‹ Recueil de pièces relatives à la conquête du MexiqueChapitre 17 sur 27 · SUR LES SEPT VILLES ET LES ILES DU COUCHANT · texte numérisé non relu

SUR LES SEPT VILLES ET LES ILES DU COUCHANT

DB ISdO A 1543.

JV AV nm AOUtLAB, ,

)Poar être transmis k sa mijesté et à mettiears du conseiL

Jf*Ai appris par des lettres que j*ai reçues d'Espagne , que dés Portugais avaient dit que les bâtiments que j'ai envoyé découvrir les lies du couchant , ont abordé à une île , et

(i) Don Antonio de Mendoza , comte de Tendilla , frère du marquis de Mondejar» et viçe-roi de la Noi|yeUe-*£8pagne , qn il gouTema dix-sept ans, pendant lesquelles il fit la conquête de la province de Xalisco et de là NouTelle-Galice, fut promu en i549 ^ ^^ royauté duVérou »où il mourut en iSSs.

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que les Espagnols qui les montaient^ se trou-' valent sur une des îles sur lesquelles les Portugais prëtendeilt avoir des droits, eh vertu des traités avec sa majestés Or , comme il pourrait se faire que l'empereur crût à ce rapport, je désire l'informer de ce qui se passe à cet égard. L'empereur, notre maître , a ordonné de traiter avec l'adelantade don Pedro Alvarado ,. pour découvrir avec deux gaillons et un petit navire les iles du cour chant, et pour explorer avec deux navires dans sa partie nordlacdte de la Nouvelle-Espagne , que j'appellerai de la mer du Sud.

Par la convention que je viens de citer, sa majesté m'a accordé Ta grâce de prendre part à cette expéditioil pour une moitié. Pëiidant que l'adelantade d' Alvarado revenait d'Espagne avec ladite convention , j'avais envoyé du côté de la Nouvelle-Galice, pour découvrir l'intérieur du pays, un religieux de l'ordre de Saint-François, des Indiens et un nègre qui taient arrivés de la Floride avec Gabeça de

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Vaca et ses compagnons. Ces gens étant retournés, m'apportèrent des nouvelles des sept villes dont j'avais entendu parler. Aussitôt que j'eus reçu cette relation y je donnai commission au nom de sa majesté à Francisco Vasquez Coronado, que je mis à la tète d'ex^; cellentes troupes bien équipées, attendu Timr portance de la découverte. L'adelantade AI7 varado arma douze navires le mieux qu'il put y il embarqua quatre cents hommes, soixante chevaux , disant qu'en vertu de son contrat , il lui appartenait de faire cette conquête. Il arriva à un port de la Nouvelle-Espagne où nous nous entendîmes. Nous stipulâmes une convention par laquelle il me donna la moitié de tous ses navires. Pendant que l'adelantade expédiait la flotte pour le^ îles , les Indieûs de la Nouvelle-Galice s'insurgèrent. Alvarado se trouvait dans ces parages; le lieutenant du gouverneur lui demanda un secours. Celui-ci voulut lelui conduire en personne ; mais il mourut en route

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comme vous l'avez sans doute appris. Peu de jours après sa femme expira aussi malheureusement que lui : il l'avait instituée héritière. Personne ne voulut accepter la succession à cause des dettes, et jusqu'à présent on ne lui a pas trouvé d'héritiers. Gomme ses navires me restaient , ainsi que la part que sa majesté m'avait accordée par le contrat ; je me déterminai à continuer l'entreprise. Dans cette intention j'ai envoyé trois fois des navires pour découvrir cette côte : ils l'ont exploré jusqu'à quarante degrés de latitude. Ces voyages m'ont occasionné de ^andes dépenses, D'après la convention passée avec sa majesté , je n'étais obligé qu'à envoyer trois bâtiments aux lies du couchant ; ayant su Timportance que leur accordaient les auteurs anciens et modernes, j'en expédiai six bien équipés et bien pourvus d'armes , d'artillerie , de munitions et de tout ce qui était nécessaire pour un semblable voyage. JPenvoyai quatre cents hommes d'élite sous les ordres du capitaine Rui*

