‹ Recueil de pièces relatives à la conquête du MexiqueChapitre 18 sur 27 · DON JUAN DE ZARATE · texte numérisé non relu

DON JUAN DE ZARATE

ETBOUE P AlfTEQCEllÀ ,

TkÈS-HAUT Et TRÈS-PUISSAIÏT SeIGNEUA ,

Par une lettre de votre altesse , elle m'ordonne de rédiger un rapport sur le gouvernement spirituel et temporel de cet évéché de Guaxaca (i), rapport que je désirais fkire de-

(i) Aujourd'hui Oaxaca, capitale de Tëtat du même nom. Juan Nuôez de Mercado , envoyé dans.cette province en i5s2 , fut le premier qui en fit la conquête. Gortés se la réserya comme domaine particulier, et fut autorisé par Charles V à pren* dre le titre de marquis del Yalle de Oaxaca. Juan Nuûez , Ga-

puis bien longtemps. J'ai demandé la permis-* sion de me rendre à la cour de votre altesse , mais elle m'a été refusée, je ne sais pourquoi; si c'est à cause de mes péchés, ou si le démon y a mis des entraves, sachant que mon voyage aurait été fort utile à Dieu, à sa majesté , et à votre altesse. Ma conscience aurait été satisfaite , et j'aurais pourvu à bien des besoins spirituels et temporels du pays; aussi n'auraije pas l'àme tranquille jusqu'à ce que j'aie obtenu cette permission , et je supplie de nouveau votre altesse de me l'accorder. Voici, en attendant, ce que j'ai à répondre pour mç conduire avec le zèle que je dois à mon roi, à mon souverain et maître légitime.

D'abord, quant au spirituel, on éprouve ici de grands besoins, car il n'y a pas le nombre

*deno et Hérnando de Badajos, fondèrent la rille d*Antequera sur l'emplacement de Oascaca. Elle fat ërigëe en éréehé le s 4 jan- Tîer 1&34. Ce siëge fat donné par Ck>rtès à Francisco de Ximenés , de Tordre de Saint<-François , qnî eat pour successeur la même année, don Juan Lopes de Zarate, mort ea i5â4. Daiila , Teatro tcluiaHico de itu Indiat ^ t. t » pag. i23«

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de prêtres nécessaires pour convertir et iii'- ^truire les naturels ; cela par deux raisons : la première, parce que les habitants sont trèsnombreux , et révéché si étendu , que trois éveques ne pourraient Ijadministrer. Il est couvert de montagnes escarpées, et la population composée de nations différentes qui parlent des langues qui ne ressemblent nullement à celle de Mexico. La seconde raison , c^est que dans tout le diocése,qui comprend plus de cent lieues de pays, il n'y a que deux couvents de Tordre de Saint-Dominique, qui ne comptent pas même huit religieux. Il existe des provinces très-vastes, ti'ès-peuplées,oii il pourrait y avoir plus de douze monastères qui ne manqueraient de rien, car on pourrait les établir dans un bon territoire, sain et riche, où la religion chrétienne n'a pas encore pénétré; ce pays étant ti^ès-moiitagneux ainsi que je l'ai dit. L'un des deux monastères dont j'ai parlé est dans la ville d'Antequera, et l'autre dans

la province de M isteca. Les religieux sont en 10. 19

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trop petit nombre pour pouvoir rëuaeir. Il est donc nécessaire que votre majesté en envoie encore d'autres » qu'elle fasse construire des couvents, et que 1 evêché forme une province à part, car i'administratiou ne peut pas bien aller lorsque le gouvernement est à Mexico »

éloigné de quatre-vingts, cent, et cent trente lieues. Gomme la distance est très^andis, on veut que lès monastères soient rapprochés, et dans la plaine près dç Guaxaca ; mais il le^t n.éeessaire de les fonder dans les endroits où la doctrine n'est pas parvenue, afin que ïfm puisse prêcher rEvapgile dans tout le pays , et y introduire la foi. Si Ton fait une province de cet évêché, et si le provincial y réside , fm en tirera de grands fruits; la correspondQuçe s'établira conveoahlepient, et l'on fera des visites continues , ce qui ne peut pas avoir lieu s'il n'y a qu'un provincial dans tout le Nouveau-Inondé.

