DON ANTONIO DE MENDOZA
SUA ^X« PftftSTÀTlOK» PBaSOlfllBLLBS BT LES TAMBMB8.
Voici les dispositions qui ont été prises relativement aux prestations personnelles» ainsi qu'à Fusage de chaîner les tamemes, et les inconvénients qui en résulteront, si sa majesté défend de faire porter des fardeaux. L'année iS^S, sa majesté a décidé qu'aucun Indien ne serait chargé , attendu les maux qu'ils souffraient, et Ion commença presque à mettre
cet ordre à exécution. Voyant les désagréments qui en résultaient» et le tort que Fétal
éprouvait , sa miyesté révoqua cet ordre , et rendit une autre ordonnance en date du i3 de septembre i533.'
Par la suite, quand j'arrivai à la Nquvelle- Espagne , sa majesté donna une troisième ordonnance que j'ai promulguée le 2a d'avril i535, etunedernièrele i6defévrierdelamême année, en vertu desquelles je fis les tarifs et règlements qui sont eneore en vigueur aujourd'hui. Lorsque le licencié Sandoval apporta les nouvelles lois, dont une réglait cette matière , il trouva que l'affaire était bien ordonnée, et il n'y fut rien changé.
Piendant tout le temps que j*ai gouverné ce pays , ayant reconnu les inconvénients et les dommages qui résultaient de l'usage de char^ ger les Indiens dans les terres chaudes et peu habitées, j'y ai poui'vu de la manière. suivante : J'ai défendu qu'à la Verra-Cruz, à Soeonusco , Teguantepègue , Guaxaca , Agua-
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tulcQ , Golima et Zacatula , on fit porter aux tam^nes aucune espèoe de marchandises ou de cacao, et moi-même j'ai fait exécuter cette ordonnance dans la province de Panuco ; et lorsque la Nouvelle-Galice était sous mes ordres 9 il était défendu , sous aucun prétexte , d'emmener des Indiens chargés , parce qu'on les conduisait chargés de produits de ce gouvernement, et on les renvoyait avec des marchandises. Lorsque Von distribua les mines des Zacatèques , je défendis que l'on fit voyager chargés les Indiens de ce gouvernement : attendu le grand nombre de personnes qui s'y rendaient, et parce qu'on y apporte du plomb en quantité considérable , l'on se conforme encore à cet ordre , comme on peut le voir p9^ les ordonnances que j'ai données à ce sujet. Dans les pays où on les charge » parce que cela ne peut se faire autrement, si l'on accorde des permissions , c'est à la condition expresse que l'on n'entend pas par ces permis* sions ordonner de charger les tamemes ; et si
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par hasard, on leur fait porter des fardeaux; c'est de leur bonne volonté et point autrement. Ainsi ils ne sont pas forcés de s'y soumettre, et on leur paye leur travail comme cela a été prescrit Ils ne doivent point porter des charges de plus de deux arrobës , ni se rendre d'une terre froide dans une terre chaude , ni d'une terre chaude dans une terre froide.
On ne peut pas leur faire faire, même s'ils y consentent, plus d'une journée de marche de cinq lieues et de six au plus. Il est défendu de les charger de marchandises prohibées dans ce pays; et le peu de permissions que Ton donne, c'est à ces conditions.
Je suppose que les ordonnances que sa majesté a faites à ce sujet n'ont été donnéea que sur des rapports fournis par des personnes qui ne connaissent pas le pays, ni la manière dorït il est gouverné. Elles prétendent en effet que l'on y commet de grands excès,:que l'on coupe lat^te aux Indiens pour s'éviter la peine de détacher le collier qu'ils portent, ce qui est faux:
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on ne trouvera pas dans toute la Nouvelle- Espagne un Indien qui soit à la chaine, ni que Ton traite les tamemes comme on le dit.