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liDpei} de Viîlalobos ; je liiî donnai Tordre de bâtir utie boûfte fbrteresse dans l'endroit qui Inl paraîtrait le plus avantageux au service de sa majesté. Je ttie procurai pour cela les ouvriers et les outils nécessaires , et lui donnai des instructions à ce sujet. Dans la crainte que sa majesté ne croie que ces gens niaient pénétré sur des terres qtii appartiennent au roi de Portugal , je certifie que je leur ai recommandé dans mes instructions de respecter les conventions de sa majesté à ce sujet , et je pourrai le prouver s'il est nécessaire par acte Aot^rié. Otitre les ordres par écrit , j'ai dit de vive voix au capitaine qu'il ne fallait en au^ çnne fheon que ni lui ni ses gens allassent où étaient les Portugais; qu'il ne fallait nu}lesient s'occuper d'eux , parce que j'ignorais Si rempereot* notre maître en serait satisfoit, et qu'ils devaient éviter de s'exposer à ce que les Portugais prissent les armes contre eux , et abîmassent nos* navires; car, sans cesbà* timents, ou s'ils étaient en mauvais état^ on

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ne pourrait pas envoyer à la; Npiiytlle-Esn pagne des avis sur la réussite du voyage. Beaucoup d'autres raisons doivent empêcher^ de croire que les gens de cette expédition se. tro.i;ivent dans lee^ limites des possessions por-, tiigaises. Ce gouvernement veut s'ecoparer de tout sous quelque prétexte que ce soit, et priver sa majesté de ce qu'elle possède dansce pays, parce qu'il a appris les richesses considérables et l'importance de cçtte île et de, cette contrée. Il ne serait dope pas juste que/ sans nous entendre, sa majesté abandonnât, la possession de domaines aussi importants sur le seul dire de ses ennemis , et que moi je ftisse dépossédé de ma propriété sans être entendu, et sans que l'on s'informât aif est> cette partie habitée qui , je le sais positivement, est fort éloignée de l'endroit en question. Si sa majesté et les auditeurs du conseil royal des Indes m'avaient soutenu, ces quatre cents hommes seraient aujourd'hui réuni&> aux autres qui se trouvent dans cette con-

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f^ée. Le jour où ils mirent à la, mer , desU à-dire au commencement 4e 1543» j^vais sur les chantiers les deux meilleurs gaillons que l'on n'eût jamais tus dans cesn^ers. Ils avaient, été construits exprès, et se trouvaient presque finis à l'arrivée de l'inspecteur (mitador).

léi première chose qu'il publia dans le port fut qu'il était revêtu de toi^t le gouvernement du pays. Comme on lui demandait ce qu'était le vice-roi , il répondit : Je H enverrai en Espagne à bord d*un navire quand il me fera plaisir. Aussitôt arrivé dans cette ville, sans avoir le moindre égard pour ma personne ,^ il fit publier son arrivée comme inspecteur dans tous les villages du pays, et il le fit, non-seulement une, mais deux fois, et comme si j'étais le plus petit corrégidor ou alc^lde de la contrée. Ces faits et la publication des nouvelles lois , dont une défend aux vice-rois de s'occuper de découvertes , m'ont fait perdre presque toute mon autorité , ainsi que la réputation que j'avais dans le public, et il m'a

été impossible de conduire l'entreprise en avant. Outre que ee retard me foisàit perdre les objets dont j'ai parié, Je craignis surtout que Ton ne fournit des témoiûd qui déposassent que les troupes et la flotte que j'avais formés avaient été levées et armées pour toute autre those que pour le service de sa majesté. J'ai dépensé toute ma fortune ; j'ai contracté des emprunts pour des sommes con-^ sidérables, espérant rendre à sa majesté le plus grand service qui lui eût jamais été rendu dans ce pays , et j'en avais l'assurance , domme on peut le voir par les nouvelles qui viennent de parvenir. Sa majesté se trouve en position de pouvoir reculer les bornes de ses états de mille cinq cents lieues; elle peut espérer que l'on découvrira des pays et des- îles très-riches , acquérir de grands trésors et des revenus considérables pour sa couronne royale. Outre la réputation éternelle qu'elfe se méritera, si sous son régne bienheureux an achève de découvrir le reste du monde et de le sou-

