‹ Recueil de poésies diversesChapitre 9 sur 100 · INTRODUCTION XI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XI

gré lui, me récompenseroient enfir: de la plus méritoire peut-être et de la plus pénible des discrétions » (i).

Robbé ne s'affecta point outre mesure de cette sortie. La notoriété, cette menue monnaie de la célébrité, avait déjà, des petites maisons où l'on soupait, répandu son nom à la cour et à la ville et ses contemporains étaient loin d'avoir pour son œuvre le mépris facile et de bon ton des précis de littérature.

Le prince de Ligne, entre autres, que devait séduire Casanova, l'aventurier de génie, goûtait fort lès poésies de Robbé, en particulier ses épigrammes et les préférait même à celles de Rousseau, jugeant que ses vers, « quoique durs », étaient « faits à merveille et forts de choses (2). »

Le bel ouvrage consacré par monsieur Paul Ratouis de Limay à Aignan Desfriches, l'artiste et l'amateur Orléanais, contient des lettres bien curieuses, où épistolairement, se traduit pour les poèmes de Robbé une admiration qui a peine à ne pas sembler exagérée.

Un ancien provincial des Feuillants, J.-C. Bruzetin, grand amateur d'art, car il possédait une collection importante de dessins et quelques bons tableaux, ajoutait en post-scriptum à une lettre écrite de Paris, le 25 mai 1764 :

(i) Œuvres complètes d'Alexis Piron, publiées par M. Rigoley de Juvigny, conseiller honoraire au Parlement de Metz, de l'Académie des Sciences et Belles-Lettres de Dijon. Paris, de rimp. de M. Lambert, 1776, in-8, t. II, p. 248-249.

(2) A. Van Bever, Contes et Conteurs gaillards du xviir siècle. F ans, H. Daragon, 1906, in-8, p. 78,

XII LES ROBBE

« Mes respects à madame et au sublime monsieur Robbé que je me féliciterai toujours d'avoir entendu (i). »

En ce qui touche madame Desfriches, la formule est médiocre et prêterait aujourd'hui à sourire, mais l'admiration pour le poète est manifeste. Cet homme de robe ne s'effrayait point de ses audaces.

Et Vernet donc, le bon Vernet! (2) Chez lui, c'est, ou peu s'en faut, de l'enthousiasme et comme le cœur, l'enthousiasme aurait l'orthographe parfois fantaisiste. Si Robbé ne se faisait point trop prier pour réciter ses vers, on se gênait moins encore pour les écouter et les applaudir.

« Je me souviens très bien que j'ai eu l'honneur de souper avec vous chez M. Challe, où vous conduisittes l'illustre M. Robbé, et où je savouray délicieusement les belles choses qui récitât à table, qui m'ons fait une telle impression à ne jamais s'effacer de ma mémoire.

« J'ay vu avec un vrai plaisir la copie de la lettre que vous a écrit notre amy Cochin (3), et l'épitre de M. Robbé qu'elle a occationné, dont je suis enchanté. M. Robbé abbonde en pensées originales, chose bien rare parmi les poètes. Si son corps est aussi abbondant en autre chose et aussi nerveux que son esprit, j'en fais mon compliment à Madame

(i) P. Ratouis de Limay : op. ctt.. p. 50.

(2) Claude-Joseph Vernet, né à Avignon le 14 août 1714, mort à Paris le 3 décembre 1789.

(3) Charles-Nicolas Cochin, né à Paris en 1715, mort le 27 avril

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