ai
323 COmQVéTE
exempter de tributs pendant un certaî n temp», «u luoiAS il serait bien de faire de Cfaampoton ime grande ville, d'où sa majesté pût tif er par la suite d'importants avantages.
Votre altesse saura qu ilexisteune ville importante nommée Aoalan, qui, il ya trente an$, était la ca^Htale d'une province très-puissante^ mais comme on n'y exerçait pas la justice, elle s^est ruinée et ne compte plus que deux cents maisons. Elle appartient à Gonzalo LopeK, procureur de Mexico, présentement en Espagne. Pendant qu'il y résidaiit,* le gouverneur lui donna des Indiens. Deux autres habitants de $an-Francisco en ont une autre partie. Cet endroit est peu considérable et diminue chaque Jour d'importance ; si cela continue encore dix ans il n'y aura pas une maison.
Acaiau est situé sur une pointe de terre assez éloignée de ce pays ; les Indiens s'y rendent en cauots sur le lac ; ils emploient dix jours pour ce voyage, s'exposent à de grands dangers; et doivent attendre un temps favorable, parce
DU M1ÏXIQI7E. Sa)
qu'il y a dis chutes oansidërables. Pôtir que <es gens soient sauvés et qu'ils puissent être 4*on¥ertis , le service de Dieu exige que sa majesté les prenne pour sujets; étant sous «a protection ils* seront mieux traités. H &udrait qu'ils ne payassent pas de tributs pendant dix ans ; par ee moyen on leur fera quitter l'endroit qu'ils habitent, on les attirera à Cfaampotbn ou à Gampèche , que l'on colonisera , qui deviendra une grande ville et les «n&Dts apprendront notre langue. Il y a dans 'Cette ville une école et un religieux qui connaît ceUe du l>ays, et qui prédie dans cette langue : il n'y a pas chez ces Indiens de prêtre qui ose baptiser les enfants, et en* core moins les grandes personnes. Il n'y a qu'un village dans un lieu écarté , où les oiseaux seuls peuyent aller sans danger : il est donc impossible que l'on y entretienne constamment l'instruction. Si votre altesse prend ce parti, je suis persuadé qu'avec 4'aide de Dieu j'engagerai ces Indiens à venir
cultiver dans ce pays» et vôtre altesse fera utre bien belle œuvre. Un grand nombre s'instrur^ ront et sauveront ce qui n*est pas possible au^ jourd'huiy à moins d*un miracle de Dieu.
Lorsque le pays sera bien colonisé , ils pourront payer tribut ou procurer d'autres avantages dont sa majesté tirera profit. Si Ton ne me croit pas, que votre altesse envoie quelqu'un pour le voir; et si ce que je lui ai dit est la vérité, je la prie de faire ce que je propose. Cela ne peut faire dé tort à aucun Espagnol ; il^pepvent bien faire leurs affaires sans cela: ces Indiens ne sont pas les seuls ; ils en ont d'autres ; et votre altesse verra par la suite quel avantage on peut trouver aussi bien au spirituel qu'au temporel, en attirant ces naturels dans ce pays^ci.
