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négociations ouvertes après la bataille de Dreux pour arriver à la pacification du royaume. MM. d'Oysel et de l'Aubespine avaient reçu ses pleins pouvoirs et s'étaient rendus au milieu des protestants (l). Néanmoins et à toutes fins on pressait les travaux du siège, et tout portait à croire que le dernier assaut se donnerait du 18 au 19 Février.
Le 18 Février donc, le sire de Meré, sentant que, s'il en était ainsi, la ville succomberait, et avec elle le parti calviniste, comprit que le moment était venu de commettre son crime. Il crut à propos de se préparer à l'assassinat par la prière, si l'on en croit quelques auteurs protestants, suppliant Dieu de changer son vouloir, si ce qu'il voulait faire lui était désagréable, ou sinon de lui donner force et courage.
Vers le soir, le duc de Guise, voulant, s'il était possible, éviter à la ville d'Orléans les horreurs d'une prise d'assaut, était allé, suivi de M. de Rostaing et d'un page (°2) nommé de Grenay, au-devant de MM. d'Oysel et de l'Aubespine, ses négociateurs, dont il espérait le prochain retour. Il s'était avancé vers le faubourg d'Orléans, connu sous le nom du Portereau : les envoyés ne revenaient pas et le temps s'écoulait. La duchesse de Guise, alors au camp, pouvait s'inquiéter de ce retard, et le jeune de Crenay prit les devants pour aller la rassurer (3).
Poltrot le rencontre, l'interroge sur le chemin que Fran-
(1) On voit dans les Mémoires de Castelnau et dans ceux de Conde la preuve que le duc de Guise et Catherine de Médicis voulaient, avant tout, la paix et la négociaient sérieusement.
(2) A la place de ce dernier, quelques pièces publiées dans les Mémoires de Condé nomment M. de Villegemblain, auteur de mémoires publiés seulement en 1667.
(3; — Derniers Propos de M. de Guise. — Lakcklot dk Cables, évéque de Riez. Reims, 1579, fol. ï 58 — Ce curieux volume parut d'abord à Troyes. chez François Trumeau, et fut imprimé en caractères gothiques sous* le titre de Recueil des derniers propos que dit et tint très illustre prince messire François de Lorraine etc. — Les protestants, naturellement, attaquèrent l'authenticité de ce récit ; mais une incroyable maladresse, que contient la première édition, prouve la bonne foi de l'auteur et l'exactitude de son récit. Nous y reviendrons dans une autre note.
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cois de Lorraine doit suivre à son retour. Quand il est bien renseigné sur ce point, il se place derrière un arbre, au carcefour d'Olivet, et attend sa victime.
M. de Guise, ne voyant pas reparaître ses négociateurs, regagna le camp. Poltrot le laissa d'abord passer, et lui tira dans le dos un coup de pistolet. Trois balles atteignirent le malheureux duc à l'aisselle : il s'affaissa sur-le-champ. M. de Rostaing voulut d'abord arrêter le meurtrier; mais, monté sur une mule, il fut lui-même jeté par terre, et revint alors secourir son général (i).
Cependant Poltrot, à l'aide d'un excellent cheval, celui qu'il avait acheté des deniers donnés par Coligny, se sauvait rapidement. Mais la terreur et les remords lui firent perdre la tète. Il erra toute la nuit au hasard dans les forêts voisines, et la Providence ramena sa course affolée au lieu même où le crime avait été commis, au pont d'Olivet : c'est là qu'il fut arrêté.
De suite on transporta M. de Guise dans sa tente, et le premier pansement avait eu lieu, lorsque MM. d'Oysél et de l'Auhespine arrivèrent et rendirent compte de leur mission : les protestants demandaient des otages , et le prince, étendu sur ce lit, dont il ne devait plus se relever, s'empressa de dire que, si la reine le commandait, il offrait comme tels ses enfants.
Catherine de Médicis, avertie de la perte que faisait la France, vint visiter le duc de Guise à sa dernière heure. Il l'engagea fortement à conclure la paix et pria sa femme et ses fils de pardonner sa mort aux calvinistes, de reuoncer
M) Il n'est pas Bans intérêt de donner ici le récit de M. Michelet [Gttêrru de religion, p. SOS). — Le is Février*
Poltrot, ayant prié Dieu de lui dire si vraiment il fallait frapper, crut se sentir au coin la \oi\ divine, avec un mouvement étonnant d'allégresse el d audace. H attendit Guise, vers le soir, au coin d'un bois; prudemment, froidement, il calcula qu'il devait être arme au-dessous, et qu'il fallait le tirer à I aisselle, juste au défaut de la cuirasse. Il tira à
sil pas, d une main ferme, tu*, juste, et l'abattit, etc.
