‹ Recueil de pièces relatives à la conquête du MexiqueChapitre 22 sur 27 · MÉMOIRE · texte numérisé non relu

MÉMOIRE

DES SERVICES RENDUS I^AR LE GOUVERNEUR DOV FBAirCZSCO BE ZBABAA

PENDANT LÀ CONQUÊTE ET LÀ COLOTfISATION Qd'tL Jl FAITES

DANS LES PROVINCES DE COPALA , DE LA NODYELLE-BISCATE ,

DE CaïAMETLA , ET EN DÉCOUYRàNT DES MINES.

Eitrait des engaétei instraitef d'otBoe à la requête dudit gooTerneur^

et présentées au conseil en 1574.

€opala y NonTeUe-Bisoajre et Chiametla , année 1 554 et luitantet.

Pbsmijsremeut , ledit gouverneur partit des mines des Zacatèques en i554 pour entrer dans l'intérieur, et découvrir de nouvelles terre$, de$ villages indiens ainsi que des mines inconnues. Pour cette expédition^ il emmena avec lui un grand nombre de sol* datSy dépensa une forte somme en armes, chevaux, esclaves, nègres, vivres, biscuits,

moutons et beaucoup d'autres choses nécessaires qu'il emporta pour lui et pour ceux qui l'accompagnaient. Ce gouverneur et ses gens découvrirent d'abord les mines de San- Martin , de Saq-Luc , d'Avino et beaucoup d'autres qui sont dans, le district, et desquelles on a tiré et Ton tire encore une grande quantité d'firgent. Le produit de ces mines a augmenté les richesses de sa majesté , outre plus d'un million de pesos d'or qu'on en a tiré. Don Francisco Ibarra en a découvert beaucoup d'autres dans la juridiction de San-Martin , telles que celles del Sombrereto , de los Ronchos , de los Chalchiutes et de las Nieves. On y trouve beaucoup de métaux excellents et des usines. Telle en est la richesse , que si les mineurs avaient assez de mercure à bas prix, on en tirerait encore beaucoup plus d'argent , et le trésor y gagnerait considérablement. Aussitôt que le gouveraeur Jes eut ^découvertes , il y établit des habitations et il y résida longtemps, car

Dt MEXIQUE. 369

les Indiens des environs étaient en guerre contre nous. Il s'employa avec zèle pour soutenir cette colonie et pour l'augmenter , ainsi que celles de sa juridiction. Il acheta des arômes , exposa ses chevaux , et même sa personne. Dans toutes les expéditions que Ton entreprit pour soumettre jes naturels, il em^ mena un nombre considérable de soldats , il emporta des vivres et les autres objets nécessaires pour eux et pour lui. Persuadé du ser<^ vice important qu'il rendrait à la cause de Dieu et de sa majesté, en favorisant l'exploitation et la colonisation de ces mines , il entretint chez lui f et il nourrit à sa table , un grand nombre de soldats qui s'y rendaient , et pour les empêcher de s'en aller il leur donna de l'argent, des armes, des chevaux, tout ce dont ils avaient besoin , ce qui empêcha la troupe de se débander , et les naturels de venir ruiner ces mines. Le gouverneur et ses gens firent de nombreuses incursions

dans les environs, afin de soumettre les na- 10. ^4

turels qui étaient en état d'hostilité, et de s'opposer aux dommages qu'ils auraient causés si les troupes n'avaient pas été réunies en corps prcs de ces mines.

Depuis les Zacatéques, et plus loin, il n'existait aucun village espagnol avant que le gouverneur n'y fut parvenu en i554. A compter de l'époque où il est entré chez ces Indiens on a fondé un grand nombre de colonies jusqu'aux mines de Santa-Barbola , c'est-à-dire à plus de cent lieues de là. Tel est le résultat des découvertes et des expéditions entreprises par le gouverneur. Plus loin encore il a découvert et colonisé d'autres villages sur la côte de la mer du Sud. Ce pays entier a été mis parle gouverneur dans l'état où il est aujourd'hui ; toutes choses qu'il a enti'eprises en exposant sa fortune et ses jours , et il en est résulté un grand avantage et une grande utilité pour les pays compris entre les Zacatéques et les mines de San-Martin , c'est-à-dïre sur une distance de trente lieues. La^colonisation des mines de

San-Martin est cause que Ton a établi , pour les bètes à cornes et à laine , beaucoup de pâturages qui rapportent de grands produits.

