'a jamais entendu une.»

belle harmonie : en entendant ces instruments nous croyons être en paradis à écouter les anges. Tous les jours , quand on célèbre l'office divin , il y a constamment plus de quatrevingt mille personnes , hommes ou femmes, qui y assistent; les hommes sont séparés des femmes. S'ils entendent nommer le doux nom de Jésus ils sç mettent à genoux , et lorsque l'on dit Gloria patri, ils se prosternent jusqu'à terre , et se donnent la discipline comme les religieux. Lorsque nous les voyons s'humilier

^l8 CONQW*»

ainsi , nous ne pouvons nous ! empêcher depleurer de joie ^ et de rendre des grâces infi-» nies au Seigneur miséricordieux, et à nôtre rédempteur Jésus-Christ, qui a daigné relever sa sainte fbi par lé moyen de tant d'âmes perdues, et nous désirons sans cesse que vous soyez témoin de cette dévotion.

Quant à l'instruction des filles» nous avons fait venir d'Espagne un grand nombre de religieuses presque toutes de notre tiers ordre; eHes tiennent des écoles de filles semblables aux nôtres^ et récitent l'ofiBce de la glorieuse Vie«ge Marie , comme font les religieux. Elles enseignent aux Indiennes à filer, à coudre, à tisser, et beaucoup d'autres ouvrages qui conviennent aux femmes. Ce sont presque toutes des filles de grands seigneurs. lïy a parmi elles les deux filles du premier chef de cette piro-yince; elles disent qu'elles veulent conserver une chasteté perpétuelle et sans tache. Lorsque quelques-unes veulent se marier, on leur fait épouser les jeunes gens que nous avons in^-

eu MEXIQUE. dl^,

9truits dans ' la sainte foi , et de cette ma^ niére ils deviennent de vrais chrétiens^

Da bapUme.

Ces gens onl; tant dç confiance en nous »

^u'ii n'y al plua btsoiu de miraçlea. .Quelque^ fois les chefs se présentent h là. tête de treote on de quarante mHle hommei» pour se iaire ])âpti8er^ lia nou3 apportent leurs idoles ; ils pleurant sur leurs péchés avec tant d'amer*

tume, quHls attendriraient les pierres* Trèssouvent ils nous forâent d^aller dans leurs villes, et leur dévotion est si grande que BOUS sommes obligés dt laissa les pluf proches pour aller chez les plus éloignési afin de les satisfaire. Avant de veOir nous cher* ehari ils construisent des couvebts 4ans feurs villes, pour que nous puissions y être plus à notre aise; et lorsque nous ne pouvons pas nous y rendre, ils nous demandent un de

nos frocs comme un témoignage que nous irons leur prêcher FÉvangile quand nous serons un plus grand nombre de religieux.

Aussitôt qu'ils sont arrivés chez eux, ilsremplissent cet habit de paille ou d'étoupes , et ils le placent sur l'autel dans leur église , comme preuve qu'un jour nous viendrons les convertir. Us viennent de cent lieues, c'est-à-dire de trois cents milles pour nous voir prêcher. Souvent quatre-vingts et même cent mille personnes, assistent à nos sermons, quoiqu'il y en ait beaucoup qui lie peuvent pas entendre nos discours; et tous, soit homme soit femme de distinction, riches ou pauvres, portent au cou une croix t et nous confessent leârs péchés avec d'aboùdantes larmes ; ils ont confiaiice en nous comme dans les saints , et ne' veulent pas d'autres religieux. Les chefs de ce pays écrivent au saint-père par l'entremise des religieux , de ne pas leur envoyer des prêtres séculiers , ni de moines s'ils ne sont pas de

tKôtve ordre. Ils voudraient surtout des Italiens f p^rce qu'ils nous préfèrent aux autres.

Cest pourquoi, mes très-chers pères et mes très-chères mères , je prie vos révérences de venir en aide à ces âmes , dopt un grand nombre qui seront damnées, auraient été sauvés si vous les aviez aidées. Nous prions vos révérences de faire nos excuses à nos parents de ce que nous ne leur écrivons pas ; car nous avons presque tout à fait oublié notre langue maternelle. Nous vous prioqs aussi de mon* trer cette lettre à tous les frères de votre province y afin qu'ils soient encouragés à venir nous trouver. Je me recommande toujours k leurs ardentes prière». De Mexico dans la Nouvelle-Espagne.

De votre révérence, le fils en Jésus «Christ, frère Francesco de Bologne.

Venise , de rimprimerie de Panlo Danza.

. i)E L'ORDRE i)E SUCCESSION

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