à toute vengeance et de sacrifier leur ressentiment au bien du royaume (1) .
Quelques heures plus tard, le but de Poltrot était atteint ; l'arrêt rendu par les calvinistes avait rc^u son exécution ; le plus grand des généraux du siècle, le vainqueur de l'Empire et de l'Angleterre, le champion de la monarchie et du catholicisme avait cessé de vivre.
» Il mourut, » dit un historien que personne n'accusera de flatterie, Eudes de Mezeray, « dans cette réputation, même parmi ses ennemis, d'avoir été de son temps le plus généreux prince et la meilleure tète de la chrétienté, qui eut toutes les vertus héroïques, et presqu'aucun vice, ni de prince, ni de courtisan. On lui fit des oraisons funèbres qui purent être fort belles sans être flatteuses (2).
Cependant , aussitôt après l'arrestation du meurtrier , l'instruction avait été commencée. Le 21 Février, au camp de Saint-Hilaire, près de Saint-Mesmin, Poltrot subit son primier interrogatoire devant Catherine de Médicis et toute la Cour. Il accusa formellement l'amiral de Coligny de lui avoir proposé l'assassinat du duc de Guise, lui assurant qu'il feroit un grand service à Dieu, au roy et à la république , qu'il feroit œuvre méritoire envers Dieu et envers les hommes (3). A l'en croire, Théodore de Bèze et un autre ministre, qu'il ne nommait pas , l'auroient assuré que, s'il vouloit exécuter l'entreprise dont M> Vamiral lui avoit tenu propos, il seroit le plus heureux
(1) Derniers Propos du duc de Guise, fol. 159, 160, 161. — Lancelot de Caries, en racontant la mort du duc de Guise, rapporte les propos qu'il tint à chacun. — Il eut la naïveté de dire que le duc de Guise pria sa femme de lui pardonner ses infidélités, comme il lui pardonnait celles qu'elle aurait pu commettre. — Cette phrase malheureuse disparut des éditions qui suivirent la première publication de ce dramatique récit ; mais elle prouve son exactitude.
(2) Hist de France, t. III, page 194.
(3) L Interrogatoire et déposition faite à un nommé Jehan de Poltrot, soy-disant seigneur de Merey, sur la mort de feu M. le duc de Guise, nouvellement imprimé à Paris, avec privilège. — 1563. —Bibliothèque nationale.
homme de ce monde. Pour lequel acte il gagneroit paradis et s'en iroit avec les bienheureux, s'il uwuroit pour une si juste querelle.
Toltrot , de plus , déclara que Coligny lui avait douué deux fois de l'argent , dont l'une pour acheter son cheval. MM. de Soubise, d'Aubeterre et de la Rochefoucauld furent aussi compromis par ses réponses.
Il fut livré, le 16 Mars, à la justice régulière, aux mains du parlement de Paris. Comme il avait averti la reine de se mettre en garde contre des assassins déjà mis eu campagne, on décida d'abord qu'il serait placé sous bonne garde, cl que la marche de la procédure serait lente pour laisser à la vérité le temps de percer (1). Mais, loin de s'éclaircir, les mystères de ce crime restaient enveloppés d'un voile impénétrable. Poltrot variait sans cesse dans ses interrogatoires. La torture, ce moyen aussi cruel qu'insensé de faire luire la lumière , lui fut imposée : mais elle n'amena que des rétractations, par conséquent de nouveaux doutes. Enfin l'arrêt du meurtrier fut rendu. La peine de mort, prononcée contre lui, fut aggravée de toutes les rigueurs acceptées par la législation du temps en cas de régicide. Il fut déchiré avec des tenailles ardentes et tiré à quatre chevaux. Ses derniers mots ne furent que bravades et menaces. — « Avec tout cela, dit-il en parlant du due de Guise, il est bien mort et ne ressuscitera pas. Si la persécution ne cesse, il y aura vengeance sur cette ville, et déjà les vengeurs y sont • 2). »
Ordinairement, après un grand crime, lorsque la justice a dit son dernier mot, quand le coupable a, par sa mort, expié sa faute, la vindicte publique est satisfaite; les émotions se calment, et tout rentre dans te repos. Cette fois, il n'en fut pas ainsi. Le supplice de Poltrot de Mcrey, si rigoureux qu'il eut été, ne suffisait à personne. Aux yeux de chacun, ce malheureux aventurier n'était qu'un instrument aveugle, et partout on répétait : Js fecit, cui pyxlest.
(1) t) A- EBIOUC.. llist. universelle. Amsterdam, IfilG, col. '2J0-i.r>t .
