‹ Recueil de poésies calvinistesChapitre 53 sur 72 · ET DES COCUS DE PARIS · texte numérisé non relu

ET DES COCUS DE PARIS

Le Petit Homme a si bien fait (1) Qu'à la parfin il a défait Les abus du Pape de Rome :

Dieu gard' de mal le Petit Homme !

Le Petit Homme, pour la foy (2), A voulu defïendre le Roy Encontre le Pape de Rome. — Dieu, etc.

Le Petit Homme feit complot, Avecques Monsieur d'Andelot (3), D'accabler le Pape de Rome. — Dieu, etc.

(1) Collection de Rasse de Noeux, t. I, p. 1*2. — Ce bulletin de la campagne de 1 562-1563 donne une idée de ia véracité des récits huguenots.

(2) Le Petit Homme est le prince de Condé : il combattait pour le compte de son ambition, et non pour soutenir le trône, qu'il ébranlait.

(3) François de Coligny, seigneur d'Andelot^ frère de l'amiral : nous en parlons plus au long ailleurs.

Mais encontre luv s'esleva Un Guyse, qui mal s'en trouva, Deffendant le Pape de Rome. — Dieu, etc.

Le Pape, prévoyant ce mal, En sentant monsieur l'Admirai Menasser le siège de Rome, — Dieu, etc.

Envoya grand nombre d'escus (1) Dedans Paris, à ces coquus Qui avoyent tous juré pour Rome. —

[Dieu, etc.

Les Espagnols et Piémontoys (2\ Qui du Pape gardent les loix, Y vinrent pour detïendre Rome. —

[Dieu, etc.

D'Andelot estoit allé loin, Mais il arriva au besoin Pour ruyner tous ceux de Rome. —

[Dieu, etc.

Le Petit Homme estoit venu Dedans Paris, où est congneu Ennemy du Pape de Rome. — Dieu, etc.

(1) Il y a des gens qui demandent pourquoi les Parisiens étaient en délicatesse avec les caUinistes: on peut leur chanter ce couplet et les suivants.

(2) L'armée royale renfermait, il est vrai, quelques compagnies espagnole! et italiennes ; mais le poète ne dit pas que les Allemands formaient une partie notable de l'armée des protestants, lesquols, d'ailleurs, venaieut de livrer le Havre aux Anglais.

Les coquus, qui estoient dedans, Armez de fer jusques aux dents, Deffendans le Pape de Rome, — Dieu, etc.

N'osèrent se mettre dehors, Car on les eu tuez tous morts, Nonobstant le Pape de Rome. — Dieu, etc.

Enfin bataille se donna Près de Dreux, qui les estonna (1) Et les feit fuyr jusqu'à Rome. — Dieu, etc.

Guyse de près on pourchassa {% Si vivement qu'il se mussa En une grange loin de Rome. —

[Dieu, etc.

Pourtant il ne put eschapper Que Merey ne vint l'attraper, Sans avoir dispense de Rome (3). —

[Dieu, etc.

Après tant de belliqueux faits,

(1) A la bataille de Dreux, 1« Petit Homme fut fait prisonnier et les protestants furent battus, quoi qu'en dise la chanson. Le bruit de leur victoire courut un instant dans Paris, mais l'auteur ne put s'y tromper, puisqu'il parle de la mort du duc de Guise, advenue plusieurs mois après.

(2) Cfitte malicieuse injure à la bravoure du duc de Guise dut avoir beaucoup de succès. — En fait, le duc se réserva pour la fin de la bataille et donner le dernier coup : c'est à l'aide d'une charge de cavalerie qu'il décida la victoire de l'armée royale.

(3) De qui donc en avait-il, pour tuer par-derrière un homme sans défense?

Le Roy nous a donné la paix,

En despil du Pape de Rome. — Dieu, etc.

Loué soit Dieu, qui, des hauts cieux, Nous donne ce bien précieux !

Remercié soit de tout homme Détestant le Pape de Rome î

DU DUC DE GUYSE 1563-1564

Comme la fouldre, eslancée des cieulx (1), Brise les monts sans attoucher les plaines, Ainsi, laissant les troupes moins hautaines, Dieu fait la guerre aux plus audacieux.

Duc Guysien, Néron malicieux, Enflé du \ent des vanités mondaines, De ce propos tu rends preuves certaines, - Car Dieu t'en veult comme au plus vicieux.

Christ t'a vaincu, duquel la main armée Darde un brandon de sa fouldre allumée, En punissant ton horrible meschef.

Tremblent tous ceux qui ta voix ont suy vie ! En tous leurs corps il n'y a plus de vie, Puisque Dieu frappe horriblement leur chef.

(1) Collection de Rasse de Noeux, t. I, p. 74. — L'assassinat du duc de Guise excita dans le parti calviniste une grande exaltation parmi les plus fougueux apologistes de Poltrot. Nous pouvons citer Hugues Sureau de Rogier. — Bulletin de la Société de l'hist. du protest, français, t VIII, p. 603. — Il est vrai que MM. Hoog, les savants auteurs de la France protestante, en écrivant sa biographie, n'en disent rien : cela se conçoit.

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