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de France cède à la contagion ; il oublie que, dans les temps de troubles, le Fespect des lois est le seul palladium des monarques et des peuples, et fait égorger par ses gardes un ambitieux que ses parlements devaient condamner à mort.
Tristes événements, taches de notre drapeau, déshonneur de notre histoire; châtiments infligés par le ciel aux peuples qui se croient le droit d'examiner les commandements du Seigneur, de changer par la violence les traditions et les lois fondamentales, créées et consacrées par la sagesse et F expérience des siècles !
Pendant trente ans, la légende de la France n'est qu'une suite de tableaux hideux, et lorsque les hommes de nos jours parcourent en rougissant ces pages funèbres de nos chroniques, n'ont-ils pas le droit de demander des comptes à ceux qui, sans mémoire d'un passé riche d'honneur et de bravoure, sans crainte pour l'avenir du pays, ont, les premiers, enseigné par leurs actions qu'il est des cas où la violation de la loi, le mépris du sens moral sont des droits et des devoirs; des circonstances où Dieu lui-même conduit la main du meurtrier, où les crimes sont des vertus, les bravi des héros, où l'assassinat mène à la gloire sur la terre, au bonheur éternel au plus haut des cieux ?
A qui vont ces reproches ? A cette question ce recueil va répondre. Dans le cadre des tristes événements que nous venons de rappeler au lecteur, prirent place les chansons, les poésies qu'il contient. Composées de 1550 à 1566 par les gens de lettres calvinistes, elles précédèrent de plusieurs années la Saint- Barthélémy, de fatale mémoire ; elles renferment, les unes, d'audacieuses insultes au catholicisme et à ses dogmes fondamentaux, de violentes attaques contre ses fidèles et leurs prêtres; les autres, les calomnies les plus impudentes contre les chefs du vieux parti national, les menaces les plus graves contre Paris qui les soutient. Elles livrent les ministres de la couronne au mépris, à la haine du peuple, et provoquent leur assassinat, celui de leurs partisans. Et quand le parti, qui se disait celui des réformés, eut la honte de trouver un bravo dans ses rangs il n'est pas d'éloges que ne lui donnent ses poètes ; ils le mettent sans vergogne en parallèle avec tous les héros, du vieux monde, lui décernent la palme du martyre et lui promettent toutes les joies du bonheur éternel .
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Ces lignes étranges ne so»t pas l'œuvre d'un seul homme ; leur grand nombre, leur foime, leur style, leur mérite ou leur faiblesse indiquent des auteurs différents; elles ne sont pas non plus les filles du fanatisme qui s'échauffe dans la chaire, qui s'enivre dans les combats. Des poésies accusent toujours la réflexion. Celles-ci sont écrites en français, celleslà en latin, en italien. Elles renfermeut sonnets, acrostiches, anagrammes, et même des jeux de mots, tous fruits du loisir, du travail calme du cabinet. Echos des propos d'une époque, miroirs des pensées d'un parti, les unes, en petit nombre, furent imprimées; les autres furent copiées et colportées de ville en ville. Elles étaient répétées dans les assemblées, dans les camps des calvinistes ; on en faisait des cahiers, des volumes. De ces éditions manuscrites, la seule, peut-être, qui ait traversé les siècles, est celle de Rasse de Nœux. Elle forme un chapitre curieux des mémoires du calvinisme.
Le monument littéraire élevé par le chirurgien de la reine de Navarre a de temps à autre été consulté par l'histoire. Le Laboureur, pour donner son édition des Mémoires de Castelnau, a certainement interrogé ces quatre volumes ; il leur a même fait quelques emprunts (i). MM. Haag, auteurs de la Fronce protestante, font une allusion évidente à leur contenu, daus leur article biographique de Poltrot de Meré(2). Gens de savoir et d'honneur, hàtons-nons de le dire, ils flétrissent nettement et l'assassinat politique et son apothéose.
Pourquoi les calvinistes du XVI« siècle ne pensèrent-ils pas comme eux ? Sans doute, ils ne débutèrent pas dans leurs pamphlets par la provocation à l'assassinat ; leurs
(1) « J'ai tiré cette pièce d'un recueil de libelles, fait, comme j'estime, par Rasse de Nœux, chirurgien à Paris, l'un des plus passionnés de son temps pour le party hérétique, d — Edition de 1731, t. 1, p. 754.