DU MEkIQlJC. 367

mettre à sa puissaticeà Et moi 9 comme son sujet et son serviteur, j'avoue que je voudrais qu'il né laissât à son fils que la gloire d'en jouir pendant de longues années , et que les nôtres pussent le servir en cela. Je ne comprends pas comment de vils hypocrites , sous le pré^ texte de la religion ^ peuvent asse2 aveugler sa majesté pour lui faire croire que ceux qui ja« mais ne se sont OfCcupés d'afiaires les connai»t sent, et que nouSi ses fidèles sujets, qui le servons dans ces contrées , nous soyons assez

privea d âme et de conscience pour préférer

a nos intérêts an service de Dieu el^aux siens

propres > sans qu'il ne se trouve personne que l'on puisse excepter de ce jugement* Plût à Dieu que de même que sa majesté a les yeux tournés sur son empire d'Orient , elle pût avoir aussi un œil derrière la tête pour regarder celui d'Occident , elle n'y verrait pas moins de grandeur, et qui ne serait pas moins digne de sa grande âme et de sa haute pensée. Suppliez sa majesté qu'elle permette que

û6S COVqviTB DU MEXIQUE.

je me rende prés d'elle , ou que j'envoije 4iq de mes fils, puisqu'il y a ici des personnes pour la servir. J'ëclaircirai ra£(aire qui est en question avec les Portugais, et j'aidçrai à trouver cette ligne de démarcation , car bien que Je n'aie que la cape et l'épée, grâce à la seule protection de sa majesté et à la persuasion de lui être utile Je traiterai cette affaire avec eux. Je ferai en sorte que sa majesté ne perde pas le territoire qui lui appartient, tout en laissant aux Portugais ce qui est à

eux., et cela en suivant les ordres que sa. ma-

jesté me tAnsmettra. L'Espagne , tant en général qu'en partioulier , y trouvera de l'aT vantage.

SlHAirCAS.

RELATION

DE CI On , D AFIES l.k TOLOIVTE DE SIED , EST AmiYE

LE SAMEDI lO DU MOIS DE SEPTEMBRE l54l f A DEUX

' VIDEES ktkès US âOUCEER DQ SOLEIL, tàH^

Là TILLE DE SANTIAGO DE GUATIMALA.

- GEttË année les pluies ont ëtë très-àbon^ dantes ; le jeudi et le vendredi il a tombé de Feau; le samedi il n'a pas beaucoup plu, mais le vent a été très-fort. Le même jour, veris deux heures après le coucher du soleil , il est sorti une telle masse d'eau du volcan qui domine la ville, et elle a tombé si subitement, que Ton n'a pas eu le temps de prévenir tes

morts et les malheurs qui ont eu lieu. Les masses de pierres que Teau entraînait avec soi , les bois et les arbres qu'elle renversait étaient tels, que nous qui les vîmes nous eh étions épouvantés. L'eau pénétra dans la maison de l'adelantade , don Pedro d'Alvarado , dontDieu veuifle avoir Fàme : elle emporta tout ensemble les murailles et le toit, plus loin que la portée d'une arbalète. Le commandeur, son chapelain, et celui de doua Béatrix, étaient dans ce moment dans une chambre de derrière , et ils allaient se coucher , car les pierres n'étaient pas encore tombées; ils furent enlevés fen l'air avec furie, jetés par une petite fenêtre qui était restée ouverte à six pk^is du sol ^ et traqâportés demi^morts à une grande distance sur k place. Compse la maison de révéque n'était pas éloignée, Dieu permit qu'on leur portât secours r mais ce fi^ avec bien de la peine»