Si l'on envoie des religieux dans ces con* trées, il faut pareillement choisir d^ pr9*

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fefcâ 2ëléi pDfir )e service (i\e Dieu, pour la con* yierâion , Tensieigneûient des kiàturels, et capables de leur dotiner de bons exemples. On doit pour cela instituer des bénëficès perpétuels et de bounes prébendes et émoluments, au moyen diesquels ils puissent s'entretenir èonvenablement. 11 est nécessaire qu'ils cherèhent à être curés, à prendre de l'autorité dans les villages; qu'ils connaissent ceux qui sont baptisés et nlariés, ceux qui persévèrent dans leur idolâtrie , qui éntreticilnent des maîtresses , qui font des Sacrifices, et qui coniinettent d'àutreà péchés abominables; cdr leur devoir de chrétiens leur prescrit dé surveiller leurs ouailles pour se conformer aux ordres de l'Eglise. Cela ne se fera pas, jus- <fti'à ce qu'il y ait des gens qui soient forcés de prendre cette autorité, et qui transmettent leurs rapports aux prélats lorsqu'ils îroM ftiire des visites. Ces curés devront engager lés chrétiens à se présenter à une époque lïxe ; car les religieux disent , et c'est la vérité.

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qu'ils ne sont pas tenus de prendre cette autorité , et d'en rendre compte Ils font cependant ce qu'ils peuvent pour convertir et instruire les naturels , et pour apprendre les langues. Ils ont composé deux glossaires : Tun en langue zapotcqùe, et lautre en mistèque.

Par ce moyen , et grâce à leur savoir, ils ont recueillidegrauds fruits , quoiqu'ils n'aientpas atteint le but principal y qui est de connaître ceux qui sont chrétiens et ceux qui sont infidèles. Comme l'on ignore le nombre des brebis du Seigneur, et des animaux du démon, je ne puis remplir mou devoir , et les consciences de votre altesse et de sa majesté ne sont pas plus déchargées que la mienne. Je certifie qu'ils ne profiteront pas du remède que peut leur ofi^rir le spirituel , si on ne leur offre pas comme il convient. Il existe en effet dans cet évêché beaucoup d'Indiens qui font encore, des sacrifices aux idoles , comme ils le faisaient avant de connaître les chrétiens. Jusqu'à présent la religion chrétienne ne s'est introduite

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que dans le plat pays, c'est-à-dire dans la vallée de Guaxaca. Les religieux ont voulu y construire trois ou quatre monastères ; mais la foi n'a pas pénétré dans les parties malsaines , stériles et montagneuses , à moins qu'elles ne soient pas éloignées. Quant à moi personnellement, je ne puis pas Ty introduire, car, ainsi que je l'ai dit, la contrée est trop vaste , et quoique chaque année je fasse toutes les visites qu'il me soit possible de faire, je ne puis passer dans chaque ville tout le temps qui serait tjécessaire pour cela , et pour travailler à la conversion. Je baptise moi même , et j'ai baptisé une infinité d^Indiens; mais il m*est impossible de faire tout ce que réclament de pareils sacrements , ne pouvant rester que peu de temps dans chaque ville. Je n'y puis passer qu'en courant, car les habitants sont pauvres , et ne peuvent pas pourvoir à mes besoins. Ils sont *très-enclins au gain, et ne pensent qu'à garder ce qu'ils possèdent. Ce n'est plus comme autrefois, au temps où ils

donnaient des vivres et des prës^t^. Jje suis pauvre, et s^ puvre, qu'il m'çat iinpos^iblqde nourrir ceux qui m'aççomp^gnept; çt Içsïur diensr qui vjenne^at, ipe voir , si j^ ne Ifts npui^ ris p^s, si je ne les garde pas qudque tenips av.eexnoi, &'en vont sans avoir mangé, et me^r rent de faiblesse en chemin. Je posséda, epr core moins, de quoi payer 1^ visiteurs^ que l'on n.ç trouve pas conime. il les faudrait., et

ceux quç Ton trouve, ne veulent pçur aucun

prix, se rendre dans Içs endroits oujeur prér sence serait le plus nécessaire; d'abord, parce qu^e ce spnt des contrées malsaines, piuiis, parce qu'il leur est irqpossibliÇ de se rendre à cheval dans des pays où les naturels seuls peuvent pénétrer , parce qu'ils sont sans chaussure, tout nus, et qu'ils brayent les plus grands dangers*

Ici cinq cent mille ms^ravédis a'équjivalent pas à cinq cents ducats en Espagne , et si on les dépense en vin, en'hujle et en autres objets, sans lesqu€;](s. noj^p. ne. pouvons vivre.

