‹ Recueil de poésies diversesChapitre 89 sur 100 · VERS SUR UN FEU D'ARTIFICE MANQUE A MERLOU · texte numérisé non relu

VERS SUR UN FEU D'ARTIFICE MANQUE A MERLOU

Qu'on me laisse couver mon chagrin bilieux et que tout autre objet disparoisse à mes yeux, de mon cœur resserré le sang sort avec peine et coule en eau dormante en ma chagrine veine, puis, un secret dépit tout à coup l'enflammant en mes vaisseaux gonflés il coule en écumant. C'est toi, maudit barbier, dont la main indiscrète alluma dans mon cœur cette rage secrète, c'est toi qui de ma gloire est le vil destructeur, c'est toi qui de ma honte est le fabricateur, c'est par toi qu'en cyprès ma palme fut changée, c'est par toi, que Merlou vit sa gloire abrégée. Ah, barbare ! plutôt, quand ton rude rasoir dépouilloit mon menton de son poil follet noir, que n'as-tu de mon sang désaltéré la terre en coupant le tuyau de ma trachée-artère? l'opprobre n'eût jamais éclaté sur mon front, je n'aurois pas connu la honte d'un affront. Las! grand Dieu, que sans lui jemoissonnois de gloire, dans ses fastes, Merlou consacroit ma mémoire, tout stupéfait de voir ce spectacle éthéré, le manant m'eût porté jusqu'au cintre azuré, du sommet de ces toits qu'un humble chaume couvre, voyant ces plaisirs faits pour les maîtres du Louvre, voyant ces serpentaux dans les airs enflammés, ces astres que la poudre et le camphre ont formés, il eut béni la main dont la prodigue adresse étaloit de ces feux la pompe enchanteresse. Des fougues du poète éclairé directeur,

raconte-moi comment ce barbier destructeur fit en aller ma gloire et mon nom en fumée et des charmes trompés bannit ma renommée. Que mon style surtout, secondant mon projet marche d'un pas épique à ce pompeux sujet. Déjà l'astre du jour, dans sa féconde route de l'Europe obscurcie avoit quitté la voûte un noir tapis de nue étendu dans les airs cachoit ces feux brillants qui parent l'univers, la nuit sur nos climats tendant sa nappe obscure sembloit dans le néant replonger la nature, d'un masque humide et brun le nez empaqueté la lune à nos sillons déroboit sa clarté ; i'allois créer, déjà du sein de cent fusées s'alloit former un ciel d'étoiles embrasées, mille serpents de feu, lancés avec grand bruit, de la noire atmosphère alloient chasser la nuit, vingt pots à feu, plus clairs que le fils de Latone, d'Israël au désert imitant la colonne, alloient porter partout un jour au jour pareil, quand, tournant sur son arc, un rapide soleil eut fait briller aux yeux une roue enflammée, de poudre, de charbon et de limaille armée, six gerbes, cependant, lançant des jets de feu au bruit des saucissons eussent mêlé leur jeu, chaque pièce déjà, dans son étui couchée, attendoit qu'au poteau ma main l'eût attachée, quand mon fat, que poignarde un désir curieux, fît choir sur l'arsenal un brandon odieux. Le coup partout prend feu, le confus artifice à Vulcain dans les airs fait un noir sacrifice : gerbes et pots à feu, soleils, avec quel deuil, j'ai de vos flots dorés vu confondre l'orgueil,

pour vous épanouir les quais sont trop peu vastes

vos sublimes clartés, vos éclats somptueux,

ne firent qu'un jour faible, un bruit tumultueux,

une épaisse fumée confondant vos lumières

anéantit l'effet de vos vives matières.

Le rustre, cependant, déjà prêt d'admirer

s'attendoit qu'à son gré le feu s'alloit tirer,

mais, voyant que rien ne frisoit la nuée,

j'entendis les échos répéter leur huée.

Aussitôt de mon cœur des flots de fiel sortis

succèdent au courroux de ces feux amortis.

J'aurois fait volontiers de ce barbier rustique

ce qu'on fait à Paris du fantôme helvétique

ou, du roc où j'étais poussant mon Phaëton,

je l'aurois envoyé raser au Phlégéton,

mais la honte en mon cœur balançant la colère,

je fus, sans dire mot, regagner mon repaire,

ainsi que le corbeau, triste, honteux, confus,

jurant, mais un peu tard, qu'on ne m'y prendroit plus.

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