Il n'y avait aucua homme danscette maison, car la tourmente les avait déjà chasséspresque

DU MEXIQUE. ^'Jl

éans viej il ne s'y trouva que la malheureuse Bëatrix de la Gueva ayec ses suivantes et ses duègnes. Aussitôt qu'on eut entendu le bruit et le tumulte , on vint la prévenir que Teau ar- Tivait dans sa chambre à coucher; elle se leva en chemise, s'enveloppa d'une couverture, appela ses femmes , et leur dît d'entrer dans une petite chapelle qu'elle avait fait construire depuis peu; elles lui obéirent. Cette dame monta sur l'autel, se recommanda avec beaucoup de dévption à Dieu et à sa sainte mère, embrassa une croix , et saisit dans ses bras une jeune fille de l'adélantade. Le torrent et les pierres aasaillirent le derrière de cette chapelle. Du premier coup la muraiJUIe fut renversée ^ toutes furent englouties sous les décom- Ifv^y etrendiren,t l'àmeà leur Créateur, en se recQi^mandaintà sa n^séricorde.Donalieonora d'Al varado , fille de l'adélantade', Juana d'Aï varado > dona Francisca , fille dé Georges d'Alvara^P, une. de ses sœiurs cadettes, dona Franci^sca de Moliu^etdeu^ autres demoiscsUes, sp

ai^S CONQUÊTE

trouvaient par hasard hors de la demeure dé donaBéatrix; on alla les appeler, et pendant qu'elles arrivaient , le torrent les surprit en cihemih , lés emporta avec les murailles du jardin et les orangers ; et comme il était extrêmement fort il les entraîna à plus de quatre portées d'arbalète hors de la ville. Le torrent ayant traversé toute la ville et gagné la campagne , Dieu permit qu'il perdit de sa force. Dôfia Leonora put alors poser le pied sur des iierbes et du bois; un jeune homme qui se trouvait en ce moment dans unecabanedu voi^ sinage aperçut cette demoiselle , et reconnut à ses discours qu'elle était fille de l'adélantade ; il fut assez brave garçon pour la sauver de cette position difficile , malgré le danger qu'il eôu^ rait lui-même; ce qui nous parut une chose surprenante et presque impossible -, tant il était petit. Il la porta sur ses épaules pendant une longue distancejusqu'à une maison où il la déposa. De toutes les autres demoiselles, quatre échappèrent , les unes furent portées dans les

maisons par la force de l'eau > et s'y réfugièrent, et Ton jeta des cordes aux autres. Outre la famille de radélantade» le nombre des Indiens qui périrent fut considérable; onze femmes moururent avec dona Bëatrix; toutes furent enterrées dans une seule fosse, telles qu'on les trouva le matin. Mais la malheureuse dona Béatrix reçut les honneurs dus à son rang , et fut ensevelie auprès du grand autel. Une femme disparut sans qu'on pnt jamais la re*' trouver.

La demeure de l'adélant&de est située au milieu de la place, sur la hauteur, la pi us grande partie de la ville est bâtie au sud de cette maison • Presque toutes les maisons furent renversées de fond en comble, submergées ou remplies de terre et de sable ; quelques*unes furent emportées dans leur entier à de grandes distances; et que personne ne dise que c'est impossible, car c'est la vérité. Plus de six cents Indiens ont péri , un grand nombre de familles sont

restées sans héritiers; père, mère, eniknt, tous 10. i8

2^4 GOfIQVÉTB

sont morts : en fait de personnes connue^',

Ton. a à regretter Anton de Morales , notaire , qui , voyant la force de Féruption , prit sa femme et ses enfants, les jeta par les fenêtres, et se précipita après €ux. Il plut à Dieu que la femme fut sauvée^

Il est arrivé une chose miraculeuse : un enfant de six semaines , un de deux ans , et un autre de cinq , furent emportés fort kwn par Te torrent, et Ton ne sait comment il arriva que le lendemain on les trouva vivants ; le plus grand , qui avait cinq ans , fut retrouvé dans la maison d'un nommé Espinax , sur un balcon où il fut sauvé , il semble qu'il soit arrivé là par miracle. Il y resta jusqu'au lendemain ; un Espagnol qui entra l'aperçut , on le monta dans la maison de Juan de Chaves, au moyen de cordes;, à peine eut-on sauvé cet enfant que la maison où il était ^ s'écroula.

