INTRODUCTION LXIX
pouvait avoir de l'esprit ; quant à sa littérature, les inédits de son oncle semblent lui en avoir fourni le fond.
Un de ses contemporains, Duchemin de la Chesnaye, le soupçonnait déjà, dans ses curieux Mémoires manuscrits conservés à la Bibliothèque de Vendôme, de puiser dans le portefeuille de son oncle « une partie de ses productions inédites » (i). Duchemin ne se trompait point; je l'ai surpris, pour ainsi parler, la main dans le sac. Dans la lettre que voici, il pille sans vergogne l'un des poèmes inédits de Robbé, V Origénisme, dont je publie, pour la première fois, le texte :
« J'ai vu hier Monsieur les deux entrepreneurs que vous avés bien voulu m'envoyer, recevés en mes remercimens, je suis enchanté que leur rapport puisse vous constater la vérité de ce que j'avois eu l'honneur de vous dire. Ils ont trouvé un état de dégradation qui, disoient-ils, faisoit pleurer. Or comme je ne suis pas apparemment de nature à braire aussi facilement, j'ai ri. Ils n'en ont pas moins remarqué que les croisées avoient été jettées en dedans, les volets arrachés, les portes défoncées. J'ai écrit très exactement ce qu'ils m'ont dicté et qu'ils doivent vous remettre aujourd'hui. J'ai écrit à M. Le Verdier le même jour que vous, ainsi j'ose me flatter que d'après sa réponse nous pourrons aller en avant ; j'avois tout fait amarrer
(i) « Robbé de la Grange, son neveu, a composé aussi quelques pièces légères ; mais elles n'approchent pas de celles de l'oncle, dans le portefeuille duquel on prétend qu'il puisait une partie de ses productions inédites ».
Duchemin de la Chesnaye : Mémoires, t. III, p. 167.
LXX LES ROBBE
scrupuleusement, j'ai même déjà fait faire des ouvrages par le maçon. Si les choses s'arrangent comme je l'espère : j'en tirerai un reçu et je vous prierai de prendre ces petites dépenses là à compte sur la V" Le Jeai avec laquelle je vous prierai d'arranger mon affaire des moutons, car je suis obligé d'en revenir toujours à mes moutons. J'ai, en outre, proposé un arrangement à M. Le Verdier, dont l'aurai l'honneur, Monsieur, de vous faire part. Mais c'est assez vous occuper de mes misères personnelles, parlons un peu de choses plus sérieuses. Depuis 6 semaines on avoit voulu me charger de faire des mémoires, rien qu'à l'Assemblée Nationale, pour une affaire de Beaufeu (i). Sur ce qu'on a nommé les personnages intéressés, je n'ai pas voulu m'en mêler, et jamais je n'auroi à me reprocher d'avoir fait du mal à qui que ce soit, à plus forte raison à quelqu'un qui peut toucher M. Destouches, dont je n'ai reçu que des amitiés, des honnêtetés et des prévenances. Je vous avoue même que je suis bien honteux de n'avoir pas eu l'honneur de le voir depuis mon arrivée. Mais, quand je suis allé à Mondoubleau la V fois, Madame étoit en couche (ce qui est très bien fait), et les autres, le mari étoit en virevoustes (2) patrio-
(i) Aujourd'hui commune de Saint-Mars-du-Cor, jadis paroisse de Choue (arrondissement de Vendôme); siège de l'ancien prieuré de Sainte-Catherine-de-Beaufeu, bénéfice simple dépendant du prieuré conventuel de Chéne-Gallon au Perche, membre lui-même de l'abbaye de Grandmont en Limousin.
(2) Virevoitste, S. F. Cabriole, culbute.
Paul Martellière : Glossaire du Vendomois, Orléans, Herluison, 1893, in-8, p. 329.