CARDINAL DE LORRAINE A PARIS
Le 4" Mai i566.
Charles n'osoit à Paris retourner (1), Se souvenant de la belle journée, Que contraint fut ses chausses embrener, Quand en Janvier luy fut charge donnée. Avecques luy la royne a amenée, Et, en entrant, du roy se vint saisir. Mais ce vilain, pensant à l'autre année, Auprès du roy ne cessoit de vessir.
(1) Collection de Rassk Mt Nokix, t. 1, p. 264. — Los
poètes protestants touchent à tout, même aux chausses du cardinal. — Voici, au surplus, ce dont il s'agit. Au mois do Janvier 1565, Charles do Lorraine fut appelé par la Cour à Paris. Il était alors à Saint- Denys en France. Pour le mettre à l'abri des attentats dont les calvinistes le menaçaient sans cesse, le roi lui avait donné permission d'avoir une garde. Le cardinal se présenta donc à la porte Saint-Denys avec son frère le duc d'Aumale, son neveu le jeune duc de Guise, alors agi de 15 ans, et quelques soldats. Mais le maréchal de Montmorency, fils du connétable, et d'ailleurs ennemi personnel des princes lorrains, exécutant à la lettre un nouve] edit défendant de porter des armes dans les villes, s'opposa nettement à cette entrée militaire. Le cardinal prétendit que le règlement ne le concernait pas, et passa outre. De là
tumultes , cris , menaces, et même collision. Pendant que le duc d'Aumale soutenait le choc de ses adversaires, le cardinal et son neveu se réfugièrent d'abord dans une maison particulière, puis, plus tard, dans l'hôtel de Cluny, où ils se tinrent enfermés pendant vingt-quatre heures. Le lendemain, le cardinal porta plainte, et le parlement finit par étouffer cette affaire en disant que de part et d'autre les torts étaient égaux. On parvint à Moulins, lors de l'assemblée des Etats, à rapprocher MM. de Guise et de Montmorency, mais la suite des événements prouva que cette réconciliation n'était pas bien sérieuse.
C'est à la terreur que put avoir le cardinal dans cette mêlée que ce huitain fait allusion. Le discours du seigneur d'Aubray {Satyre Ménippée) dit un mot de cette aventure. — La Légende du cardinal de Lorraine raconte qu'en cette occasion il était si résolu que ses chausses lui servaient de bassin et son pourpoint de selle percée. — D'Aubigné s'est souvenu que, dès le soir, les ennemis de l'archevêque de Reims allèrent chanter sous ses fenêtres des couplets dont le refrain était :
Fi! fi ! fi ! du cardinal.
Les vidangeurs portaient alors le nom de maîtres fifi. Le Réveille- Matin des François (1574, p. 104) parle aussi de celte chanson, qui resta populaire.
N. Boucher [Conjonction des lettres et des armes, p. éo- 67) voit dans cette collision une attaque des protestants. Il raconte qu'après vingt-quatre heures de siège, le cardiaal eut grand'peine à se sauver et à se retirer en Champagne ; il aecuse Coligny de l'avoir poursuivi dans sa fuite.
Ce huitain fut fait probablement après la paix de Moulins (1366), lorsque l'assemblée des notables parvint à réconcilier pour quelque temps ces hommes dont l'ambition déchirait la France. Le crime impardonnable du cardinal était de continuer à jouir de la confiance de la reine, de rester le ministre du jeune roi.
AU CARDINAL DE LORRAINE, 1564-1567
Mais penses-tu, caffard, nous pouvoir estran-
[gler (1) (Or que toy et les tiens facent une alliance Pour chasser l'Evangile au loin hors de la
[France), Et dire que le roy nous fera tous brusler ?
Vos conspirations toutes s'en vont en l'air : Naguère en avons eu une certaine expérience, Quand Dieu nous a donné des tyrans délivrance, Qui leur ragevouloyent de nostre sang saouler.
Car ton frère estant mort et renversé par
[terre,
(1) Collection Rasse de Nofdx, t. I, p. 267.— L'auteur de la Conjonction des lettres et des armes dit, au sujet des périls que courut maintes fois le cardinal: — « Qu'est il besoin de réciter icy et de nombrer les algarades qu'on lui a faites, et les dangers auxquels il s'est veu, mesmement qu'il y en a si grand nombre qu'il est impossible de les nombrer, et vous mesmes les sçavez assez. île fr&ischs nié. moire. » Fol. 64, v°. — L'auteur, plus loin (fol. 66), raconte une tentative faite pour tuer lo cardinal près do Dormans, le Ï5 Septembre 1567. Charles de Lorraine put s'échapper, mais ses équipages furent enlevés.
En France incontinent cessa la dure guerre Que son ambition y avoit allumée.
Toy , qui suyvre le veux et la France troubler, Bientost nous te verrons par la mort accabler Et tes meschans desseins s'en aller en fumée.
AU CARDINAL
Qu'as-tu, o Révérendissime (1), A te plaindre et douloir si fort, Disant que vouldrois estre mort ?
0 ! des hippocrites le prince !
Voyant pauvre France à la cime De tout malheur et desconfort, Et qu'à toy seul en est le tort, Dont chascun contre toy s'anime.
Mais veux-tu tout à coup, beau sire, De tant de dagues f exempter Tirées par tout pour t* occire,
Et France hors de peine bouter , Comme Judas, prens un licol Et soudain te pen par le col.
(1) Collection Rassiî df Noiax, t. 1, p. 19. — Depuis la mort de son frère, le cardinal de Lorraine ne cessa d'être menacé par les calvinistes.—» Son grand cœur en fut ému. Sans craindre la mort, il y songeait souvent, et lit d'avance
préparer son tombe tu derrière le maître autel de la ratlie
di île de Reims. Rien n'est clair comme les is*, lo«etlM
vers : ils justifient l'aCCUSatiOB portée par N, lUuieher contre
les protestants, d'avoir formé une association Beorcta pour assassiner le cardinal.