Alonso de Velasco , sa femme, son fils, toute sa famille, moururent sans avoir le temps de

Dt7 liEXlQtiE. !ï'j5

pousser une seule plainte , et Ton n a pas même pu retrouver leurs cadavres.

L'épouse deBozaraez, et toutes les filles qu'il avait eues de femmes espagnoles, moururent^ sa maison s'écroula sans qu'il restât une pierre debout ; cent personnes y périrent ; lui seul se sauva avec un EspagnoL La maison de Bartholomé Sanchez fut emportée , son gendre Pedro d'Oponte, sa femme, Hernand d'Alvarez, le procureur et son épouse Francisco Flores , le manchot, Bartholomé Sanchez lui-^méme, et les personnes qui habitaient dans la maison, périrent toutes , sans qu'on pût les retrouver ni vives ni mortes. Le lendemain , vers midi , en cherchant dans cette maison , on aperçut sous une porte un jeune enfant, presque enfoui sous terre. Blas Hernandez Faveugle, Âtienza et toute sa famille , perdirent la vie sans exception; Robles, le tailleur , sa maitresse , un enfieint et toute sa famille, moururent sans que personne échappât.

La femme de Francisco Lopez le r^idor,

toute sa maison , sept nègres , deux frères dt sa femme, mour:urent; lui seul se sauva avec bien de la peine» Il affirme que pendant qu'il portait une poubre avec sa femme, il vit un nègre très- grand qui vint à lui et lui demanda s'il se nommait Morales : ce nègre le pria de laisser la poutre qu'il portait avec sa femme, arriva près de lui, et, au moyen d'une perche, il enleva la poutre sans effort et la laissa tomber sur la femme > qui en fut tuée» Il prétend qu'il a vu ce nègre s'en aller par les rues comme s'il se promenait, ce qui était im* possible, car il y avait plus de deux toises de boue.

La femme d' Alonso IVfortin Granado, ses pe^ tits-fils^ dont le père se nommait Juan Paez , moururent» Une de ses filles , qui habitait à Colima, expira en tenant ses fils dans ses bras. Le lendemain on lés trouva sans vie , et ils furent tous enterrés dans le œ^e tombeau.

Quarante personnes périrent de la même manière sans qu'aucune survécût.

Aussitôt que don Francisco de la Gueva entendit le tumulte, il pensa que c^étaît une insurrection; il était prêt à se coucher; il s'habilla de nouveau , prit une lance , sortit de sa chambre, et trouva toute la cour couverte des décombres de la maison. La porte de la salle était barrée. Il se souvint de la malheureuse doîia Beatrix, courut à la fenêtre de la rue, et aper-' eut Feau qui arrivait déjà à la fenêtre. Il n'osa sauter, persuadé qu*il perdrait la vie; mais craignant que la maison ne vint à crouler sur lui, il se dirigea vers la cour, sauta, s'enfonça dans la boue jusqu'à la ceinture, et ne put ni avancer ni reculer ; enfin, avec bien de la peine, il parvint près d'une hutte ; il voulut s avancer davantage parce qu'il lui semblait apercevoit un autre t>bjet. Quand il fut arrivé, il vit un cheval noyé; il monta dessus et aperçut des pieux fixés dans une muraille qui était encore sur pied ; il s'y main tint avec bien de la peine jusqu'au lendemain matin, se croyant perdu sans ressources ; alors il aperçut tous

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les gens de sa maison, les chevaiix, et un Espagnol nommé Cavaiias.