L'on a ici une grande quantité de bêtes de somme, et l'on emploie les Indiens à porter des fardeaux, parce que quand même il y aurait vingt fois plus d'animaux, ils ne suffiraient
pas au besoin; et quoiqu'il y en ait beaucoup plus qu'il y a trois ou quatre ans, c'est comme s'il y en avait moins depuis que l'on a découvert les mines de Zacateca , qui sont très-riches, très-difficiles à exploiter, et qui nécessitent beaucoup de plomb , d'argile , et de matières pour épurer. Pour extraire l'ar^ gent , on fait vepir de la Verra-Cruz la plus grande quantité de plomb qu'on expédie d'Espagne. Ce port est à plus de soixante ou soixante^dix lieues des mines. On en a découvert aussi à Gualhinango, Catean, Gouncupa^ cio, Quacana, Yzmiquilpa et dans bien d'autres endroits. Dans toutes ces nouvelles mines, on n'a pas besoin du service des Indiens; car on
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les exploite avec deâ animaux. L^exploitàtion a presque été abandonnée à Tasco, Tunpattgo, Zultepèque y Teguacan 9 Ayteco, Lamisteca, Nexapan, et chez les Zapotèques toutes les corvées sont abolies ou le peu qui reste lésera bientôt. Il n'est pas possible de construire des machines à eau dans les mines des Zacatèques et dans celles que Ton vient de ilécouvrir , soit parce qu'il n'y a pas de rivière dans les environs , ou bien lorsqu'il y en a , parce que l'on ne peut pas louer des Indiens pour faire cejs travaux; c'est un fait connu de tout le monde. Comme il est très-coûteux de faire des prises d'eau et des tranchées pour obtenir ces eaux , personne n'ose l'entreprendre. Les mines sont si riches, qu'il semble qu'il se passera bien des années avant qu'elles ne soient épuisées; c'est pour cela que l'on construit des machines mues par les chevaux, et qui en font périr un grand nombt^e, parce qu'ils s'engraissent {engrasan). A tous ces frais, il faut ajouter ceux de transport qui augmentent tous
les jours , et qui sont cause que les voyages de la Verra-Cruz à Mexico, que Ton payait cinq pesos , coûtent aujourd'hui le double ; et ceux de Zacateca vingt pesos, sans qu'^n sache jusqu'à quel point ils augmenteront , parce que le Pérou et le Guatimala enlèvent un grand nombre d'animaux. Une mule de somme prête à être dressée , qui valait quinze à vingt pesos, se paye aujourd'hui jusqu'à soixante-dix pesos; un baudet de six cents à mille pesos , lorsqu'il est bon ; une jument coûte deux pesos ; un poulain trois pesos , et un mauvais cheval de charge trente ou quarante.
Quanta ce que disent leurs altesses, qu'elles ont l'intention de prohiber tout à fait les tameiûes, j'exposerai les doutes qui me sont survenus à ce sujet. Les premiers portent sur les termes généraux qu'emploient leurs al tesses,en disant qu'aucunepersonne,quels que soient son rang, sa qualité, etc. Doit-on comprendre les religieux; car ils ne sont pas Indiens, et ils chargent beaucoup de tamemes en fruits,
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poissons, et autres objets dont ils pourvoient leurs monastères de la terre chaude à la terre froide, et de la terre froide à la terre chaude? Il en est de méoie du vin , de l'huile nécessaire pour les lampes et pour célébrer la messe, pour manger et pour boire. Quand ils font leurs visitas, ils emmènent aussi avec eux des Indiens chargés des ornements sacrés , de leurs bardes, et des autres objets qui leur sont nécessaires.
Je ne sais pas s'il sera permis de faire trans* porter par les Indiens la chaux, le bois, la pierre tezontle , et les autres matériaux, car il est nécessaire de les apporter du dehors à la ville pour la construction des édifices. J'ignore si l'on pourra se servir d'eux pour transporter le salpêtre de l'intérieur de la ville au dehors. J'ignore aussi comment l'on s'arrangera à l'égard des pauvres qui n'ool pas le moyen d'avoir des bétes de somme ou des charrettes , et qui ont des pâturages où ils nourrissent des troupeaux, font des fromages, des
salaisons, récoltent du blé et autres fMXMluits , car ces gens apportent pour vendre ce qu'ils retirent de leurs fermes , et alcrs ils seront Iqrcés* de le perdre ou de le vendre à des marchands indiens, pour que ceux-ci le transpor-
tent au moyen des tamemes. Cette loi est donc faite contre les pauvres et en faveur des riches» puisque leurs bétes n'en auront que plus de prix; ils s'en serviront pour transporter ce qu'ils possèdent, et il s'ensuivra (}ue toutes les bétes de somme seront employées dans les mines , âaj»% les fermes , et dans les voyages. Le prix des marchandises s'élèvera d'une manière excessive ; «t quant aux objets qui ne peuvent yjfis venir à dos de bétes de somme , co^ame les huiles j» les médicaments liquides» la verrerie, la faience, et autres marchandises semblabliss, comment faudra-t-il faire? Et cepmdant tout cpla esf nécessaire au public. On transporte 4es chaudières pour l'alun , pour la teinture des draps , et les sucreries , et , attendu leur grand volume et la mauvaise dis-^ lo. nZ
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position du fi(ol, on ne peut pas les charger mtr dee diarrettes. Je crois donc qu'on ne pourrit pas se confoi^ner à cette ordonnancé , et que Ton sera fl3rcë dé laisser les choses dans l'état où elles sont.