Votre altesse a envoyé au président et aux auditeursde Honduras Tordre de remettre sous l'autorité de sa majesté tous les Indiens que les gouverneurs, leurs femmes et leurs enfants posscdent. Cet ordre na pas été misa
exécution; bien plus, leprésidentdeHonduras, gendre du gouverneur Motitejo , a fait prévenir son b^u-père que votre altesse lui ordonnait d'affranchir les Indiens^ et ceux que lui-même possédait à Honduras. Les naturels qu'il avait dans cette ville furent aussitôt remis sous l'autorité de sa majesté ; msÀs ceux du Yucatan , de Chiapa et de Tabasco ne Vont point été. Aussitôt l'arrivée de l'ordonnance on s'est occupé en toute hâte à construire une maison de quatre cents pas de long , à deux étages , et jfour £siire cette construction on a dépeuplé la province de MmiI , eàr les prestations personnelles qu'elle fournit sont très-considérables, attendu qu'elle contient trois ou quatre cents Indiens. Cet établisse* ment ne sera pas achevé dans deux ans ; on y construit des fermes et une sucrerie comme à Champoton. On a commencé tout le travail dq)uis l'arrivée de l'ordonnance qui retire ]es Indiens au gouverneur. Il a pris mille moyens secrets à l'yard de ceux qu'il possé*
3^6 GOlIQQiTE
dait; les a fait passer comme appartenant à dWtrM persoiiûes ; il a prélevé des tributs sm* eux, et exigé des prestations personnelles. ' Votre altesse saura qu' Alûnso Lope2 , beau« itère de Fadélantade , en arrivant d'Espagne k Yucatati , fut nommé par l'adélantade ré^ gidor de cette ville , quoiqu'il âût qu'il ne pou^ Vait pas maplir cet emploi puisqu'il avait été exilé de ce gouvernement pour trois ads « et qu'il devait résider à Honduras ; il reâta trois ou quatre mois ici , puis il partit pour lion* duras , où il tomba de cheval et mourut. Aus** sitôt Fadélantade fit passer lesIndiensd'Alonso Ferez sur la tète de son beau^fils, JuaO d'Es^ quibel , quoiqu'il fût publiquement reconnu pour un homme entaché du péché sans nom.
Il s'était enfui de Honduras ici , parce qu'on avait fait des plaintes sur lui à ce sujet. Deux autres plaintes pour ce crime sont déposéeS^ ici ; mais, comme il est fils de la femme du gouverneur, il n'y a pas déjuge qui veuille le brûler. On dit généralement qu'il a tué deux
DU IIEXIQ17fi. 337
naturels dans Ja crainte qu'ils ne le dënon-i cassent. Il y a ici deux jeunes Indiens qu'il attacha violemment à un escalier, et hahuit rem pessimarn cum ittis. Ce ftiit est connu de tout le monde ; si la justice s'exerçait dans ce paya ^ il y a longtemps qu'il durait été réduit eti cendres. Les Indiens de ces villages ne le connaissent que sous le nom êilxpen^ qui ré> pond à la dénomination espagnole />e«mo. On a déposé devant un alcade une accusation re-^ lative au même crime contre un nommé Agui- ' lar, créature du gouverneur. Deux Indiens se sont plaints de lui à la justice :in ore habuit rem pessimarn cumillis. L*on ikitune enquête ; mais on dit dans le public que le gouvwneur a agi en dessous main pour que ces Indiens ne chargent pas son fils , et Ton prétend que tous les deux étaient entachés de ce vice abominable, et que c'est pour cela qu'*il lui donna tout ce qui resta de la succession de l'oncle Alonso Lopez et qui s'élève à plus de mille cinq cents maisons , outre '
3a8 GOHQUÉTE
quatre cents qu'il avait déjà reçues ; comme si Fordonnance qui vient de paraître, et qui prescrit aux gouverneurs et à leurs enfants d'abandonner la possession des indiens , était non avenue , parce qu'il n était que le fils de la femme du gouverneur. Ces gens ne se font pas scrupule de voler leur roi. Jm gouverneur agit ainsi, parce qu'il désire aller en Espagne pour qu'on Ini rende les Indiens qu'on lui a ordonné de mettre en liberté, afin, dit-il , de pouvoir laisser de quoi vivre à sa femme , lui qui n'a pas laissé une seule maison aux conquérants. Il a distribué tout à ses parents, à sa femme et à ses enfants; il n'est pas jusqu'à une de ses petites-filles , encore à la mamelle, qui n'ait ^es Indiens. Un notaire, nommé Poras de Manga, qui n'est occupé qu'à faire et à défaire des ordonnances, a reçu deux fois des Indiens et les a perdus au jeu. A peine un des enfants naturels du gpuverneur , nommé don Juan, fut-il arrivé d'Es- . pagne, que celui-ci lui donna des Indiens
