SIMANCAS
LETTRE
DU ClÂPILAni FRlRÉ
LORËNZO DE BIENVENIDA (0
▲ VHI&IVVS ZI,
Âlon prince bMdttiilN.
Gracia et pax peo Patrie et Domino nostro
Jesur^risto.
J'avais déjà écrit à votre altesse, mais comme dans ce pays il y a pour nos pédiés peu de
(0 Le père Lorenxo de Bienrenida vrxvm en i5S4 dant la proTince de Yncatan ; il eonyertif; et bapdêa nu grand nombre d'Indiens dans cdie de Bakhalal. Il fat snocessÎTemeiit gardien descouTents de Ythmal» Mérida et Gampéche et fit trois fois le voyage d^Espagne pour les affaires de son ordre. Il fiit ensnite
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fidélité, et moins encore de religion et dé fràtichise chez les Espagnols , je pense qu'aucune vous est parvenue ; et puis la mer est incertaine > et dangereuse. Je ne manquerai donc pas de vous faire savoir la vérité , et si je ne dis pas vrai , que le Seigneur me retire sa protection et me prive de sa gloire. J'écrirai à votre altesse jusqu'à ce que je sache que mes lettres, ou quelqu'une d'elles» sôientparvenues entre ses mains; ma conscience me le prescrit^ puisque le Seigtieur a voulu me conduire au milieu de ces infidèles , et que je suis témoin de choses qui se passent contre le service de Dieu et de sa majesté; £îi prirtcé très-chrétieti elle a pourvu à tout dans ces contrées ; mais les officiers chargés de la justice ne remplis-
employé ans miitions de C6iitk-»Rîca , et retint an Yncatan , où il monmt rers i56o.
Qnoique les rapports contenus dans cette lettré soient trésezagérëSyOnne peat nier cependant que le Yucatan ne soit une des prorinoesoù les EsfMignols aient commis les plus grandes ' cmantés. Presque toat ce qn'avance le père Bienrenida est confirmé par le rapport de Gogollndo et des anfres historiens de ce pays.
jsent pa9 leur devoir , et ne sont fidèles ni à
Pieu ni à leur roi et maître. Gomme ils sont ■ «...
fort éloignés de r£spagne, ils pensent que leur conduite ne sera point connue » ou que sipn m a connaissance ils ne seront pas punis, comptant sur ce proverbe : Quien pasapunto pasa mucho, qui pai donne un peu , pardonne beaucoup.
. Votre altesse saurai qu'il y a sept ou huit ans que Ton fit la ccmquéte du Yucatan , et que ce fut la première partie de la terre ferme que Von découvrit dans les Indes après File Espagnole, qui était la dernière que Ton avait conquise. Le Yucatan a été colonisé de nouveau par les Espagnols il y a douze ou quatorze ans; on n'y trouve ni or- ni argent. Les nouvelles des richesses du Pérou , et les faibles moyens du gouverneur Montejo s'opposèrent à la prospérité de ce pays. Maintenant , grâce à Dieu , il est encore habitée II existe trois villages et une ville. Un de ces villages a vingt colons , et se nomme la villa de San-Fran-
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cisoo (i); c'est un port de mer bâtidans^ Fendroit le plus pauvre du pays ; la ville est h trente lieues dans Fintérieur , on la nomme Mérîda (2) ; elle reçut ce nom à cause des édifices magnifiques qu'elle renferme , car, dans toute Fëtendue du pays que Fon a découvert dans les Indes , on n'en a pas trouvé d'aussi beaux; ils sont bien construits, en pierre de taille fort grandes. On ignore qui les a bâtis ; il parait que ce fût avant la naissance de Jésus-Christ , car il y avait au-dessus dès arbres aussi gros que ceux qui croissaient au pied.
Ces bâtiments ont cinq toises de hauteur , et sont construits en pierres sèches ; au sommet de ces édifices sont quatre appartements divivisés en cellules comme celles des moines ; ils ont vingt pieds de long et dix de large ; les
(i) Cette TÎlIe fut fondée dans la province <pie les Indiens nommaient Acanol. GogoUudo, lib. III j cap. 7.
