INTRODUCTION XLIX
cœur et nul ne possédait son talent pour les dire et les faire valoir.
Madame de Pompadour était morte en 1764 et Marie Leczinska elle-même, cette oubliée, mourut le 25 juin 1768. La liaison du roi et de madame Du Barry suivit de quelques mois (i).
Robbé faillit, en la circonstance, figurer parmi les aigrefins de l'amour. Par cette lettre grosse d'espérances et de... boudoirs en Espagne, il annonçait à son oncle, en septembre 1768, le caprice royal et l'espoir qu'avait fait naître en lui le délit de « vagabondage spécial » commis par son ami Du Barry (2).
« Je fus hier chez Sainte-Croix qui m'apprit une nouvelle qui peut avoir pour moi les plus heureuses conséquences et me monter sur le tillac de l'orageuse fortune. Le comte du Barri, mon ami,
(i) Guillaume Du Barry épousa Jeanne Bécu le i*""" septembre 1768. La présentation en forme, selon l'étiquette et devant la cour, de la nouvelle comtesse, n'eut lieu que le 22 avril 1769. De ce jour elle était officiellement maîtresse du roi.
Outre les ouvrages spécialemeut consacrés à madame Du Barry, et les précieuses Nouvelles à la main sur la comtesse Du Barry, publiées par M. Emile Cantrcl, (Paris, Pion, i86i,in-8, de IV- 441 p. ), se reporter, entre autres, à deux chansons du recueil de Clairambault-Maurepas : Une fille de rien (1768) et Drolesse et princesse (1773). Par cette dernière on verra comment la favorite ne s'entendait pas toujours avec son beau-frére Jean, auteur de sa fortune auquel fut attribuée cette chanson.
(2) De même que le fâcheux Charles d'Aubigné ne se gênait point pour parler de son « beau-frère » Louis XIV, Du Barry ne devait mettre aucun scrupule à rappeler, lorsqu'il avait à se plaindre d'un ministre, « que c'était lui qui avait eu l'honneur de donner une maîtresse au Roi, et qu'on prit garde de ne pas lui donner de l'humeur ».
Le marquis de Marigny n'était pas de ces ruffians et avait su apporter plus de discrétion dans une situation délicate,
LES ROBBE
comme vous le savez, le plus intime, et me voulant
tous les biens du monde, avait une fort jolie maîtresse qu'il vient de faire épouser à son frère. Il n'est pas question de regarder cette action du côté moral; comme je ne l'ai pas conseillée, que je n'ai trempé en rien là-dedans, je m'en lave les mains comme Pilate. Quoiqu'il en soit, la nouvelle baronne a été présentée au Roi, et le Roi, ceci soit dit entre nous, en est éperdûment amoureux. La question est de savoir si cette intrigue aura des suites, et si ces amours tiendront. Dans ce cas je tiens ma fortune pour très avancée, car il n'y a aucun lieu de douter que la baronne ne me veuille tout le bien possible. Jugez de ce qu'elle fera si elle a l'oreille du Roi. Ils sont actuellement à Compiègne, j'attends avec impatience le retour de du Barri pour dresser mes batteries et tâcher d'obtenir un poste considérable. Au surplus que cela arrive ou non, je suis très content de ma position présente, et j'ai abondamment de quoi vivre. Cependant, si je pouvais atteindre jusqu'au cabriolet, croyez- vous que cela serait plus mal; il y a cinquante-trois ans que je marche à pied et cela est bien long. » (i)
L'intrigue eut des suites et les amours tinrent. Ce fut fort heureux pour Robbé, car, par mesure d'économie, sa pension, dont il n'avait touché que quelques trimestres, lui fut supprimée en avril
Un moment, il espéra que l'abbé Terray la réta-
(l) G. D'HEVUJ, CP, cit., p. LIV-«-V.