qu'il prit pour cela à un conquérant ^ à ses enfants et à sa femme. Don Juan a tué un homme dans ce pays , et il n'a pas été con damné à la confiscation de ses biens, se prévalant d'une loi qui dit que, lorsqu'un homm^ aura fait partie d'une expédition de conquête avec sa famille , quelque crime que le père ait conunis, les enfants ne perdront pas le bien qu'illeur laisse. Don Juan a quitté les Indes sans attendre son jugement, pour que sa fortune retombât à ses enfants. Lorsque le gouverneur arriva dans ce pays à l'époque de l'insurrection , il convoqua les Indiens de Champoton et de Campèche, qui étaient ses vassaux, et leur dit d'accompagner à la guerre les Espagnols, leur permettant de faire esclaves tous ceux qu'ils prendraient, sans leur recommander d'épargner les femmes et les enfants, mais de les prendre tous en m^se. Frère Luis de Y Ulalpando. ( i ) ^^ >^^^
(i) H fut le premier Espagnol qui apprit le maya, et qui
32o C09QUÉTB
nous étions présents lorsqu'il fit cette proclamation ; nous dîmes au gouverneur : Nous prions votre seigneurie de prendre en considération ce qu'elle publie; elle outrepasse ses pouvoirs. Sa majesté Fa défendu par ses nouvelles lois y et il n'est pas juste de le (Ure. Il répondit que les alliés ne voudraient pa& prendre part à la guerre si nous ne leur donnions permission de faire des esclaves. Ils partirent donc et réduisirent en esclavage une multitude innombrables de naturels. Je vis un seul Indien qui en conduisait dix ou douze et ils ne prenaient pas les grands qui avaient les pieds légers pour s'enfuir; mais^ seulement les femmes et les enfants. Ils 1^^ emmènent tous au dehors et les vendent:
ce qui diminue la population. Ce pays fiim<a par être dépeuplé , si l'on n'y apporte remède, n n'y a pas d'Espagnol qui ne parte d'ici sans emmener b^uooup 4*Indiens. Le gouverneur
composa dan» cette langue une grammaire et un Tocabulaire. GogoUudo, lib. V, cap. i.
DU MBX4QQE. 33 1
Itiftse faire oeiii^ qui sont ses pai^ans et ses amis.
Un mal plus grand encore , qui existe dans cette contrée parmi les naturels, c'est que c'est à qui ferait Tautre esdave. Les chefs et les caciques sont si portés à cela , qu'on he les en empêchera pas sans Une punition sévère. Votre altesse doit savoir qu'il est bien rare ici de trouver une maison qui n'ait qu'un seul habitant ; elles en ont toutes deux , trois » quatre y six^ et même davantage. Parmi eux est un père de famille qui en est le chef. Aus* sitôt que celui^^i meurt, le plus fort de ceux qui restent fait les autres esclaves , et ce qui est pis , ils se tuent les uns les autres. Lorsque le père meurt , les enikuts qui survivent sont vendus comme eselaves , et dans l'espace d^un mois ils changent quatre^fois de maître. I(ous> avons dit au gouverneur de remédier à ce mal ^ mais cela n'a sen|| à rieu , et il durera jusqu'à ce que Ton ait dépeuplé ce pays , comme c'est arrive dans les autres parties des Indes où il
n'y a déjà plus personne , excepté à Mexico. II est donc bon que son altesse ordonne de pen^ dre celui qui fera quelqu'un esclave , et quand on en aura pendu trois, le remède aura réussi; car ce sont des gens qui craignent de 'mourir. Si elle ne veut pas qu'il en soit ainsi, que l'on applique au moins ia peine du talion , et que Ton fasse esclave celui qui réduit l'autre en esclavage , et qu'il soit esclave de votre al« tesse.