(2) Mérida fut bâtie en 1641 dans la province que les Indiens nommaient Tihoo, par don Francisco de Montejo , après aroir gagne une victoire éclatante contre les Gooomes. Go • golludo , lib. III , cap. 7.
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jëûftbt^es des portes todt ifirtl s«ttl Aériûeau , et le haut est route. Il y a daâd Je pays un grand nombre d'édifices semblables ; les naturels ne les habitent pas , leurs maisons sont en paille et en bois » quoiqu'ils aient de là ^aux et des pierres. Les religieux ont établi un couvent de Saint-Franijois dans les édifices situés dans la partie qu'on a découverte. Il est jttsie que ce qui a servi au culte du démon soit transformé en temple pour le service de Dieu^ C'est dans ce sanctuaire que Ton a celé* bré la première messe qui ait été entendue dans le pays^ Nos péchés n'ont pas permis que l'oii en trouvât autre part. L'autre village se nomme Valladolid (i). Quarante colons ou conquérants y résident Cette aif née, 1 547» les • Indiens se sont soulevés» et ont tué quinze ou vingt Espagnols qu'ils prirent dans leurs villages , chacun en particulier , et si l'on n'avait
(i) Yalladolid fat fondée dans la prorince de Ghoaoe, le a8 mai i543 ( Gog., lib. III , cap. U )f et transportée ensuite danseellede Zaqui (Ub. XVI , cap. i5 ).
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envoyé pnomptement des secours de la villes aucun Espagnol n-aurait survécu ; ils tuèrent les esclaves ( TûzporMij ) , plus de cinq' cent» hommes ou femmes. La cause de cette révolte a été les mauvais traitements que les Espagnols exercent sur les Indiens, dont ils prennent lés femmes, les enfants, les battent à coups de bâton , leur cassent les bras et les jambes , et les tuent. Les tributs et les prestations per* sonnelles excessives auxquels on les soumet , sont aussi un des motifs de cette insurrection. Si votre altesse n'y apporte prpmptement remède, il n'est pas possible d'occuper plus longtemps ce pays sans manquer à là justice.
Dans les endroits ou les enfants viennent à nos . écoles y il n'y a pas eu d'insurrection, mais comme nous ne sommés qu'un petit nombre dé religieux, nous ne pouvons pourvoir à tout. Nous avons déjà envoyé un de nos frères à votre altesse pour l'infoimer franchement de ce qui se passe dans ce pays, il se nomme frère Nicolas d' Al valate, natif de I9 province de
Tolé4e; mais la mer étant inoertaine et dangereuse ; nous ne savons s'il est arrivé à bon port. C'était dans l'intention de prier votre al tessede nousenvoyer des personnes qui nous aîdassenit a travailler à cette vigne pleine de Fidolàtriç des déiaons, et pour. qu'elle nous donne un évéque pieux et instruit , ainsi qu*il convient à cette nouvelle église; nous la prions aussi de vouloir bien ordonner qu'on nous accorde ce que l'on donne dans les pays nouvellement découverts, c'est-à-dire une cloche pour chaque couvent, un calice , du vin et de l'huile pour la messe etpour lalampedu très-saint-sacnement.
Je feraiconnaitre à votre altesse combien est faible le zèle des Espagnols qui sont à la tête du gouvernement, et celui du gouverneur le premier. Cette année , 1 547 , il est venu dans ce pays un prêtre nommé Y illagômez, qui, sui? vant ce que l'on m'a rapporté , avait été religieux de l'ordre de Saint-Dominique. Ausâtàt arrivé il demandli la signature des administrateurs, del'adélantade, et tous lui donnèrent unç
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lettre revêtue de leur signature , et adressée à* Vôtre altesse, par laquelle ils vous supplient de le leur accorder pour évéque; et il ne sait pas lire. Dans le village de Yalladolid, tous, à rex*ception d'un seul , le demandent pour évêque, sans le connaître , et sous le seul prétexte qu^il descend des Goths. Ainsi il faut donc à cette nouvelle église un prêtre avare , imbé* cite et ambitieux , qui brigue Tépiseopat sans y être appelé. Il va partir pour l'Espagne.