Les mineurs , les laboureurs et les colons qui élèvent des bestiaux y font bien leurs affaires.

Francisco de Ibarra a découvert aussi les mines de Fresnillo, qui ont fourni et qui fournissent encore beaucoup d'argent Dans tout ce qu'il a entrepris , il s'est attaché à remplir son devoir envers sa majesté. Il a dépensé de ses deniers toutes les sommes qui étaient nécessaires ; et ces sommes étaient considérables en raison du prix excessif des vivres. Il a exposé sa personne, car c'est un pays nouvel lement conquis , et dont les naturels sont nos ennemis. U a pensé périr dans la vallée de Guadiana pendant une escarmouche , ou rencontre qu'il eut avec des Indiens ennemis ; il y fut sérieusement blessé d'une flèche et resta fort longtemps avant de se guérir.

Pendant que le gouverneur résidait aux mines de San-Martin, après les avoir colo-

iiisées, et soumis les Indiens des environs, il y arriva des religieux de Saint-François, avec une mission du vice-roi qui gouvernait alors la Nouvelle-Espagne, et Tordre de découvrir des villages indiens de Finterieur, d& prêcher le saint Evangile, de convertir ces naturels à notre sainte religion catholique. Aussitôt qu'il eut connaissance de la mission de ces frères et du sujet de leur voyage, pensant que, s'ils allaient seuls, ils pourraient courir . de grands dangers , le pays n'ayant pas été conquià et les naturels étant en guerre , il rassembla un certain nombre de soldats , se mit à leur tête , fit les frais nécessaires , accompagna ks religieux dant Fintérieur, où ils découvrirent la vallée de San- Juan, le Rio de las Nacas (i), et les villages indiens qui étaient près de là.

A la même époque, c'est-à-dire il y a dix ou douze ans , les naturels de la vallée de

(i) Probablement de las Yacas.

San- Juan et de la province de ce nom s'insurgèrent, tuèrent un grand nombre d'Espagnols et dlndiens , et commirent tant d'excès , que ks territoires voisins ^ colonisés par des Espagnols « furent sur le point d'être abandonnés. Le gouverneur, voulaût éviter ces malheurs 9 mettre un terme aux massacres commis contre les Espagnols, éviter que ce pays colonisé ne fût abandonné et travailler à sa prospérité y rassembla un certain nombre de soldats, et se rendit dans le pays insurgé avec les deux religieux pour marcher contre les Indiens qui commettaient ces excès. Il les atteignit, les pacifia et las engagea à s'établir dans l'endroit où est aujourd'hui la ville del Nombre de Dios. Depuis cette époque , ces naturels n'ont cessé de vivre en paix , sans qu'il soit arrivé aucun malheur; ils sont trai^ quilles , et en si bonne harmonie avec les Espagnols, qu'ils leur rendent des services.Us viennent à la ville de bonne volonté , et on leur paye leur.travail. Votr^ majesté en a retiré un

374 GONQuin

grand avantage, car, avant que le gouverneur n'entrât dans la ville del Nombre de Dios , il n'y avait aucune maison habitas par des Espagnols, et les naturels étaient en guerre; c'est grâce à la sollicitude et au zèle du gouverneur qu'ils se sont soumis.

Le vice-roi et l'audience royale de Mexico ayant appris le grand sa^vice qulbarra avait rendu à la cause de Dieu d; de sa majesté par la découverte et la conquête de cette ville et de son territoire, persuadés, d'ailleurs, qu'il se rendrait encore plus utile par l'avenir, et s'appuyant d'une m*donnance de sa majesté, le nommèrent gouverneur de tout le pays, au delà des mines de San-Martin , et Tautorisèrent à pénétrer dans Fintérieur pour découvrir de nouvelles contrées, des villages in* diens , des mines d'or , d'argent « de mercure et d'autres métaux. Il reçut pour cela des let* très et tous les pouvoirs nécessaires. Francisco Ibarrafut nommé gouverneur en iSôa. Bientôt après il entra dans l'intérieur du pays à la

