AUX PAPISTES
Papistes aveuglés, vous verrez maintenant (1) Le Dieu, le Dieu, le fort, que nommez par risée Père de vérité, par vous tous mesprisée, Lequel party des deux il sera soustenant.
Si de son fils Jésus le party est tenant, Vostre Pape, antéchrist, a la teste brisée, Et sa religion, dont longtemps abusée Nostre France a esté, s'en ira à néant.
Hélas! que feront lors Hugonis, Pelletier, Viger et Séneschal ? Fauldra qu'aultre mestier, Avecques leurs compagnons, ils apprennent pour
[vivres.
Non ! non ! il vault mieulx hors France les
[jetter (2), Avec Villegagnon, pour terres conquester (3),
(1) Fonds Gaignières, n« 485, p. 148. —De ce texte il existe deux versions, dont les variantes ont de l'intérêt.
(2) Variante : Hors la France chasser.
(3) Variante : Ces mastins, qui ne font que tumultes brasser.
Rendant nostre pays de telles gens délivre (1),
(i) Délivré, débarrassé.
Cette pièce est des plus curieuses. — Un mot d'abord des noms qui s'y trouvent. Les quatre personnages désignés dans les 9e et 10e vers sont des champions de la foi catholique. — Hugonis était un des orateurs les plus sérieux du catholicisme : il joua plus tard un rôle sous la Ligue — Jean Pelletier, grand-maître du collège de Navarre et curé de Saint-Jacques-la-Boucherie, fut un ecclésiastique ériulit et éloquent. Il fut envoyé par le clergé français au concile de Trente et mourut en 1588. Il était l'oncle du fameux ligueur Jacques Pelletier, curé de Saint- Jacques-la -Boucherie après lui. — Simon Viger, né à Evreux vers 1500, mort archevêque de Narbonne, en 1575, figurait aussi au concile de Trente. Aussi zélé que savant, il laissa quelques ouvrages estimés, et ramena dans le giron de l'Eglise un grand nombre, de protestants. — Séneschal, zélé catholique et, par suite, peu cher aux huguenots.
Quant à Nicolas Durand de Villegaignon, c'était un gentilhomme champenois, né à Provins, vers 1500. Chevalier de Malte et neveu du célèbre Villiers de l'Isle-Adam, après avoir longtemps mené la vie aventureuse des marins, il obtint de l'amiral de Coligny les moyens de faire une expédition en Amérique, sous prétexte d'y établir une colonie où pourraient se retirer lesprotestantspcrsecutes.il réussit à fonder au Brésil un établissement qui périt au milieu de nos guerres civiles. De retour en France, il écrivit contre Calvin et mourut en 1571 .— Un autre Champenois, Jean Edoard, a traduit une partiode ses œuvres, qu'il avait écrites en latin.
En comparant les variantes de celte ballade, on voit ce que les protestants se proposaient de faire des orateurs catholiques.