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et qu'en Espagne nous avons en profusion , on n'en a pas seulement pour cinq cents réaux. C'est pourquoi je répète qu'il m'est impossible de faire ce qu'il faudrait, et que je ne puis décharger la conscience de sa majesté , celle de votre altesse ni la mienne avec les moyens cpi'on a mis jusqu'à présent à la disposition du spirituel.

Le temporel de cette ville d'Antequera est tellement perdu , qu'on n'éprouverait aucun damma^ à l'abandonner entièrement. Comme 00 n'a pas réglé les propriétés du marquis del Yalleii et que Guaxaca qui est la même cbose qu'Antequera lui appartient, le viceroi n'a pas visité cette ville. Les habitants sont dans la plus grande pénurie , accablés de travaux et de fatigues , fort peu sont riches; il y en avait plusieurs, mais ils sont morts, et comme rien n'est bien établi dans ce pays, leurs biens se sont perdus; d'autres se rendent à Mexico. La ville est abandonnée ; il n'y a plus d*habîtants ; et elle est fort exposée

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parce qu'elle n'a ni forteresses ni ouri^a* ges de défense. Les naturels ne pensent pas tant à se rcvoltoi* qu'on le cix)it, quon Yécrii: et qu'on le dit au dehors; enfin , ainsi que je l'ai dit et ccrit , on ne doit pas souffrir qu'Antequera. soit à votre altesse et Guaxaca au marquis: ce n'est qu'une seule et même ville, elle ne peut avoir deux seiT gneurs. Cela ne convient ni aux Espagnols ni aux naturels, car les premiers ne peuvent cultiver que des terres appartenant aux se* conds. La ville ne possède ni terrains communaux , ni promenades extérieures , ni pâturages publics , ce qui empêche que les natin^els soient aussi bien traités qu'ils devraient l'être. Il est impossible en effet que les Espagnols ne leur fassent pas du tort avec leurs troupeaux qui ne peuvent séjourner que sur leurs territoires , aussi n'y -a-t-il pas un champ de blé prés de la ville qui n'appartienne au marquis, et toutes les provisions sont vendues par ses Indiens. Tout est à

un prix si élevé qoe personne ne peut vivre dans ce pays, qui ne sera plus habitable si on n'y apporte remède. La ville est si peu peuplée d'Espagnols, qU'il y en a à peine une trentaine qui y soient établis , encore cherchent-ils les moyens de la quitter, et ils partiront sans qu'il en reste aucun, si Ton n'y pourvoit pas bientôt et si l'on n'ordonne, à tous ceux qui possèdeilt des Indiens dans le diocèse ou dans la province, de résider dans la ville, en n'accordant les charges de corrégidor qu'à ceux qui y demeureront, tandis qu'aujourd'hui on donne ces emplois et d^àutres encore à des personnes qui habitent hors du diocèse. Il faut aussi assurer l'existence de cette ville, et pour qu'elle devienne tit)6 des plus importantes du pays , il est nécessaire qu'elle ait ses terrains commu* naux, et que les eolons possèdent des liabitations et des territoires où ils puissent semet et planter, puisque, pour nos péchés, la vigne ne vient pas dans ce pays , quoique l'on eh

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ait plantée à grands frais t ^vec beaucoup de soinS) et que Ton ait eu à ce sujet de grandies querelles avec les naturels et les gens du marquis .On a établi cette ville dans cet endroit par malice et pour faire tort au marquis, mats cet|« mauvaise intention retombe sur les colons ; le marquis en profitera, et cjeux qui ont tendu le piège y seront pris^ car le nombre des naturels a augmenté. Ils se sont établis autour de la ville, de sorte qu'ils n'ont laissé aux Espagifols aucun territoire comn^final, ni pâturages, ni prairies ppur leurs trou* peaux, ni terres où ils puissent planter.

