‹ Recueil de poésies calvinistesChapitre 55 sur 72 · EPIGRAMME · texte numérisé non relu

EPIGRAMME

Dieu, qui gouverne tout, tout bon, puissant

[et sage(l), A sauver ses enfans démontre sa bonté, Les délivrant aussi de la grand' cruauté De ses fiers ennemis, et maint terrible orage. Mais sa grande puissance a reluy davantage Quand de trois puissans roys, pour avoir projeté (2) De massacrer ses saincts, bannir sa vérité, Par mort inopinée a foudroyé la rage.

Puis du triumvirant (3), qui n'eust oneques ses

[bornes, Ny Dieu, ni roy, ni loy, il a rompu les cornes, Deux tués en leur camp, l'autre en prison jette; Mais à la fin aussi sa sagesse a permis

(1) Collection de Rassk de Noeux, t. II, 2e partie, p. 58.

(2) Henry II, blessé dans un tournoi, et mort le 10 Juillet

1559. — François II, mort à la fleur de l'âge, le 5 Décembre

1560. — Antoine de Bourbon, roi de Navarre, blessé au siège de Rouen, et mort le 17 Novembre 156î.

(3) Le triumvirat se composait du duc de Guise, du connétable Anne de Montmorency et du maréchal de Saint- André. — Nous avons déjà raconté l'assassinat du duc de Guise. — La seconde victime de la colère divine ne fut pas

Que le Prince (1) tombast es mains des en-

[nemis, Pour rendre redoutable à tous sa majesté.

tuée dans son camp : Jacques d'Albon de Saint-André, maréchal de France, un des triumvirs, commandant l'armée de Champagne en 1552, et vainqueur au combat d'Authie, fut pris à la bataille de Saint Quentin par les Espagnols, qui respectèrent sa vie. A la bataille de Dreux (Décembre 156-2), . il fut renversé de cheval et fait prisonnier par un gentilhomme calviniste, qui le fit monter en croupe derrière lui : il fut alors rencontré par un autre cavalier protestant ; celui-ci lui cassa la tète d'un coup de pistolet. Quelques historiens attribuent ce haut fait d'armes a Robert Stuart d'Aubigny, le meurtrier présumé du président Minaret : c'est une erreur. — A chacun ses œuvres. — Pierre Pertlriel, seigneur de Bobigny, connu aussi sous le nom de Maizières» servit d'abord dans la maison de Jacques d'Albon. A la suite d'une querelle, Saint-Cernin, neveu du maréchal, outragea gravement Bobigny. Ce dernier, n'ayant pu obtenir réparation, assassina celui qui l'avait insulté. Saint- André poursuivit en justice le meurtrier, et se fit adjuger les biens confisqués sur le coupable, bobigny, qu'on n'avait pas pu saisir, se fit calviniste, et tenta d'introduire les protestants dans la ville de Dreux. Pendant la bataille livrée sous les murs de cette ville, il vit le maréchal prisonnier, profita de l'occasion pour se venger et l'assassina. — Quant au dernier triumvir, Anne de Montmorency, il eut la mâchoire cassée dès le début de la bataille, et se rendit au prince de Poreien. qui ne l'assassina pas; mais plus tard, à la bataille de Saint- Denys, le vieux connétable, à terre, atteint déjà de huit blessures mortelles, fut achevé par ce Hobert Stuart dont nous avons parlé plus liant, fait prisonnier à son tour à Jarnac, il fut tué par ordre du marquis de Vil lais, pour le punir du meurtre du connétable. Par représailles, les prote Dirent à moi: un gentilhomme catholique choisi

parmi les prisonniers : voila les atrocités que les protestants veulent faire prendre pour les aéti s de la Providence.

(I) i, s'agit du prince de Condé, l'ait prisonnier à la jouruée de Dreux : nous en parlerons dans une autro note.

DE MORTE GUISII.

Guysiadem peteret cum summum dextra tyran-

[num (1),

Bis decepta igni déficiente fait (2); Sed misso tandem trajectum pectora plumbo,

Pallenti letho tradidit exanimem.

Quod prius haud po-tuit cœptis imponere finem

Tentabat Domini cœlipotens animum. At quantus victricis honos et gloria dextrae

Gallia quà tanto libéra Marte fuit (3) !

(1) Mémoires de Casteln ad. — Edition de Le Laboureur, 1659, t. IT, p 187. — Collection de Rasse de Noedx, t. I, |p. 59.

(•2) Il s'agit de la main droite de Poltrot de Meré. — Le Soup, à ce qu'il parait, rata deux fois avant de partir. — "ela ne prouverait-il pas, me dit un raisonneur, que Dieu l'était pour rien dans ce guet-à-pens?

(3) Salut et gloire à l'assassinat ! — Heureusement cet ^loge est en latin. — Encore quelques années, et la jeunesse |lu siècle des affaires n'y comprendra rien : à quelque chose ;st bon le règne du progrès.

DE GUYSIO.

Aureliam dura captât et in prœdam dat Iberis Guisius, en mortis praeda fit et capitur (1).

(1) Collection de Rasse de Noedx, t. I, p. 110. — Nous ne citons ce distique que pour montrer que la tactique des révolutionnaires est la même dans tous les temps.— C'était, disait-on en 15G3, pour livrer aux Espagnols la ville d'Orléaus, que le duc de Guise en faisait le siège ; comme, trois cents ans plus tard, on fera croire au peuple que si les étrangers ont envahi la France, la faute en est à la maison de Bourbon. — Nil sut sole novi. — Il est vrai que l'armée royale renfermait quelques compagnies espagnoles et italiennes ; mais, nous le répéterons, les lansquenets tenaient la ville pour les protestants, et si les Anglais avaient pu rentrer en conquérants en France, c'est que les calvinistes leur en avaient livré l'entrée.

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