Il laisse le village sans prêtre , et il prétend que si Tévêché n'est pas déjà accordé , on le lui donnera , parce qu'il a à la cour des gens qui ont le bras long , comme si votre altesse ne considérait pas avec plusde soin ce qui con^vient à l'église. Je donne avis de cela à votre altesse , car le démon est fin ^ et les hommes avaricieux , ils ne tiennent pas compte de l'amour de Dieu « surtout dans les afihires de l'é^. glîse, s'ils y ont du bénéfice.
Votre altesse saura que ce jjUaysa été conquis par don Francisco Montejo , fils du gouTer-^
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nieur , et qui l'a divise coinme on a divisé toutes les autres contrées des Indes , c'est-à-diré non pas suivant Dieu , mais suivant la cbair* La plupart du territoire a été donné à des gens qui ne Font pas conquis , et beaucoup de ceux qui ont eu la peine sont ici mourant de faim, n fit un mémoire adressé à votre altesse pour prouver qu'il avait découvert ce pays à ses frais et à ceux du gouverneur; il aurait bien mieux (kit de dire aux frais des naturels, comme toutes les autres parties des Indes, puisque c'est en réduisant les Indiens en esclavage ^ en s'emparant de vive force de leurà vivres, et en les pillant. Aussitôt que la conquête fut achevée , les conquérants lui payèrent jusqu'au dernier sou tout ce qu'il leur avait avancé en armes et en équipements ; et si votre altesse avait été témoin de cette conquête , au lieu de récompenser les capitaines elle aurait dû les faire mettre à mort, parce qu'ils n'ont observé aucun des ordres qu'ils avaient reçus. Voici comme sfest faite la répartition dés
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terres. Presque tput çst entre les mains de cinq ou six persoqnes, qui sont : la premiéi^e,.Ie gouverneur ; \fL secqnde, la feniniç du gQuyerueur; la troîsiéfpe^ Je frère de la feoime du gouverneur, nçmmé Alonso Lppez; la qua.trième, don Francisco 4e Montejo, fils du gou-? Verqeur ; ïa cinquième , Francisco MontejOj neveu du gquverneur; et la sixième, Juan d'Eaquibel, $Is de Iq. femme du gouverneur.
Ce deruiçr qui n'fi pas pris part à la conquête a la plus grosse portion. Ces personnes possèdent plus que soixante autres colons qui habjtent cette ville. Ils nVpt pas même donné une seule maison, k. yojtre altesse , et lorsque nous liçur ayons demandé pourquoi, ils ne donnaient pas au moins une part à sa.înajesté, sur quatre qu'ils avaient faites, ils répondirent que le p^ys^tait pauvre , et ils ont, raison, car véritablen^ent lieur avarice Ta ruipé. Si ce n'est For ou l'argent qu'on n'y trouve pas , c'est la contrée la plus riche des Indes. L'or y est rare à ^a vérité , mais le climat est le plus sain que
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Ton puisse trouver dans cette partie du monde. Il y à beaucoup de poules, de cochons, de cerfs, dé lapins, des cailles, du kniel, et de là ciré en abondance. Les mûriers y viénnénit bien , et le bétail d'Espagne mieux qu'en Espagne. La population est plus nombreuse que dans tout àùtré pays conquis , excepté à Mexico ; et ce qu'il y a de mieux, c'est que dans ce pays oii iié parle qu'une langue , que lé sol h'y est pas montagneux, et qu'il n'y a qu'une rivière à Champoton, où commence cette province. La température y est bôiine, ni trop froide ni trop chaude. Là vigne y vient très-bien , et lé mûHer comme en Espagne. Lés figues et les citrons y mûrissent fort bien. Le froment né peut pas s'y cultiver, excepté àChàmpbton, où il est facile de faire des canaux d'irrigation , et ce territoire suffirait pour nourrir tous les Espagnols qui viendraient dans ce pays , car les Indiens ont de quoi pourvoir à leur' subsistance ; ils sont dévouéjs à sa majesté.