Quant à ce qui a rapport à la justice, gi^ce à la bonne administration du vice-roi et au concours de l'audience y tout, Dieu soit loué, marche tr^s-bien ; cependant il est fort urgent qu'un auditeur vienne tous leâ ans visiter le pays et la ville. Lorsque Ton saura qu'il doit y avoir une visite annuelle d'une personne d'autorité, les habitants feront plus attention à la manière dont ils se conduisent. ToMt le

ipooda St'appliquera à rexercice de la justice, à;fair,e son devoir» à réparer les routes qui sont en très-mauyaia état et à pourvoir au bsoin des>pa,uvries. Qn eonoaitra ce qui cour Y^t au pays; on verra lea endroits qui oot basoîn de corrëgidors, .on. en iK>ininera dàsis ceux où cela sera nécessaire; on. épargnera d^. grandes dépenses; on préviendra les nia^ Jadies:, les décès et les accidents qui arrivent tous, les jours à.ceux.qui vont chaque année chercher leprs lettres dénomination, et les j^îi^e expédier aux officiers* Les employés épairgoeroiAtiles dépenses qjA'ibfQnt dans un Vidage de cent lieues, où ils.voat cberchar leurs appointements I c^r^il y en afavt peu qui ne dépensent plus de la somme^ que leur procure une charge de corrégidor. Enfin, l!oaverra.cQftii)icntces eni.plois sont inutiles. Ji^A personnes qui. en sont revêtues ne fiiî^ant qu'augmenter les vexations des naturels et les maux qu'ils éprouvent pour la perception des tributs; car un corrégidoi? doilt rseeeivaip les

tributs à jour fixée pour les remettre aux autres employés qui les envoient à Mexico; et s*il ne les apporte pas ou s'il ne les envoie pas, on le casse. Pour rendre un bon compte de sa charge et en être revêtu Tannée d'ensuite , il est obligé d'emprisonner les Indiens, et ne peut leur accorder de terme , ce qui n'arrive pas à ceux qui font partie des commanderies, car on leur accorde du temps. On leur apprend à cultiver comme en Espagne; on les soutient dans les époques malheureuses; ils tirent quelques profits de leurs terres, et peuvent vivre. Un petit village, avec les bénéfices qu'il se procure, peut trèsbien entretenir un colon; et quatre villages de votre altesse qui necultivent pas ne peuvent payer un corrégidor, qui n'a d'autre but que d'encaisser ses émoluments , et M'employer le travail des Indiens, dodt il tire le meilleur parti qu'il peut , sans s'occuper d'augmenter les revenus de votre altesse. On verra cela clairement si l'on 'met à exécution ce que je

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propose. On finira par reconnaître que ce que votre altesse possède ici diminue tous les jours. Ce pays commençait à fleurir, et les habitants Tabandonnent depuis que Ton a publié les édits qui ont (kit baisser eonsidérablement le prix des propriétés; les travaux ont cessé; l'on ne fait plus de bénéfices : tout le monde est mécontent ; chacun ne pense qu'à se procurer de l'argent pour s'en aller.

Quanta moi, je fais ce que je peux, mais ce n'est rien en comparaison de ce que je devrais faire pour remplir mon devoir ; tous mes efforts tendent à la conversion des naturels , à lem^ instruction, au service de l'église; je l'ai fait par l'aide de Dieu et de sa majesté. L'église possède tous les ornements nécessaires et d'une manière très-convenable. Que Dieu et votre majesté veuillent me pardonner ce que je n'ai pas fait; d'autres diront les maux que j'ai soufferts. Le clergé de cette église n'est que trop nombreux en raison du faible produit des dîmes que l'on ne perçoit que dans fort peu

