‹ Recueil de poésies calvinistesChapitre 46 sur 72 · LE BON MEREY · texte numérisé non relu

LE BON MEREY

Cessez, Romains, cessez de louer vos Bru-

[tus(1), Qui, tuant les tyrans, vous murent en la

[guerre, Car nostre bon Merey, par ses nobles vertus, Tuant l'archityran, a mis paix sur la terre. Mais la reyne, honorant du tyran la séquelle (2), Semble avoir entrepris de le ressusciter : Non, non! elle hayttrop ceste race cruelle, Et veut, en ce faisant, les Mereys susciter.

(i) Collection Kasse de Noeux, t. I, p. 25ô. Le premier des Brutus n'assassina personne : au gouvernement arbitraire et violent des Tarquins, il substitua le règne de la loi. Quant à M.-J. Brutus, il est vrai qu'il poignarda César, mais il eut tort : la guerre qui suivit la mort du dictateur ne fut pas longue, et le règne du despotisme commença pour ne plus finir.

(2) Il s'agit de Catherine de Médicis : elle dut écouter les plaintes de la veuve et des frères du duc de Guise, et sut cependant alors ne pas céder aux accusations dirigées contre Coligny, accusations dès lors assises sur des bases incertaines, et que l'histoire n'a pas depuis justifiées. - Sans doute, la reine pouvait craindre les exigences des Guises, comme elle s'inquiétait des prétentions des princes delà maison de Bourbon et de leurs amis; mais, en ce moment, MM. de Lorraine étaient les vrais défenseurs du

trône et de la loi : ils ne firent pas frapper monnaie à leur effigie, comme le prince de Condé ; ils n'avaient pas ouvert la France aux Anglais, comme les Châtillon ; avec eux étaient L'Hôpital, les parlements, les maréchaux et la France.

Quant à la menace qui termine ces huit vers, elle nous apprend comment les partisans du libre exameu entendaient les droits de l'opposition politique et les devoirs de la minorité.

jENIGMA

DE GUISIO ET MERjBO.

Mille unum servant ; unus mille enecat ;

[unus (1) Servat mille ; unus vivere mille facit.

(1) Mémoires de Castelnau, — Le Laboureur, — 1659, t. II, p. 231. — La première partie de ce distique concerne le duc de Guise, gardé par mille soldats , et signalé comme ayant fait périr mille protestants. — La fin du second vers contient l'éloge de Poltrot, qui, à lui seul, en assassinant le tyran, a sauvé et fait vivre mille personnes. C'est encore une allusion à la catastrophe de Vassy, aux projets téroces que les calvinistes prêtaient au duc de^Guise, et à la paix qui fut faite après la mort de ce prince.

Quand certains partis admettent l'assassinat comme un moyen de triomphe, ils n'ont qu'à baisser la tète, le jour où leurs adversaires ont le malheur de les imiter.

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