Yotrealtesse saura que l'adélantade Montejo,
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qui vint dao8 ce pays il y aura un an à Noâ prochain de cette année i547, ^^^ ^ peine arrivé que les naturels s'insui^èrent. Dès que que cette révolte fut apaisée, il commença à partager tous les héritages des gens qui étaient morts , non pas entre les conquérants qui étaient très-nombreux , et dont beaucoup n'avaient pas dlndiens , mais entre sa femme, son beau-fils et ^n beau-frère. Les héritages de six ou sept colons qui moururent à Valladolid furent donnés tous ^ensemble à son beau-Arère Alonzo Lopez, qui les échangea avec d'autres colons de cette ville qui allèrent s'établir à Yalladolid; et il tint la place de sept ou huit colons , lorsqu'il était nécessaire qu'il y en eût un plus grand nombre ; car les Ipdiens sont fort nombreux» et les Espagnols en très-petit nombre. Il donna ensuite à son beau-frère , Alonso Lopez, huit cents maisons situées à Cuzama^ le meilleur endroit du pays» et dans chacune desquelles habitent quatre ou cinq naturels avec leurs familles. Il donna
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pour épingles à sa femme ce qu'Alonzo Lopez uvait à Tava^o. Une autre portion du territoire, que posséîlait don Francisco, fils de l'adélantade , fut reprise par le dernier , et donnée à sa femme. Bientôt deux ou trois autres parts de territoires restèrent vacantes à Tavasco; l'adélantade donna tout à sa femme, et de plus Xicalanco et Atasta. Il donna à un fils métis des Indiens de Tavasco. L'adélantade prit pour son domaine particulier à titre de profits et lucres la province de Mani (i) , sans que les officiers de sa majesté l'eussent reeonnuè, ni plus ni moins que cinq lieues de pays carrés , sans que l'on puisse y établir de juridiction^ ni civile ni criminelle* Non content de cela» il s'empara de Tecul, qui élait à son beau*frère. Cet endroit est encore fim oopsidérabk <|ue Mani : on y compte mille maisons de plus. Outre cela , il a à Tet-
(i) La pranncQ de Uàm éimi U seule qui f&t reat^ mtit. descendants des anciens rois de Mayapan après la révolte gênézmledtfteftiiqties» quleaiyeaen iSm».
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chac plus de quatre ou cinq cents maisons Avec les Indiens; plusflalo; qu'il a pris à son cousin ; Nicalzil^ qu'il a enlevé de force à son fils don Francisco; d'autres Indiens que l'on nommé Ixcucul; près de Valladolid un autre village; File de Côçumel, où il a plus de deux cents maisons (c'est uii port de mer); dans la ville de San Francisco, Campéché, port de met* y le meilleur des Indes, et qui compté plus de deux cents Inaisons; à Ghampoton^ j^ort de mer, plus de deux cents maisons.
Il y a trois ans, lorsqu'il eut connaissance des nouvelles lois promulguées par sa majesté qui défendent aux gouverneurs d'avoir des Indiens; il fit prendre possession de Champotoû et de Campéché par sa fille dona Catalina^ femitae du licencié Maldoiiadô, présidMt de Honduras. Il fait constrtiirè à Cbampoton une sucrerie , et s'empare des terres des Indiens; ceux-ci sont venus se plaindre aux religieux que le gouverneur venait de leur enlever les meilleures terres qu'ils possèdent
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pour la culture. Elles bordent en effet la seule rivière qu'il y ait dans le pays, et sont les meilleures du Yucatan. Ces villages appartiennent à sa majesté. On peut en tirer parti et exempter les Indiens de tributs. Ils procureront plus qu'ils ne payent aujourd'hui par les profits considérables que Ton peut faire, soit en blé, soit en sucre. En toute justice, les naturels de Champoton ne devraient pas payer de tribut, ou du moins pendant quelque temps, et jusqu'à ce qu'ils soient tous 'chrétiens , car ce pays n'aurait pas été conquis sans eux. Pendant trois ou quatre ans ils ont nourri les Espagnols qui leur ont promis qu'ils seraient sujets de sa majesté, et qu'on ne leur imposerait aucune charge. Ils les ont accompagnés à la guerre ; ce sont les seuls qui n'aient pas résisté. Ils nous ont été constamment fidèles, ont maintenu leurs promesses, et il serait juste, puisque nous sommes chrétiens, qu'ils trouvassent en nous des gens de parole. Si on ne veut pas les