INTRODUCTION XXXIX
En 1761, il avait accueilli par un chant de triomphe ou peu s'en faut la nouvelle de l'abolition de la compagnie de Jésus. A sa lettre à Desfriches, il avait joint une épigramme. Elle fut connue et ne lui fut point pardonnée.
De Loyola les fils audacieux,
Dûment contraints à payer ce qu'ils doibvent,
Sans doute sont interdits, furieux,
Du fier soufflet qu'en public ils reçoivent.
Mais un désastre encore plus affreux
Les fait trembler, prêt d'éclater sur eux :
Thémis, qu'enfin révolte leur morale.
Va, foudroyant leur culte anti-chrétien.
Les condamner, par une loi fatale,
A devenir, s'il se peut, gens de bien, (i)
Par un avatar qui serait inexplicable si l'on ne connaissait l'ascendance protestante de Pierre- Honoré Robbé, il était alors en pleine crise janséniste. Non content de combattre les Jésuites, il figurait parmi les dévots de la dépouille du diacre Paris, et, suivant Bachaumont, était passé, sur son tombeau, par tous les états,
'< M. Robbé ce poète erotique également licencieux et impie, mais dont le cerveau faible s'altérait dès qu'il lui survenait quelque petite maladie, est enfin rendu à son état naturel : il donne à corps perdu dans le jansénisme. C'est un convulsionnaire intrépide, et un acteur zélé qui a besoin des secours les plus abondants. Il a passé par tous les états : il
(l) P. RaTOUIS : op., cit., p. 2IQ.
XL LES ROBBE
a été assommé, percé, crucifié ; sa vocation est des plus décidées. » (i)
Deux ans plus tard, Bachaumont revenait sur cette conversion et annonçait le poème qui en devait résulter. Ce doit être son poème demeuré inédit Vhicompréhensibilité de la nature humaine (2).
« M. Robbé de Beauvezet, si connu par ses ouvrages libertins et par son fameux poème sur le mal de Naples, vient de tremper sa plume dans une autre encre. Depuis quelque temps, sans être dévot, il s'est jeté dans le parti des convulsionnaires, dont il est l'apôtre le plus zélé. Il pousse sa fureur au point d'en faire un poème en faveur de la religion en six chants. Il paraît avoir suivi, à peu près, le plan de M. Racine. Il se distinguera sans doute par une manière différente ; mais ce qui rendra cet ouvrage original c'est une apologie des convulsions, par où le poète termine son poëme, et pour laquelle tout le reste semble avoir été préparé. »(3)
En 1769, le mémorialiste, au risque de se répéter, revenait sur ce sujet et ajoutait, cette fois, à sa prose l'épigramme contre Robbé citée par les dictionnaires biographiques :
« M. Robbé est un auteur très connu dans le monde par ses talents littéraires, par le genre erotique dans lequel il a excellé, et par un fameux
(i) Mémoires secrets de Bachaumont, revus et publiés avec des notes et une préface, par P. L. Jacob, bibliophile, Paris, Garnier frères, 1883, in-12, p. 35. (3 juillet 1762.)
(2) Cf. Lettre de Cochin du 18 mai 1782. P. Ratouis DE LiMAY : Op. cit., p. 84.
(3) Bachaumont : op. cit., p. 129-130. (18 octobre 1764.)