Si Von est oblige de transporter de l'artil* lerie à la mer du Sud , comme on Ta fait pour celle du Pérou , les pièces ne pouvant pas se charger sur des chevaux , et les animaux ne pouvant pas les traîner , attendu les mauvais chemins; quel moyen prendre? Comment ferat-oQ danB des circonstances semblables à celles qui se sont présentées et qui existent encore? On a été forcé de transporter promptement dans l'intérieur toute rarttllerie qui était dan» le port de la mer du Sud , dans la crainte que les insurgés du naiiveau royaume de Léon ne s*en emparassent ^ ef si Fon av«it voulu les chàfier , il aurait ihllù ta transporter de nouveau ; et , comine je Tai dit, OÊk ne peut le iaire qu'à force de bras. L'année passée , des Indiens se sont insurgés à Titiqqipan , dan»
la province de Guaxàca ; les Zapotèques ont Ait de même, ainsi que les Ghontales, qui ont tué un Espagnol , et battu à coups de bâton le corrégidor , qui ét&it allé chez eux pour calmer une dispute* Il existe aujourd'hui quelques soulèvements dans la Nouvelle-Galice; et l'expérience prouve elairement , d^une manière indubitable , qu'on ne peut faire la guerre qu avec les Espagnols.
Cependant ils ne peuvent y aller sans emmener des Indiens et de tamemes. Que faut- il faire? Faut-il les laisser s'insurger et souffrir que la position devienne de plus en plus dif* ficile? On voit clairement^ et sans difficulté» que, si l'on veut y apporter remède, il faut
employer le service des Indiens, et leur faire porter ce qui est nécessaire, comme cela a eu lieu jusqu'à présent.
Si un homme doit se rendre dans son village ou à ses affaires dans une autre partie du pays où il n'y a pas de route pratiquée , et qu'il soit obligé d'emporter avec lui son lit et
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tous les autres objets qu'en Espagne, et dan$ toutes les autres contrées , on trouve dans les auberges qui manquent dans ce pays, que faut-il qu'il fasse"? Dira- 1- on qu'il prenne des bétes de somme et des chevaux ; mais, comme je l'ai observé, ces animaux sont i^Ves dans ce pajrs-ci. Et même en supposant qu'il y en eût , si cet homme n'a besoin de faire transporter qu'une demi*charge de cheval, faudra-t-il qu'il en loue un tout entier; et, s'il a besoin de deux chevaux, qui les changera?
