‹ Recueil de poésies calvinistesChapitre 56 sur 72 · DU SUPPLICE · texte numérisé non relu

DU SUPPLICE

de POLTROT DE MEREY.

Quand ce brave Poltrot, au supplice es-

[tendu (1), Encourageoit sa chair à prendre patience, L'amour saint du pays fut alors entendu En pitié consoler ainsi son innocence (2).

— Mon cher enfant, par qui la paix retourne

[en France, Qui n'as d'un si haut fait autre bien attendu, En souffrant ce tourment contre ton espé-

[rance (3), Le loyer t'en sera es deux mondes rendu.

Un jour ne sera plus la France opiniastre :

(1] Collection de Rasse de Noeux, t. I, p. 118. — Cette pièce est une allusion aux détails du supplice subi par Poltrot.

(2) Qui prétendait-on abuser ? N'est ce pas insulter au bon sens de la nation, à la morale publique?

(3) Poltrot espérait donc être délivré. Que lui avait-on promis ? Qui lui avait fait des promesses ?

Lors elle te sera mère, et non plus marastre, Te faisant vivre entier à la postérité (1).

Hippolite revesquit, qui fut ainsi traité (2). Mais, sus, au ciel, mon fils. Dieu t'ouvre la

[barrière (3), Et voicy les chevaux pour fournir la car-

[rière (4).

(1) Cette fois, le poète est dans le vrai : l'histoire n'oubliera jamais le nom de l'homme qui ne craignit pas d'inaugurer eu France l'ère des assassinats politiques.

(2) Thésée serait bien surpris de voir comparer son malheureux fils avec Poltrot.

(3) M, de Guise gênait Dieu: Dieu l'a l'ait iner par Poltrot; naturellement, Poltrot a droit «à une place au ciel. Rien n'est plus logique. — Mais quel est le parti aveuglé par ses passions, qui ne peut aussi promettre à ses séides la gloire sur la terre et les joies du repos éternel ? — Tous ces vers ne sont que primes données à l'assassinat.

(4) Poltrot fut écartelé par quatre chevaux : cette allégorie ne serait qu'une mauvaise plaisanterie, si, dans cet étrange sonne: ges faits au bon goût ne !e disputaient pas aux brava essées à la morale la plus vulgaire.

Parmi les principaux monumeuts littéraires élevés en l'ho i:'ot, il nous faut encore citer un poème

latin, ■ • bagueur nous condamne à laisser hors de

no! il.

Les iv its l'attribuent au savant Turnèhe, mort

en 1565, Cette œuvre étrange, qu'ils publièrent sous sou nom, le: on n'vix tira qu'un petit nombre

d'e fut ensuite réimprimée en 1667, à Ge-

nève. — Ou dans l'édition des 9ti-

moire* dt p, don: r Le Laboureur, en 1659,

t. Il, p. 226. — Turnçbe fut-il calviniste? Rien n'est moins certain. Comme tous i usés, il était tolérant et

partisan de la paix; mais l'ami de L'Hospital et de Chrislophe de Thou n'a pu faire l'éloge d'un crime. Pour

achever sa justification, disons que Le Laboureur {Mémoires de Castklnau, 1731, t. IL p. 213) attribue ce poème à un sieur de Mandoré, calviniste zélé et bon latiniste, parmi les œuvres duquel il se trouve. Quoi qu'il en soit, en voici la fin:

At tu, summe Pater, qui tela manusque tuorum Dirigis, et vatum calâmes, da vivere nalum Carmen ab obscuro, atque oculis mani busqué teneri, Plurimus ut maneat Meraéus in ore nepotum. Auctorem magnorum operum te quidquid, ubique est, Sentiat, et placidum malit quam horrere tonantem.

Le vœu du poète a, par malheur, été accompli : les légendes sanglantes du XVIe siècle ont gardé la mémoire de plusieurs Pollrot de Merey. A partir de 1563. chaque parti dut rougir d'en compter sous sa bannière.

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