DU SEIGNEUR DE CYPIERRE
Un turbulent, comme un tigre affamé (1), À si mal fait, par sa cruelle rage, Que le plus beau et excellent ouvrage Que le roy eust, a esté diffamé (2).
C'est pour certain une chose bien vile De faire un bourg d'une si bonne ville. Qu'il garde bien son corps et puis son ame •'
(1) Mémoires de Castkln at, édition de 1731, t. 1, p 511.
— Ces vers furent faits après la mort du duc de Guise. Le premier signale à la haine publique le cardinal de Lorraine. Dans d'autres pièces non moins violentes, on lui donne le nom de ligre.
(2) Philibert de Mareilly, seigneur de Cypierre, gouver. neur de Charles IX, fut chargé de désarmer la ville d'Orléans, de ruiner ses fortifications, et avec leurs débris, de bâtir une citadelle de taille à tenir les habitants en respect.
— Delà la colère des huguenots, qui se gardent bien de dire qu'avant d'évacuer Orléans , ils avaient saccagé ses églises. Cypierre mourut en ).)f»;>, avant d'avoir pu terminer sa mission. A son lit de mort, il fit dire à Charles IX qu'il ne pouvait s'acquitter mieux de l'honneur d'avoir été sou gouverneur quVu lui répétant que la division du royaume venait uniquement des querelles élevées entre les maisons de (luise, de Montmorency et de Chàtillon. et qu'il fallait commencer par mettre à fin leurs guerres privées, si l'on voulait terminer la guerre générale — Vamllas^ Règne de Charles II, t. II, p. 37.
Force de bras rompt bien souvent la rame , Et le fort mur est miné par le lyerre (1). Trois forts cailloux romperont bien six pierres (2).
(\) Allusion menaçante aux armes du cardinal de Lorraine. — Rame signifie ici branche.
(2) Il est fâcheux qu'à ce joli jeu de mots se mêle une sombre menace de mort. Cette ingénieuse plaisanterie roule à la fois sur les armes delà ville d'Orléans et sur le mal qui finit par tuer Philibert de Marcilly, la gravelle. —Mkzeray, t. III, p. 156.
DU CARDINAL DE LORRAINE
Charles, tout aussitost qu'en Court tu es
[venu(1), Elle a soudainement senty ton arrivée (2), De laquelle longtemps avoit esté privée, A son très-grand proufiit, comme chascun a vu.
Contre les huguenots hayne tu as esmeu ; Au fait des financiers grande faulte est trouvée ; Encontre la justice as tu ruse esprouvée ; Les officiers duroy ont ta venue cogneu (3).
Tu as cassé, changeâtes assignations, Tuas fait rechercher les confiscations, Soubs couleur d'enrichir leroy en son espargne ;
Puis, pour nous faire peur, tu nous viens menacer Que le roy ne fera par la France passer
(1) Fonds Gaignièrcs, n° 485, A B. f° 2G7.
(2) Allusion au voyage du cardinal à Paris, en 1565.
(3) Le cardinal était un intelligent ministre des finances : il les administrait avec Michel de l'Hospital. Mais reformez les abus, on vous jettera la pierre.
Les Espagnols conduits par Philippe d'Hespa-
[gne (1).
Mais penses-tu, caffard, nous pouvoir es-
[branler, Or que toy et les tiens feront une alliance Pour chasser l'Evangile au loing hors de la
[France, Et dire que le roy nous fera tous brusler ?
Vos conspirations toutes s'en vont en l'air ; Naguère en avons eu certaine expérience, Quand Dieu nous a donné des tyrans délivrance (2), Qui leur rage voulloyentde nostre sangsaouller.
Car ton frère estant mort et renversé par
[terre,
(1) Par suite du traité de Cateau-Cambrésis (1559), Philippe II avait épousé Elisabeth de France, fille de Henry III. — Il se trouvait ainsi le beau-frère et l'allié des rois François II et Charles IX. Défenseur ardent du catholicisme, intéressé, d'ailleurs, à la défaite des protestants, qui menaçaient de lui ravir sesétatsdu nord, il avait envoyé quelques troupes à sa belle-mère. Les compagnies espagnoles combattirent à Dreux; elles y firent face aux reitres allemands et luthériens. —Lors de la célèbre entrevue de Bayonne (1565), Catherine de Médicis et le duc d'Albe eurent de fréquentes conférences politiques pour resserrer les liens qui les unissaient. Les protestants crurent qu'on était convenu des mesures à prendre pour les exterminer. De là leur méfiance après la paix de Moulins. — De là bientôt une nouvelle guerre civile.
(2) Henri II, François II, Antoine de Bourbon et le duc de Guise.
En France incontinent cessa la dure guerre, Que son ambition y avoit allumée.
Toy, qui suyvre le veux et la France trouble
[sic] (1), Bientost nous te verrons par la mort accabler, Et tes mescbans desseins s'en aller en fumée.
(1) Il faut lire, pour la rime et la mesure :— Etla France troubler.
VAUDEVILLE D'ADVENTURIERS