L'inondation arriva si subitement, qu'on ne trouva pas le moment de se porter secours Fun l'autre. A l'instant où elle commençait, Juan Ferez d'Ardon entra chez l'évêque et lui dit de quitter aussitôt la maison, car elle était extrêmement élevée ; il répondit qu'il ne fallait s'occuper que de la malheureuse doSa Beatrix et de sa famille, et il donna des ordres en conséquence à ses domestiques ; il leur dit de se munir de flambeaux et de se rendre chez cette dame. L'évêque et Juan Ferez étaient en pantoufles ; le premier demanda des souliers; on alla les chercher, et il les attendit. Juan Ferez, pensant qu'il devait se hâter pour porter secours à doiia Beç^trix , continua sa rofite, suivi de Rodriguez le forgçron; ils péné^ trèrent dans l'intérieur de la maison avec beaucoup de mal. Au moment où ils dépasr saient l'entrée, les murailles s'écroulèrent ; ils se portèrent plus av^nt et virent les femmesi

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s'enfuir et Tcau les emporter. Croyant que c'était doSa Beatrix, ils en saisirent une et la sauvèrent. Il survint.un autre torrent qui les sépara et les entraîna jusqu'à la rivière ^ où Juan Ferez courut les plus grands dangers.. Il reçut de nombreuses contusions, etil était prôs d'expirer lorsqu'on le trouva le lendemain matin : on le croyait déjà mort.

La ville est si ruinée, elle a tant souffert, les propriétés ont supporté de si grands dommages, quetous^ sans exception, nous sommes d'avis de la quitter, de renoncer à la côlonissa^ lion, d'abandonner tous les olyets. perdus ; et encore devrons -nous rendre grâce à Dieu de nousavoir laissé la vie^

Au premier tremblement de terre, on pense que les maisons qui sont restées sur pied s'écrouleront , et pour ne pas attendre un second châtiment de Dieu , on veut abandonner tout. Le désastre fut si épouvantable, que jamais les naturels n'ont rien vu de semblable , et ni enteadu raconter qui fût aussi.

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effrayant. La terre réduite en boue était entraînée avec tant de force avec le sable et les pierres , qu'elle formait des rivières énormes. Le torrent emportait des pierres grosses comme dix bœufs, et les élevait sur Feau comme une écorce de liège, et cela en si grand nombre , que la ville en était remplie jusqu'à la hauteur d'une lance. Les rues sont restées dans un tel état , qu'il est impossible d'y circuler; la boue s'élève presque jusqu'aux fenêtres les plus hautes. Cet événe* nement fut si épouvantable, et rioondation si rapide, qu'il fut impossible de se porter secours l'un l'autre jusqu'à ee que le jour fut arrivé. Tout homme qui se sauvait, croyait être le seul qui eût pu échapper, et que tout était perdu.

La même nuit , pendant que Ton songeait à secourir la malheureuse dona Beatrix , on apprit qu'Alvaro de Paz s'était rendu chez die avec un autre Espagnol. Ils eurent là hardiesse de tenter avec bien du mal de la sauver

DU MEXIQtJE. 281

mais lorsqu'ils furent arrivés près dès fenêtres , un tourbillon de pierres et d'eau lès enleva et les porta loin de là , si bien qu'ils furent très-mal traités, et pensèrent perdre la vie. FraticiscoCa va voulut en même temps poiv ter secours à cette dame et monta à cheval dans cette intention ; mais n'ayant pu réusisir» il mit pied à terre , et ne parvint qu*à minuit à la demeure de Tadélantade. Il trouva le lit tout chaud : si elle y était restée, elle aurait été sauvée ainsi que ses gens , car de toute la maison il n'y eut que cette pièce de conservée. Au moment où il entrait, il trouva une vache qui avait une corne Inrisée , et qui portait à l'autre corne une corde de jonc , elle se jeta sur lui et le renversa deux fois dans la boue : il crut en mourir. On pense que cette vache était un esprit malin , car elle jetait un mugissement si fort que tout le monde en était effrayé. £lle alla se placer au milieu de la place et empêcha de porter secours à qui que ce fût. D'autres vaches et beaucoup

38a CONQUÊTB

de moutons, frappés d'épouvante se répacidirent dans la ville en jetant des mugissements affreux.

