‹ Recueil de poésies calvinistesChapitre 59 sur 72 · DE LA MAIN DE POLTROT · texte numérisé non relu

DE LA MAIN DE POLTROT

Que le peuple Romain (1) Se vante de la main De Mutins Sc^vola (2), Parce que la France a Maintenant bien de quov Devancer son arro\ !

(1) Collection de Rame de Nor.ux, t. I, p. 73. —Cette fois, ce n'est plus a la Bible que les muses protestantes vont demander des arguments en faveur du tyrannicide : elles vont frapper à la porte de l'histoire ancienne

(2) L'an 507 avant Jésus-Christ, Poiscnna, roi d'Etrurie/ assiégeait Rome, lorsque Gains Mutins tenta de le poignarder. -- Le jeune Romain !. tissa brûler son poing gauche sans se plaindre. De la son surnom de Scirvola. Porsenna, touché de sou coulage, lui donna sa grice et (it la paix. Le prince étrusque était pour C. Mutins un étranger; mais, quoiqu'il en soit frapper un homme sans défense est toujours commettre un assassinat ; et de plus, dans h- cas dont il s'agit, Caïus Mutins, croyant frapper le protecteur de Taïquin, avait tué son secrétaire L'authenticiu i cette légende latine

Lé mise en doute; a is. fût-elle vraie, un crime ne peut justifier un autre crin

Mais aussi que la Grèce, Comme recelleresse Des tyrans, ne se prise De la haulte entreprise De ceulx qui ont mis bas Des tyrans les estats (1).

Maintenant je puis bien, 0 main, dire combien Tu devances l'honneur De ceux là par ton heur :

Heur jamais non connue Ny en France venue (2) !

Car la France affranchie, Comme serve fleschie, Jamais ne fust cogneue :

Mais, plus à la venue Du cruel estrangêr Ne s'est voulu venger (3).

(1) Allusion à la conspiration d'Harmodius et d'Aristogiton contre les enfants de Pisistrate, Hipparque et Hippias : ce dernier les fit mettre à mort comme assassins de son frère. Ce fut en Grèce que le tyrannicide fut, pour ainsi dire, inventé. Sous ce ciel brûlant, qui corrompt les mœurs et exalte les imaginations, il eut de nombreux sectaires, et leurs attentats furent célébrés, comme le crime de Poltrot- Mais des odes en grec, pas plus que des chansons en français, ne prouveront jamais qu'un citoyen ait le droit d'attenter à la vie de son semblable en dehors des cas et des formes indiqués par la loi.

(2) Nous aimons à voir le poète calviniste avouer qu'avant la Réforme, les Français n'avaient pas l'habitude d'assassiner leurs ennemis.

(3) Les trois premiers vers de ce couplet nous semblent

L'estranger décevant, Et la mort concevant De tes princes, tu as Ruyné par ton bras, Servant d'exemple à tous Estrangers d'estre doux.

0 main donc bien heureuse (1) !

0 pouldre vertueuse !

0 balle précieuse !

0 pistolle fameuse!

Puisque, par ton seul fait, Nous sentons tel efïect.

Si jamais le loisir Je trouve à mon désir, Je te promets chanter Et à tous te vanter, Comme le comble, o main, De l'heur du genre humain (2).

signifier que la France, terre libre, ne fut jamais connue comme terre d'esclavage. La négation qui commence le dernier vers u'est-elle pas une erreur de plume, et ne faudraitil pas lire :

S'en est voulu venger?

Ces étrangers sont MM. de Guise. Nous avons déjà dit que François Ier avait donné des lettres de naturalisation à leur père — La tactique des partis révolutionnaires est toujours la même.

(1) Comme si un assassinat pouvait jamais être un bonheur, relover le moral d'une nation et lui donner des jours de force et d'honneur!

(2) Pour peu que le poète n'ait pas immédiatement eu lo loisir de chanter les hauts faits de Poltrot, il aura pour le moins eu celui d'en voir les suites fatales.

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