NOM DU CARDINAL CHARLES DE LORRAINE
Renard, 4asche le Roy (1), Il cherra , l'asne doré.
Hardi larron se celé.
Raclé es For de Henry (2).
(1) Collection Rassf de Nobux, guerres civiles'. — Fonds Gaignières , — passim .
(°2) L'anagramme était alors à la mode, et les protestants' se distinguaient dans ce jeu d'esprit, qui demande une profonde malice et des études grammaticales un peu sérieuses. — I.a première de ces plaisanteries dénonce au public l'ambition envahissante du cardinal. — La seconde nous apprend que cet homme, considéré comme un des princes du savoir et de l'éloquence en son temps, n'était qu'un âne doré. — Les deux dernières révélations signalent
à la postérité la cupidité du cardinal et ses concussions : c'est depuis 300 ans le thème sur lequel les gens de révolution exécutent des variations, quand ils ne tiennent pas la clef du trésor. — Le cardinal Charles de Lorraine naquit à Joinville en Champagne, le 17 Février 1524. Il était fils de Claude de Lorraine, duc de Guise, et d'Antoinette de Bourbon. 11 arriva par son mérite très-jeune aux affaires : sous quatre règnes, et dans des temps difficiles, il sut se maintenir au pouvoir ; ce qui n'arrive qu'aux gens de valeur réelle. De là la haine que lui vouèrent les ambitieux de tous les rangs et de tous les cultes. Nous ne ferons pas ici son histoire : notre recueil a pour but de publier seulement les calomnies et les menaces de mort dont les calvinistes ne cessèrent de troubler sa vie. — S'il eut des ennemis mortels, il eut des amis, et après sa mort, l'un d'eux, N. Boucher, publiait à Reims, eu 1579, un éloge des deux frères Charles et François de Lorraine, sous le titre de Conjonction des lettres et des armes. Empruntons-lui le passage suivant:
« Car outre la hayne que les hérétiques ont portée généralement à tous gens de bien, ils en ont voulu spécialement à Charles et à François (de Lorraine) nez sous ceste planète, si ainsi faut dire, ne scay-je quelle, qu'il n'y avoit pour lors aucun ennemy de l'Eglise et du royaume qui ne se confessast estre aussi le leur, qui ne tournast principalement sur eux la hayne , qu'il avoit couceue contre la république et contre tous gens de bien et de vertu.
» Ils brusloient de despit ( de par Dieu ) de voir ces deux frères en honneur, avoir si grand bruit et famé pour leur vertu et estre m si grand crédit et auetorité envers un chacun.
» Ils cognoissoient que Charles estoit fort sage et prudent pour se douter de leur entreprise, et son frère François fort vaillant pour les empescher ; Charles fort aigu, subtil et diligent à découvrir tous leurs desseins et conseils, qu'ils ne faisoient rien, ne remuoyent rien, voire ne pen- *oyent presque rien qu'il n'ouist, qu'il ne vist, qu'il ne congnust, et François, d'autre costé, très puissaut et très expérimenté pour les prévenir et rompre.
>• Us conmioissoyent bien que s'ils estoient une
fois tués, ils seroient maistres et seigneurs de la France
A erste (musc, commencent à contreuver sur eux des crimes,
maintenant d'une sorte , et maintenant d'une autre, et toujours des nouveaux ; afliger d< s phruts parles carrefours
et escrire libels diffamatoires, ainsi que firent les Ariens contre saint Athanase, et taschans de les faire haïr et mettre en la malgrace de tout le monde, calomnier le crédit et
accès qu'ils avoient envers le roi »
Il est inutile de dire que l'auteur de ces lignes devint à son tour l'objets des traits aigus des protestants. Nous ne reproduirons pas les poésies écrites contre lui : notre mince volume ne peut contenir tout ce que renferme de malices et de méchancetés l'immense collection de Rasse de Nœux.