INTRODUCTION XIII
votre tante (i) ; c'est bien un poète peintre s'il en fût un, et je voudrois bien que mes tableaux fissent aux yeux de ceux qui les voient l'effet que font ses peintures sur l'âme de ceux qui les lisent. Vous me faites espérer, Monsieur, la satisfaction de. voir icy M. Robbé ; que d'impatience ne me causez-vous pas; je 1"}^ attend à bras ouverts, j'espère qu'il aura pitié de moy, et qu'il ne me laissera pas longtems dans cette attitude. Je l'annonce à tous ceux qui se présentent devant moy; je vois ouvrir des grands yeux à tout le monde, le désir naître dans leurs cœurs, et me demander, quand viendra-t-il.
« Je désire être à portée et trouver des occasions de vous faiie connoître les sentiments pour vous avec lesquels j'ay l'honneur d'être, « Monsieur,
« Votre très humble et obéissant serviteur. »
Vernet.
Suit ce post-scriptum :
« Vous, Monsieur, et M. Robbé pouvés être bien assuré que personne ne prendra copie de l'épître à Cochin. J'en suis trop jaloux. . Trop heureux ceux qui pourront en avoir une lecture. Je voudrois vous prier de dire beaucoup de choses de ma part à M. Robbé, mais il sera plus court et plus facile de luy laisser imaginer tout ce que l'estime et l'admiration peuvent inspirer et se le dire de ma part sans craindre de tomber dans l'exagération. >/
Bordeaux, 20 mars 1759 (2).
(i) .\ Madame votre nièce ; Marie Fradelle était la nièce et non la tante d'Aignan Desfriches.
(2) P. Ratouis dk Limay, op. cit., p. 159-160.
XIV LES ROBBE
La fidélité de l'affection de Desfriches pourRobbé est, d'ailleurs, touchante. Le poète était devenu, vers 1759 ou 1760, le neveu de son ami par son mariage avec Marie Fradelle, mais leur intimité remontait beaucoup plus haut. Peut-être même, étaient-ils un peu cousins. Desfriches avait épousé, le 4 mars 1743, une vendômoise, Marie-Madeleine Buffereau, et la mère de Pierre-Honoré était également une Buffereau.
Le dessinateur Orléanais savait « par cœur quantité de comptes d'un certain libertin qui les scait très bien faire » (i) et non content de recevoir et de fêter chez lui ce libertin, songea toute sa vie à publier ses œuvres, composa les dessins de 3/o;i Odyssée et fit même les frais de l'impression du volume.
Robbé n'avait point pour écrire à son ami la paresse ordinaire aux gens de lettres. Il le tenait au courant de sa vie, de ses relations, de ses projets.
(i) Je désirerois bien que mes devoirs me laissassent le loisir de visiter avec vous les bords du Loiret ; la vue qui m'y attireroit seroit celle d'un galant homme, autant bon diable qu'il se puisse qu'on nomme M. Desfriches, vous le connoissez ; je ne lui sçais d'autre défaut que de sçavoir par cœur quantité de comptes d'un certain libertin qui les scait très bien faire ; à propos de ce conteur, il n'y a pas d'apparence que vous l'ayez cette année. Il s'en va je ne scais où, chez certain Marquis à ce que je croy, et apparemment, il nous brochera quelque nouveauté pour nous recréer cet hiver. Nous le voyons souvent et nous rions d'autant. Il est devenu nouvelliste et nous disputons politique à ne plus nous entendre, et avec tout cela, nous n'engendrons point de mélancholie ;...
Lettre de Cochin, 14 octobre 1758, P. Ratouis DE LiMAY, op. cit., p. 58.