‹ Recueil de poésies calvinistesChapitre 58 sur 72 · ELOGE DE POLTROT · texte numérisé non relu

ELOGE DE POLTROT

Peut-on louer Judith d'IIolopherne tué (1), Que l'auteur de ta mort, Guise, ne soit loué? Judith fut lors de Dieu à ce faire poussée, Qui t'a donc ceste main et pistole dressée. Car il luy plaist ainsy, sans grand force, def-

[faire Quiconques est à luy et ses enfans contraire : Mais Judith de son fait n'a rapporté que gloire, Et cestuy cy la mort, et eust tourment encore.

(1) Collection Rasse de Noeux, t. II, p. 57, 2' partie. A cet éloge opposons le jugement d'un homme du temps passé :

« Quelque perte que fit la France en la mort du duc de Guise, celle des huguenots fut, sans comparaison, plus grande par la juste indignation qu'ils attirèrent sur leur party, en se glorifiant d'un meurtre dont ils pouvoient profiter mesiiie en le détestant. Mais leur aveuglement fut tel (je parle des zélés) et leur passion si furieuse, 'qu'il" n'y avcit pas de crimes qu'ils n'honorassent, pourvu qu'on s'en servît contre les catholiques. Et ils se l'envioient les uns aux autres pour mériter quelques éloges de leurs confrères. Le Vieil Testament et la loy de rigueur n'ont point d'exemple de cruauté que les ministres de ce temps la ne prêchassent ; et comme ils esto;ent puissans en paroles et fort considérez par les protecteurs de leur nouvelle Eglise, c'est un miracle qu'il ne se soit trouvé qu'un Poltrot parmy tant d'esprits plus foibles que meschans, qui s'ahandonnoient à leur conduite. » — Mémoires de Gasïelnau, additions de Le Laboureur, 1659, t. II, p. 224.

L EP1TAPHE

de POLTROT DE MEREY.

Ny l'antique grandeur, dont les loix de Ly-

[curgue (1) Ont jadis honoré le peuple athénien, Ny les braves effects de ce grand Libien (2) Ja par le Grec chanté, le Latin et le vulgue (3);

Ne l'hardy chevalier, que louent les Ro-

[mains (4), Dont le gouffre hydeux célèbre tant le nom, Ne peuvent approcher de l'immortel renom Qu'as dignement, Merey, acquis sur tous hu-

[mains ;

Car une seule mort, par la tienne vengée, En a cent et cent mil aux fidèles sauvée,

(1) Collection IUssk bi Notrx, t. I, p. 120.

(i) Hercule ne tua que des monstres.

(S) Yuhjus, le monde, les hommes en général.

(4) Publius Deciof Mus se dé\. ii.i aux dieux infernaux, pour assurer la victoire des Romains aux prises arec les peuple! du Latîum, 340 ans avant Jésus Christ. Il se lit tuer les armes a la main et n'assassina personne.

Et en t'abandonnant, la France as préservée (1) Des tourmens, qui l'avoyent jusqu'icy outragée.

Ton généreux dessein, dontl'effect glorieux, Appaise nos discords, assopit nostre guerre, Fait qu'à ton loz, Merey, l'universelle terre En chante Fépitaphe, et ton guerdon les cieux.

(I) L'auleur oublie que Poltrot, après avoir commis sou crime, s'est élancé sur un excellent cheval d'Espagne, et prit la fuite avec tant de rapidité, qu'on n'a pu l'atteindre. S'il a fini par être arrêté, c'est qu'il s'est perdu dans les bois de la Sologne. Quant au service que Poltrot a pu rendre à la France et à ses amis, en assassinant le duc de Guise, l'histoire de la Saint-Barthélémy se charge de répondre au poète. — En ouvrant les portes du ciel aux assassins calvinistes, comment Théodore de Bèze et ses amis prétendaient-ils les fermer aux meurtriers catholiques?

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