(2) Micuklkt. — Guerres de religion, p. 317
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Les premières déclarations de Poltrot, imprimées à un grand nombre d'exemplaires et distribuées par toute la France, restaient comme l'expression de la vérité. Les catholiques les exploitèrent avec toute l'énergie que donne une profonde conviction. La veuve du duc de Guise, ses frères , plongés dans la douleur, peut être plus encore irrités, malgré les dernières prières du généreux prince, ne songeaient nullement à pardonner. Leurs accusations formulées à haute voix, avec la fermeté que donnent le crédit, une juste cause et une foi sincère, désignaient nettement les coupables.
Devant le cri public, plus puissant encore que la justice , Jehan Bouchard dWubeterre dut passer la frontière et chercher un asile dans la capitale du calvinisme, à Genève : il y vécut misérablement et ne revit plus la France.
Théodore de Bèze essaya de se défendre la plume à la main : dans son mémoire, nous lisons ces étranges paroles:
a Et au surplus, quant au sieur de Guyse, pour ce qu'il l'a tousjours tenu pour le principal autheur et fauteur de ces troubles, il confesse avoir infinies fois désiré et prié Dieu, ou qu'il changeast le cœur dudit seigneur de Guyse ( ce que toutes fois il n'a jamais peu espérer ), ou qu'il en délivrast ce royaume. Il ne se trouvera que jamais il ait attiré aucun autre pour ce fait, auquel toutes fois il recognoist un juste châtiment de Dieu, menassant de semblable ou plus grande punition tous les ennemis jurés de son sainct Evangile, et qui sont cause de tant de misères et de calamités en ce royaulme. »
Cette singulière justification fut sans effet, et Théodore de Bèze dut suivre M. d'Aubeterre dans l'exil. Il fît bien, car les hommes de son temps restèrent convaincus de sa complicité. Rieu, depuis, n'a prouvé qu'ils s'étaient trompés. Ce qui n'empêcha pas M. de Bèze, successeur de Calvin, de vivre à Genève, pendant de longues années, entouré de l'estime des huguenots.
Mais plus encore que Théodore de Bèze, l'opinion publique accusait Coligny. Ses ennemis n'avaient pas un doute sur sa culpabilité. Leduc de Guise lui-même, à ses derniers
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moments, tout en lui pardonnant, sembla le désigner comme l'auteur de sa mort.
Cependant les gens sans intérêt dans cette lutte odieuse, jugeant les événements de sang-froid, refusaient d'accepter sans réserve des accusationsdirigées par un aventurier contre un gentilhomme coupable, il est vrai, de rébellion, mais riche de bravoure et d'honneur. Peut-être M. de Coligny, fort de son innocence, aurait-il dû laisser au temps le soin de calmer les esprits et les haines, et attendre des jours meilleurs pour présenter une justification, que personne alors ne croyait possible. Mais il aima mieux publier un mémoire pour sa défense, et, par malheur, ce mémoire fut d'une grande maladresse.
Il prétendit que l'interrogatoire de Poltrot imprimé et publié n'était qu'une pièce apocryphe, composée par ses ennemis. 11 avouait cependant avoir eu des rapports avec 1 assassin, lui avoir donné de l'argent pour loi procurer un cheval , et s'en être servi comme espion. 11 convenait que depuis la/faire de Vassy, quand il a ouy dire à quelqu'un que s'il pouvoit, il tucroit le seigneur de Gaise, il ne l'en a détourné ; mais, ajoutait il, « sur sa vie et sur son honneur, il ne se trouveroit que jamais il eut recherché, induit ou solliciié quelqu'un à ce faire, ni de parûtes, ni d'argent , ni par promesses, par soy ni par autruy, directement ni indirectement (1). »
Dans les pages qui terminent sa défense, il rappelle les
(t; Hesponsc à l'interrogatoire qu'on dit avoir esté fait à un nommé Jean Poltrot , soy disant sieur de M ère y , êWT la mort du feu duc de Guise, par M. de Chastillon , a finirai de France, et autres nommés au dit interrogatoire . — Ce rare volume, dont la Bibl. nationale possède un exemplaire, ne porte aucune indication de lieu ni de date. — Il renferme l'interrogatoire de Poltrot avec la réponse de l'ami ta! à chaque imputation ; — une lettre de l'amiral à la reine-mère, OÙ il proteste de son innocence; — une suite d'explications sur les failsdu procès, dont on s,- serwiit pour l'accuser; — la défense de Th.
de i ie et quelques mots pour M de la Rochefoucauld.
Celte pièce, reproduite dans les Mémoires de Coudé, porte
les signatures de MM. de Coligny, de Bèxe et de la Rochefoucauld .