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d'endroits : on les partage suivant les règkments d'institution. On compte quatre digni^ taires et quatre chanoines, car les émoluments sont médiocpes, ainsi que les prébendes dési* gnëes dans les règlements. Plusieurs ecclésias^ tiques aiment mieux diriger des villages que de desservir r£glise ;. d'autres habitent à Mexico ^ comme, par exemple, un chanoine nommé Sanabria, qui a abandonné son canonicat pour être curé dans cette ville. Pour les remplacer, on en choisira d'autres jusqu'au nombre indi* que. L'église compte un curé sous-^chantrci un sacristain, un organiste, et d'autres employés. Le service est assez bien fait, mais non pas comme il devrait l'être dans une cathédrale ; enfin on le fait le mieux possible, en raison du petit nombre d'ecclésiastiques. Il est nécessaire que le service soit bien fait, car c'est m endroit de passage très -fréquenté pour se rendre dans le Guatemala, dans le nouveau royaiune de Léon, au Pérou, aux ports de la mer du Sud, dans d'autres endroits, et l'on n^

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peut officier convenablement si votre altesse ue pourvoit pas au payement des bénéâces indiquës dans le3 règlements; et si elle ne donne Tordre à ses officiers de petrcevok^ les dîmes au nom de votre altesse , de payer les émoluments çX les gratifications suivant Fu^^ge de l'Eglise de Mexico > car le service n'est pas moins pénible dans celle d'Antequera, et les dépenses y sont plus fortes, puisque les vivres sont plus cher^ qu a Mexico, et que les marchandises d'Ëçpagne y coùtept le dpuj^le.

Relativement à la manière doqt les naturels Siont traités, la conscience de $a majesté et celle de vQtre altesse peuvent être tranquilles : on i^it tou^t ce qu'il faut pour cela; on qe permet . pas de lever dies impôts excessifs^ pi qu'on vexe les naturels, qu'on les maltraite, ou qu'on leur fasse por^r des fardeayx çpnt^e leur yplonté. On y apporte tant 4'attention, qu'il n'y a pas d'£i$p^gnpl qui ose maltraiter un Indien ; au cpn traire, les naturels sont si protégés , qu'ils ose|it maltraiter d^s Espagnpls. Ils ne leur

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donnent pas à manger sans argent, se fout bien payer, et ne fournissent des vivres que quand cd& leur fait plaisir, et non pas quand les Espagnols en demandent. Il y a parmi eux desajguazils qui osent arrêter un Espagnol, legarTotta*, l'amener à cette audience ou à uu autre tribunal. Us savent bien venir se plaindre pour la moindre chose. Comme ils voient que Ton accorde plus de contiancc aux naturels qu'aux E^spagnols, quelquefois même injustement, et que pour un mauvais traitement de peu d'importance infligé à un Indien, on ruine le coupable; les auciens excès n'existent s, et tout le monde est si d'accord, qu'on pourrait l'être davantage. Les naturels sont iment maîtres de leurs propriétés ; beaup d'eux sont riches, et tous possèdent des is que leurs ancêtres n'ont jamais possé- , de sorte que tout Taisent du pays est re leurs mains, parce qu'ils accaparent s les vivres du pays, et les vendent à des t si exorbitants , qu'il est impossible de

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vivre ici. Une fanègue de blé vaut lin pesos , encore on n'en trouve pas ; et le mais coûte un deœi-pesds. Les Indiens se sont mis à cultiver les fruits d'Eispiàgne ; presque tous en ont. Ils élèvent et vendent des bestiaux, récoltent de la soie en si grande quantité , qu'il y a un village dans la Misteca ou les naturels seuls récoltent deux mille livres , et ne payent de tribut que neuf cents pesos en poudre d'ôr.

Enfin , les Indiens sont riches et bien traités, t£uidis que les Espagnols sont les plus pauvres et les plus misérables de toute la contrée : tout est renversé. Votre altesse peut être persuadée que c'est la vérité que lui écrit son serviteur et chapelain indigne , qui jamais ne cessera de supplier le Seigneur d augmenter vos jours et votre haute renommée, d'accroître votre puissance de nouveaux domaines, de nouveaux royaumes et de domination pour la gloire de la sainte religion et de l'église.

A Mexico, le 3o de mai i544* ^^ votre al-

bONQqirS DIT MSXIQUE.

te^jse, l'iixtigne chapelain et constant serviteur, cpji baise vos m^ns royales.

JUAN DE ZÂRATE,

Évêijue d!Antequerà,

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