Le gouverneur est payé par votre altesse pour gouverner ces naturels et pour administrer , mais il ne s'occupe d'eux en aucune façon, parce qu'ils n'ont point d'argent. Il n'a pas visité le pays depuis un an qu'il y estar* rivé. Il ne s'occupe qu'à faire construiredesmai<sons , des fermes , par les Indiens de votre altesse , à se procurer de l'argent pour pouvoir laisser deux majora ts; et si tout le Yucatan était vacant, il le prendrait ipour lui. Son ava^ rice est tellC) que chaque jour on ne lui entend rien dire, sinon qu'il n'y a pas dans l'Indè
dliomme *))lus pauvre que lui , quoiqu'il ait des Indiens à Honduras, à Chiapa, à Mexico ^ à Tabasco ^ et la moitié du Yucatan. Ce serait justice de Dieu que lui ^ qui en a un si grand nombre, il en eût moins que |es autres, et de moins encore les émoluments que lui paye votre altesse. Tout lui réussit au mieux , et cependant il dit qu'il ne gagne pas un réal ; que Dieu en soit le Juge. La religion lui doit beaucoup en vérité ; depuis qu'il est dans le pays on n'a pas baptisé une seule grande personne , si ce n'est à Pâques dernières , où l'on en a baptisé trente ou quarante. Chaque JQur, soitàCampéche, soit àChampoton, nous baptisons des Indiens ; mais comme ils sont trèsoccupés dans ses plantations , ils ne peuvent s'instruire. Ils vont par cinquantaines et par centaines travailler à la sucrerie que l'on construit à Champoton , et ceux de Campêche vont a dix lieues de là ; ce qui leur fait beau-* coup de tort. Pourquoi Dieu a-t-il permis qu'il soit venu dans ce pays; son fils, lorsqu'il n'é-
334 corquAtk
tait que lieutenant du gouverneur ,1'ftdminis* trait beaucoup mieux ; il nous aidait avec zèle dans nos travaux pour Tinstrudiion. Je ne comprends rien à cette réputation de sainteté que l'on a faite À ce vieux gouverneur , je n*ai vu chez lui que de l'avarice ; il ne se rassasie pas, et ne veut pas se souvenir qu'il dtnt mou** rir un jour.
Dieu fait un grand mal à un pays lorsqu'il veut que ce soit la femme qui gouverne ; celle du gouverneur le réduit tout à fait à rien ; il est le corps et elle est lame. Rien ne se fait si ce c'est par elle ; on passe les jours et les nuits à lui faire fête , et il n'y a pas de bourgeois dans cette ville qui leur veuille du bien.
11 enlève aux Espagnols tous les profits des rms^orias , les garde pour lui , et si nous lui envoyons quelques esclaves mal faites, pour qu'il les affranchisse , il les garde pour servir dans sa cuîâuie, où elles^sont plus esclaves que chez fesltidkas ; (|e t^le sorte que nous n'osons en envoyer aucune, et lorsque nous en trouvons
de mal faites, nous autres rdigîéux, nous leur donnons la liberté jusqu'à ce que votre altesse nous autorise à le faire légalement.
Votre altesse doit eonnaitre aussi un autre abus bien grave. On a envoyé de Honduras le licencié auditeur Rogel pour informer aur la conduite du gouverneur dans ce pays» et il est allé faire son enquête à Chiapa, à cent vingt lieues d'ici. Que votre altesse voie un peu s'il est possible d'informer de cette manière. J'ai entendu dire au gouverneur don Francisco de Montejo , qu'il s'était entendu avec le président , son gendre , pour que Bogel ne vint pas ici , et pour qu'il fit son instruction à Ghiapa. Qu'est-il arrivé ? de cette ville il assigna le lieutenant du gouverneur, et d'autres qui avaient été capitaines dans le pays ; personne ne vint pour déposer contre eux , et ils furent renvoyés absous. Il y avait cependant bien sujet de les condamner , mais ici aucun crime n'est puni. Que Dieu dans sa miséricorde in* finie veuille y apporter remède !