DU MBXfQTfS. 375

tête de Tarmée qu'il conduisait à ses frais pour le service de sa majesté. Il se rendit dans l'endroit où est fondéeaujourd'hui la ville del Nom • bre de Dios. Il engagea les Indiens à s'y fixer. Cette ville est dans l'intérieur, à neuf ou dix lieues d€S mines de San-Martin, du côté du nord ; il en traça lui-même les limites ^ posa la première pierre , nomma au nom de sa majesté les alcades , les régidors et les autres officiers du gouvernement de ladite ville » les investit du pouvoir d'en nommer d'autres à la fin de l'année , et leur donna des instructions pour bien remplir leur devoir , et pour exercer leurs charges comme il convenait au service de Dieu et de sa majesté. Le gouver-^ neur est le premier qui ait institué des officiers dans cette ville pour l'administration de la justice royale au nom de votre majesté ; c'est à lui que l'on doit la fondation de la ville del NombredeDios, qui sera fort utileau service de Dieu et de votre majesté. Cette colonisation a été très-avantageuse, et l'on pense qu'elle devien-^

376 cmiQvÉn

dra très-profitable à toute. cette contrée, aux colons et aux naturels ; car beaucoup d'Espagnols qui étaient sans travail et sans moyen d'existence s'y sont établis. On leur a donné des terres qu'ils cultivent , et des pâturages dans lesquels ils élèvent des troupeaux qui fournissent à leurs subsistances. Cette ville est bâtie au milieu d'un excellent territoire, couvert pour la plupart de champs faciles à arroser, très -fertiles, et qui donnent des fruits en abondance. Il a découvert dans les environs les mines de Santiago, qu'il a colonisées; il y réside des Espagnols. On en a retiré une grande quantité d'argent, et l'on espère en retirer beaucoup , ce qui augmentera les revenus de votre majesté. La fondation de la ville del Nombre de Dios, outre les avantages déjà cités , est cause que Ton a continué l'exploitation des mines qui avaient été déconvertes antérieurement. Le blé, le maïs, qui servaient à la nourriture des colons , devaient être transportés sur des charrettes {de acarreo )

à plus de cent trente lieues de là ; il fallait les acheter à des prix excessifs , et les consommateurs ne pouvaient supporter ces dépenses.

Aujourd'hui les vivres sont à des prix trésmodérés, à cause de Fabondance du froment et du maïs que Ton récolte dans les environs. Non-seulement les approvisionnements pour ces mines se font à bon marché , mais encore les cultivateurs transportent leurs produits de la ville del Nombre de Dios aux mines de San-Martin , des Zacatéques, du Sombrerto»

RahchoSyChalchuites, Nièves, et Fresnillo, qui toutes sont habitées par des Espagnols , et votre majesté en a retiré des avantages. Le gouverneur a rendu un grand service à la cause de Dieu en fondant cette ville , car il existe un couvent de frères franciscains qui ne l'ont jamais quitté. Ils administrent les saipts sacrements , célèbrent les offices divins aux heures prescrites , s'emploient avec toute la sollicitude possible à convertir et à instruire les naturels dans notre sainte religion , à les enga-

ger à vivre eu chrétiens , et honnêtement ; de sorte que presque tous demeurent dans des demeures fixes , vivent tranquillement» assistent aux offices divins , suivent les instructions , se conforment aux lois ; toutes choses dont le gouverneur est l'auteur par son zèle ardent y et par l'emploi de tous les moyens né^ cessaires.

Après avoir colonisé la ville del Nombre de Dios y découvert les mines , soumis les naturels, et les avoir convertis , le gouverneur reconnut le premier , et colonisa les mines d'Avifio et celles du nouveau royaume de Galice.^ II emmena pour cela un grand nombre de soldats à ses frais ; il y acheta des mines , y étar blit des ateliers pour piler le minerai et le fondre. Cet achat et cet établissement sont la seule cause de l'état florissant de cette colonie, pendant que les naturels étaient en guerre y d'autant plus que les vivres y étaient à un prix excessif, ces établissements se trouvant le plus éloignés^ des mines des 2^catèques^ à

DU MBXIQDE. 379

cause des guerres dés naturels du voisinage, ce qui faisait que les colons de ces mines n'auraient pas pu sy maintenir, et qu'ils Toulaient les abandonner. Malgré tout cela le gouverneur soutint ces établissements sans en tirer du profit f et même il dépensa de l'argent pour l'entretien de sa maison et des soldats. Il continua d'y résider et soumit les naturels qui sont en paix aujourd'hui. Ils ne commettent plus les excès auxquels ils se laissaient aller lorsqu'ils étaient en guerre ; au contraire , ils travaillent de très-bon cœur dans les établissonents des Espagnols , et on leur paye leurs travaux. Aujourd'hui , grâce au gouverneur , les vivres y sont à très-bon mardié, comparés à ce qu'ils coûtaient d'abord. On payait une fanègue de maïs douze pesos, et la farine vingt pesos le quintal ; aujourd'hui le mais ne vaut qu'un pesos et demi ou deux pesos, et le quintal de farine trois ou quatre pesos. Pour que les mines d'Avino ne fussent pas abandonnées, et pour que la colonisation fût conservée.

