CHANTÉ A POLTROT
Avec son anniversaire le 24 de Febvrier {566. De la délivrance le troisiesme.
Allons, jeunes et vieux (1), Revisiter le lieu Auquel ce furieux (2) Fut attrappé de Dieu, Attrappé au milieu Des gents de son armée, Dont fut esteint le feu De la guerre allumée.
Quel homme tant heureux Dieu choisit pour cela ! Quel soldat généreux Dedans son camp alla !
Tant se dissimula Que, l'occasion prise,
(1) Collection de Rasse de Noeux, t, I, p. 268. — Cette pièce prouve que trois ans après la mort du duc de Guise, les huguenots célébraient encore l'anniversaire de son assassinat. La ténacité de leur haine égalait celle de leur aveuglement.
(2) Le duc de Guise.
Il exécuta là
Sa divine entreprise.
Ce fut cest Angoulmoys, Cest unique Poltrot (1) (Nostre parler françoys N'a point un plus beau mot), Sur qui tomba le lot De retirer d'oppressé Le peuple huguenot En sa plus grand détresse.
Devant l'embrasement De ce civil erreur, Il avoit bravement Résolu en son cœur Que le plus grand honneur, Que l'homme peust acquerre, Seroit d'oster l'auteur Et chef de ceste guerre.
Longtemps il tint secret Ce qu'il en conspiroit, Comme soldat discret, Qui bien souvent avoit, En hasardeux exploit, Par diverses provinces, Monstre comme il sçavoit Bien servir à nos princes (2).
(1) Depuis, il y en a eu bien d'autres. —En aurait il été de môme, si l'on n'eût point glorifie le guet-à pens politique?
(2) Allusion au rôle d'espion militaire rempli par Poltrot dans la guerre de 1655.
Mais quelques mois passés, Voyant croistre les maux , Les pays oppressés, Tous les bons en travaux:
— Il faut, dit-il tout hault, Qu'en mourant je finisse Tant de malheur ! Mieux vault Que tout seul je périsse.
Avecques ce dessein, Vers l'ennemi passé, Il desguyse la fin D'avoir les siens laissé, Dont il fut caressé.
Puis après il ne pense Qu'au point de son essay Pour délivrer la France.
L'ennemy, quelque temps En ung advis doubteux, N'advance point ses gens :
Lors Poltrot parmi eux De sçavoir est soigneux Que l'on fait, où l'on tire, Pour en advertir ceux Dont le bien il désire.
L'ennemy, bien certain De faire tant d'effort Qu'il mettroit en sa main Orléans, nostre fort, Surprenant nostre port Et nos flottes ensemble,
Juroit nous mettre à mort Pour un dernier exemple.
Il prist si vistement Nostre port et nos tours, Qu'il dist avecq serment Qu'il verroit dans trois jours, Nous estant sans secours Et près de sa secousse, Si Dieu, nostre secours, Viendroitàla rescousse (1).
Quand Poltrot l'entendit Aussi horriblement Blasphémer, il a dit :
— Je voy ton jugement, Mon Dieu, sur ce meschant.
Si mon dessein t'agrée, Donne-moy, Dieu puissant, Ta constance asseurée.
Aussitôt dit, il part, Il s'enquiert, il entend Où est, de quelle part Vient celluy qu'il attend.
Cependant, choisissant Lieu pour son advantaige, Le recognoist passant Et le trousse au passage.
Voyez quel est Testât
(1) Le due de Guise, quand il fut tue, allait au-devant des négociateurs qu'il avait envoyés pour traiter de la paix.
De nous, pauvres humains !
Un seul homrnet abat Celuy qui en ses mains Espéroitveoir les fins (1) De l'Europe envahie.
Dieu trompe ses desseins Et lui oste la vie.
Qui fit finir le temps De nos jours malheureux,, Dont est dit tous les ans, Poltrot, payants nos vœux, L'exemple merveilleux D'une extresme vaillance, Le dixiesme des preux, Libérateur de France (2) ?
(1) Les frontières, les dernières limites.
(2) Ce couplet donne la mesure de l'intelligence et du sens moral dans le parti calviniste Au lieu de travailler à perpétuer la mémoire de ce crime fatal, il aurait dû s'efforcer de le faire oublier. Si ses refrains provocateurs n'avaient entretenu l'irritation de ses ennemis, peut-être n'aurait-on pas vu, quelques années plus tard, de terribles représailles ensanglanter Paris et souiller notre histoire.
DE h ARRIVÉE
du