‹ Recueil de poésies calvinistesChapitre 14 sur 72 · DE LÀ DEVISE · texte numérisé non relu

DE LÀ DEVISE

DU CARDINAL DE LORRAINE, 1547-1574

Te stante, virebo (1) :

Sire, va-t'en botté.

Cadente, peribo :

Robin, pète de ça

(i) Bibliothèque nationale. — Fonds Gaignières. Gollect. Rasse de Noeux. — Guerres civiles, t. I, p. 16.

(2) La devise du cardinal, comme nous l'avons dit, était : — Te stante, virebo ; te cadente peribo . — Elle expliquait l'emblème qu'il avait adopté : un lierre grimpant le long d'une pyramide. — Les reliures faites pour les livres notables de sa bibliothèque portaient cet insigne sur leur plat. La ville de Reims en possède quelques-uns ainsi décorés. — L'anagramme du premier vers est un congé, un ordre de départ que le cardinal donnerait au roi, soit Henry II, soit François IL — Les protestants accusaient les Guises de prétendre à la couronne. Le verbe du dernier vers doit signifier ici crever. — Robin est l'homme à la robe rouge, le cardinal. — Il était encore au concile de Trente lorsqu'il apprit l'assassinat de son frère. Avant cette mort, il se vantait que jamais aucun ennemi n'avait attenté à sa Yie. — Conjonction, fol. 55, verso.

LA DEVISE DU CARDINAL DE LORRAINE

La devise de lyerre est bien propre pour

[toy (1), Cardinal ruyneux, et n'y a que redire ; Car, si nous l'entendons, lyerre tu te veux dire, Et parla pyramide est entendu le roy.

Jamais on ne planta lyerre contre paroy : De luy mesme il vient, l'embrasse et s'en fait

[sire :

Tout ainsy on t'a veu toy mesme t'introduire A lier nostre prince et à luy donner loy.

Lyerre semble enrichir le mur et le tenir : Mais en la lin il le fait en ruyne venir, S'on ne l'arrache avant que dans la pierre il

[mine :

Tu seras arraché, car miner on te void

(1) Collection Rasse de Nobux, t. J, p. 25.

Desjà la pyramide, et un chascun prévoit Qu'en vain tu n'es nommé Charlesdela Ruine(l),

(1) Ce sonnet se termine par un jeu de mots : de Charles de Lorraine à Charles de la Ruine, il n'y a que la main. — Le cardinal avait d'immenses revenus ; il put recevoir du roi de belles gratifications. 11 eut, sans aucun doute, le maniement du trésor, mais il était généreux et charitable. Il aimait à donner et à faire de grandes fondations. — Reims et la Champagne en gardent bonne mémoire : néanmoins, les calvinistes l'accusèrent de thésauriser et de faire valoir ses fonds à Venise à gros intérêts, comme un usurier : calomnie qui reparaît, au besoin, d'âge en âge, contre les ministres qu'on veut renverser. Quan* à Charles de Lorraine, il mourut en 1574. — Il laissa 200,000 écus de dettes, et le duc de Guise, son neveu, qu'il institua son légataire universel (afin qu'il fust plus soigneux de payer ses debtes), vendit sa vaisselle d'argent et emprunta de l'argent aux bourgeois de Reims pour faire face aux funérailles de ce grand homme. Charles de Lorraine était mort Charles le Ruiné.

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