Faut^il qu'il achète les chevaux et un muletier qui lui coûteront cinq cents pesos pour un voyage qui sera peutétrc le seul qu'il fera dans une année , les nègres étant aussi chers qu'ils le sont aujourd'hui ? S'il doit faire transporter des objets d'Espagne, qui forment ordinairement peu de volume, devra- t-il ach^er un cheval ou le louer? Mais il n'en trouvera pas toujours. Si un auditeur doit aller faire une visite dans l'intérieur du pays,^ ou bien si c'est le gouverneur , et qu'il soit
obligé de séjourner dans une ville trois, quatre , huit joirrs , et même vingt ; faudrat-il qu'il emmène avec lui un cheval , deux ou davantage s'il est nécessaire ? Ses appointements d'une année ne suffiraient pas pour couvrir les frdis de six mois de visite. Tous les inconvénients qui résulteraient de ce nouvel état de choses sont si nombreux , que c'est à n'en plus finir si l'on vonlait tous les énumérer, d'autant que les dispositions que veut prendre sa majesté ne remédieraient pas au mal. Il rie consiste pas en ce que les Ëspfcgnols font porter des chaînes aux Indiens , car on ne peut pas dire que les deux arrobes de&premiers soient plus pesantes que celles des Indiens. En laissant aux naturels seuls le droit de faire porter des fardeaux , cela équivaut tout à fait à vouloir que le commerce passe des mains des Espagnols dans celles des marchands indiens. Il y en a déjà qui sont fort riches, et qui négocient par terre et par mer dans toutes les Indes; si ce n'est
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au Pérou. Ils font porter des fainleaux aux mazeguales comme ils rentendent, sans que personne les en empêche ; et ceux-ci ne trouvent pas trop pesant ce qu'ils ne porteraient pas pour des Espagnols* Dans tous les endroits où ils passent, les corrégidors sont sans cesse obli^ gës d'avoir la balance à la main » pour voir si leur charge ne pèse pas deux ou trois livres de plus, et pour faire oter l'excédant. Cela n'arrive pas lorsque ce sont. des Indiens qui les ont chargés ; qu'ils portent peu ou beau* ctup, on les laisse passer sans difficulté. Il en résulterait de grands désagréments si l'on agissait autrement. Je suis fort étonné que le licencié Sandoval » qui a résidé si longtemps dans ce pays, où il a exercé l'emploi de visiteur général, qui lui-même a fait porter des fardeaux à beaucoup d'Indiens d'ici à la Verra-Cruz , et de cette ville à Mexico qui, est ta route la plus, fréquentée du pays, et qui ne pouvait pas faire autrement , n'ait pas dit à sa majesté , à messieurs les prési-
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dents et aux auditeurs du conseil, qu*il est impossible d'observer à la « lettre cette ordonnance*
Les dispositions que sa miyesté et messieurs dn con$eil ont prises sont saintes et justes , mais Ton ne peut nier que par ces nouvelles lois sa majesté a ruiné le Pérou i et que bien des choses seront changées à la Nouvelle- Ëspi^e. Avec ces ordonnances sur les pres^ tationspersonnellesdesludiensetlestamemes»
on a ruiné leGuatimala, et par ces mêmes lois on améliorerait Fétat de la Nouvelle-Espagne» si nous savons en tirer un bon parti ^ et les appliquer comme il faut» et dans des circonstances opportUnes?^e ne puis cacher mon déplaisir d'apprendre que son altesse et messieurs du conseil pensent que je sois si négli-^ gent à remplir mon devoir de vice-roî et de gouverneur , et assez faible pour ne pas faire exécuter la justice , punir les crimes , et man* quer à ce que je dois. Ce que Ton souffre dans ce pays-ci est extraordinaire : si un moine ou
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deux se présentent au chapitre, et disent qu'ils ont rencontré des tamemes qui avaient le pied enflé 9 et qu'un Espagnol leur a fait faire double journée ou les a chaînés contre leur gré ( faits particuliers que Ton punit quand on les connaît , et l'on ne trouvera pas que Ton ait caché aucun délit de ce genre qui concerne les Indiens , ou qu'on l'ait laissé impuni ) ; on écrit que c'est général. Je dis que , s'il en est ainsi, toutes les ordonnances qui ont paru , et toutes celles que l'on pourrait faire , ne serviront à rien. Que sa majesté nous dépouille de nos charges , qu'elle nous fasse trancher la tète , mais qu'elle ne fasse pas des lois qui , si on les exécutait au pied de la lettre , ruineraient ses revenus et ses sujets , et leur feraient abandonner ce pays, tandis qu'il est nécessaire qu'ils y restent
A l'égard des services personnels, ce ne sont pas les Espagnols cfu'i les ont inventés , c'est un usage si ancien dans ce royaume, qu'on ne se souvient pas même qu'il n'ait point existé.
C'est la base de toute radministration et du gouvernement de cette contrée. Si Ton ne veut pas que les Indiens servent les autres Indiens , ni les religieux , je ne sais pas com^ ment il sera possible de maintenir Tordre qui existe ; et si on le permet à ceux-ci, je ne vois pas le mal qu'il y aurait à ce que les Espagnols en profitassent comme les autres. Prétend-on que le genre de prestations qu'on leur impose sont plus pénibles? Je dirai qu'on y a pourvu, ainsi que le prouvent les ordonnances, et qu'on ne doit pas refuser aux uns ce que l'on accorde aux autres. Si l'on objecte que le mal consiste dans la multitude des gens que l'on occupe, on peut répondre que Ion a taxé ces services personnels, et en efiet l'excès était devenu si grand , que si on ne L'avait pas fait il ne resterait plus un Indien.
