XVIII LES ROBBE
mot est bien gros et ces odes semblent, en vérité, peu le justifier.
En dépit des soupers au cours desquels le poète récitait avec art ses polissonneries devant des corsages mal clos et des yeux dont la vertu chavirait, la littérature le nourrissait peu et un moment l'idée bizarre lui vint de s'expatrier et d'aller en province étudier, puis exercer la médecine.
Réflexion faite, il abandonna ce projet et renonça à cet art dangereux. Il lui en faut savoir gré.
Il touchait déjà, il est vrai, une pension à laquelle la médecine n'était pas étrangère tout à fait, puisqu'il la devait à son poème sur la Vérole. — Le xviif siècle appelait les choses par leur nom. Les méchantes langues prétendirent même qu'il était plein de son sujet.
Encore que, à la fin du xv" siècle, les médecins aient décrit et cherché à soigner la syphilis comme une nouveauté dont, influence des astrologues, ils faisaient remonter la cause à la conjonction des planètes, quand ce n'était pas aux vices du temps — ce en quoi ils n'avaient point tout à fait tort — à une punition divine ou aux inondations du Tibre, le mal, suivant le docteur Rosenbaum (i), remonterait beaucoup plus haut, et les anciens n'auraient pas ignoré ses ravages. Tels ulcères, tels bobos, tels malaises, notés par Celse et par Martial, ressemblent
(i) Histoire de la Syphilis dans l'antiquité, traduction J. Sauthus, Bruxelles, Grégoire, 1847; in-8, de 383 pages. L'édition originale allemande avait paru en 1839, à Halle, sous ce titre : Die Liistseuche im Alterthmn (L'Épidémie lascive dans l'antiquité). L'ouvrage devait comprendre plusieurs volumes, le tome premier a seul été publié.