malgré la cherté des vivres qui existait à cette époque , le gouverneur acheta une mine riche y permit à tous les colons espagnols et in^ 4iens qui habitaient dans la colonie de Yexr ploiter librement, etd en retirer tout le minerai et l'argent qu'ils voudraient avec ses gens et ses serviteurs. En vertu de cette permission libérale ils l'ont exploitée, et ils en ont retiré plus de huit cent mille pesos sans que le gouverneur retînt aucun profit. La découverte et la colonisation de ces mines a continué à être utile; on les a conservées, et on les conseryera encore. Il a cherché par tous les moyens qui ont été en son pouvoir à attirer, dans la colonie de ces mines des personnes de qualité et riches; plusieurs ont cédé à ses instances, ce qui est cause que l'on a retiré , et que . Ton retire encore, une grande quantité d'argent ; le quint de votre majesté en a été augmenté considérablement; car depuis fort longtemps que ces mines ont été découvertes , on en retire huit cent mille marcs d'argent par semaincv

DU MEXIQUE. 3fil

Pendant que le gouverneur l'ésidait.dans la vallée de Sau-Juan , avec ses gens et son armée qu'il entretenait depuis i563 , il expédia Aionso Pacheco, son capitaine^ à la tète d'un certain nombre de soldats , pour qu'il allât fonder dans la vallée de Guadiana une ville que Ton appelle Durango; il lui signala l'endroit où elle devait être construite. Lorsque ce capitaine partit avec ses soldats , il leur donna un grand nombre de vaches , de moutons , de chèvres y de mais , de farine, de poudre, et d'autres objets qui leur étaient nécessaires pour vivre pendant qu'ils établiraient cette colonie , et jusqu'à la récolte. Deux ou trois mois après le départ du capitaine Aionso Pacheco , le gouverneur partit avec des soldats

pour se rendre dans la vallée de Guadiana , et * il organisa l'administration municipale de Durango. Il choisit et nomma au nom de sa ma* jesté les alcades , les régidors pour rendre la justice et pour exercer la police ; ce furent les premiers qui y résidèrent. Cette ville est bâtie

dans uoe fort bonne situation , et au milieu d'un excellent territoire. Le pays est très*sain ; on y trouve beaucoup de champs bien arrosés et très-fertiles ; on y récolte en abond^ÛDce du blé , du mais et d autres graines. Il y a de nombreux pâturages pour les bêtes à cornes, et les moutons qui multiplient considérable* ment; beaucoup de grandes rivières, des fo« rets , des prairies pour les troupeaux , et en si grand nombre , qu'il n'existe pas à la Nou* velle-Elspagne de ville qui en ait d'aussi beaux et d'aussi vastes. La colonisation de Durango a donc été très-favorable aux Espagnols qui s'y sont établis , et aux mines qui sont dans les environs. Avant qu'on ne la fondât, et qu'il n'y eût des cultures , la farine et le mais coû-

taient des prix exorbitants dans les mines et dans le district de San-Martin. Un quintal de biscuits se payait cent pesos ; une fanègue de mais quarante-huit à cinquante pesos : aujourd'hui le maïs se vend dans ces mines un pesos et demi la fanègue , et la farine trois

pesos le quintal ; c est le prix ordinaire. On se procure ces vivres à Durango et au Nombre de Dios, en raison de la quantité que récoltent les colons de ces deux villes. Il en est de même du prix des moutons , des bestiaux et des autres vivres. La colonisation de la ville de Durango a donc été fort utile , puisqu'en la fondant les Indiens du voisinage ont été pacifiés; ils habitent des demeures fixes , et ne se livrent plus aux excès qu'ils commettaient; ils s'habillent , et ne sont plus nus comme ils Tétaientautrefois ; ils vivent honnêtement, se rendent aux instructions et aux offices divins , et travaillent de bon cœur dans les établissements des Espagnols. Tout cela est le résultat des entreprises que le gouverneur a fiiites à ses risques et périls. Il a aidé et protégé les colons de Durango pour les engager à s'y fixer et à coloniser. Il a travaillé à la conservation de cet établissement et à son augmentation , en leur fournissant tous les objets dont ils avaient besoin pour cela , tels qu'une grande quantité

d'étofiFes , de boyaux , de barreô de fer , de hachés, pour qu'ils les donnassent aux naturels qui les aideraient à construire des maisons et à ouvrir des canaux pour conduire de l'eau dans la ville et arroser leurs terres et leurs jardins.