336 CONQUÉTS
Il n'y a point ici de taxe pour les impôts , chacun est taxé comme il lentend. Si votre altesse n y remédie promptement, Texistence de ce pays est tout à fait compromise. Les Indiens sont poussés à bout, surtout à cause des prestations personnelles. Les Espagnols ont été le pi us grand empêchement que nous ayons trouvé à la propagation de la foi ; maintenant ils se conduisent mieux, mais ils grincent des dents. Il y a de par la vjllle un nombre infini de seigneurs qui disent à pleine bouche mes Indiens, comme si ce n'étaient pas les vassaux de votre altesse; plusieurs ont été jusqu'à ordonner à leurs Indiens de se retirer dans la forêt lorsque les religieux arriveraient. Quant à moi y je tiens ceux qui donnent ces ordres pour plus infidèles que les Indiens eux-mêmes. Je ferai savoir à votre altesse , qu'il y a trois ans et demi, Tadélantade a fait don d'une capitainerie à Gaspard Pacheco, bourgeois de cette ville , à condition qu'il irait conquérir des provinces du golfe d'eau douce {golfo dulce).
entre Honduras, Guatimala, et cette province. Par inconduite ce capitaine s'est arrêté dans une province amie, nommée Cochua , la plus considérable de cette contrée, et même la meilleure de trente lieues à la ronde. Il y avait une population nombreuse qui était partagée entre les habitants de cette ville. Ils ont mangé les vivres des naturels , les ont pillés et forcés de porter des fardeaux. Si les Indiens prenaient la fiiite , ils chargeaient les femmes : aussi les naturels s'enfuyaient- ils dans les forêts, de crainte des Espagnols. Cest ainsi que la plupart moururent de faim, et le capitaine manquant de porteurs ne put s'avancer davantage. II revint donc, et la capitainerie fut donnée à un de ses neveux , nommé Alonso Facheco. Néron ne fut pas plus cruel que ce liernier : il p#ussa plus dvant et arriva dans une provinice tranquille nommée Chetemal;et sans que les naturels commissent aucune hostilité , il les pilla, mangea leurs ^vivres; et les
Indiens de gagner les forêts de crainte des Es- 10. 22
3i8t CONQl'ÉTE
pagnols , car aussitôt' que ceux-ci en prenaient un, ils le livraient aux chiens; aussi les Indiens s'enfuirent , abandonnèrent leur culture, et tous moururent de fttim. Je di»
tous, car il y avait des villes de cinq cents, et même de mille maisons» qui aujourd'hui n'en ont pas plus de cent.' Cette province est riche en cacao. Ce capitaine exerça c^s violences en personne : il en tua un grand nombre avec une petite massue, et il disait : Ce bâton est excellent pour châtier ces coquins; et quand il les avait tués : Oh ! disait-il y ^ue je leur en ai bien donné. Il coupa les seins à un grand nombre de femmes, et aux hommes, fesmains, les narines, les oreilles. Il attachait des calebasses aux pieds des femmes, et liées de cette manière il les faisait jeter dans le lac pour les noyer par passe-temps. Il- commit d'autres cruautés horribles que je ije raconterai pas dans la crainte d'être trop long; enfin il ruina toute la province. Les Espagnols bâtirent dans ce pays un village composé de huit habitations
qu'ils nommèrent Salamanque (Salamanca y bien manca){%\ et véritablement il y manque quelque chose , car il n'y a ni prêtre ni église, et les habitants ne s'y confessent pas y puisqu'ils sont à soixante lieues de cette ville. S'il ne l'avait pas détruite , elle aurait pu nourrir trente familles. En récompense de ces cruautés, on Ta renvoyé dans la province qu'il avait saccagée, on lui adonné les meilleurs Indiens qui y étaient restés , et il na pas même reçu une chiquenaude ; Voilà comme on rend la justice dans ce pays.