(2) « Convaincus par l'autorité de la Bible que le tyrannicide inspiré par le ciel est un acte légitime et glorieux, les huguenots acceptèrent le fait accompli comme UU juste châtiment de Dieu : quelques-uns allèrent jusqu'à célébrer la mort de Poltrot a l'égal de celle d'un martyr. » — France prolestante, Eug. et Em. Haag, t. VIII, p. * 85.
premières œuvres littéraires s'en tenaient à ces calomnies vulgaires dont les hommes de révolution usent dans tous les temps sans aucun scrupule (1). Le bon sens de nos pères ne fut pas leur dupe, et la nation, alors intelligente et loyale, resta fidèle au drapeau de l'autorité légitime. Force fut donc aux adversaires de la vieille France, battus sur le terrain de l'opinion publique, de faire appel aux passions privées, au fanatisme individuel. Aux méchants mensonges succédèrent les cris de la haine, les menaces -de la colère. Les provocations au meurtre les suivirent de près, et bientôt de ces attentats aux lois divines et humaines le succès fut complet. Les assassinats précédèrent et accompagnèrent la guerre civile, et s'il restait quelque doute sur la participation, non pas seulement littéraire, mais positive, du parti protestant au crime de Poltrot, qu'on lise ces lignes d'Agrippa d'Aubigné. — L'auteur fait le portrait du sieur de Meré, puis il ajoute :
« Les chefs, à qui il communiquoit son désir et dessein, lui faisoient des remonstrances qu'il ne se falloit pas tromper es vocations extraordinaires. Mais, pour en parler avec franchise, veu l'espérance qu'on prenoit de lui avant le coup (comme je l'apprenois en bon lieu, quelque enfant que je fusse), j'estime que les langages, qu'on lui tenoit, sentoyent le refus et donnoient le courage (2). »
Ce témoignage, dont personne ne suspectera la sincérité, nous donne le secret de ce coupable complot. Sans doute, dans le parti protestant peu de gens auraient voulu jouer le rôle de meurtrier; sans doute, il y eut des huguenots honteux de triompher par de pareils moyens, de se trouver complices de telles lâchetés ; — mais Poltrot n'en fut pas moins conduit au crime par les conseils, les encouragements de son parti; mais ce soldat, qui n'avait pas d'injure per-
(1) « Alors (1562) ils fireit faire des casaques de drap blanc pour toute leur cavalerie et tâchèrent d'animer et d'entretenir les esprits par l'impression de plusieurs petits livres , les uns pour leur justification , les autres pour noircir la maison de Guise, et particulièrement le cardinal de Lorraine. » — Mezebay, t. III, p. 186.
(2) D'Aubigné, Histoire universelle. Amsterdam, 1636, col. 244-245.
sonnelle à venger, qui ne devait rien gagner à la mort du duc de Guise, égaré par des excitations de tous genres, se crut le héros, le sauveur de son parti. Les poésies que nous publions, échos évidents des propos qu'on lui tint, vont complètement justifier ses folles illusions.
Quand il eut expié son crime dans les tortures, les hommes qui l'y avaient conduit, loin de baisser la tète» n'eurent que des chants d'orgueil. Us entretinrent leurs coreligionnaires dans l'ivresse qui perdit Jean de Merey ; ils entourèrent son nom d'une auréole de gloire céleste.
Cette insulte au sens moral ne fut pas celle d'un moment. L'anniversaire de l'assassinat du duc de Guise fut longtemps célébré par les calvinistes comme celui d'un glorieux exploit, d'une grande action. D'années en années, des chants nouveaux, composés pour la fête du jour, allèrent dans les prêches et dans les camps vivifier la mémoire de Jean Poltrot , le souvenir de son héroïsme.
Etait-ce bien là ce qu'avaient voulu les gens qui, dans l'origine, avaient prétendu réformer les mœurs du siècle ?
Etait-ce pour en venir a de pareilles doctrines que les apôtres du calvinisme se sont cru le droit de briser les autels de leurs ancêtres , de violer les églises, aux pieds desquelles dormaient les restes de leurs pères? — Etaient-ils donc plus vertueux, plus désintéressa, plus chrétiens que leurs frères, ces hommes qui, sans scrupule, déchiraient la France en deux familles ennemies ; ces hommes qui se disaient des saints, et foudroyaient de leurs mépris les enfants de la Fiance royaliste et catholique ?