Quand Francisco Ibarra eut colonisé la ville de Durango et pacifié les Indiens de la vallée Guadiana , il enrôla, en vertu de ses lettres et de ses pouvoirs , une nouvelle troupe dans les mines des Zacatèques , de San-Martin et dans d'autres endroits, et il se rendit à leur tête dans la vallée de San-Juan, qui est plus dans l'intérieur que les mines de San-Martin et d'Avino. Aussitôt qu'il y fut arrivé il passa sa tri^upe en revue et vit qu'il avait cent trente soldats , tous bien pourvus de chevaux , d'armes, de cottes et de cuissards de maille, d'arquebuses , de casques , de lances , de boucliers et d'armures pour leurs chevaux. Il nomma au nom de sa majesté les officiers du gouvernement, des capitaines, des juges, sous

lesquels il mit les soldats qui l'avaient aecompagné » et il déposa dans le camp un nombre considérable de cottes de mailles ^ d'arquebuses , de selles pour les chevaux , de lances , de chevaux et d armures de coton pour les dits , une grande quantité de poudre et de imunitions , toutes choses achetées à ses frais pour que ses soldats fussentbien pourvus pour le voyage. Tandis que le gouverneur était avec ses gens dans la valléç de San-Juan , et qu'il songeait à la direction qu'il devait prendre; il fit conduire, dans son camp un grand nombi^e de charrettes et des convoie de che* vaux chargés de farine, de mais , de biséuits , de lard , dé fromage et d'autres vivres pour l'approvisionnement de troupes. Il ordonna de faire deux tas , l'un de mais ^ l'autre de farine , afin que les soldats prissent ce dont ils avaient besoin pour leur nourriture , pour celle de leurs gens , de leurs chevaisx , et qu'ils en emportassent pour l'intérieur: chacun d'eux

en prit autant qu'il voulut, tout cala aux frais 10. ^5

386 conqdAte

du gou vet>neur , et pei^sonoe ne les taxa «t né détermina ce qu'th devaient prendre. Il eai* mena aussi pour <;e voyage un grand nombre de vaches , de moutons et de cbévres, afin de nourrir ses gens pendant tout le temps de leur sëjour dans la vallée^ pendant l'expédition et jusqu'à la saison des pluies , époque où Far^^ mée revint hiverner. Tant que la saison de l'hivernage dura , ils vécurent au moyen de ces troupeau^ , chaque homme prenant lîlurement la quantité de mouton et de bcàuf qu'il voidait, sans que le gouverneur les litnitàfceia aucune façon. Outre tout ;oe que nous avpua énuméré , le gottverneur emmena encore e^Qt dix chevaux de main ou de cb^ge pour sopi service , eH pour pointer les vivres et les^aiMpres oJbjeta nécessaires à l'armée ; un grand w>ni^ bre desn^resy de n^resses , d'eaclai^esi, dUOr diens et d'Indiennes qu'il avait à soiGt swvke>» pour préparciir ees re|ias^ et ceux des soUleits qui vivaicixt à ses foaàs. Il avait emmeiié trois religieux jde IWdre de SaiiitnFrattfi>i8^pour cé^

bu llBXIQUE. 3Sj

lëbrier les ofiBces divins , administrer les saints sacrements et travailler à la conversion des naturels, tout cela pour faire la découverte des nouvelles contrées, des villages dlndiens et des villes.

