‹ Recueil de poésies calvinistesChapitre 45 sur 72 · ELOGE DE MEREY · texte numérisé non relu

ELOGE DE MEREY

Si, pour avoir un tyran misa mort (1), Brutus (2) acquist si grande renommée, Merey encor méritas-tu plus fort Qu'atout jamais ta gloire soit nommée.

Car, en conseil et constance affermée, Rien tu ne dois à ce vaillant Romain, Et qui plus est, ce coup fait de ta main A beaucoup plus que l'autre heureuse issue

(1) Collection de Rasse dk Noecx, t. 1, p. 115.

(2) Marcus-Junius Brutus, un des meurtriers de Caius- Julius César. Il commit sans aucun doute un assassinat. mais il n'agissait ni par jalousie, ni par haine. Il crut rendre à Rome l'honneur et l'indépendance. Son patriotisme l'égara. Jamais l'ordre et la liberté ne naîtront de la violation des lois divines et humaines. Brutus et ses amis, en poignardant le dictateur, achevèrent de fonder le despotisme et la cruelle tyrannie des empereurs ; Poltrot et son heureuse main, comme disent les calvinistes, eut l'heur de fonder en France l'ère de l'assassinat politique.

Nous l'avons déjà dit, la paix négociée par le duc de Guise et concluo, sur sa recommandation, avant U mort, ne futque de courte durée. Chacun le prévoyait, et l'iBUfl tance des poètes huguenots sur ce point n'a d'autre but <|u<' de cacher Je crime de leurs amis, sous les bénéfioea de la paix qu'il aurait amenée. — Quant a 1 exemple donné par

Car luy par guerre espandit sang humain, Et toy la paix à la France as rendue.

Brutus, ils aiment à y revenir. Lorsqu'en 1567, à la bataille de Saint-Denys, le connétable Anne de Montmorency, âgé de près de 80 ans, renversé de cheval, couvert de blessures, reçut un dernier coup de Robert Stuart, l'assassin présumé du président Minard, les muses protestantes pu • blièrent ce quatrain, riche de jeux de mots et d'allusions, et au grade de Brutus, et au caractère un peu rude du connétable.

Brutus erat patrise vmdex, sed perditor Annas.

Verè Annas, Brutus nomine, brutus erat.

Brutus equûm ductor fuerat celerumque magister ;

At scelerum prudens Anna minister erat.

Collection Basse de Noeux, t. IV, p. 170.

DE MEROCO ANTISTROPHE,

Guisiadem dare te leto mens improba suasit (1 ), Meroce, non miserae verus amor palriae.

(1) Mémoires de Castblnau, édition de Le Laboureur, 1659, t. II, p. 231.— En changeant de plsce la virgule qui peut, à la volonté du lecteur, précéder ou suivre le mot non, on modifie complètement le sens de ce distique. — Les calvinistes lisaient donc ainsi :

Guisiadem dare te leto mens improba suasit, Meroce, non, misera; verus amor patria?.

Ou bien encore, en commençant par le dernier mot pour finir par le premier:

Patriœ amor verus niiserœ, non, Meroce, Suasit improba mens leto te dare Guisiadem.

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