Votre altesse saura que cette année i548, le gouverneur n'a pas nommé de nouveaux régidors, il s'estcontentédeconfîrmer les mêmes qui avaient exercé l'année passée afin de les garder da'ns sa manche et qu'ils lui laissassent ses Indiens. Ce gouverneur a écrit au président de Honduras qu'il enverrait au
(i) Get'e TÎlle est située dans la protinoe de Backhalal qai se nommait aussi Yayuiil et Ghelemal. Cogolludo , lib. II , cap. V. *
34o CORQUÊTE
corps municipal pour faire inscrire comme appartenant à sa majesté les Indiens qu'il avaiti c'est pour cela qu'il a gai*dé les anciens régidors. Le président aurait mieux fait de dire : Vous laisserez les Indiens que vous ave2^ et ils passeront à votre beau fils et à votre neveu, ainsi qu'il a été fait, car il leur donna les Indiens d'Alonso Lopèz qui était mort. Son neveu possède des Indiens à Honduras, et ici ils lui en ont donné d'autres par ruse, afin d'en jouir eux-mêmes.
On vend ici des villages comme des nègres en Espagne. La plus grande partie du territoire est entre les mains de gens qui l'ont acheté et qui l'administrent comme des acheteurs. On m'a même assuré qu^en secret ils traitaient à prix d'argent pour les Indiens. J'ai su d'un nommé Aranda , qui est mort aujourd'hui, que le gouverneur et Diego de Aranda partagèrent ensemble un village quils possédaient par moitié; et comme dans la part d' Aranda il y avait plus de maisons
que dans Taiitre^ il paya eà compensation cinquante ou soixante pesos. J'ai appris par sa femme et par le courtier de cette affaire, que le payement s'était véritablement effectué. Cet homme s'appelle Juan d'Esquivel. J'ai entendu dire à une autre personne ; « Si j'ai de Boiis Indiens, ils m'ont coûté de beaux deniers. » Il serait nécessaire qu'il y eût une visite secrète dans ce pays pour connaître la vérité, car les Espagnols ont si peur du gouverneur, qu'ils feraient plutôtdefaux serments si on les faisait jurer en public. Il serait bien aussi que cette province fût dépendante de Mexico , car Honduras est très-éloigné et les routes sont fort dangereuses, tandis qu'on peut se rendre en huit jours au port de la Nouvelle-Espagne comme je Tai fait. Cela serait d'autant plus convenable, qu'on ne trouve ici ni or ni argent ;' il n^y a que des manteaux , de la cire et du miel , objets sans valeur dans ce pays , et qui en auraient beaucoup à Mexico où il y a des Indiens qui les consommeraient, car toutes
54^ CONÇU iTE
les autres contrées sqnt déjà dépeuplées. De plfis , le vice-roi est un homme zélé , fidèle à son roi, et celui de Honduras dépend de son beau-père ; et en appeler à Honduras , d'est en appeler du beau-père au gendre qui d*ailleurs ne pense qu'à amasser de Fargent Les manteaux n'ont pas de valeur dans cette dernière ville : tous les ans ladélantade en envoie cinq millç, et ils y restent parce que l'on n'en donne pas le prix , car il n'y a pas d'Indiens pour les consommer. Que le Seigneur veuille pendant de longues années conserver et faire prospérer la très-royale personne de votre altesse, r— De Yuacan , le i o de /evrier de la présente année i54d.
Les Indiens qui restèrent après la mort d'Alonso Ferez, beau-frère de Fadélantade, ne furent pas donnés à Juan d'Esquivel, mais Fadélantade en a à Cucama: il .en
mi MEXIQUE 343
possédait encore d'autres dont il a disposé €nv faveur de deux colons; on m'avait mal informé. L'épouse de Fadélantade reste ici , tandis que son mari va en Espagne, pour qu'on lui rende les Indiens dont on ne lui a pas encore été un seul. Le plus humble chapelain de votre altesse, frère Lorenzo de Bienvenida. — Vu à Simancas, le 1 3 juillet 1^4^* Muuos«