Sa majesté dit bien que l'on louera les Indiens, mais elle n'indique pas combien on pourra en louer; cela dépendra, dit-on, du corrégidor,du religieux , du cacique ou chef ; cela
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dépendra de rintimité que l'on entretiendra avec la personne chaîne de cette affaire » ou de Fargent qu'on lui donnera ; tandisqu'avant, au contraire , on prenait en considération la qualité et la fortune des personnes ; et il était de règle que^ quand même on aurait eu cent mille Indiens , ils ne devaient pas fournir des prestations au delà de la taxe. Aujourd'hui la porte est ouverte aux abus; les Indiens se* ront plus malheureux que jamais » et il finira par n'en plus rester. Lorsqu'on ne les payait pas on ne prenait point garde an travail qu'As faisaient ^ taudis qu'à présent il est certain que celui qui les payera les fera travailler» Pour y remédier n'est-il pas nécessaire qu'un inspecteur reste dans chaque habitation. Si l'on permet de louer les Indiens , et de les faire travailler comme ils voudront, il est bien en^ tendu que fort peu, et même aucun d'eux, ne se loueront, c'est l'opinion générale, et elle sei^ approuvée par ceux qui disent qu'il y a ici une foule de fainéants ; les caciques et les chefs
prétendent même que , la plupart du temps ^ ces gens ne leur oèéissent pas et leur man-»
queqt de respect. Les religieux disent à ce su« jet , qu% s'ils n'emploient pas la discipline ils se conduiraient de même à leur ^ard. Et si cepen^ dant ceux qui ont le gouvernement du pays ne protègent pas les religieux , ce» derniers feront faire peu de progrés à la religion chrétienne. Lorsque l€;,conseil a décidé que Ton taxerait les prestations personnelles , son intention n'a pas été d'ordonner que les Indiens servissent paalgré eux , mais seulement de régler l'affaire de telle sorte qu'ils ne fourni* raient pas pi us deprestationspersonnelles que celles auxquelles ils étaient obligés » et que les personnes à qui ils devaient ne pourraient pas en exiger davantage. Le vice - roi était chargé de taxer ces prestations ; l'avenir apprendra s'il est convenable que ce soient d'autres personnes que lui. J'avais d'abord cru que ce que l'on veut établir était convenable; toutes \m fois que des Indiens ve-
naientme déclarer qu'ils ne voulaient pas être chargés de prestations personnelles, je les en exemptais , et une fois qu'ils eh étaient e^iËtinptés y quand bien même ils venaient me dire qu'ils étaient disposés à fournir ces prestations, je ne voulais pas y consentir, car je soupçonnais qu'ils avaient été contraints à faire cette démarche. Lorsque sa majesté m'envoya une ordonnance par laquelle ^lle me prescrivait , si je le trouvais bon , de donner l'ordre que tous les Indiens du voisinage des mines y travaillassent , je ne voulus prendre aucenenouvelle disposition , pensant que c'était inutile , parce que cela ne plaisait pas à ces Indiens. Je ne dirai pas combien il est préjudiciable aujourd'hui plus que jamais de dégrever les Indiens de ces prestations , à cause du grand nombre d'esclaves qu'on a mis en liberté, et que l'on affranchit tous les jours. Les nègres sont si chers qu'il n'y a pas de fortune qui permette d'en acheter. Les troupeaux ne sont plus gardés; les plantations se négligent; on
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abandonnera la culture de la soie ; toutes les habitations que Yçn a formées vont dépérir ; et si l'on veut absolument obliger de louer les Indiens , je regarde comme accomplie la prophétie du père Domingo de Vetancos , et rien ne sera plus favorable à son accomplissement que cette mesure.
Nota. Au haut de ce rapport et de la main du vice-roi don Luis de Velasco , on lit cette phrase : Cet avis m'a été donné par le vice-roi don Antonio Mendoza , sur les services personnels et les charges des tamemes.
Simancas divers. Vu le 12 juillet 1783.
MUNOS.