‹ Recueil de poésies calvinistesChapitre 40 sur 72 · AVANT LE CONCILE DE TRENTE · texte numérisé non relu

AVANT LE CONCILE DE TRENTE

Je ne sçauroy penser lieu où tu pourrois

[estre (1), Charles , en seureté, avecques quelque honneur.

Le peuple françois t'a si fort à contre cœur (2) Qu'il te veult pour varlet aussi peu que pour

[maistre.

L'Italien trop fin scait tes ruses cognois-

[tre (3), L'Espagnol ne pourroit endurer ta fureur (4),

(1) Collection Rasse de Noeux, t. I, p. 20. — Dans le même vol., p. 21, on trouve ce sonnet traduit en vers latins.

(2) Il y a longtemps que les partis révolutionnaires ont l'habitude de s'imaginer que le peuple, c'est-à-dire la majorité, se range sous leurs drapeaux.

(3) La Cour de Rome, la Savoie soutenaient la monarchie française, et la papauté n'avait pas alors de plus brillant défenseur que le cardinal. Le midi de l'Italie appartenait au successeur de Charles Quint, et le surplus, composé de républiques et de principautés, n'avait pas ou n'avait plus d'importance.

(4) L'Espagne était gouvernée par Philippe II, et ses ministres étaient loin d'avoir la modération d'esprit du cardinal.

Le sévère Allemant a l'inceste en horreur (1), L'Anglois et l'Escossois te cognoissent pour

[traistre (2).

Le Turc et le Sophy ne voudront point de toy : Ils sont Mahumetains, et tu n'as point de foy. Sans foy, l'homme est banny de la céleste

[gloire.

Les diables en enfer craindront te recepvoir, Et après le concile, que nous allons avoir (3),

(1) Nous avons déjà expliqué cette calomnie.

(2) Marie, tille aînée de Claude de Lorraine, duc de Guise, mariée en 1538 à Jacques V, roi d'Ecosse» régente du royaume en 1542, avait, sous l'influence de ses frères, publié un édit contre les protestants ; des troubles s'ensuivirent Tour les apaiser, Marie fit venir des troupes de France: de Jà la guerre civile ; de là la haine des protestants. Sa fille, Marie Stuait, épousa, en 1538, François II. Le jeune prince, acceptant les droits et les prétentions de sa femme, prit le titre de roi d'Kcosse, d'Angleterre et d'Irlande : il suivait en cela les conseils delà m aison de Lorraine ; la grandeur de la FraBW, l'unité religieuse devaient y gagner, V kM Mal lieurs du temps ne s'y fussent opposés. Veuve de François II, Marie Sluart revint en Leo>se avec plusieurs de ses oncles et une suite de gentilshommes franeus : l'irritation des prétendus réformés fut au comble, et les révoltes les plus violentes eurent lieu contre la reine. Les princes lorrains furent obligés de quitter l'Lco>se. On sait comme Flisalieth sevengea (jjQB rêves ambitieux de s nivale.— Le poète proies tant aurait du se rappeler qu'au moment même où il écrivait ce sonnet, ses coreligionnaires livraient la Normandie aux Anglais.

(3j <'.e veis donne la dite de cette pièce. Le concile de Trente, ouvert en !.>l.>, plusieurs fois interrompu, fut repris par les soins du pape Pie IV (1669 1563). Le cardinal île Lor-

Les protestans feront raser le purgatoire (1) Ergo, miser, ubi parebis ?

raine y fut l'un des représentants de la France catholique. Pendant qu'il s'y trouvait, la première guerre civile éclata : c'est à Trente qu'il apprit l'assassinat de son frère.

(I) Le cardinal de Lorreine fut inhumé dans la cathédrale de Reims, derrière le maitre-autel. En 1793, son tombeau fut violé : rien ne fut épargné Cependant, son cœur, renfermé dans une boite de plomb, fut sauvé. La ville de Reims l'a gardé longtemps dans sa bibliothèque : remis au clergé rémois, il est maintenant placé dans la cathédrale, à l'entrée de la chapelle de Notre-Dame restaurée par Mgr le cardinal Gousset. S'il doit périr un jour, du cardinal de Lorraine restera toujours la mémoire : et le pays n'oubliera jamais l'un des hommes les plus brillants qui aient illustré le siège de saint Remy, l'un des ministres les plus dévoués qui aient défendu la monarchie, la religion et l'unité française.

LE

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