Il reconnut pendant ce voyage Endes et San-Juan. Aussitôt que ces découvertes fu« rent faites , il fut contraint de ramener sou armée à l'endroit où elle devait séjourner pendant la saison des pluies qui était arrivée. Le pays était désert; les guides que Ton avait em^ menés s'étaient enfuis ; ces raisons rengagèrent à battre en retraite. Il apprit qu'il y avait de grands villages dans un pays de montagnes plus éloigné; il prit trente soldats, laissa le reste de l'armée continuer la retraite, et s'en alla à la recherche de ces villages. Il découvrit quelques peuplades indiennes, nommées Topia , souffrit pendant la route de grands maux et des peines excessives, et fut forcé de franchir de hautes montagnes très-escarpées, où l'on dut souvent mettre pied à terre sans

388 gonqdAte

pouvoir se servir des chevaux. Les vivr»

étant venus à manquer, le gouverneur se trouva dans unte position si difficile , qu'il fut obligé de faire tuer des chevaux et de les manger. Il en vécut pendant plusieurs jours , jusqu'à ce qu'il eût regagné sa troupe où il l'avait laissée pour hiverner. Quelques jours après, c gouverneur Francisco de Ibarra expédia le capitaine Rodrigo del Rio et des soldats aux mines d'Ëndes pour s'y établir et les coloniser : il mit à cette affaire tout le zèle possible , n'épargnant aucune espèce de sacrifice. Il leur fournit à ses frais un grand nombre de vaches ^ du mais pour se nourrir pendant leur route et lorsqu'ils seraient arrivés aux mines : ces ordres furent exécutés , et les mines. d'Endes sont aujourd'hui colonisées. On en a retiré , et l'on en retire encore , beaucoup d'argent ; le trésor public et les domaines royaux y ont considérablement gagné ; et cette colonisation a été fort utile à la Nouvelle-Espagne; car beaucoup d*Espa-

gnols s y sont rendus pour coloniser et commercer. Non-seulement ils ont rétabli leurs affaires , mais ils ont fait de gros bénéfices , car ces mines sont tréarriches : ils y possèdent des mines, et ils y ont des établissements.

. Après la colonisation des mines d'Endes et la pacification d'un grand nombre de naturels , le gouverneur donna ordre au capitaine Rodrigo del Rio d*emmener plusieurs soldats Qvec des vivres et d'autres objets nécessaires ,

comme il levait. j^it pour les mines d'Endes , et d'aller coloniser celles de Santa-Barbola et de San-Juan , qui sont dans le gouvernement de la Nouvelle-Biscaye, à vingt lieues au delà des mines d'Endes; c'est la partie la. plus reculée du Mexique qui soit colonisée aujourd'hui par les Espagnols. Ce capitaine, ayant donc reçu du gouverneur les gens, les vivres et les objets nécessaires , découvrit par son ordre et colonisa les mines de Santa-Barbola et de San-Juan , dont on a retiré une grande quantité d'argent ; le minerai y est

390 CONQOÉTB

fort riche. Outre l'argent qu'elles produisait ,

on y trouve aussi beaucoup de plomb que

Ton transporte jusqu'aux mines des Zacatè-

ques, et dans beaucoup d'autres du nouveau

royaume de Galice : il sert à afiBner l'argent.

Aux mines de Santa-Barbola et à celles de San-

Juan , qui sont à trois lieues les unes des an*

très, on a construit beaucoup d'usines, poui^

broyer le métal, pour le fondre , et pour l'affi*

ner.Si dans ces dernières, comme à Endes, il y

avait assez d'Indiens et de mineurs pour affi-»

ner l'aident et le minerai , on en retirerait une

quantité bien plus considérable ; car elles

sont très^nombreuses et très-riches en toutes

sortes de métaux. Un grand nombre de colons

espagnols en retirent de gros profits , et bien

ff

des gens qui s'y sont rendus ont fait fortune. Cette découverte et cette colonisation ont été d'une utilité générale à toute la Nouvelle- Espagne et à la llfouvelle-Galice , en raison des intérêts que les colons et les habitants y ont. Les revenus de votre majesté y

DU KBUQqS;. 391

odt gagné 6l y gàgneronb eBcore beaucoup ^ parce que le nombre destColQoa augmente > et que cea mines sont trèsrDiiîbes^eii minerais qui donnent de l'argent trés-^fia et en abondance. A rëpoquc' où le gouverneur i^evint biverner dans la vallée de Sau-^Juan ^yec sa troupe, à la saison des eaux , comme le pays où ils arrivéirent était inh^itable^et que le^ guides s'étaient enfuis , il fut forcé de construire une maison fi^tifîée pour s'y renferma avec ses soldats. U envoya chercher des vivres aux mines de S^n-Martiu et dans d'autres endroits; on lui expédia sur-le-cbamp un grand, nombre de charrettes chargées de mais, de faripe, de lard) de biscuits , de fromagi et d'autres objets nécessaires poup nourrir les soldats. Tout le temps que le gouverneur hiverna il fournit aux soldats, ainsi qu'à ceux qui allaient et venaient, tout ce dont ils eurent besoin ; de sorte qu'à moiii& d'être dans une ville , ils ne pouvaient être mieux. Pendant ce séjour les iiatureUse soulevèrent, tuèrent plus de quatre

