XXIV LES ROBBE
le suis malheur, qui pour estraine La donne au fol qui trop con tente : Et fault que de moi se contente, Quant santé ie mue en douleur :
Folz amoureux ayez entente Et vous gardez de tel malheur
C'est à ce poème manuscrit, — il ne l'imprima pas, mais le récitait à qui voulait l'entendre (i), — que Robbé dut de figurer dans la Dunciade de Palissot :
Est-ce donc vous que j'apperçois ici, Mon cher Robbé, Chantre du mal immonde (2), Vous dont la muse en dégoûtait le monde. Ah! je conçois d'où vous vient cet honneur. La dureté n'est pas toujours vigueur.
(i) Robbé avait récité deux chants de son poème à Collé, qui écrit dans son Journal :
« J'en ai entendu deux chants : il manque totalement de goût, et le choix de son sujet le prouve assez, sans qu'on le dise. Je ne voudrois pas décider qu'il n'eût de l'invention; j'entends de Vinveiition de fond, qui est la grande partie du poète. Il a imaginé dans le second chant de son poème, je pense, de faire descendre St-François du ciel, pour apporter un cordon aux Corde-
liers, afin de les préserver de la v ; cette idée est neuve, et il
l'a très bien rendue. S'il étoit capable d'en avoir souvent de pareilles, et de les exécuter aussi bien, je n'hésiterois pas à le regarder comme un véritable poète... »
(2) La périphrase peut étonner, le xvilie siècle ne craignait pas plus le mot qu'il ne semblait, hélas ! craindre la chose. Il revient à chaque instant dans les mémoires du temps et l'on connaît cette jolie anecdote empruntée à la Chronique scandaleuse :
« On disait à un souper que M™e D... avait !a petite vérole. « Je n'en suis pas étonné, répondit quelqu'un, je l'ai toujours connue très modeste » (1789).