INTRODUCTION IX
gardé d'y revenir moins de dix ans après et n'aurait point accepté ce parrainage.
En 1736, le scandale, mais à Paris, fut pis. Il ne visait pas précisément Robbé, il est vrai. La pièce in-i2 qui le déchaînait était, généralement, attribuée, soit à Piron, soit à Grécourt. Elle figure même dans certains exemplaires de leurs œuvres.
L'édition originale du Débauché converti est rarissime (i). C'est pour nous une bonne fortune de pouvoir donner la reproduction de ce poème, d'après le Recueil manuscrit de la Fontaine-la- Gourre (2).
Ce n'est certes pas l'un des meilleurs morceaux de Robbé. C'est un peu, dirai-je, de la littérature d'hôpital et cela trahit un état... d'âme bien particulier. Il était à citer, cependant ; à son titre se bornent les connaissances du plus grand nombre sur Robbé et l'éditeur des Œuvres badines a négligé de le joindre aux contes et aux épigrammes qui les composent.
Tout d'abord, Piron se laissa attribuer sans protester cette paternité qui n'avait rien de flatteur. Plus tard, l'âge venant, et aussi certaines ambitions, — il ne fut pas même académicien, cependant, — le vieil homme, déjà suffisamment gêné par son Ode à Priape, malaisée à renier, n'hésita point à jeter Robbé de Beauveset par-dessus bord et l'exécuta
(i) Paris, 1736 ; in-i2.
(2) La Fontaine-la-Gourre, propriété de la famille Robbé, près Blois, où mourut son fils et d'où provient le manuscrit, appartenant aujourd'hui à la Bibliothèque de Blois, et que nous reproduisons.
LES ROBBE
assez proprement dans la préface de la Métromanie :
K Passons de ce qui peine à ce qui soulage ; et puisque, de l'entier et volontaire aveu de nos fautes s'ensuit naturellement le droit de protester contre celles qui nous sont faussement imputées, saisissons l'occasion de m'inscrire contre mille misères en tous genres, répandues sur mon compte dans des recueils abominables, dont les compilateurs, après avoir foulé aux pieds toute pudeur et tout respect humain, ne se sont pas moins fait un jeu de nos réputations et de nos noms. La pièce sur laquelle, entre tant d'autres, depuis longues années, je vois le mien avec le plus de douleur, en est une, intitulée : le Débauché converti. Mélange horrible et révoltant d'ordurfes et d'impiétés. Le Déhanché, devenu peut-être depuis ce qu'assurément alors il était fort peu, ferait beaucoup à l'acquit de sa conscience, si, pour pénitence, il s'imposait le juste et pieux effort de me laver, en faisant sa confession publique ainsi que je fais la mienne. N'a-t-il pas assez joui de mon malheur? S'il pense autrement, et qu'il fasse état d'en jouir longtemps encore, je lui parle enami :
« Qu'il soit prudent du moins s'il n'est pas généreux.
« Qu'il se garde de ces écumeurs de Manuscrits, dont le plus fameux et le plus vigilant de nos Poètes vivans a plus que jamais à se plaindre aujourd'hui, et dont en effet il se plaint si fort. Qu'il jette au feu son portefeuille enflé, dit-on, de pièces d'un style et d'un goût pareils, qui publiées, le déceleroient sans réplique, et, me justifiant mal-