La haine continuait à comprimer chez les calvinistes le cri de la conscience : la mort du due de (luise ne les avait pas désarmés, pas plus (pie le suppliée de Poltrot n'avait satisfait l'opinion publique. Leurs poésies raillent sans pitié la veuve, les enfants du grand général. Elles idrOMBl les outrages les plus odieux à* ses restes, à sa tombe, à sa mémoire. Leur existence est l'éternel châtiment
de ceux qui les ont composées et répandues dans le monde. Pièces d'un grand procès, elles renferment le mot d'une lugubre énigme. Elles vont raconter comment d'une nation de preux on lit des hommes de haine, de lâches meurtriers, des héros de vendette; elles vont dire comment on réduisit le rigorisme du vieil honneur français à plier devant la théorie de l'assassinat ; elles vont apprendre aux hommes de ce temps comment , parce qu'une faction eut le double malheur de trouver dans son sein un infâme assassin, et des poètes pour chanter sa gloire, comment ses adversaires eurent trop tôt après la facilité d'enrégimenter des milliers de sicaires.
L'assassinat de Louis de France, duc d'Orléans, peut-il servir d'excuse à l'attentat du pont de Montereau ? — Non : pas plus que le meurtre du président pinard . celui du maréchal de Saint-André, celui de François de Lorraine, duc de Guise, ne peuvent justifier la lâcheté de la bataille de Jarnac , le guet-à-pens de la Saint- Barthélémy ; et quand les gens de la Révolution viendront plus tard tirer sur le crime du 21 Janvier, sur les massacres de 1793, le linceul sauglant d'Août 1572, l'histoire impitoyable leur dira : — Comme Poltrot sous les murs d'Orléans, comme Besme à Paris, les hommes du régicide et de la terreur sont des assassins !
Il n'y a pas deux espèces de morale : l'une qui permet le parjure, l'autre qui le défend ; il n'y a pas deux espèces de conscience l'une qui autorise le crime , l'autre qui le flétrit ; il n'y a pas deux espèces de religion : l'une qui voue les lâches meurtriers aux châtiments sans fin, l'autre qui les appelle à la droite de l'Eternel. Quiconque ne courbe pas la tête devant les commandements de Dieu partout et toujours , n'a ni morale , ni conscience , ni foi dans l'existence de l'âme.
Toute société qui ne prend pas pour devise : — Ne fais pas aux autres ce que tu ne veux pas qu'on te fasse, — ne peut vivre honnête et prospère. Dans ce monde , où les mauvaises passions peuvent être modifiées, enchaînées, mais jamais anéanties , le triomphe du mal réveille les aspirations du mal. A qui viole la foi des serments, la trahison tôt ou tard renvoyé un écho railleur. Quiconque
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a joué du poignard, peut attendre Je poignard ; celui qui foule aux pieds les lois de son pays, croirat-il à leur protection ?
A la victoire des volontés sans frein, des fantaisies illégales, des ambitions illégitimes, un châtiment est dû : les lois, les lois seules doivent l'infliger ; mais quand, enchaînées par la force matérielle, comprimées dans leur action par l'opinion égarée, elles ne peuvent étendre le bras et saisir les coupables, alors un jour vient, jour de malheur, où se dresse devant eux un fantôme brutal, qui les écrase, la peine du talion : soufflet donné par la barbarie à la civilisation ; sarcasme sanglant adressé par la folie humaine aux forfanteries ridicules du progrès.
Nos pères ont commis des fautes politiques : mais en ont-ils seuls commis ? — Leur expérience a-t-elle sauvé les hommes du dernier siècle des mêmes erreurs ? Et depuis soixante-cinq ans , avons-nous profité des leçons des jours lointains ?
A toutes ces questions notre plan nous défend de répondre : à l'histoire appartient le passé : les hommes des jours présents cherchent leur voie, et l'avenir est le secret de Dieu. A tout homme il octroyé le libre arbitre, à toute nation le droit de vouloir et d'agir ; et suivant l'usage que chacun fait de ses facultés, il le traite. A chaque homme donc le sort dont il est digne, à chaque peuple donc la destinée qu'elle mérite.
Aux races sans cœur, la servitude ; aux races sans morale, la dégradation ; aux races sans foi, la bouc du réalisme ; aux races sans noblesse, le culte du veau d or.
Mais ce n'est pas eu se jetant à la face des injures historiques, ce n'est pas en B'accusant tour- à-tour des malheurs de la patrie, qu'on ramènera la France dans le droit chemin. Les sociétés modernes, pas plus que n'ont pu le faire celles qui les ont précédées, n'arriveront au bonheur, à l'ordre et à la liberté, tant qu'elles n'auront pas écrit sur leur bannière religieuse : — Obéissance aux commandements de Dieu ; — sur leur bannière
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politique : — Place au droit pour chacun et pour tous ; — tant que les peuples auront d'autre cri que ces deux mots : — Dieu et la loi.
Prosi'ER TARBÉ,
Correspondant de V Institut.
Reims, 31 Mars 1866.