‹ Recueil de poésies calvinistesChapitre 60 sur 72 · CONTRE LES GU1SÀRDS · texte numérisé non relu

CONTRE LES GU1SÀRDS

Autant que sont de Guisards demeurez, Autant il v a en France de Mereiz.

(1) Collection RassedeNoeux, t. I, p. HO. — V. Légende du cardinal de Lorraine, Mémoires de Casteltsau, — Additions de Le Laboureur, — édition de 1659, t. II. — C'est à ce distique et à bien d'autres pièces qui suivent, que fait allusion l'auteur de la Conjonction des lettres et des armes (fol. 63), dans ce passage:

« Mais c'est assez parlé de la haine qu'ils ont portée à feu M. de Guyse : parlons maintenant de celle qu'ils ont exercée contre M. le cardinal. Or elle a esté si grande, que depuis le massacre du feu duc de Guise, son frère, ils le menaçoient d'avoir encore de reste non-seulement quarante (ainsi que nous lisons de saint Paulj/mais infinis Poltrots;.... d'avoir, dy-je, au lieu de ce meurtrier poltron, infinis autres suscités pour luy ester la vie, lesquels avoient fait complot et serment avec exécution qu'ils ne mangeroient ni ne boiroient jusques à ce qu'ils auroient semblablement occis Charles. Par quoy, combien que Charles aist esté journellement en continuels dangers de sa vie depuis que cette dure engeance d'hérétiques s'est eslevée en France, si a il esté en plus grand danger depuis son retour du concile de Trente,

lorsqu'il trouva mort son bras droit Depuis ce temps

là, ne plus ne moins que la butte aux archers, la beste rousse aux chieus de chasse^ ainsi ce bon seigneur a esté proposé aux hérétiques contre lequel seul ils décochassent leurs flèches, contre lequel ils lançassent leurs darts, lequel ils transperçassent lequel ils poursuivissent par tous moyens pour le frapper. »

AU CARDINAL

Au renard, qui avoit d'une crosse tortue (1) Régy jusques icy le beau sceptre royal ! Ores s'en va quinault (2), loing du sang

[lilial (3), Ensanglanter les bords de sa mitre pointue.

Au renard ! au renard ! La France est dé-

[vestue, A sa confusion, d'un indicible mal, D'un sanguinaire front, d'un liéleux réalgal (4), Qui, hélas ! pauvrement les bons innocens tue.

Au renard ! Sa fureur fait qu'ores s'humilie, Comme au vent aquilon le sien, qui se plie (5), Despouillé justement de son superbe titre.

(1) Collection de Rassb de Nokdx, 1. 1, p. 17.

(2) Quinault. — Aujourd'hui on écrit quinaud : confus, mystifié.

(3) La famille des lys, la famille royale.

(4) Hèalgal, ou réalgar. — C'était alors, en chimie, le nom uSin corps depuis conuu sous celui de sulfure jaune d'arsenic : c'est un poison. — Héalyal était aussi l'équivalent lY essence, quintescence. Dans ce cas, un fiéleux rêalyal signifierait : natur» pleine de fiel, de méchanceté .

(5) Ne faut-il pas lire : — Le chêne qui se plie?

Le roy qui fait les roys a bien peu ce prévoir, Qu'il se vouloit guinder plus hault que le deb-

[voir.

Au renard ! Qu'il est laid sous sa capharde

[mitre (1)!

(I) Ces vers furent composés après l'assassinat du duc de Guise, lorsque le cardinal, profondément ému de cette mort violente, quitta la Cour, se retira dans son diocèse et reprit ses fonctions et, par suite, son costume d'archevêque» — Peut-être ce pasquil fut-il composé pour mettre au bas d'un de ses portraits, où on l'aurait représenté mitre. — Quant à sa mitre, elle fut épargnée par la Révolution et longtemps conservée dans la bibliothèque de la ville de Reims, où elle fut volée, il y a déjà de nombreuses années. Nous en ayons donné la description exacte et la reproduction ' dans notre volume des Trésors des églises de Reims.

DU CARDINAL DE LORRAINE

Page 1