393 oonquAte

cents chevaux et mules , dont une grande partie appartenait au gouverneur. L*hiver étant passé il rassembla autant de soldats qu'il put, et il se prépara de nouveau à partir. Il compléta ses provisions , prit de nouveaux chevaux , des armes , des vivres , de la poudre et tout ce qu'il lui fallait. Il en distribua beaucoup aux soldats ; leur donna des chevaux , des armes , des équipements , de la poudre , tout ce qui était nécessaire pour le voyage; et les ayant ainsi pourvus, il partit à leur tête pour gagner la province de Topia.

Il traversa de grandes montagnes très^sauvages, où il sou£Prit beaucoup , lui et ses gens, à cause de la nature du pays. Ils s'ouvraient eux-mêmes des chemins à travers des montagnes inhabitables. Pendant cette route il tomba tant de neige , et les froids furent si excessifs , qu'ils se virent tous sur le point de périr , et il y eut des nuits où Ton perdit quarante che« vaux qui furent gelés. Le froid était si grand, que, lorsque les chevaux arrivaient au camp.

quelques eBbrts que Voii fît , ou ne pouvait les empêcher de se jeter au milieu des feux que, les soldats ayaieiit allumés ^ de sorte qu*ils tombaient morts à l'instant , il y eut . même un cheval complètement gelé. Quinze jours après on le trouva sur ses pieds , et sans qu'il lui manquât rien.

Après avoir souffert tous ces maux, le gou* verneur arrivai dans I9 province de Topia. Les naturels lui résistèrent , mais il fit tout ce qu'il put pour tes engager à accepter la paix , et il y paryînt ; Farmée s'y établit. Le gouverneur laissa un certain nombre de soldats , et se dirigea avec le reste vers la province de, Sinaloa. Quand il y fut parvenu , il pacifia les naturels, et leur dit quel était le but de son voyage. Il colonisa une ville nommée Saur Juan de Sinaloa, et y établit des Espagnols.

Elle est peuplée aujourd'hui d'une grande quantité de naturels très-riches en mais, en haricots , en coton et en beaucoup d'autres produits. Aussitôt qu'il eut fondé cette ville ,

il etaVoya à Guliacan un grand ribnibré de vaéhes, de chèvres, de cochons et d'àufires ehbses utiles pouf être distribuées auîc colons. Il expédia dans cette Ville Antonio dK Bëtanios , son mestre de caitap , poùf lîheWJhter uwe g;rande quantité de draps , de toiles , d^ehaus^ sures et d'autres objets pour les âoldâ^ Le mestre de camp , étant dé^ retour, remit ces objets au gouverneur qui les dôrtba âuic tol^ ^ats : toute cette dépense |ut fkite à ses ftwsv Cette colonisation et la {tocifiôatiéh des naturels ont été très-profitables au service de Diett et de sa maje^é; car il y a maintenait dans cette province dtesreKgieti* de l'ôHi^rë deSaintï'ratiçois qui baptisent les naturels et tesîtfâtruisent danis Irf foi ; jusqu'à présent c'est la colonie lia plus avancéêdé l*NouVéllé^E^agne; la population y est considérable.

Après ces exjpéditions , céS colonisàlâbns et ces découvertes , le gouverneur se rendit AttS là province ëé Ghiametla, qui est située vers lé ntiM. II y fonda la ville de San-Sebastiân ,

DU MBXIQVB. S95

recruta des soldats , se |M3urvut de rivres et de tout ce dont ils avaient besoin pour pénétrer dans Tintérieur ^ afin de reconnaitre les nouVellcîs teeres et les villages des naturels. A partir de cet endroit il s^avança jusqu^à trois ' cents lieues , et il vit de grands villages dlndiens habillés qui possédaient beaucoup de mais, et d'autres vivres; de grands territoires fertiLes propres à la culture du froment , du mais f et autres semences , situés dans des en^ droits que l'on pouvait fiicilement arroser au inoyen des rivières du voisinage* Ces gens ha^ bitaient un grand nombre de maisons couveiv tes en terrasses: mais il fut forcé 4c battre m retraite , car le pi^s était fort éloigné de la Nouyelle^Espagne et des établissements des Espagnols. 11 avait trop peu de gens pour pouvoir coloniser dans cette contrée : les naturels étaient tous soulevés ; ils avaient des plantes venimeuses, avec lesquelles ils empoisomiaient leurs flèches ^ et les blessures étaient si dangereuses, que tousceux qui furent atteints môUt.