Vers l'est de la ville , à trois portées d'arquebuse des murailles , un autre torrent sortit du sommet du même volcan, et emporta tant de pierres et de bois , qu'il renversa tout ce qu'il rencontra , tua une quantité considérable de troupeaux et quelques.

Indiens. On pense que si ces. deux éruptions avaient éclaté du même côté, il ne serait pas resté un seul homme vivant dans la ville*

Nous avons attribué tous ces malheurs à nos péchés , car nous ne pouvons pas com-^ prendre ni comment ni d'où une éruption si violente a pu venir. Pour apaiser la colère de notre Seigneur dans le cas 'où ce fût une punition qu'il nous infligeât , monseigneur fit faire une procession , et l'on récita les litanies tout entières avec beaucoup de dévotion , devant le maiti^e-autel. Il fit un ser7

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mon , disant que le Seigneur avait enlevé les justes dans sa gloire , et que nous qui avions été épargnés, nous devions nous conduire de façon à ne craindre la mort dans aucune circonstance.

Au moment où Téruption éclata , et où cette punitionfutinfligéesurlafamilledecettedame, personne n'était avec elle, par un miracle de Dieu, qui seul en connaît la raison. La douleur qu'elle éprouva de la mort de son mari fut extrême; elle ne buvait ni ne mangeait; Dieu voulutla punir dequelques mauvaises pensées et paroles inconvenantes auxquelles elle s'était laissée aller. Dans la douleur qu'elle éprouvait, elle avait souvent dit que Dieu ne pouvait lui faire de plus grand chagrin. Sa bonté, son at* tachement à la religion chrétienne, et sa piété, doivent lui servir d'excuse. Peiit-être Dieu a-t-il voulu martyriser son corps pour sauver son âme et faire voir ce que nous sommes dans ce monde. .

L'évêque donna Tordre de jeûner touis les

mercredis , vendi^dis et samedis , et de dire des prières. Pendant ces trois jours on fit une processim) solennelle en récitant les litanies. L'église et toute la ville étaient en deuil ; on rendait les derniers honneurs à Fadélantade ; et, comme le nombre des morts et les pleurs étaient excessifs, Tévêque dit au peuple qu'il n'était pas temps de pleurer ceux qui avaient perdu la vie, mais de prier Dieu, ce que l'on fit* Il ordonna de quitter le deuil et de se réjouir, puisqu'il n'y avait pas de chagrin assez grand pour un aussi grand malheur, et il fit enlever de l'église les tentures noires^ Il prit ce parti à cause des naturels, et, pour leur faire croire que la colonie n'était pas aussi affligée qu'elle Tétait réellement^ et qu'il né leur vînt pas à l'idée de tirer parti de notre fâcheuse position « Malgré ces grands désastres, l'ordre fut doupé de faire des gardes assidues dans la ville pour ne pas lai^er croire que nous étions sans précautions. Jusqu'aujourd'hui l'on n'a aperçu aucun symptôme d'in-

BU MEXIQUE. ùS5

surrection; au contraire, les chefs de totit le pays sont arrivés et ont témoigné du chagrin de cet événement.

On est occupé à construire une grande barraque dans la campagne où nous y vivrons tous ensemble, jusqu'à ce que Ton recommence à construire la ville, personne n'osant habiter le petit nombre de maisons qui ont été épargnées. C'est un spectacle digne de pitié que de voir un si grand nombre de bonnes maisons en ruines, et tant d'autres qui tombent tous les jours. Notre cathédrale et les maisons de l'évêque étaient les plus riches et les plus belles de ces contrées, à l'exception des édifices du même genre que l'on voit à Mexico.

LETTRÉ

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