INTRODUCTION XV
de ses espoirs et de ses déceptions. Pour lui, il se faisait nouvelliste et lui conta même par le menu les détails du procès de Damiens. M. Georges d'Heylli a tiré de cette correspondance un heureux parti.
Grâce à elle, nous connaissons les relations du poète : le comte du Barry, ce roué, son « ami le plus intime », le comte de Bissy, Cochin, le graveur, et Vernet, le peintre, même le futur Philippe- Egalité, je veux dire le duc de Chartres.
Aignan Desfriches n'affecte point l'austérité qui est de mise rue de la Bretonnerie et par les voies étroites qui avoisinent la place du Martroi. Sans craindre de le scandaliser, Robbé peut lui narrer ses succès mondains et ses soupers. Le poète, comme tous les poètes, ne pèche point par la modestie :
« J'ai récité au dessert ma dernière poésie légère : la Chute sur le /^'a:^oii ; elle a eu un succès considérable, bien que les dames aient cru devoir l'écouter sous l'éventail. J'en avais, en effet, à peine récité dix vers qu'elles dérobèrent leur visage derrière ce léger et discret paravent, soi disant pour ne pas écouter, mais par le fait, afin de pouvoir, sans trop de vergogne, la mieux entendre jusqu'au bout. Ce n'est, en somme, rien d'aussi sale que cela! Les mots sont peut-être un peu crus et la situation finale de la bergère, bien que conforme à la nature, un peu piquante à l'excès ; mais tout cela peut s'entendre, après un bon souper, et surtout lorsque je récite moi-même mes vers, car j'ai soin de glisser rapidement, sans appuyer, ni les faire ressortir, sur les endroits qui pourraient effaroucher les oreilles
XVI LES ROBBÉ
chastes ou au moins qui, pour la forme, « veulent qu'on les considère comme telles » (i).
Ses confidences ne se bornent point à la gloriole de ce demi-succès. L'auteur de la Chute sur le gazon est allé au bal de l'Opéra, — il n'était pas devenu déjà un Père-Lachaise triste — , et ce fut pour le galant occasion de conduire « jusqu'aux dernières extrémités » une duchesse « dont l'honneur l'oblige à ne pas révéler le nom. >/
Robbé n'était pas homme, en effet, à se contenter des avant-derniers outrages !
De cette époque datent, cependant, dans son œuvre quelques pièces qui ne sont pas sans le présenter sous un jour assez différent : VÉpitre du S. Rabot y maître d'école à Fontenoy (1745, in-8) et les Odes Nouvelles (Paris, Prault, 1749, in-12, de 33 p.).
Le manuscrit que nous publions contient la principale de celle-ci : Ode sur la distinction du corps et de l'âme. Sur l'exemplaire imprimé, cette ode est simplement dédiée « à Monsieur B... », le manuscrit porte : « Au Prieur de la Conception d'Orléans »,
Les archives départementales du Loiret permettent d'identifier ce personnage. Il s'appelait Joseph Boillève et chanoine régulier de Saint-
(i) Georges d'Heylli, op. cit., p. xx-xxi.