396 GONQUiTE

purent. II soutint de nombreux combats contre les naturels, et plusieurs fois il se trouvèrent, lui et les siens , exposés à être tous massacrés. En battant en retraite il traversa une chaîne de montagnes très-escarpées qui avaient plus de trente-cinq lieues. Il y trouva des torrents grossis y qui lui firent courir de très-grands dangers , ainsi qu'à ses soldats. Pendant plusieurs jours ils ne vécurent que d'herbes et de la chair de leurs chevaux, qu'ils tuaient pour vir vre , n'ayant ni blé , ni mais , ni aucune autre espèce de nourriture , de sorte qu'ils se virent sur le point de périr. Ils furent plus de quarante jours dans cet état , ne vivant que de viande de cheval , sans sel , et sans aucun autre aliment. Pendant tout ce voyage le gouverneur remplit les devoirs d'un bon chef ; il encouragea ses soldats , les aida à supporter leurs besoins et leurs peines , et leur procura toutes les consolations qu'il était humainement possible de leur donner dans de pareilles circonstances. Pendant toutes ces fa-

DU MEXIQUE. 39 jf

ligues /ces attaques et cette miséi^, il ne se traitait pas mieux que les soldats qu'il commandait. Toutes les dq>enses se fail^iént constamment à ses frais.

De retour dans la province de Sinaloa, lé gouverneur s'occupa du service de Dieu et de sa majesté; il travailla à la propagation' de la religion catholique. Voulant augmenter les états de sa majesté , il apprit qu'il était nécessaire de colonber la province de Chiametla , et que sa majesté en avait recon^mandé la conquête au docteur Morones j auditeur de l'audience royale de la Nouvelle*Galice, qui était resté longtemps sans l'entreprendre , parde que sa majesté ne lui avait pas accordé trente ou quarante mille ducats pour supplément des frais de cette conquête. Le gouverneur Francisco de Ibarra , ayant appris que le docteur Morones était mort et qu'il n'avait rien fait pour cette conquête, rassembla les cavaliws qu'il crut suffisants, et partit delà province

de Sinaloa pour celle de Chiametla, qui en est

398 QDlfQDÉTB

éloignée de cent lieues environ. H fut exposé en route à de grands dangers , et faillit perdre la vie. C'était dans la saison des pluies, il rencontra de grands marais , et lés rivières étaient si grossies qu'il fut forcé de les traverser sur des ladeaux , et de se défendre contre les naturels qui l'attaquèrent à son arrivée. Le gouverneur et sa troupe se trouvèrent fort exposés ; cependant il pacifia cette province y et il y peupla une ville d'Espagnols. On a trouvé dans cette contrée un grand nombre de mines d'argent , ou de!S Elspagnols se sont établis, et deux entre autres où il a fondé un grand nombre d'usines pour piler le minerai et pour le fondre; on en retire beaucoup d'argent, et elles en procureraient plus encore s'il y avait assez de monde pour les exploiter* Le gouvernem* a apporté un grand zèle dans cette afiaire tcomme dans toutes les autres; il en est résulté d'impoitants avantages pour le service de Dieu et les revenus du roi.

Le gouverneur Fraïiciaco d'Ibarra a servi

Dl} MBXIQOB. 399

votre majesté dans ce pays depuis Tannée 1 554 ^ sans s'être occupé d'aucun autre objet , et sans que votre majesté lui aitaccordé de faveur; aussi est-il pauvre. Il s'est ruiné par les frais qu'il a faits pour ces découvertes, ces colonisations et ces pacifications des naturels ; il a dépensé plus de deux cent mille pesos d'or sans en rien re^ tirer, si ce n'est tous les maux qu'il a soufiertsj il lui est survenu de grandes infirmités ; et sa santé est ruinée , ainsi qu'il appert clairement des nombreuses enquêtes qu'il nous a envoyée».

SIMANGAS.

LETTRE

Page 1